La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Les 62e Nuits de la Citadelle, un festival en mode majeur

Du 19 juillet au 12 août, le festival le plus ancien de France avec les Chorégies d'Orange rouvre ses portes à Sisteron pour une programmation très variée placée sous les auspices des muses de la danse, du théâtre, de la musique et des arts plastiques. Un éclectisme qui est la marque de fabrique des Nuits de la Citadelle.



Les Violoncelles Français © Nuits de la Citadelle.
Les Violoncelles Français © Nuits de la Citadelle.
La passion, qui anime les promoteurs de la culture à Sisteron - cette Porte de la Provence dominant la vallée de la Durance - depuis le début du XXe siècle, ne s'est jamais démentie. Force est de le constater quand on rencontre Édith Robert, la pétillante présidente de l'association ATM (Art Théâtre Monuments). La charmante sexagénaire, qui préside aux destinées des Nuits de la Citadelle depuis dix-huit ans (après en avoir été de nombreuses années la vice-présidente), non contente d'être une des plus fines connaisseuses de la vie musicale, est aussi intarissable sur l'histoire de la ville et bien-sûr du festival. Elle est même l'auteur d'un livre sur ce sujet - qui se vend plutôt bien à la sortie des concerts, avoue-t-elle dans un petit rire.

L'histoire du festival sisteronnais raconte ainsi les raisons de son succès actuel. Éclectisme et innovation, curiosité et excellence en sont les maîtres mots depuis qu'en 1956, un des Chorèges d'Orange, Marcel Provence, a l'idée de refonder un festival dans la Citadelle datant de Henri IV. C'est cette forteresse des Comtes de Provence qui abrite un théâtre de verdure depuis 1928 permettant aux sociétaires de la Comédie Française (sous l'impulsion d'Antoine Balpétré) de jouer tous les étés jusqu'en 1939. Après la guerre, l'ancien bâtiment militaire et ses dix hectares de muraille devenu écrin de théâtre doit être restauré à nouveau.

Orchestre Symphonique Budapest, Pavel Sporcl au violon © Nuits de la Citadelle.
Orchestre Symphonique Budapest, Pavel Sporcl au violon © Nuits de la Citadelle.
L'association ATM enfourchera ses deux chevaux de bataille : la restauration patrimoniale, l'entretien des nombreux monuments classés de la ville et la possibilité d'offrir la culture à tous dans cette partie de la région des Alpes de Haute-Provence (au nord du Lubéron) aussi jolie qu'avare en offre culturelle justement.

Et l'offre s'étoffera avec les années et le succès, en même temps que les sites se multiplieront dans la ville pour accueillir de la musique sacrée dans la Cathédrale romane de Notre-Dame des Pommiers, de la musique de chambre dans le Cloître Saint-Dominique (datant du XIIIe siècle), de la musique symphonique et de la danse sur le plateau agrandi du théâtre de verdure (à l'excellente acoustique), du théâtre toujours et une exposition d'art dans la Citadelle. De deux spectacles donnés aux origines de la manifestation, les Nuits de la Citadelle présentent désormais dix soirées en été - plus deux concerts hors-saison à Pâques et en décembre.

Quand on lui demande si sa programmation se fait autour d'un thème particulier chaque année, Édith Robert s'exclame qu'il n'en est pas question : ses choix sont toujours motivés par une offre pensée comme la plus large possible, car susceptible de plaire au plus grand nombre. Plus de six mille spectateurs l'an dernier sont venus confirmer la pertinence de sa vision.

Étoiles du Théâtre Mariinsky © Nuits de la Citadelle.
Étoiles du Théâtre Mariinsky © Nuits de la Citadelle.
Les Nuits ont vu défiler les stars (tels Yehudin Menuhin, Georges Cziffra, France Clidat ou Barbara Hendricks entre nombreux autres), mais la présidente sait aussi repérer les futurs grands pour les inviter aussi - à la faveur des jurys de concours, des auditions parisiennes auxquels elle participe et des spectacles qu'elle voit toute l'année.

Pour cette édition 2017, la jeunesse et l'excellence sont encore au rendez-vous. Jean-François Zygel et Hugues Leclère ouvriront cette session pour une "Bachmania". Suivront le Malandain Ballet Biarritz avec Jean-Paul Gasparian au piano, l'Orchestre Symphonique Ose ! avec Adam Laloum au piano, le non moins talentueux Quatuor Modigliani jouant pour la première fois avec Till Fellner (un pianiste autrichien qui est peut-être le nouveau Alfred Brendel) ou encore l'Orchestre de Chambre de Genève accompagné du guitariste Emmanuel Rossfelder.

