© Damien Journée.
"Ce fut comme une apparition"… ainsi Flaubert saisissait-il le regard porté par Frédéric Moreau sur Madame Arnoux dans "L'Éducation Sentimentale". Présentement, c'est au travers des regards extatiques de deux acteurs – Thierry Gibault et d'Olivier Ythier à l'unisson – que se découvrira un monde, le nôtre revisité. Dans un flux de paroles à résonance à la fois lunaire et contradictoirement réaliste, propos entrecoupés de silences parlants, les deux complices émergeront comme par effraction de la fumée de scène pour délivrer avec un naturel confondant quelques fragments des milliers de feuillets retrouvés épars dans une malle après la mort de leur auteur…
… une malle que Jean-Paul Sermadiras, comme un clin d'œil adressé, a tenu à sacraliser en l'installant au centre du plateau nu. "Je suis né en un temps où la majorité des jeunes gens avait perdu la foi en Dieu, pour la même raison que leurs ancêtres la possédaient sans savoir pourquoi. Et comme l'esprit humain tend tout naturellement à critiquer, parce qu'il sent au lieu de penser, la majorité de ces jeunes gens choisit alors l'humanité comme succédané de Dieu"… Une parfaite mise en orbite du doute à cultiver comme relativité essentielle pour traverser l'existence, un doute systémique afin d'échapper aux certitudes piégeuses.
… une malle que Jean-Paul Sermadiras, comme un clin d'œil adressé, a tenu à sacraliser en l'installant au centre du plateau nu. "Je suis né en un temps où la majorité des jeunes gens avait perdu la foi en Dieu, pour la même raison que leurs ancêtres la possédaient sans savoir pourquoi. Et comme l'esprit humain tend tout naturellement à critiquer, parce qu'il sent au lieu de penser, la majorité de ces jeunes gens choisit alors l'humanité comme succédané de Dieu"… Une parfaite mise en orbite du doute à cultiver comme relativité essentielle pour traverser l'existence, un doute systémique afin d'échapper aux certitudes piégeuses.
© Damien Journée.
L'inconscient comme fondement de la vie… La vie comme une auberge où l'on attend patiemment la mort… Savourer la brise, sans se poser de questions, et si ce livre peut les distraire, ce serait bien… Et autres méditations inspirées par une "métaphysique" revisitée à l'aune de la dimension de ce qui est vécu, à l'opposé de toutes philosophies savantes et croyances inscrites dans le marbre.
Assis sur une "réplique" de la malle de Fernando Pessoa, les deux complices conversent à l'envi, avec les yeux grands ouverts de l'enfant devant la paix indéchiffrable d'un clair de lune. Telle la figure du double réunie dans le même, ils développent chacun leur vision émanant des impressions sur lesquelles sont fondées les (ir)réalités de nos misérables existences. L'un peut-être plus extatique, l'autre sans doute plus terrien éméché, sous les lampions allumés, ils feront péter joyeusement les bouchons de champagne, renouant avec le goût pour l'ivresse du lisboète, terrassé par une cirrhose… "Il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. L'essentiel est d'être toujours ivre", écrivait déjà Charles Baudelaire, mort au même âge.
Des pauses musicales feront entendre des mélodies suaves accompagnant la voix sensuelle de Maria de Medeiros. La mélancolie du fado colorant nombre de ces impromptus décousus comme l'existence peut l'être (surtout ne pas s'échiner à lui coller un sens), fragments jaillis de la seule banalité du quotidien, se teintera de pointes d'humour décochées avec l'indifférence (in)tranquille de ceux qui, dégagés de l'emprise des tabous, laissent vagabonder librement leurs associations – "Avoir touché les pieds du Christ, ce n'est pas une excuse pour faire des fautes de ponctuation". Ainsi, invités à mettre nos pas dans ceux de ces vagabonds terrestres étayant leur existence sur le seul appui des mots, on se laissera prendre à épouser les points de vue de ces voyageurs immobiles arasant toute illusion pour pouvoir… A chacun de trouver la suite hors des champs communs.
