Nous avions adoré "Les NoNo font leur Cirque" et encore plus "Cabaret NoNo"... Toute la sensualité, l'intensité, l'onirisme, le clownesque et l'univers déjanté/pictural/graphique de Marion Coutris et Serge Noyelle étaient résumés dans ces créations. Aujourd'hui, les fondateurs du Théâtre NoNo présentent un diptyque "Beckett" en créant "Oh les beaux jours" et "En attendant Godot" dans le cadre...
Chaque mois de mai, depuis 2002, la mairie du Quatorzième avec Emmanuel Dechartre et le théâtre 14 organisent le Printemps de la Création Théâtrale. À l'affiche de cette nouvelle édition, une dizaine de jeunes compagnies avec de nouvelles créations dont la Compagnie du Saut de l'Ange avec le superbe "Petits Poisons" écrit et interprété par Isabelle Lauriou... Un "seul en scène" plein d'élégance,...
La belle et lumineuse Brigitte Fossey avait fait une apparition cet hiver au musée Rodin autour des nocturnes de Charles Gonzalès (nous en avions un peu parlé). Elle réapparaît dans une soirée littéraire et musicale à la salle Gaveau, autour d’extraits de Victor Hugo. Pour lire ces textes, la comédienne est accompagnée par le pianiste Yves Henry, double raison de s’y rendre ! Le romancier, le...
Geneviève Rozental ne cesse de nous étonner. Cette metteure en scène et directrice (d’un tout petit théâtre situé dans le 15e arrondissement - Théâtre Aire Falguière) continue, avec énergie et foi, à porter de jeunes auteurs sur la scène. Mais peu subventionnée, peu aidée, la difficulté à tenir ce théâtre debout est souvent monstre. Et pourtant ! D’année en année, elle arbore fièrement de jeunes...
Pour une fois, l’occasion de présenter une formule un peu différente : la mise en voix, par des comédiens, des nouvelles de Marianne Maury Kaufmann. Elles sont toutes fraîches puisqu’elles viennent de paraître chez Fayard. Le titre est accrocheur : "Pas de chichis !". Des histoires très courtes. Parfois touchantes, lubriques ou ridicules… Ou tout simplement drôles. C’est à lire ou à écouter… au...
François Rancillac propose, au Théâtre de l’Aquarium, quatre pièces courtes. Elles sont présentées en deux volets et réunies sous le titre provocateur de "Bourreaux d’enfants !". Il fait suite à la question de la transmission qui sous-tend déjà toute la saison de l’Aquarium. Au programme, Swift et Hugo, Duras et Molière. Des auteurs majeurs pour des textes qui ne sont normalement pas écrits pour...
Il y a des spectacles dont on regrette de ne pas avoir parlé plus tôt. Pourtant, faire entendre au Théâtre des Mathurins la correspondance de Vladimir Jankélévitch, dans un spectacle proposé par Bruno Abraham-Kremer et son acolyte Corine Juresco, est un pari bien osé en 2013. Née du Festival de la Correspondance de Grignan (qui portait en juillet 2012 sur les philosophes), cette lecture...
En ce moment, dans la jolie salle du théâtre La Manufacture des Abbesses, une pièce intimiste. Un seul en scène dans lequel se mêlent humour et désespoir. "Un cri de vie" écrit par l’acteur, dramaturge et psychiatre argentin Eduardo Pavlovsky. "La pièce s’ouvre sur une confrontation avec le phénomène de la mort. Celle entre un homme et une mouche posée sur un mur blanc. Ce dernier raconte dans...
Dans un spectacle où se mêlent chansons, danses et musique, c’est un show, un peu "Broadway", qui pointe parfois son nez dans les chorégraphies. Deux Tangos se tiennent la main pour emmener le spectacle, un Tango traditionnel et un Tango moderne aux allures très acrobatiques. Ils sont six couples de tangueros sur scène. Derrière, un orchestre, avec guitares, batterie et mini accordéon accompagne...
Rigal, seul sur scène, déploie un jeu où équilibre et déséquilibre se donnent la répartie. Dans une série d’enchaînements et de basculements, son personnage lutte pour gagner sa liberté contre un espace d’oppression et de déperdition. Sur scène, une pièce, presque une cave, dans laquelle une chaise et une lumière rouge articulée par un bras font office de décor. Un homme (Rigal), en costume noir,...
