La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"La Danse de mort"… Cette joie de vivre paradoxale n'est qu'un songe plein d'ironie

"La Danse de mort", Théâtre La Reine Blanche, Paris

Dans "La Danse de mort" d'August Strindberg, les personnages d'Edgar et d'Alice fêtent leurs noces d'argent. Ayant passé vingt-cinq ans côte à côte dans l'aigreur des jours, au milieu des rêves de gloire éteints, ils sont à bout. C'est aux confins de la Suède.



© Pascal Gély.
© Pascal Gély.
Dans la mise en scène de Stuart Seide, la scénographie est épurée, le plateau quasi nu, réduit à l'essentiel, et la conduite d'acteur précise. Le jeu ne verse jamais dans la caricature. L'intensité croît sans relâchement au fur et à mesure de l'avancée des scènes par paliers de respiration. La pièce révèle toutes ses qualités d'écriture. Pour les comédiens, elle est un espace de jeu rêvé aux confins du drame, à la marge de la farce, en bordure de faits divers.

C'est sans résistance que le spectateur entre dans la danse à la découverte de deux virtuoses (Jean Alibert et Hélène Theunissen), dans un art de la guerre domestique conçue comme une guerre de siège méticuleuse, une guerre psychologique précise et manipulatrice avec ses enfermements, ses tranchées, ses leurres, ses gesticulations, ses escarmouches, ses piques et ses silences lourds.

Et lorsqu'un tiers, Kurt (Pierre Baux), fait irruption et devient, par la force des choses, forcément, l'allié de l'un et le traître de l'autre, c'est avec bonheur que le spectateur discerne comment ces vingt-cinq ans de conflits larvés dégénèrent en guerre de mouvement. Que l'ivresse du champ de bataille s'empare des corps et des âmes jusqu'à l'assaut final. Kurt est un ressort dramatique, un point de repère au sein d'un espace d'écriture qui concentre et dilate les situations, conduit les personnages dans un espace flottant de la conscience, celui du passage à l'acte.

© Pascal Gély.
© Pascal Gély.
À chaque changement de scène, le mensonge devient plus agissant. En corollaire, les suspicions montent. L'anodin devient dangereux. Le calme devient de plus en plus instable et menaçant, les propos changent de couleur et de nature, les sous-entendus se font tangibles. Le temps lui-même se tord. Réel, fantasmé, instantané, de longue durée, son élasticité faisant douter de la réalité. La pièce, nourrie des connaissances du neurologue Jean-Martin Charcot, dessine une trajectoire en direction de la folie. C'est un escalier vers le drame. C'est une montée aux supplices. Cela est saisissant de réalisme banal tout autant que de fantastique.

Dans cette histoire, il n'est point de suppliques possibles. No Mercy. Le combat est un combat à mort dans la ruse comme dans la force. "La Danse de mort" est un drame qui avance scène après scène. En autant de tours de vis. La pièce avance vers l'irrémédiable, vers son propre anéantissement.

Et par là même, ce drame est un drame comique. En ce sens que le dispositif, la situation, les dialogues et le jeu renvoient à une forme éternelle de l'homme. Celle de sa théâtralité nécessaire, de l’affirmation de la fiction nécessaire. Qui fait que face à une réalité une contre réalité s’impose à l’homme, une manière de conjurer le mauvais sort qui lui est fait. La farce universelle. Le spectateur partage alors le plaisir de jouer des comédiens et c'est dans une complicité malicieuse qu'il applaudit très fort cette joie de vivre paradoxale qui lui est montrée et qui n'est qu'un songe plein d'ironie. Du théâtre.