"La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas", écrivait Fernando Pessoa dans "Fragments d'un voyage immobile"… Après avoir découvert la saisissante mise en jeu de Jean-Paul Sermadiras et l'interprétation subliminale de Thierry Gibault et d'Olivier Ythier, on serait tenté d'ajouter… "Le théâtre est la preuve que L'Intranquillité existe".
◙ Yves Kafka
Vu le 9 juillet 2026 au Théâtre du Petit Chien, Festival OFF 2026 d'Avignon.
Assis sur une "réplique" de la malle de Fernando Pessoa, les deux complices conversent à l'envi, avec les yeux grands ouverts de l'enfant devant la paix indéchiffrable d'un clair de lune. Telle la figure du double réunie dans le même, ils développent chacun leur vision émanant des impressions sur lesquelles sont fondées les (ir)réalités de nos misérables existences. L'un peut-être plus extatique, l'autre sans doute plus terrien éméché, sous les lampions allumés, ils feront péter joyeusement les bouchons de champagne, renouant avec le goût pour l'ivresse du lisboète, terrassé par une cirrhose… "Il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. L'essentiel est d'être toujours ivre", écrivait déjà Charles Baudelaire, mort au même âge.
Des pauses musicales feront entendre des mélodies suaves accompagnant la voix sensuelle de Maria de Medeiros. La mélancolie du fado colorant nombre de ces impromptus décousus comme l'existence peut l'être (surtout ne pas s'échiner à lui coller un sens), fragments jaillis de la seule banalité du quotidien, se teintera de pointes d'humour décochées avec l'indifférence (in)tranquille de ceux qui, dégagés de l'emprise des tabous, laissent vagabonder librement leurs associations – "Avoir touché les pieds du Christ, ce n'est pas une excuse pour faire des fautes de ponctuation". Ainsi, invités à mettre nos pas dans ceux de ces vagabonds terrestres étayant leur existence sur le seul appui des mots, on se laissera prendre à épouser les points de vue de ces voyageurs immobiles arasant toute illusion pour pouvoir… A chacun de trouver la suite hors des champs communs.
"La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas", écrivait Fernando Pessoa dans "Fragments d'un voyage immobile"… Après avoir découvert la saisissante mise en jeu de Jean-Paul Sermadiras et l'interprétation subliminale de Thierry Gibault et d'Olivier Ythier, on serait tenté d'ajouter… "Le théâtre est la preuve que L'Intranquillité existe".
◙ Yves Kafka
Vu le 9 juillet 2026 au Théâtre du Petit Chien, Festival OFF 2026 d'Avignon.
"L'Intranquillité"
© Damien Journée.
Texte : Fernando Pessoa
Adaptation : Jean-Paul Sermadiras d'après "Le livre de l'intranquillité".
Mise en scène : Jean-Paul Sermadiras.
Avec : Thierry Gibault et Olivier Ythier.
Et la voix de Maria de Medeiros.
Création son : Pascale Salkin.
Création lumière : Jean-Luc Chanonat.
Chorégraphie : Marion Lévy.
Costumes : Cidalia da Costa.
Dessin : Thierry Gibault.
À partir de 13 ans.
Durée : 1 h 15.
•Avignon Off 2026•
Du 4 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 13 h 05. Relâche le mardi.
Théâtre du Petit Chien, 76, rue Guillaume Puy, Avignon.
Réservation : 04 84 51 07 48.
>> Billetterie en ligne
>> chienquifume.com
Adaptation : Jean-Paul Sermadiras d'après "Le livre de l'intranquillité".
Mise en scène : Jean-Paul Sermadiras.
Avec : Thierry Gibault et Olivier Ythier.
Et la voix de Maria de Medeiros.
Création son : Pascale Salkin.
Création lumière : Jean-Luc Chanonat.
Chorégraphie : Marion Lévy.
Costumes : Cidalia da Costa.
Dessin : Thierry Gibault.
À partir de 13 ans.
Durée : 1 h 15.
•Avignon Off 2026•
Du 4 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 13 h 05. Relâche le mardi.
Théâtre du Petit Chien, 76, rue Guillaume Puy, Avignon.
Réservation : 04 84 51 07 48.
>> Billetterie en ligne
>> chienquifume.com