Une comédie de mœurs où le comique purifie le tragique
Reprise 2013, "À toi, pour toujours, ta Marie Lou", Théâtre Lucernaire, Paris
[2e Reprise] Né en 1942, Michel Tremblay est un auteur québécois touche à tout de théâtre, romans, chansons, scénarios, etc. Son premier succès, "Les belles sœurs" en 1968, traduit dans près de cinquante langues, a fait le tour du monde. Il est quelque peu oublié en France depuis.
"À toi, pour toujours, ta Marie Lou", œuvre de jeunesse (écrite en 1971), est présentée pour la première fois en France. Elle traite de la guerre impitoyable aggravée par la pauvreté qui règne au sein des familles. Le père qui boit (Yves Collignon), la mère qui accable (Cécile Magnet), les enfants qui se planquent. L’une, crâne et bravache (Sophie Parel), choisit la liberté ; l’autre (Marie Mainchin), repliée et craintive, choisit la sainteté. Les frères sont étrangement absents. Il est vrai que la mère tricote trop... Tous sont démangés par une envie de tuer.
La pièce pourrait n’être qu’une pochade prolétarienne, elle s’avère être une formidable machine théâtrale à la belle inventivité langagière. Elle est charpentée par des chassés croisés entre le passé et le présent, un peu comme le ferait un jeu de cartes dont les figures retomberaient invariablement sur le pique : une réussite qui ne réussirait jamais. Elle distribue les morceaux de bravoure aux comédiens et leur procure des manières de profondeur et d’humanité. Chacun a sa part de vérité.
Histoire d'une chute annoncée... Du monarque au tyran...
Reprise 2013, "Marie Tudor", Le Lucernaire, Paris
Dans "Marie Tudor" de Victor Hugo, une reine et son amant sont emportés par le tourbillon mortel du désir et du pouvoir. Au rythme talentueux d’un bonimenteur, d’un bateleur, l’auteur, qu’il faut savoir découvrir hors de tout fatras patrimonial, enchaine les scènes et livre une extraordinaire lecture de la société. Le mépris exercé par la caste aristocratique, les ostracismes ordinaires, la foule instrumentalisée. L’auteur sait comme personne conjuguer archétypes et réalisme dans une tension dramatique croissante qui n’exclut pas le rire et la beauté.
Le spectateur découvre comment, des salles du palais royal aux places de Londres plongées dans la nuit et le brouillard, se tissent les liens entre des personnes que tout sépare, découvre les effets de démultiplication dévastateurs que provoque l’idéal de vertu qui fonde un peuple... lorsque se cristallisent les forces de la raison d’État, de l’Amour confrontés à la jalousie, la cupidité, la voracité et la vengeance. L’histoire de Marie Tudor est celle d’une chute annoncée. Du monarque au tyran.
Marie Tudor se présente comme un conte populaire qui dévoile le dessous des cartes. Précis et toujours actuel…
Victor Hugo théorisa le drame, enfanta le théâtre populaire, le roman populaire et le roman policier. Il rêva peut-être le cinéma.
C’est cette intuition que Pascal Faber concrétise dans sa mise en scène. Avec une grande justesse et délicatesse dans la forme.
Quand Caravaggio nous est conté… la beauté fait rage !
Reprise 2013, "Moi, Caravage", Théâtre de la Gaîté Montparnasse, Paris
Lorsqu'une pièce rencontre son public, on a la chance de la voir reprise et prolongée. C’est le cas de "Moi, Caravage", une des réussites d’Avignon 2010, écrite et en partie interprétée par Cesare Capitani, dans le rôle-titre du célèbre peintre italien Michelangelo Merisi da Caravaggio (dit Caravage).
A priori, la pièce n’avait pas tous les ingrédients pour soulever un tel enthousiasme. Ni décor, ni machinerie, une mise en scène réduite à son strict minimum : deux comédiens, un texte et une mise en lumière. Et c’est à peine s’il s’établit un dialogue entre les deux interprètes. Long soliloque (ou long monologue, au choix, ce n’est qu’une question de point de vue), le texte est essentiellement construit sous forme de narration, celle d’une vie poignante et passionnante, mais bien trop courte.
Si le plateau est rendu à sa plus simple expression, le jeu habile des lumières de Bernard Martinelli enserre les comédiens, baignés tour à tour par la noirceur des démons ou par l’aura des anges. Mais au-delà du bel hommage rendu aux fameux clairs-obscurs du peintre, les contrastes, loin de s’estomper, révèlent l’ange perfide ou le démon loyal qui habitent chacun de ses tableaux. Comme sa vie, l’œuvre de Caravaggio est dénuée de tout jugement moral, c’est ce qui fait (entre autres) la puissance et la modernité de son œuvre. Et avoir compris cela force déjà le respect du critique.