S'inspirant du monument qu'est pour le cinéma "Opening Night", le Collectif De Hoe, avec un talent décoiffant, amplifie la proposition. Ce qui est donné à voir n'est plus une scène de réalité à l'intérieur d'un film, mais un théâtre qui se filme en train de jouer une scène… d'un film. Ainsi, une caméra posée sur l'avant-scène avec son équipe de tournage au complet, cadre les personnages jouant tour à tour leur propre rôle projeté en direct sur grand écran…. Si cette mise en mots n'apparaîtrait pas très claire à celles et ceux qui n'auraient pas assisté à la représentation, qu'ils se rassurent : cela participe grandement du trouble envoûtant ressenti in situ.
Si, dans le film de Cassavetes, la scène finale du baiser injectait du réalisme à vif dans un film de fiction, cette même scène est projetée en boucle avant que la représentation ne débute, comme pour imposer par avance son leitmotiv entêtant. Et, effectivement, c'est elle qui constituera le motif unique de la pièce en cours en dupliquant à l'infini les errements sentimentaux des actrices et acteurs confrontés à la réalité de leurs vécus.
Si, dans le film de Cassavetes, la scène finale du baiser injectait du réalisme à vif dans un film de fiction, cette même scène est projetée en boucle avant que la représentation ne débute, comme pour imposer par avance son leitmotiv entêtant. Et, effectivement, c'est elle qui constituera le motif unique de la pièce en cours en dupliquant à l'infini les errements sentimentaux des actrices et acteurs confrontés à la réalité de leurs vécus.
Après le cold open de la mythique scène d'amour commentée en coulisses par des comédiens en proie à leurs propres attirances, le générique s'inscrit sur grand écran (à faire douter que l'on est au théâtre…) annonçant "en vrai" l'arrivée sur scène des comédiens et de leurs problématiques personnelles (cf. le film référence). L'un d'entre eux, le plus âgé, se détachera superbement des autres alignés, pour faire état que si chacun ce soir – comme tous les autres soirs – va jouer son rôle, lui a renoncé personnellement à apprendre le texte par cœur. Mais qu'à cela ne tienne, "on n'a aucune idée de ce qui va se passer… nous aimons le théâtre, vous aussi ?"… Savoureuse adresse liminaire au public assis dans la salle, à prendre (trompe-l'œil ?) comme la pierre angulaire d'un manifeste théâtral proclamant se libérer des contraintes traditionnelles.
Se succéderont – à la porte de la chambre d'hôtel –, face à la caméra et projetés sur écran, les couples en proie "à tour de rôle" au sentiment amoureux, le leur et celui du personnage qu'ils incarnent, les deux imbriqués si étroitement qu'aucune limite ne les sépare… Il y aura d'abord cette femme-actrice qui ne peut envisager de donner plus qu'un petit baiser de théâtre à l'homme-acteur âgé qui meurt d'envie pour elle. Il y aura cette autre actrice opposant elle son âge mûr au désir brûlant du jeune acteur dont elle a été naguère la baby-sitter. Il y aura cette actrice devant jouer "la" scène avec son ex-amant attiré encore par elle alors qu'il est avec une autre. Il y aura encore cette autre, mal à l'aise face à son amant ressenti absent, attiré qu'il est lui par son ex.
Ces (d)ébats axés autour du besoin fou d'amour se dérouleront sous l'œil amusé de "l'acteur sans texte" qui, de manière inénarrable, jouera le non-théâtre comme première valeur… du théâtre. En effet, de la représentation à Maubeuge, lors de laquelle il a été "bénéficiaire" d'un trou de mémoire monumental, où il lui a semblé avoir oublié un texte qui n'existait pas, il a tiré la leçon exaltante que l'authenticité de l'acteur était à ce prix : oublier tout… pour être, tout simplement. Et de se lancer dans une tirade d'anthologie où, avec une maestria superbe, il jongle jusqu'à plus soif avec la fiction de ne pas avoir appris son texte et la réalité de faire croire qui l'a oublié… "L'illusion théâtrale" poussée à son incandescence et étayée par une réflexion sur l'ivresse, cet étourdissement fécond au cœur du manifeste théâtral du Collectif De Hoe pour qui "le théâtre dans le théâtre" est bel et bien… une réalité.
Autre tableau ô combien troublant, celui où l'on surprend dans sa loge un acteur devant son miroir confier à "l'acteur sans texte" hors champ l'importance de bien connaître ses répliques… jusqu'à ce que la caméra se reculant découvre qu'il est justement en train de répéter son rôle avec un tout autre acteur. Poupées gigognes de l'apparence et de la réalité emboîtées les unes dans les autres pour mieux nous y perdre… afin de retrouver le goût d'un théâtre dont l'insoutenable légèreté nous ravit à nous-mêmes, grâce à l'espace laissé vacant par l'effet de surprise.
Se succéderont – à la porte de la chambre d'hôtel –, face à la caméra et projetés sur écran, les couples en proie "à tour de rôle" au sentiment amoureux, le leur et celui du personnage qu'ils incarnent, les deux imbriqués si étroitement qu'aucune limite ne les sépare… Il y aura d'abord cette femme-actrice qui ne peut envisager de donner plus qu'un petit baiser de théâtre à l'homme-acteur âgé qui meurt d'envie pour elle. Il y aura cette autre actrice opposant elle son âge mûr au désir brûlant du jeune acteur dont elle a été naguère la baby-sitter. Il y aura cette actrice devant jouer "la" scène avec son ex-amant attiré encore par elle alors qu'il est avec une autre. Il y aura encore cette autre, mal à l'aise face à son amant ressenti absent, attiré qu'il est lui par son ex.
