Avignon 2026

•Off 2026• "Marjoline" Un conte énergique, poétique et joyeux où l'art de la marionnette retranscrit à merveille nos pouvoirs d'êtres vivants

Marjoline est une pré-ado, posée à cette étape de l'enfance où rien n'est encore bien fixé, où l'on ne sait pas encore vraiment définir ses désirs, ses intérêts, où l'on passe souvent des anges aux démons, avec parfois une tendance encore non maîtrisée à se regarder le nombril, à passer beaucoup de temps devant son miroir… jusqu’au jour où celui-ci vous engloutit, où, comme Alice, vous allez vous perdre de l'autre côté. Marjoline va donc franchir la frontière des deux mondes, se retrouver dans cet univers étrange et foisonnant, perdant peu à peu ses repères… pour mieux retrouver la joie du réel… car ce n'est qu'un conte !



© Serge Gutwirth.
Entrée sur le plateau de deux comédiennes, musiciennes, marionnettistes qui révèlent, dans une gestuelle remarquablement accordée, leur gémellité… Le tout sur un rythme soutenu via des vagues percussives bien définies et un chant brodé d'onomatopées. Ce dernier accompagne l'installation de différents objets usuels… table, chaise, cadre, etc. Dans cet enthousiasme cadencé et dansé, le rire jaillit comme une invitation joyeuse à se laisser conduire sur le chemin du conte. Le duo, interprété par Marjorie Pagliai et Coline Agard, en narratrices jumelles malicieuses, annonce alors, comme il se doit, un espiègle "Il était une fois…" en y associant avec facétie quelques titres mélangés comme Cendrillon et les sept nains ou Le petit chaperon vert.

La fable peut commencer et, en préambule, le mythe de Narcisse en est un passage obligé. Dans un jeu parfaitement synchronisé, les deux artistes masquées nous ont déjà emportés dans leur récit et, par un effet d'ouverture de rideau (du castelet), nous emmènent à la rencontre de Marjoline, attributs chiffons pour les cheveux, masque marionnettique et tissus aux nuances violines. L'ado, après s'être essayé à différentes activités (guitare, lecture…) se retrouve toujours devant son grand miroir/psyché qui, un jour, donc, l'engloutit, et, un peu comme Alice… un peu comme Narcisse… passe de l'autre côté du miroir, se métamorphosant en figurine/marionnette d'une facture remarquable et captivant immédiatement le regard… signature, marque de fabrique caractéristique de la compagnie Deraïdenz.

© Serge Gutwirth.
Ainsi, entrant dans un monde dans lequel elle ne maîtrise plus rien, Marjoline perd ses repères, devient impuissante dans un univers inconnu, un imaginaire excentrique, à la fois terrifiant, absurde, fantasmagorique, mais aussi merveilleux, propice à l'exploration des frayeurs comme des désirs propres à l'adolescence. Ce voyage au pays du conte, dynamique et peuplé de créatures grotesques, parfois inquiétantes, mais toujours guignolesques, en forme d'apprentissage, reconduit inexorable au réel, à ce que Marjoline est, l'amenant finalement à redevenir maîtresse de soi et de sa nature profonde.

Au bout du périple, retour à l'eau, au lac miroir, la boucle est bouclée, "Marjoline/Alice/Narcisse" repasse de l'autre côté du miroir pour une nouvelle ouverture au monde. Il s'agit bien ici d'un parcours initiatique ludique pour quitter en partie ses démons, se trouver de nouveaux anges/désirs, de nouveaux jalons pour construire son chemin, son cadre personnel qui, ici, se concrétise par l'apparition d'une fenêtre s'ouvrant sur un ciel d'un beau bleu décoré de touches de blanc nuageux.

Depuis dix ans, Deraïdenz nous régale de spectacles inventifs sondant tous les aspects, toutes les facettes, toutes les techniques de la marionnette… ouvrant tous les tiroirs, tous les doubles-fonds qu'offre cet art si singulier, si généreux, si riche, offrant des espaces artistiques dédiés tant aux adultes qu'aux ados et aux enfants. Cette utilisation de tous les possibles, du théâtre d'objet à l'art de la marionnette, accessoires fil de fer, "perle larme", figurine type argile modelé, marotte, masque, poupée à fil ou à poignet, etc., permet de créer une esthétique propre à la compagnie qui est non seulement réussie, mais frise la virtuosité.

La mise en scène est dynamique, tout s'enchaîne à toute vitesse. Aucun répit n'est laissé aux spectatrices et spectateurs… pour leur plus grand bonheur. De plus, la musicalité chez Deraïdenz a pris un nouveau sens, les silences comme les musiques apportent toujours un complément de poésie. Dans tous les départements de leur art, la magie inventive opère en permanence avec d'incroyables trouvailles qui alimentent notre émerveillement. La pluralité des formes, des techniques, les masques portent incontestablement la signature de la compagnie.

Ce spectacle tout terrain, tous lieux, tous espaces extérieurs est magnifique et inventif… soit quarante minutes de bonheur à s'offrir cette année dans le festival Off d'Avignon.
◙ Gil Chauveau

"Marjoline"

© Serge Gutwirth.
Mise en scène, coordination, écriture : Léa Guillec.
Mise en scène, construction décor et marionnettes, composition musicale : Baptiste Zsilina.
Jeu, manipulation, aide construction : Coline Agard.
Jeu, manipulation, musique, aide écriture : Marjorie Pagliai.
Construction décor et marionnettes : Nora Laamari.
Costumes et textiles : en partenariat avec L’Atelier Métissé.
Production : Deraïdenz.
Jeune public à partir de 7 ans.
Durée : 40 minutes.

•Avignon Off 2026•
Du 4 au 12 juillet 2026.
Tous les jours à 10 h. Relâche : lundi 6 juillet.
L'Éveilleur, 14, impasse Baroni, Avignon.
Réservation : 06 31 80 80 70.
>> Billetterie en ligne
>> leveilleur-scop.fr

© Serge Gutwirth.
Tournée à venir

Gil Chauveau
Vendredi 10 Juillet 2026
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