La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Marivaux et Lazarini font-ils bon ménage ?

La metteuse en scène, comédienne, traductrice et co-directrice du Théâtre Artistic Athévains, Anne-Marie Lazarini, se lance dans le marivaudage. Avec « les Serments indiscrets », elle signe une mise en scène aux allures très puristes. On se croirait dans une miniature de Fragonard… enfin presque !



Les Serments indiscrets © Marion Duhamel.
Les Serments indiscrets © Marion Duhamel.
Marivaux ou l’art de la contradiction : Lucile refuse d’épouser Damis. Fierté de bonne femme d’un désir inavouable ou peur d’être délaissée trop vite, cette jeune fille au fort caractère pousse jusqu’au bout le jeu de l’amour. Mais cette raisonneuse n’a peut-être pas tout à fait tort lorsqu’elle affirme que « les hommes ne sont bons qu’en qualité d’amants ». (Beaumarchais nous l’a assez montré avec le personnage du comte Almaviva dans son Mariage de Figaro). À tort ou à raison, Lucile résiste donc tant qu’elle peut à la tentation du mariage. Mais les cinq actes finiront par avoir raison de sa raison et l’amour emportera ce cœur rebelle. Au-delà de l’intrigue (au schéma parfaitement marivaudien), cette pièce à quiproquos est aussi un joli prétexte pour dénoncer les travers d’une époque : statut de la femme-objet, mariage forcé, relation maîtres et valets, etc.

Et dans cette mise en scène, Anne-Marie Lazarini ne dénote pas. L’ensemble montre qu’un réel travail de recherche a été effectué : les costumes de Dominique Bourde, par exemple, annoncent une certaine libération de la femme (crêpe de soie et broderie fine pour les jeunes filles habillées à la mode romaine). De même en est-il de la simplicité et de l’élégance des hommes. Tout, dans la légèreté des toilettes, évoque la Révolution à venir. C’est bien vu et le tableau est d’une précision et d’une justesse indéniables.

Rien à redire non plus sur le jeu et la diction impeccables des comédiens. Une Lisette (Frédérique Lazarini) dont le rôle de la suivante (fausse naïve mi-nunuche mi-intrigante) est parfaitement endossé. Des pères (Jacques Bondoux et Dimitri Radochévitch) dont on salue (bien bas) les qualités d’interprétation (le travail sur la gestuelle particulièrement). Isabelle Mentré aussi nous étonne. D’abord dans la façon qu’elle a d’articuler le texte. Ensuite, on se pique au jeu de ce petit être au visage de poupée de cire qui désarticule les mots en même temps qu’elle défait les nœuds et révèle les amants l’un à l’autre.

On est moins convaincu par Julie Pouillon dans le rôle principal. On a du mal à s’attacher au jeu de son personnage qui manque un peu de grâce et de fluidité. Dans sa direction d’acteurs, Anne-Marie Lazarini l’a-t-elle voulu comme cela ? C’est très possible. Quoi qu’il en soit, Arnaud Simon (l’amoureux éploré) rééquilibre largement les duos, et les interventions saugrenues de Frontin (Cédric Colas) et de Lisette donnent un tour un peu plus piquant aux dialogues.

Marivaux et Lazarini font-ils bon ménage ?
Un peu plus seulement. Car là où l’on s’attendait à du marivaudage un tantinet coquin et folâtre, il demeure sage et trop ascétique. Comme le jeu des comédiens, le choix d’un décor épuré de François Cabanat (du sol aux murs, la scène est habillée de blanc) laisse voir un plateau un peu trop lisse et aseptisé. Si l’ensemble ne marque aucune réelle fausse note, disons tout de même que l’on s’ennuie… un peu. Peut-être aurait-on aimé y voir un Marivaux aux tonalités et aux couleurs plus contemporaines... Certes, on a bien compris que c’est là un choix assumé et qu’il permet de redonner au texte le premier rôle en même temps qu’une certaine intemporalité. Mais montrer Marivaux aussi épuré a-t-il encore aujourd’hui un grand intérêt ?

En effet, la question que l’on se pose en sortant de là est bien celle-ci : quel intérêt ? Ce travail a, par certains côtés, des allures très scolaires et très sages. On n’a pas tellement l’impression de sortir des sentiers battus, même en suivant les cailloux lumineux (œuvre du sculpteur David Dreiding) qui jonchent la scène. S'ils peuvent rappeler les miniatures de Fragonard, ils sont aussi à l'image de la pièce : un peu trop lisses et bien brillants. Ils ne donnent guère envie d’être ramassés.

