© collectif 8.
Dire d'abord que Paulo Correia (vidéaste) et Gaële Bogossian (dramaturge) développent depuis de très nombreuses années une complicité sans faille, aboutissant à la création de formats théâtraux hors normes où le langage scénographique, tramé de vidéos "parlantes", fait partie intégrante des œuvres adaptées. S'il en était deux de ces adaptations de monuments littéraires à mettre en exergue – toutes le mériteraient – nous citerions volontiers "La Religieuse" de Denis Diderot, découverte en 2016, et "1984" lors du festival OFF de 2024.
Une icône numérique à allure de femme stéréotypée, à la voix numérisée et au look standard, pur produit d'une IA sophistiquée dont elle assume pleinement la filiation, nous accueille sur grand écran dans "son monde". Un monde dont les rênes lui ont été confiées par des dirigeants ayant renoncé à le gouverner tant il était devenu… ingouvernable. En quelques mots choisis, la créature définit sa mission… "Contrôler l'environnement, orienter les décisions afin d'assurer le bonheur de l'espèce humaine… en supprimant toute menace potentielle qui pourrait mettre en péril ce bonheur à nul autre pareil d'habiter un monde parfait".
Une icône numérique à allure de femme stéréotypée, à la voix numérisée et au look standard, pur produit d'une IA sophistiquée dont elle assume pleinement la filiation, nous accueille sur grand écran dans "son monde". Un monde dont les rênes lui ont été confiées par des dirigeants ayant renoncé à le gouverner tant il était devenu… ingouvernable. En quelques mots choisis, la créature définit sa mission… "Contrôler l'environnement, orienter les décisions afin d'assurer le bonheur de l'espèce humaine… en supprimant toute menace potentielle qui pourrait mettre en péril ce bonheur à nul autre pareil d'habiter un monde parfait".
© collectif 8.
L'adresse initiale close, place au New World Show où l'un des dix régulateurs mondiaux va, dans un numéro inspiré du pire des animateurs paillettes de la galaxie Bolloré, célébrer des incantations ressassées à l'envi. Une grand-messe médiatique orchestrée autour d'un verset coup de poing : "Chacun appartient à tous les autres". Aujourd'hui – tout conditionnement, Ivan Pavlov l'a montré en son temps, ayant besoin d'être entretenu sous peine de perdre de son efficience –, le prêche du boni-menteur en chair et en os sera orienté sur le monde d'avant pour en dresser un tableau apocalyptique propre à terroriser… Imaginez les horreurs d'une "mère" vivipare couvant comme une chienne sa progéniture expulsée de son bas ventre, d'un "foyer" exigu peuplé d'une marmaille criarde… Imaginez un monde monogame rongé par la passion et la culpabilité qu'il engendre. Et de rappeler "le grand effondrement" où des masses réclamaient de la "Culture !"… et qu'il avait fallu, pour le bien de tous, gazer.
L'ère des machines triomphantes "au service" de l'Homme nouveau, rendu ainsi disponible (selon cependant la caste à laquelle il appartient, tant cette société "idéale" est hiérarchisée, chacun ayant reçu in vitro la dose d'oxygène correspondant strictement à ses besoins, c'est-à-dire aux tâches auxquelles il sera assigné) pour consommer entre autres les plaisirs du sexe partagé. Surtout pas de sentiment et d'attachement particulier. Si d'aucuns venaient à oublier ce commandement princeps, une lumière rouge stridente le lui rappellerait illico presto et lui "proposerait" de prendre en urgence le comprimé "soma" du bonheur garanti… Les vidéos de l'espace du plateau divisé en cases sur deux étages, montreront de manière récurrente une pluie de gélules flotter en lévitation, remède extatique à toutes les frustrations et angoisses.
L'ère des machines triomphantes "au service" de l'Homme nouveau, rendu ainsi disponible (selon cependant la caste à laquelle il appartient, tant cette société "idéale" est hiérarchisée, chacun ayant reçu in vitro la dose d'oxygène correspondant strictement à ses besoins, c'est-à-dire aux tâches auxquelles il sera assigné) pour consommer entre autres les plaisirs du sexe partagé. Surtout pas de sentiment et d'attachement particulier. Si d'aucuns venaient à oublier ce commandement princeps, une lumière rouge stridente le lui rappellerait illico presto et lui "proposerait" de prendre en urgence le comprimé "soma" du bonheur garanti… Les vidéos de l'espace du plateau divisé en cases sur deux étages, montreront de manière récurrente une pluie de gélules flotter en lévitation, remède extatique à toutes les frustrations et angoisses.
© Gael Margerie.
Dès lors, on suivra les destins de deux personnages – sur fond de vidéos, lumières et musiques expressives – en prise avec des "valeurs" qu'ils ont beaucoup de mal à accepter tant leurs désirs de singularité et de liberté entrent en conflit avec les préceptes du nouveau monde. D'abord, il y aura Bernard Marx, psychologue alpha+, dont l'attirance pour la solitude et l'absence de partenaires sexuelles connues font de lui un "déviant" potentiel. Amoureux de la très sexy Lénina, il aspire à être seul à seul avec elle, notamment dans un voyage au cœur de La Réserve sauvage. Ensuite, John, "Le Sauvage" sorti de la Réserve, fils d'une femme qui l'a enfanté par les voies naturelles, amoureux lui aussi de Lénina au point de rêver la demander en mariage pour retourner vivre heureux avec elle dans la Réserve.
