Avignon 2026

•Off 2026• "Deux frères" Il n'y a pas d'amour comparable à celui qu'on porte à un frère… Il n'y a pas d'amour comparable à celui qu'on reçoit d'un frère

Je me suis pris une claque. C'est de circonstance. Mais cette claque ne fait pas mal, au contraire, elle aide à parler, à rencontrer et à rêver d'un monde idéal… Renaud ne joue pas du piano debout, il est assis, accueille le public en musique, des morceaux de variétés, de la chanson française en particulier. Toutes et tous reprenons en chœur, l'ambiance est là, chaleureuse, festive et à la fois interrogative.



© Mathilde Kraemer.
Le spectacle commence vraiment quand le comédien, l'autre, le frère du pianiste, intervient. Lui aussi a de l'énergie, mais étrangement, quelque chose de sombre interagit. Sombre comme un non-dit.

L'histoire commence. Deux frères, Renaud, l'aîné – le pianiste de l'intro – et André, le cadet, sont adultes et se retrouvent pour discuter. André est plus jeune, trois années les séparent. André et Renaud sont frères, ont vécu dans la même famille, ont grandi ensemble, mais n'ont pas exactement la même vision passée de leur enfance. Pas les mêmes souvenirs. L'un cherche à évoquer les pires quand l'autre continue à les (re)couvrir.

André a vu son frère se faire violenter par son père pendant des années. Il a vu, mais n'a rien dit, n'a rien fait. Comme la mère. Et les années ont passé, la vie continue, le pire est derrière pour l'un des frères, mais l'autre ne veut plus se taire.
Voilà l'histoire.

© Mathilde Kraemer.
De tout ça, l'auteur (et acteur – Renaud Merviel, excellent) en tire un spectacle à la fois drôle, percutant et sans larmoiement. Si, peut-être, à la fin.
La fin, c'est aussi, parfois, une libération. Avoir dit, révélé, parlé. Se sentir plus léger d'un poids lourd de son enfance.

Dans cette pièce, ce n'est pas celui qui a subi le pire qui se confie, c'est celui qui a vu et qui n'a rien dit. Le petit frère qui se veut sauveur du grand. Mais parfois, malgré quelques mots, quelques "je t'aime" glissés entre deux gorgées d'eau, des jeux d'enfants dont on se rappelle encore à 40 ans, le passé a brisé. Le mal est entré, oppresse et s'installe insidieusement, dans tous les organes. Le grand frère apprend qu'il va devenir père. Le mal s'est installé, discret et, malgré la bonne nouvelle, de temps en temps le mal se réveille.

Papy est à la mise en scène, les deux comédiens sont exceptionnels et dans ce magnifique texte, le secret de toute une enfance fauchée par un père dysfonctionnel, nous est conté sur fond de chansons françaises quelque peu revisitées.

Je me suis pris une claque. C'est de circonstance. Mais cette claque ne fait pas mal, au contraire, elle aide à parler, à rencontrer et à rêver d'un monde idéal où plus jamais un parent ne lèvera la main sur son enfant.
◙ Isabelle Lauriou

* Phrase d'Astrid Alauda.

"Deux frères"

© Mathilde Kraemer.
Texte : Renaud Merviel.
Mise en scène : Papy.
Avec : Renaud Merviel et (en alternance) Julien Goetz ou Pierre Martin-Banos (en alternance).
Création lumière : Arnaud Le Dû.
Régie : Justine Chalot Roussel.
Coproduction : Semeion Prod et Les Éprits de courts.
Tout public à partir de 10 ans.
Durée : 1 h 10.

•Avignon Off 2026•
Du 3 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 13 h. Relâche le jeudi.
Théâtre de L'Oriflamme, 3-5, rue Portail Matheron, Avignon.
Téléphone : 04 88 61 17 75.
>> Billetterie en ligne
>> loriflamme-avignon.fr

Isabelle Lauriou
Vendredi 17 Juillet 2026
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