Ces (d)ébats axés autour du besoin fou d'amour se dérouleront sous l'œil amusé de "l'acteur sans texte" qui, de manière inénarrable, jouera le non-théâtre comme première valeur… du théâtre. En effet, de la représentation à Maubeuge, lors de laquelle il a été "bénéficiaire" d'un trou de mémoire monumental, où il lui a semblé avoir oublié un texte qui n'existait pas, il a tiré la leçon exaltante que l'authenticité de l'acteur était à ce prix : oublier tout… pour être, tout simplement. Et de se lancer dans une tirade d'anthologie où, avec une maestria superbe, il jongle jusqu'à plus soif avec la fiction de ne pas avoir appris son texte et la réalité de faire croire qui l'a oublié… "L'illusion théâtrale" poussée à son incandescence et étayée par une réflexion sur l'ivresse, cet étourdissement fécond au cœur du manifeste théâtral du Collectif De Hoe pour qui "le théâtre dans le théâtre" est bel et bien… une réalité.
Autre tableau ô combien troublant, celui où l'on surprend dans sa loge un acteur devant son miroir confier à "l'acteur sans texte" hors champ l'importance de bien connaître ses répliques… jusqu'à ce que la caméra se reculant découvre qu'il est justement en train de répéter son rôle avec un tout autre acteur. Poupées gigognes de l'apparence et de la réalité emboîtées les unes dans les autres pour mieux nous y perdre… afin de retrouver le goût d'un théâtre dont l'insoutenable légèreté nous ravit à nous-mêmes, grâce à l'espace laissé vacant par l'effet de surprise.
Quant à la dernière partie, elle est à vivre comme une réflexion foisonnante sur ce que théâtre veut dire. Est-ce la reproduction assumée d'une réalité distanciée… ou le risque à prendre de ne pas reproduire la vie mais de la vivre pleinement sur le plateau… À ceci près que tout ce qui nous a été (re)présenté ce soir, nous entrainant dans un tourbillon ascensionnel "des sens", a été merveilleusement écrit pour être dit de manière… improvisée.
Comparer cette pièce au "Songe d'une nuit d'été" de Shakespeare pourrait paraître plus qu'audacieux… sauf que dans le songe d'"Opening Night" mettant en abyme, jusque dans son titre, cinéma et théâtre, fiction jouée et sentiments réels, personnages et acteurs (prénom identique), on retrouve le même jeu "éblouissant" provoqué par la bascule incessante de la frontière séparant l'illusion du vrai de la réalité des fantasmes… Un vertige comme opportunité à saisir, un moment de théâtre total aux effets des plus exceptionnels.
◙ Yves Kafka
Vu le 6 octobre 2026, Grande Salle Vitez du tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine.
Comparer cette pièce au "Songe d'une nuit d'été" de Shakespeare pourrait paraître plus qu'audacieux… sauf que dans le songe d'"Opening Night" mettant en abyme, jusque dans son titre, cinéma et théâtre, fiction jouée et sentiments réels, personnages et acteurs (prénom identique), on retrouve le même jeu "éblouissant" provoqué par la bascule incessante de la frontière séparant l'illusion du vrai de la réalité des fantasmes… Un vertige comme opportunité à saisir, un moment de théâtre total aux effets des plus exceptionnels.
◙ Yves Kafka
Vu le 6 octobre 2026, Grande Salle Vitez du tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine.
"Opening Night"
Texte : Collectif De Hoe.
Mise en scène : Collectif De Hoe.
Avec : Ans Van den Eede, Carine van Bruggen, Joris Hessels, Natali Broods, Nico Sturm, Peter Van den Eede, Timon Kouloumpis.
Création de la version originale : Ans Van den Eede, Carine van Bruggen, Greg Timmermans, Mitch Van Landeghem, Natali Broods, Peter Van den Eede, Wannes Gyselinck, Willem de Wolf.
Création de la scénographie : Bram De Vreese, Shane Van Laer.
Régie technique et son : Bram De Vreese, Jens Dewulf, Marthe Leon Thys.
Création des costumes : Fran Labarque.
Traductrice et coach linguistique : Martine Bom.
Stagiaires de dramaturgie : Sjoerd Koolma, Jens Dewulf, Tomas Van Balen.
Durée : 1 h 50.
Représenté du 6 au 9 octobre 2026 au tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine (33).
Mise en scène : Collectif De Hoe.
Avec : Ans Van den Eede, Carine van Bruggen, Joris Hessels, Natali Broods, Nico Sturm, Peter Van den Eede, Timon Kouloumpis.
Création de la version originale : Ans Van den Eede, Carine van Bruggen, Greg Timmermans, Mitch Van Landeghem, Natali Broods, Peter Van den Eede, Wannes Gyselinck, Willem de Wolf.
Création de la scénographie : Bram De Vreese, Shane Van Laer.
Régie technique et son : Bram De Vreese, Jens Dewulf, Marthe Leon Thys.
Création des costumes : Fran Labarque.
Traductrice et coach linguistique : Martine Bom.
Stagiaires de dramaturgie : Sjoerd Koolma, Jens Dewulf, Tomas Van Balen.
Durée : 1 h 50.
Représenté du 6 au 9 octobre 2026 au tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine (33).


















