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Théâtre

"Ring", la boxe, comme sport idéal des masculinistes : quand les corps s'en mêlent

Depuis quelques années, la boxe et ses déclinaisons comme le MMA attirent de plus en plus d'adeptes et de spectateurs. Un engouement qui n'est pas anecdotique. Tenter de décrypter ce qui se joue ou ce qui se cache dans cette pratique sportive, voilà l'objet de ce spectacle qui navigue entre performance, documentaire et expérience poétique et visuelle.



© Simon Gosselin.
Pour la boxe, la boxe anglaise, il suffit de quatre piquets disposés en carré, d'une corde, de deux paires de gants et de deux volontaires. Un sport individuel particulier qui ne consiste pas en une recherche de performance ou de record, mais à taper sur un adversaire et à se faire taper par ce même adversaire, sans aucune protection sinon celle de ses bras et de son agilité. Dans "Ring", Lukas Dana se penche sur cette étrange envie qu'ont ces volontaires d'affronter un autre homme malgré les coups, les douleurs et les risques que ce sport exige. À moins que ce soit pour et non malgré les coups, les douleurs et les risques.

Rien n'est purement théorique dans cette création, car Lukas Dana a pratiqué cinq ans cette discipline. Et c'est de plain-pied dans un combat de boxe, sur un ring représenté au sol par un pavement de dalles, que le spectacle commence. Un combat entre les deux protagonistes, gantés, casqués, qui s'affrontent "pour de vrai", échangent de véritables coups, se malmènent à la manière dont les boxeurs professionnels ou amateurs dans les vraies salles. Le son des coups, la transpiration, les halètements et les éructations sont, eux aussi, totalement réels.

© Simon Gosselin.
Pourtant, dès les premières minutes, un décalage apparaît aux yeux du public disposé tout autour du ring. L'un des boxeurs est très grand, une stature imposante, plus de deux mètres semble-t-il, tandis que l'autre, qui s'avance dans la diagonale, est plutôt petit, même si sa musculature en impose (on pourra admirer cette musculature dans un passage très esthétique, plus tard dans le spectacle). Une différence de taille qui provoquera une multitude de clins d'œil comiques ou attendrissants et qui donne le ton au spectacle : à la fois sensuel, mais surtout plein de jeu, d'amusement, de sous-texte – le terme est mauvais puisqu'une très large partie du spectacle est visuel plus que parlé.

L'idée de ce spectacle est née d'une double réflexion. À savoir, pourquoi ce sport viril obtient depuis quelques années l'admiration de tous les mouvements virilistes, masculinistes et autres adeptes de la force masculine, ce sport qui est, avant toutes choses, un corps à corps rendu extrêmement sensuel par la presque nudité des boxeurs et par certains contacts durant les combats ou les entraînements "Ring" donne à voir avec poésie et humour ce paradoxe entre la force virile et la puissante sensualité qui se dégage des combats.

© Simon Gosselin.
Lukas Dana ne fait pas l'impasse sur la peur, sur la douleur, sur l'humiliation de la défaite. Puisant ses réflexions et le déroulé du spectacle sur sa propre expérience de boxeur, il parvient à nous montrer énormément de facettes liées à la boxe comme la volonté de dominer l'autre, la recherche de la soumission, tous rapports qui semblent plus proches du monde animal que des êtres civilisés. Le spectacle évolue d'ailleurs comme un livre d'images où les chapitres nous emmènent du ring au gymnase et du présent à la préhistoire, dans une très belle et très drôle reconstitution des supposés combats préhistoriques entre mâles d'une même tribu. À noter le très délicat éclairage de Charlotte Moussié dans ce passage et également lors des poses statuaires d'Erwan Tarlet, le deuxième interprète. Poses à la fois belles et légèrement ironiques de l'auto-admiration.

"Ring" parvient bizarrement, par son esthétique très aboutie et par le sens de l'humour puissant qui en soutient la plupart des scènes, à nous faire admirer la boxe, tout en soulignant à la fois la recherche du viril admiré par les masculinistes de tous poils, et l'étrange tabou que ces adeptes du mâle Alpha jettent sur la sensualité de ces emmêlements de corps hétéros. Il s'agit aussi d'une très belle performance sportive et chorégraphique (Chloé Zamboni) dans une mise en scène tendue, enveloppante comme les cordes d'un ring (Louis Arène). Une mise en scène également inventive et sensible qui parvient à unifier les différents passages dans une belle fluidité.

Pour finir, l'image de ces deux corps, le géant et le plus petit, en prise l'un à l'autre, se soulevant l'un l'autre, se jetant au sol, se relevant, s'étranglant et finalement se comprenant et s'entraidant, reste comme un joli baume au cœur face à la force pure, brutale et mécanique défendue par ceux qui se veulent mâles alpha.
◙ Bruno Fougniès

"Ring"

© Simon Gosselin.
Création CentQuatre 2026.
Conception : Lukas Dana.
Mise en scène : Lukas Dana.
Avec : Lukas Dana et Erwan Tarlet.
Collaboration à la mise en scène : Louis Arene.
Chorégraphie : Chloé Zamboni.
Dramaturgie : Lucas Samain.
Lumière : Charlotte Moussié.
Son : Léa Bonhomme.
Production CentQuatre-Paris.
À partir de 15 ans (des scènes de nudité peuvent choquer).
Durée 1 h 15.

Du 8 au 15 octobre 2026.
Du jeudi 8 au samedi 10 à 19 h.
Du mardi 13 au jeudi 15 à 20 h.
Le 104, 5, rue Curial, Paris 19ᵉ.
Téléphone : 01 53 35 50 00.
>> Billetterie en ligne
>> 104.fr

Bruno Fougniès
Lundi 12 Octobre 2026
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