Le premier aura beau tenter, lors des insistants rappels à l'ordre de l'IA, d'expliquer ses positions, l'Intelligence Artificielle lui coupera systématiquement la parole pour lui "proposer" un comprimé de soma afin de canaliser ses émotions antisociales. Pire, il finira par se faire acheter par l'IA… Le second, égaré dans un monde qui n'est décidément pas le sien, lui qui récite avec amour du Shakespeare, criera le dégoût qu'il ressent face à ce monde d'artifices où le soma est présenté comme une panacée, remplaçant allègrement l'alcoolisme et le christianisme, effets secondaires en moins. Un monde qui aura raison de lui après en avoir fait un objet de curiosité selon le principe qu'"il vaut mieux le sacrifice d'un seul homme à la corruption de tous".
Au travers de l'adaptation de cette fiction aux accents de réalité présente (cf. la place démentielle dont l'IA a hérité dans nos vies, sans parler des monstrueux data centers qui servent à l'héberger), le Collectif 8, rompu à l'art du théâtre littéraire, fait œuvre politique. Et même si le parti-pris assumé du genre du show télévisuel poussé à sa démesure risquerait parfois prendre le pas sur les enjeux dramatiques (ce qui n'était pas le cas dans "1984" où le tragique était en continu palpable), le langage de la vidéo omniprésente rend ce "Meilleur des mondes" – qu'est le nôtre – d'une actualité brûlante.
◙ Yves Kafka
Vu le 5 juillet 2026 au Théâtre de L'Oulle à Avignon
Le premier aura beau tenter, lors des insistants rappels à l'ordre de l'IA, d'expliquer ses positions, l'Intelligence Artificielle lui coupera systématiquement la parole pour lui "proposer" un comprimé de soma afin de canaliser ses émotions antisociales. Pire, il finira par se faire acheter par l'IA… Le second, égaré dans un monde qui n'est décidément pas le sien, lui qui récite avec amour du Shakespeare, criera le dégoût qu'il ressent face à ce monde d'artifices où le soma est présenté comme une panacée, remplaçant allègrement l'alcoolisme et le christianisme, effets secondaires en moins. Un monde qui aura raison de lui après en avoir fait un objet de curiosité selon le principe qu'"il vaut mieux le sacrifice d'un seul homme à la corruption de tous".
Au travers de l'adaptation de cette fiction aux accents de réalité présente (cf. la place démentielle dont l'IA a hérité dans nos vies, sans parler des monstrueux data centers qui servent à l'héberger), le Collectif 8, rompu à l'art du théâtre littéraire, fait œuvre politique. Et même si le parti-pris assumé du genre du show télévisuel poussé à sa démesure risquerait parfois prendre le pas sur les enjeux dramatiques (ce qui n'était pas le cas dans "1984" où le tragique était en continu palpable), le langage de la vidéo omniprésente rend ce "Meilleur des mondes" – qu'est le nôtre – d'une actualité brûlante.
◙ Yves Kafka
Vu le 5 juillet 2026 au Théâtre de L'Oulle à Avignon
"Le Meilleur des Mondes"
© collectif 8.
D'après Aldous Huxley.
Mise en scène et adaptation : Gaële Boghossian.
Avec : Matthieu Astre, Paulo Correia, Damien Rémy et Océane Verger.
Scénographie : Collectif 8.
Création vidéo : Paulo Correia.
Création musicale et sonore : Benoît Berrou.
Lumière : Tiphaine Bureau.
Par le Collectif 8.
Tout public à partir de 13 ans.
Créé le 13 mars 2024 à Anthea-Théâtre d'Antibes.
Durée : 1 h 30.
•Avignon Off 2026•
Du 4 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 19 h. Relâche le jeudi.
La Factory, Théâtre de l'Oulle, 19, place Crillon , Avignon.
Réservation : 09 74 74 64 90.
>> Billetterie en ligne
>> la-factory.org
Mise en scène et adaptation : Gaële Boghossian.
Avec : Matthieu Astre, Paulo Correia, Damien Rémy et Océane Verger.
Scénographie : Collectif 8.
Création vidéo : Paulo Correia.
Création musicale et sonore : Benoît Berrou.
Lumière : Tiphaine Bureau.
Par le Collectif 8.
Tout public à partir de 13 ans.
Créé le 13 mars 2024 à Anthea-Théâtre d'Antibes.
Durée : 1 h 30.
•Avignon Off 2026•
Du 4 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 19 h. Relâche le jeudi.
La Factory, Théâtre de l'Oulle, 19, place Crillon , Avignon.
Réservation : 09 74 74 64 90.
>> Billetterie en ligne
>> la-factory.org
© Gael Margerie.