La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2017

•Avignon Off 2017• Une succulente et clownesque version du très shakespearien "Othello"

"Othello", Espace Roseau, Avignon

Soyons clairs, "Othello", c'est quinze à vingt personnages, une dizaine de décors différents, sans compter les duels à l'épée, les traversées maritimes, l'assemblée des Doges, les rues de Venise, les plages et les palais de Chypre, la chambre nuptiale de Desdémone, les fêtes, les conciliabules sur l'esplanade… et, là, ils sont deux sur un plateau nu.



© DR.
© DR.
Enfin, ils sont deux, oui et non, pas vraiment, deux avec des extensions, comme qui dirait, des prothèses, des excroissances de l'imaginaire comme tout clown qui se respecte, deux clowns. Lui, c'est Francis. Elle, c'est Carpatte. C'est Carpatte qui raconte et Francis, lui… (chuchoté) Francis, il faut qu'on lui explique parce qu'il ne comprend pas tout au bon moment, et parce que lorsqu'il se lance dans une gondole et qu'il part à toute berzingue, ce n'est pas facile de l'arrêter pour continuer l'histoire.

Bref, un duo, un peu à l'image du clown blanc et de l'auguste, mais pas rigide et posés comme ceux dont on a l'habitude. Carpatte et Francis, c'est comme s'ils avaient la frénésie en eux. Des piles. Électriques. Si bien que parfois on croirait qu'il en sort des étincelles. Ils font des bonds, des courses, des folies de paroles et de jeu à toute allure.

Mais non, mais non, ce n'est pas ça. Oubliez. On recommence. Que je vous explique bien.
C'est l'histoire d'Othello, le Maure de Venise… pas le mort, hein... et ça commence. Et chacun des deux clowns va endosser les personnages nécessaires à l'action de la tragédie. Chaque personnage incarné par une attitude simple, drôle, qui correspond si bien aux personnages inventés par Shakespeare qu'on les voit.

© DR.
© DR.
Et toujours dans cette frénésie, cette urgence incroyablement drôle, ces ratages, ces recommencements, comme l'acrobate remonte sur le trapèze pour refaire la figure qu'il n'a pas bien réussie, et ce jeu tendre et dynamique qui se développe entre Carpatte et Francis, on halète avec eux. On est pris. On est emportés dans l'histoire, portés sur les éclats de nos propres rires (oui je sais c'est un peu osé comme formule…).

Pourtant, c'est effectivement bien la pièce de Shakespeare qui est narré là en une heure. Et par quelques magies d'éclairages, des disparitions/apparitions rapides dans les coulisses et une tonne et demie de talent, les lieux, les décors et les épisodes de la pièce naissent et vivent.

Carpatte ? C'est Maria Zachenska. Et Francis ? Pierre Cornouaille.
Allez les dévorer, ils sont succulents.

"Othello"

À partir de 6 ans.
Texte : William Shakespeare.
Mise en scène : Maria Zachenska.
Avec : Pierre Cornouaille, Maria Zachenska.
Direction d’acteur et lumières : Pierre Cornouaille.
Scénographie et costumes : Georges Vafias.
Parallèles Compagnie.
Durée 1 h.

•Avignon Off 2017•
Du 8 au 30 juillet 2017.
Tous les jours à 10 h 45 (jours pairs, en alternance avec "Macbeth").
Espace Roseau, Salle Nicolas Gogol,
8, rue Pétramale, Avignon.
Réservations : 04 90 25 96 05.
>> roseautheatre.org

Bruno Fougniès
Mardi 25 Juillet 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre

"Michael Kohlhaas, l'homme révolté", Théâtre Essaïon, Paris

Reprise Il caracole à la tête de son troupeau de chevaux qu'il va vendre, béat à la pensée de son futur bénéfice. Michael Kohlhaas, héros du roman éponyme de Henrich von Kleist, aime les chevaux, la liberté et l'aisance.

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre
Un mauvaise douane, mauvaise farce, loi privée improvisée et vraie confiscation, le prive de sa liberté de circuler et de ses plus beaux chevaux. Perdant sa joie et raison de vivre, d'avanies en déconvenues, l'homme va demander justice, implorer, s'emporter, poursuivre les méchants, ignorer les pondérés, proclamer son droit, réclamer son dû, se faire justice.

Brûlant, détruisant, pillant les villes. Bientôt à la tête d'une bande de sacripants, de sacs et de cordes, bandits de grands chemins, défiant l'empereur. Michael le pacifique est devenu Michael le révolté. Michael Kohlhaas, pendu haut et court, est un héros, une légende. Dans la bataille finale, il se révèle même frère en vaillance du prince de Hombourg*.

Gilbert Ponté est seul en scène. Dans son adaptation du récit, il est rayonnant, scintillant de tous les états d'âme du personnage. Il est aussi, tour à tour, tous les personnages, tous les paysages, tous les rythmes et sensations, dans l'immédiateté du geste.

Jean Grapin
13/10/2017
Spectacle à la Une

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple

"F(l)ammes", Maison des Métallos, Paris, puis tournée

Reprise Dans "F(l)ammes", Ahmed Madani met en scène les véridiques récits de la vie contemporaine portés par dix jeunes femmes, fruits de l'Histoire des peuplements successifs du territoire français. Autant de témoignages que les bonnes fées du théâtre ont sublimé.

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple
Les comédiennes ont sculpté de vrais personnages contemporains hauts en couleur qu'elles évoquent sans fard et qu'elles expriment avec une grande de joie de vivre et ce, en dépit du contenu des propos d'un quotidien souvent difficile.

Ces jeunes femmes sont typées, à certains égards extravagantes. Elles appartiennent d'évidence à la vitalité de la ville. La parole est dégagée. Elles expliquent comment elles sont dans la nécessité de quitter les rôles attribués par les traditions familiales, qui les enferment dans un filet de violence et de brutalité ; et combien elles sont mises à l'épreuve pour s'inventer, se forger, se libérer des fidélités. Elles émeuvent. Elles racontent avec aisance leur itinéraire qui cherche à se démarquer de leurs mères qui ont attendu, attendu, tricotant, détricotant les jours comme Pénélope en attente d'un Ulysse providentiel.

Et dans la description des difficultés nées de l'opposition multi séculaire qui oppose les barbares et les urbains, elles font rire, non par le sarcasme ou l'autodérision mais par le partage. L'imaginaire est riche. Le verbe et le geste sont au service d'une métamorphose. Sur la scène c'est une forme de courage qui s'exprime : celui de la fuite qui vous sauve. Au risque du déchirement. Sans jamais perdre le sens de la vie et de l'amour. En conservant la dynamique de retrouvailles. Dans la lucidité.

Jean Grapin
15/10/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016