Après avoir découvert les sculptures monumentales de Marino di Teana, le public pourra écouter dans la cathédrale la mezzo Vivica Genaux accompagnée du Concerto Köln ou le groupe de jazz Mare Nostrum (emmené par Richard Galliano) dans le cloître.

Richard Galliano Sextet © Nuits de la Citadelle.
Richard Galliano Sextet © Nuits de la Citadelle.
Il ne ratera pas l'ex-sociétaire de la Comédie Française Béatrice Agenin dans "La Louve", une pièce historique de Daniel Colas consacrée à la difficile accession de François Ier au trône de France. Ce même roi n'avait-il pas donné rendez-vous à sa mère Louise de Savoie (la fameuse "Louve"), à son épouse Claude et à sa sœur la duchesse d'Alençon dans cette bonne ville de Sisteron après son retour d'Italie et la victoire de Marignan ? Juste retour des choses.


Du 19 juillet au 12 août 2017.
Nuits de la Citadelle
Réservation et programmation complète :
>> nuitsdelacitadelle.fr
Pavillon ATM.
1, Allée de Verdun, 04200 Sisteron.
Tél. : 04 92 61 06 00.

Christine Ducq
Lundi 19 Juin 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

"La Cantatrice chauve"… Une merveilleuse et brève histoire du temps*

"La Cantatrice chauve", Théâtre de Belleville, Paris

En réponse à la Seconde Guerre mondiale, un nouveau courant littéraire émerge : celui de l'absurde. Des dramaturges, tels Ionesco et Beckett pour ne citer que les plus connus, s'interrogent sur le non-sens de la vie qui conduit inéluctablement à la mort. "La Cantatrice chauve" est la première pièce se réclamant de ce genre. Ionesco la définit même comme une "anti-pièce", c'est de l'"antithéâtre".

Une pièce où le "a" privatif prime. Une trame atemporelle. Le décor est constitué de rideaux d'horloges indiquant toutes un horaire différent. Les Smith affirment qu'ils n'ont pas l'heure. On ne sait pas à quel moment de la journée se déroulent les faits, ni combien de temps il s'écoule. L'action défile, s'arrête, s'accélère, décélère, se rembobine, se répète, se multiplie… Le temps se distord, se crée, se rompt, se réinvente.

Des personnages sans visage, qui sont interchangeables. Les hommes parlent d'une voix de femme, les femmes d'une voix d'homme. Le couple des Smith devient le couple des Martin et le couple des Martin devient le couple des Smith. La famille de Bobby Watson se compose uniquement d'individus portant le même nom de Bobby Watson.

Des dialogues sans logique, sans contenu, sans échange. Ce n'est plus du langage, c'est de la langue dans la forme la plus pure qui soit. C'est une association de mots, une suite de syllabes, de sonorités, un assemblage d'images... Le concret laisse place à l'abstrait. Le sens n'a plus sa place. L'esthétique le remplace.

Ludivine Picot
25/08/2017
Spectacle à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016
Sortie à la Une

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent

"Liberté ! (Avec un point d'exclamation)", La Manufacture des Abbesses, Paris

Voilà la question. Liberté ! Au singulier et avec un point d'exclamation. Et avant tout, la liberté de choisir. C'est ce qui vient immédiatement à l'esprit face aux propositions de nos sociétés surconsommatrice, et pas seulement consommatrices en denrées, en produits manufacturés mais aussi en pensées, en pensées prêt-à-porter, en gens, en relations. En humains.

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent
Alors voilà le personnage hurluberlu de Gauthier Fourcade qui vient comme un chien dans un ballet réglé comme une machine à sous, se jeter cœur en avant avec son indécision maladive dans un monde si bien fait pour dire que les choix ont un sens. Impossible de choisir pour lui, ni la droite, ni la gauche, ni ceci, cela, rien.

Sous allures de savant fou, surgissant d'un coffre et y retournant comme on se niche dans un lit, entouré d'un dispositif presque scolaire, la déferlante de l'humour verbal du comédien va bientôt emporter toute la réalité dans une vision à perdre le souffle.

Usant de défi à l'esprit, à la logique, à l'imaginaire, avec une verve utilisant toutes les possibilités drolatiques du langage, comme assistant à l'exposition du monde intérieur de ce savant au regard aigu, le spectacle devient une aventure parcourant le monde et le temps.

Pour ce spectacle intelligent qui est, à part égale, culturel et comique, Gauthier Fourcade a fait appel à William Mesguich comme metteur en scène. Et c'est un plus. L'univers du premier et le sens du rythme et de la dramaturgie du second se combinent pour transformer ce seul en scène en spectacle multiple où chanson, magies, manipulations et marionnettes concourent tous à créer du rêve et du rire.

Bruno Fougniès
30/08/2017