"Les Serments indiscrets"

(Vu le 15 avril 2011)

Texte : Marivaux.
Mise en scène : Anne-Marie Lazarini, assistée de Bruno Andrieux.
Décor et lumières : François Cabanat.
Costumes : Dominique Bourde.
Collaboration aux costumes : Anne-Marie Underdown et Sophie Heurlin.
Sculptures : David Dreiding.
Avec Jacques Bondoux, Cédric Colas, Frédérique Lazarini, Isabelle Mentré, Julie Pouillon, Dimitri Radochévitch, Arnaud Simon.

Du 1er mars au 24 avril 2011.
Mardi 20 h ; mercredi et jeudi 19 h ; vendredi et samedi 20 h 30 ; samedi et dimanche 16 h ; relâche lundi.
Réservations : 01 43 56 38 32.
Pour plus de renseignements : www.artistic-athevains.com

Sheila Louinet
Samedi 16 Avril 2011

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre

"Michael Kohlhaas, l'homme révolté", Théâtre Essaïon, Paris

Reprise Il caracole à la tête de son troupeau de chevaux qu'il va vendre, béat à la pensée de son futur bénéfice. Michael Kohlhaas, héros du roman éponyme de Henrich von Kleist, aime les chevaux, la liberté et l'aisance.

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre
Un mauvaise douane, mauvaise farce, loi privée improvisée et vraie confiscation, le prive de sa liberté de circuler et de ses plus beaux chevaux. Perdant sa joie et raison de vivre, d'avanies en déconvenues, l'homme va demander justice, implorer, s'emporter, poursuivre les méchants, ignorer les pondérés, proclamer son droit, réclamer son dû, se faire justice.

Brûlant, détruisant, pillant les villes. Bientôt à la tête d'une bande de sacripants, de sacs et de cordes, bandits de grands chemins, défiant l'empereur. Michael le pacifique est devenu Michael le révolté. Michael Kohlhaas, pendu haut et court, est un héros, une légende. Dans la bataille finale, il se révèle même frère en vaillance du prince de Hombourg*.

Gilbert Ponté est seul en scène. Dans son adaptation du récit, il est rayonnant, scintillant de tous les états d'âme du personnage. Il est aussi, tour à tour, tous les personnages, tous les paysages, tous les rythmes et sensations, dans l'immédiateté du geste.

Jean Grapin
13/10/2017
Spectacle à la Une

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple

"F(l)ammes", Maison des Métallos, Paris, puis tournée

Reprise Dans "F(l)ammes", Ahmed Madani met en scène les véridiques récits de la vie contemporaine portés par dix jeunes femmes, fruits de l'Histoire des peuplements successifs du territoire français. Autant de témoignages que les bonnes fées du théâtre ont sublimé.

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple
Les comédiennes ont sculpté de vrais personnages contemporains hauts en couleur qu'elles évoquent sans fard et qu'elles expriment avec une grande de joie de vivre et ce, en dépit du contenu des propos d'un quotidien souvent difficile.

Ces jeunes femmes sont typées, à certains égards extravagantes. Elles appartiennent d'évidence à la vitalité de la ville. La parole est dégagée. Elles expliquent comment elles sont dans la nécessité de quitter les rôles attribués par les traditions familiales, qui les enferment dans un filet de violence et de brutalité ; et combien elles sont mises à l'épreuve pour s'inventer, se forger, se libérer des fidélités. Elles émeuvent. Elles racontent avec aisance leur itinéraire qui cherche à se démarquer de leurs mères qui ont attendu, attendu, tricotant, détricotant les jours comme Pénélope en attente d'un Ulysse providentiel.

Et dans la description des difficultés nées de l'opposition multi séculaire qui oppose les barbares et les urbains, elles font rire, non par le sarcasme ou l'autodérision mais par le partage. L'imaginaire est riche. Le verbe et le geste sont au service d'une métamorphose. Sur la scène c'est une forme de courage qui s'exprime : celui de la fuite qui vous sauve. Au risque du déchirement. Sans jamais perdre le sens de la vie et de l'amour. En conservant la dynamique de retrouvailles. Dans la lucidité.

Jean Grapin
15/10/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016