La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

Hyacinthe et Rose... "Qui peut dire où vont les fleurs du temps qui passe ?" (1)

La chronique d'Isa-belle L

"Ma grand-mère a quelque chose, que les autres femmes n'ont pas. Ma grand-mère est une rose, d'un rose qui n'existe pas. (…) Mes plus lointains souvenirs remontent jusque dans ses bras. (…) c'est malheureux mais quand j'y pense, je ne peux pas imaginer un jour la France, sans qu'elle soit là !" (2)



Il y a nos grands-mères, et les souvenirs auxquels nous ne pouvons échapper. La cueillette des fraises dont la moitié était dégommée à l'arrivée. Nos grands-pères qui, parfois, nous ont fait flipper. Avec leurs cheveux dressés sur la tête, en pleine nuit, pour venir calmer l'ardeur de petites-filles bien trop pipelettes.

Il y a des souvenirs à la pelle pour chacun d'entre nous. Et, en cette rentrée de septembre, revenir en arrière, revoir ces beaux moments où nous n'étions que des enfants… se remémorant les journées d'été dans le jardin des grands-parents, c'est revigorant. Plus encore. Enivrant.

Il y a pour cela, amateurs de fleurs, passionnés de mots et spectateurs de tous horizons, un spectacle à ne pas louper en ce début de saison. Réunissant un étonnant duo. François Morel, bêcheur de lettres en tous genres et grand conteur d'histoire, accompagné d'Antoine Sahler, jardinier de notes au sourire espiègle et au visage d'adolescent.

Il y a eu, avant, ces portraits de fleurs peints par Martin Jarrie que la plume aromatisée de François Morel accompagne dans un recueil que je vous conseille. "Hyacinthe et Rose" a démarré ici. En découle donc cette pièce à qui je dois un retour en arrière d'au moins trois décennies. Ce que j'ai vieilli !

À fleur de peau après vingt bonnes minutes de métro, je me vois placée à côté d'Helena Noguera - sœur de Lio - au sourire enjôleur. Voilà ! Qui m'a redonné du baume au cœur. Sur le plateau, peu de chose, des instruments ici et là, table et chaise de jardin et, en fond de scène, un écran où défilent dans le ciel quelques nuages… sur lequel mes yeux se posent en attendant François Morel.

Il arrive, comme une fleur, s'installe, le trac l'accompagne. Des amis à lui sont dans la salle. Des "ex" Deschiens. Troupe fidèle et géniale. Il prend tous les tons, endosse tous les rôles, qu'il soit assis ou debout. Il est à la fois, ce curé de campagne, cette mamie Rose, ce papi Hyacinthe mais surtout ce petit garçon qui raconte… et revient sur des anecdotes, des moments de vie, celle d'avant quand il était petit…

Les notes de son acolyte ponctuent ou accompagnent les scènes, émouvantes, drôles, si réalistes, si parlantes… Dans la peau de cet enfant qui a aimé tellement ses grands-parents, on s'amuse avec lui face au cousin emmerdant. On éclate de rire alors qu'il dit qu'il veut mourir. On s'émeut quand il grandit. C'est si bien écrit. Si subtil. Si réussi. Un tour de magie que ce spectacle.

En un peu plus d'une heure, le retour vers ce passé fait oublier le monde d'aujourd'hui. Cette société moderne où tout le fout le camp. Où prendre un livre et observer dans les yeux des enfants, les fleurs, les arbres, ce que la nature a de meilleur, devient si rare. Où, jouer des heures avec ses copains, sans télé, sans tablette, sans DS, sans Burger pour le goûter, semble complètement vain.

Il y a un vrai bonheur à assister à ce moment de théâtre, ici, à Paris. Comme un souffle apaisant sur la joue des spectateurs venus entendre bien plus qu'une histoire, bien plus que des souvenirs d'enfant qui retrace un bout de la vie avec ses grands-parents. Il y a surtout l'envie de se dire, à la sortie, que des souvenirs, il faut en conserver le meilleur. Qu'ils sont des cadeaux aussi, qu'il est parfois bon d'offrir. Voilà que Monsieur Morel, en virtuose de la comédie, l'a permis, donnant au passage les larmes aux yeux à de nombreux spectateurs.

- Papi, ça te rappelle quelque chose les "Deschiens" ?
- Pourquoi que ça me dirait quequ'chose dis ?
- Parce qu'ils sont rigolos, ils s'habillent un peu comme toi et ils disent des phrases qu'on comprend pas.
- Parce que tu comprends point qu'est-ce que je te dis ? c'est la bonne de l'année celle-là !


