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Théâtre

"Les Fourberies de Scapin"… En un élan créatif et impertinent, une version chaleureuse et revigorante

"Les Fourberies de Scapin", Le Lucernaire, Paris

Jeunesse amoureuse, frondeuse et insoumise. Amour acté et signé sans consentement de leurs géniteurs et, en secours rusé mais généreux, l'homme Scapin au pedigree de valet futé donne la cadence de la danse. Dans un pur esprit de troupe, Emmanuel Besnault et une ribambelle de comédiens musiciens chanteurs nous prouvent, avec impétuosité et fraîcheur, l'intemporalité du texte de Molière.



© Compagnie L’Éternel Été.
© Compagnie L’Éternel Été.
Le répertoire n'a de cesse que d'être revisité, c'est son destin, son malheur ou son bonheur… Chacun apprécie en fonction de la proposition artistique. La pièce de Molière, "Les Fourberies de Scapin", en fait bien sûr partie. Et si j'allai un peu à reculons, bien que connaissant le jeune talent à l'œuvre, voir cette énième version, j'en revins fort satisfait tant le travail de cette jeune compagnie était riche de virtuosité et d'une joyeuse énergie.

D'entrée de jeu, la dynamique est impulsée par une introduction musicale et chantée avec un entrain qui donne immédiatement le tempo qui sera insufflé tout au long du spectacle. Cela est amplifié par une distribution astucieuse de la totalité des rôles à cinq comédiens, générant ainsi des passages de scènes rapides et fluides. Et l'option choisie, de faire jouer Argante (le père d'Octave) par le comédien (Schemci Lauth) interprétant Léandre et Géronte (le père de Léandre) par Manuel Le Velly qui joue également Octave, agit comme un exorcisme ludique et éminemment comique.

© Compagnie L’Éternel Été.
© Compagnie L’Éternel Été.
Seuls Scapin (Geoffrey Rouge Carrassat) - vif, au regard malicieux, malin et souple comme un singe - et Sylvestre (Benoît Gruel) sont interprétés par un seul acteur. Chacun, dans une fougue quasi juvénile, entretient le rythme effréné adopté sans jamais se départir de sa justesse de jeu et de diction. Seule femme de la partie, Deniz Turkmen (Hyacinthe, Zerbinette et Nérine) est rayonnante dans ses compositions et apporte une intelligence et un charme féminins à l'ensemble.

Le metteur en scène, Emmanuel Besnault, use ici avec intelligence et passion de son expérience* de la commedia dell'arte et de son amour pour les théâtres de troupe et de tréteaux. Ainsi, associant le jeu burlesque, celui des baladins, des amuseurs publics et autres saltimbanques ainsi que celui musical des troubadours, en une synthèse enthousiaste, il magnifie avec audace et un rien d'effronterie joviale le texte du sieur Molière.

Son approche scénique est généreuse et éminemment inscrite dans une cinématique joyeuse et inventive. Les trouvailles de mise en scène sont nombreuses et initient des intelligences de décors ou d'effets que l'on trouve rarement dans une jeune compagnie. La scène du sac et des coups de bâton est traitée de manière originale et invite le public à se retrouver embarqué, drapé, dans l'intimité de l'action. Une des idées fortes d'Emmanuel Besnault… qui, "après coups", fait mouche !

© Compagnie L’Éternel Été.
© Compagnie L’Éternel Été.
Cette proposition d'Emmanuel Besnault et de la compagnie L’Éternel Été agit comme une cure de jouvence... mais sans omettre de porter l'éclairage sur l'éternelle aventure, romancée ou pas, des amours entravés pour d'aussi éternelles futiles raisons familiales, religieuses, de classe ou d'États ; et sur les joutes universelles entre notre bienveillante humanité et nos attraits vénaux.

* Acquise entre autres avec le rôle d'Arlequin dans "Arlequin valet de deux maîtres" de Goldoni à la Comédie Italienne en 2013. Ce théâtre est le lieu de référence de la commedia dell'arte à Paris (et seul théâtre italien en France). Ce dernier, après avoir été contraint de fermer pour cause de difficultés financières dues à la baisse importante de ses subventions, tente de renaître, grâce à la vente de costumes et de quelques discrets mécènes, en proposant une création (d'après des textes d'auteurs italiens), "Les Délices du Baiser", depuis le 16 novembre 2016.

"Les Fourberies de Scapin"

© Compagnie L’Éternel Été.
© Compagnie L’Éternel Été.
Texte : Molière.
Mise en scène : Emmanuel Besnault.
Avec : Benoît Gruel, Schemci Lauth, Geoffrey Rouge-Carrassat, Deniz Turkmen, Manuel Le Velly.
Lumières : Cyril Manetta.
Scénographie : Emmanuel Besnault.
Musique : Manuel Le Velly.
Par la Compagnie L’Éternel Été.
Durée : 1 h 10.

Du 4 janvier au 19 mars 2017.
Mardi au samedi à 20 h, dimanche à 18 h.
Relâche les 8 janvier, 11 et 15 mars.
Théâtre Le Lucernaire, Paris 6e, 01 45 44 57 34.
>> lucernaire.fr

Gil Chauveau
Vendredi 10 Février 2017

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