Théâtre

Quand Vincent Goethals convie Feydeau et Offenbach à la même table… chez Maxim !

"La dame de chez Maxim… ou presque !", Théâtre du Peuple, Bussang, Vosges

La 122e édition des Estivales de Bussang représente l'ultime saison d'été pour Vincent Goethals, à la tête du Théâtre du Peuple depuis septembre 2011, qui verra Simon Delétang, metteur en scène lyonnais, lui succéder dès cet automne. En attendant, deux nouvelles créations sont à l'affiche de cette cuvée 2017 : "La dame de chez Maxim… ou presque", une version revisitée de la pièce de Feydeau, agrémentée de quelques "tubes" d'Offenbach, et "En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas" de Steve Gagnon.



© Éric Legrand.
Pour sa sixième et dernière année à la direction du Théâtre du Peuple, Vincent Goethals a voulu placer les Estivales 2017 sous le signe des retrouvailles en faisant appel aux comédiennes et comédiens qui ont marqué ses précédentes créations* à Bussang, et en les réunissant dans les deux nouvelles propositions artistiques à l'affiche cet été ; ainsi que les auteurs qu'il a mis en scène durant son mandat avec un "week-end des auteurs" qui a eu lieu les 29 et 30 juillet.

Monter Feydeau est loin d'être simple et éviter les écueils qui peuvent émerger de l'apparente facilité mécanique de ses comédies n'est pas donné à tout le monde. En même temps, son œuvre en général - et "La dame de chez Maxim" en particulier - est une étonnante réserve de joyeusetés burlesques, de pirouettes insensément osées (pour l'époque), d'imbroglios improbables ou inextricables, d'effets comiques rédempteurs, de portraits acidulés, parfois caustiques, et de situations au grotesque bourgeois, mis à la disposition de tout metteur en scène sachant en découvrir l'existence et en exploiter les potentialités.

© Éric Legrand.
Vincent Goethals est de ceux-là, prenant en plus le parti d'affuter la pièce par quelques légères coupes dans le texte afin de la rendre plus saillante dans ce qu'elle a de vif et de comique dans ses situations et d'impertinent dans ses portraits de bourgeois sans millésime… d'hier, d'aujourd'hui ou de demain. Et pour inviter un autre insolent à la table des douces contestations artistiques, il agrémente sa mise en scène de quelques interventions chantées puisées dans le top 50 d'Offenbach, un contemporain de Feydeau qu'il ne connut pas mais qui avait vocation à son amitié.

De là naît un spectacle à l'objectif clairement défini d'amuser et de faire rire le public. Celui-ci acquiesce devant tant de légèreté aérienne, à la consistance d'une délicieuse chantilly vaudevillesque où la moindre subtilité des répliques et des bons mots est mise en valeur. Un rythme diabolique est insufflé par l'enchaînement dynamique des scènes, maintenu sans baisse de régime, et le mécanisme des quiproquos est magnifiquement utilisé, avec des rouages parfaitement huilés qui gagnent ses chevaux à l'endurance. Les comédiens, pro comme amateur, assurent, avec enthousiasme et générosité, le jeu impétueux que sollicite la "partition".

© Éric Legrand.
L'utilisation du fond de scène ouvrant par Vincent Goethals est bluffante de beauté et de pertinence (voir photo). Dans le cadre naturel au hêtre centenaire, kiosque à musique en premier plan et, en plan forestier, déambulation musicale, vocale et festive en célébration de mariage. Usant de l'intelligente union entre opérette et vaudeville, les artistes confirmés ou non chantent et jouent au diapason, avec un plaisir non feint et communicatif, soutenus par une petite formation orchestrale guillerette et efficace, tous ensemble officiant dans le but avéré de divertir.

Et le résultat est là… Les spectateurs sont conquis, l'après-midi s'est déroulé comme il se doit dans une ambiance de fête théâtrale, joyeuse et ouverte à tous… Vincent Goethals a fait sienne la volonté de Maurice Pottecher, celle de faire un théâtre par le peuple, pour le peuple.

*Pour "La dame de chez Maxim… ou presque !", grand spectacle de l’après-midi, mêlant amateurs et professionnels, c'est l'équipe de "l'Opéra de quat' sous", qui a enchanté l'été 2015 pour les 120 ans du théâtre, qui assure la distribution pro.
Le soir, dans "En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas", l'interprétation est assurée par les deux jeunes amoureux de "Caillasses"(été 2012) ainsi que l’inoubliable famille de "Small Talk" (été québécois 2014).


À suivre : "En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas" de Steve Gagnon.

© Éric Legrand.
Rappel historique :
Imaginé par Maurice Pottecher et construit en 1895 (au départ une seule scène couverte), le Théâtre du Peuple de Bussang a ceci de particulier qu'il véhicule depuis l'origine une utopie humaniste et poétique inscrite en écorce d'arbre, comme un mémento perpétuel, de part et d'autre du manteau d'arlequin : "Par l'Art, pour l'Humanité". Les autres particularités qui ont fait sa renommée mondiale sont son fond de scène s'ouvrant de façon spectaculaire sur la forêt et sa conception en bois en manière de coque de vaisseau renversée. Celui-ci perpétue également une tradition voulue par le créateur des lieux consistant à monter chaque été des pièces où jouent ensemble acteurs professionnels et amateurs.

"La dame de chez Maxim… ou presque !"

© Jean-Jacques Utz.
Texte : Georges Feydeau.
Lyriques ajoutés : Jacques Offenbach.
Adaptation : Marie-Claire Utz et Vincent Goethals.
Mise en scène : Vincent Goethals.
Assistant à la mise en scène : François Gillerot.
Direction musicale : Gabriel Mattei.
Travail vocal : Mélanie Moussay.
Chorégraphe : Arthur Perole.
Scénographie : Benoit Dugardyn.
Lumières : Philippe Catalano.
Costumes : Dominique Louis, assistée de Sohrab Kashanian.
Maquillages et coiffures : Catherine Nicolas.
Avec : Sébastien Amblard, Frédéric Cherboeuf, Rosine Chouinard, Valérie Dablemont, François Gillerot, Mélanie Moussay, Marc Schapira.

© Éric Legrand.
Et : Jean-Louis Apprederisse, René Bianchini, Patrice Caray, Fannie Delobelle, Pascale D’Ogna, Olivier Dormoy, Éric Garcia, Maya George, Chantal Gobert, Catherine Littner, Raphaël Maret, Céline Véron.
Musiciens : Aurélie Diebold (violoncelle), Gabriel Mattei (accordéon), Philippe Fondard (contrebasse), Barbara Walter (violon), Olivia Grappe (flûte) et Thomas Griessmann (clarinette).
Durée : 2 h 40 (avec entracte).

Du 14 juillet au 27 août 2017.
Estivales 2017 - Une saison de retrouvailles.
Juillet : vendredi au dimanche à 15 h. Août : mercredi au dimanche à 15 h.
Théâtre du Peuple, Bussang (88), 03 29 61 50 48.
>> theatredupeuple.com

Gil Chauveau
Samedi 5 Aout 2017
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