Ah ! Papi, ce que j'aimerais que tu sois encore en vie, ce spectacle tu l'aurais "bah'dame, bein applaudi".
Parole de petite !

(1) Extrait de la chanson "Que sont devenues les fleurs" ou "Where are all the flowers gone?" de Pete Seeger et Joe Hickerson. Traduite, adaptée et chantée par Francis Lemarque sous le titre "Où vont les fleurs ?", album "Mes années 50" (NDLR).
(2) "Ma grand-mère", Mickey 3D, album "La Trève" (2001).

"Hyacinthe et Rose"

Auteur : François Morel.
Avec : François Morel et Antoine Sahler (au piano et autres instruments).
Scénographie : Édouard Laug.
Lumières : Alain Paradis.
Texte édité aux Éditions Thierry Magnier.
Durée : 1 h 10.

Du 8 septembre au 11 décembre 2015.
Du mardi au samedi à 19 h et matinée le samedi à 17 h.
Théâtre de l’Atelier, Paris 18e, 01 46 06 49 24.
>> theatre-atelier.com

Isabelle Lauriou
Lundi 14 Septembre 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre

"Michael Kohlhaas, l'homme révolté", Théâtre Essaïon, Paris

Reprise Il caracole à la tête de son troupeau de chevaux qu'il va vendre, béat à la pensée de son futur bénéfice. Michael Kohlhaas, héros du roman éponyme de Henrich von Kleist, aime les chevaux, la liberté et l'aisance.

Gilbert Ponté nous offre un seul en scène rare, une forme de narration-théâtre
Un mauvaise douane, mauvaise farce, loi privée improvisée et vraie confiscation, le prive de sa liberté de circuler et de ses plus beaux chevaux. Perdant sa joie et raison de vivre, d'avanies en déconvenues, l'homme va demander justice, implorer, s'emporter, poursuivre les méchants, ignorer les pondérés, proclamer son droit, réclamer son dû, se faire justice.

Brûlant, détruisant, pillant les villes. Bientôt à la tête d'une bande de sacripants, de sacs et de cordes, bandits de grands chemins, défiant l'empereur. Michael le pacifique est devenu Michael le révolté. Michael Kohlhaas, pendu haut et court, est un héros, une légende. Dans la bataille finale, il se révèle même frère en vaillance du prince de Hombourg*.

Gilbert Ponté est seul en scène. Dans son adaptation du récit, il est rayonnant, scintillant de tous les états d'âme du personnage. Il est aussi, tour à tour, tous les personnages, tous les paysages, tous les rythmes et sensations, dans l'immédiateté du geste.

Jean Grapin
13/10/2017
Spectacle à la Une

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple

"F(l)ammes", Maison des Métallos, Paris, puis tournée

Reprise Dans "F(l)ammes", Ahmed Madani met en scène les véridiques récits de la vie contemporaine portés par dix jeunes femmes, fruits de l'Histoire des peuplements successifs du territoire français. Autant de témoignages que les bonnes fées du théâtre ont sublimé.

Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple
Les comédiennes ont sculpté de vrais personnages contemporains hauts en couleur qu'elles évoquent sans fard et qu'elles expriment avec une grande de joie de vivre et ce, en dépit du contenu des propos d'un quotidien souvent difficile.

Ces jeunes femmes sont typées, à certains égards extravagantes. Elles appartiennent d'évidence à la vitalité de la ville. La parole est dégagée. Elles expliquent comment elles sont dans la nécessité de quitter les rôles attribués par les traditions familiales, qui les enferment dans un filet de violence et de brutalité ; et combien elles sont mises à l'épreuve pour s'inventer, se forger, se libérer des fidélités. Elles émeuvent. Elles racontent avec aisance leur itinéraire qui cherche à se démarquer de leurs mères qui ont attendu, attendu, tricotant, détricotant les jours comme Pénélope en attente d'un Ulysse providentiel.

Et dans la description des difficultés nées de l'opposition multi séculaire qui oppose les barbares et les urbains, elles font rire, non par le sarcasme ou l'autodérision mais par le partage. L'imaginaire est riche. Le verbe et le geste sont au service d'une métamorphose. Sur la scène c'est une forme de courage qui s'exprime : celui de la fuite qui vous sauve. Au risque du déchirement. Sans jamais perdre le sens de la vie et de l'amour. En conservant la dynamique de retrouvailles. Dans la lucidité.

Jean Grapin
15/10/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016