"La Danse de mort"

© Pascal Gély.
© Pascal Gély.
Texte : August Stringberg.
Traduction : Terje Sinding.
Mise en scène : Stuart Seide.
Assistante mise en scène : Karin Palmieri.
Avec : Jean Alibert, Pierre Baux, Karin Palmieri, Helene Theunissen.
Scénographie : Angeline Croissant.
Lumière : Jean-Pascal Pracht.
Son : Marc Bretonniére.
Costumes : Sophie Schaal.
Coiffures et maquillages : Catherine Nicolas.
Régie générale/Peintre décorateur/Accessoires : Ladislas Rouge.
Compagnie C/T Stuart Seide.
Durée : 1 h 40.

Du 27 septembre au 29 octobre 2017.
Du mercredi au samedi à 20 h 45, dimanche à 15 h 30.
Théâtre La Reine Blanche, Grande Salle, Paris 18e, 01 40 05 06 96.
>> reineblanche.com

Jean Grapin
Vendredi 6 Octobre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre

"Michael Kohlhaas, l'homme révolté", Théâtre Essaïon, Paris

Reprise Il caracole à la tête de son troupeau de chevaux qu'il va vendre, béat à la pensée de son futur bénéfice. Michael Kohlhaas, héros du roman éponyme de Henrich von Kleist, aime les chevaux, la liberté et l'aisance.

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre
Un mauvaise douane, mauvaise farce, loi privée improvisée et vraie confiscation, le prive de sa liberté de circuler et de ses plus beaux chevaux. Perdant sa joie et raison de vivre, d'avanies en déconvenues, l'homme va demander justice, implorer, s'emporter, poursuivre les méchants, ignorer les pondérés, proclamer son droit, réclamer son dû, se faire justice.

Brûlant, détruisant, pillant les villes. Bientôt à la tête d'une bande de sacripants, de sacs et de cordes, bandits de grands chemins, défiant l'empereur. Michael le pacifique est devenu Michael le révolté. Michael Kohlhaas, pendu haut et court, est un héros, une légende. Dans la bataille finale, il se révèle même frère en vaillance du prince de Hombourg*.

Gilbert Ponté est seul en scène. Dans son adaptation du récit, il est rayonnant, scintillant de tous les états d'âme du personnage. Il est aussi, tour à tour, tous les personnages, tous les paysages, tous les rythmes et sensations, dans l'immédiateté du geste.

Jean Grapin
13/10/2017
Spectacle à la Une

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple

"F(l)ammes", Maison des Métallos, Paris, puis tournée

Reprise Dans "F(l)ammes", Ahmed Madani met en scène les véridiques récits de la vie contemporaine portés par dix jeunes femmes, fruits de l'Histoire des peuplements successifs du territoire français. Autant de témoignages que les bonnes fées du théâtre ont sublimé.

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple
Les comédiennes ont sculpté de vrais personnages contemporains hauts en couleur qu'elles évoquent sans fard et qu'elles expriment avec une grande de joie de vivre et ce, en dépit du contenu des propos d'un quotidien souvent difficile.

Ces jeunes femmes sont typées, à certains égards extravagantes. Elles appartiennent d'évidence à la vitalité de la ville. La parole est dégagée. Elles expliquent comment elles sont dans la nécessité de quitter les rôles attribués par les traditions familiales, qui les enferment dans un filet de violence et de brutalité ; et combien elles sont mises à l'épreuve pour s'inventer, se forger, se libérer des fidélités. Elles émeuvent. Elles racontent avec aisance leur itinéraire qui cherche à se démarquer de leurs mères qui ont attendu, attendu, tricotant, détricotant les jours comme Pénélope en attente d'un Ulysse providentiel.

Et dans la description des difficultés nées de l'opposition multi séculaire qui oppose les barbares et les urbains, elles font rire, non par le sarcasme ou l'autodérision mais par le partage. L'imaginaire est riche. Le verbe et le geste sont au service d'une métamorphose. Sur la scène c'est une forme de courage qui s'exprime : celui de la fuite qui vous sauve. Au risque du déchirement. Sans jamais perdre le sens de la vie et de l'amour. En conservant la dynamique de retrouvailles. Dans la lucidité.

Jean Grapin
15/10/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016