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Théâtre

"Mon côté Wertheimer" Tout seul, nous sommes incomplets : nous sommes faits pour être unis*

Pour mon second voyage de cette nouvelle année, j'ai fait une petite randonnée intramuros dans la cité. Quelques kilomètres me séparent de mon habitat au théâtre 13, joie ! En récompense de cette balade, un joli spectacle signé Chloé Oliveres et mis en scène subtilement par Papy qui, aussi, a coécrit. On ne change pas une équipe qui gagne, ce duo avait déjà sévi dans un seul(e) en scène joyeux et original : "Quand je serai grande, je serai Patrick Swayze". Cette fois, l'excellente comédienne nous confie un autre pan de sa vie, revenant sur les traces des femmes qui sont probablement pour beaucoup dans ce qu'elle est aujourd'hui. Une femme et une mère aussi.



© Raphaël Rojas.
Mère… maman et toutes ces vies avant. Et des questionnements. Ceux de Chloé sont liés à la santé, la santé mentale précisément. Sa peur de devenir folle, sa crainte des fous et ce mot étrange qu'est la folie. Est-ce d'ailleurs un hasard ? Une coïncidence ? De présenter cette pépite non loin de l'hôpital Sainte-Anne, à Paris ?

Elle raconte les histoires de son arrière-grand-mère, de la grand-mère, sans oublier sa mère. Et c'est là où cette comédienne excelle. Dans l'incarnation des personnages, tous en nuances, en fantaisie et souvent en drôlerie. D'où viennent les angoisses, comment naissent-elles ? De qui tiennent-elles ? En retraçant ce parcours de plusieurs vies avant la sienne, elle cherche à comprendre et nous confie sa randonnée pédestre à reculons jusqu'au siècle dernier. De cette arrière-grand-mère "un peu fêlée" et de cette lignée aussi originale qu'elle semble être déconnectée de la réalité. Une mère dont elle dit avoir été gênée à un moment donné, mais qui, désormais, la fait rire de cette étrangeté.

© Raphaël Rojas.
Tout est réussi dans ce spectacle. La qualité du texte, les échappés du corps, les interactions subtiles vers le public et la présence de ce petit bout de femme qu'on aimerait presque prendre dans les bras tant la tendresse de son récit est précise.

J'ai beaucoup ri ce soir-là et la salle aussi. L'occupation de l'espace est parfaitement maîtrisée, son metteur en scène s'est appliqué et tient beaucoup à elle. Cela se voit et c'est en cela qu'il est précieux de ne pas changer une équipe qui gagne. En entrant dans toutes ces vies qui ont forgé la sienne, celle de Chloé aujourd'hui, on en sort le sourire aux lèvres, à la fois divertis et avertis. C'est un seul(e) en scène poétique et savoureux d'une comédienne accomplie, mais surtout épanouie.

Chloé Oliveres est une comédienne incarnée, habitée et subtile. Ce joli brin de femme est comme une caresse qu'une mère poserait sur la joue de son enfant alors qu'il vient de faire un cauchemar. Une main douce, réconfortante et sécurisante. Une mère qui, d'un coup de revers, ferait fuir un coup de cafard en plein hiver.

C'est ça ce spectacle, un remède pour ne pas broyer du noir en plein hiver. Comme quoi ! Parler de santé mentale n'est pas un mal, mais plutôt un bien. Voilà pourquoi, je conseille ce petit bijou théâtral.
◙ Isabelle Lauriou

* Virginia Woolf.

Vu au Théâtre 13 Glacière en janvier 2026.

"Mon côté Wertheimer"

© Raphaël Rojas.
"Les mères poules ne font pas des mouettes"
Texte et jeu : Chloé Oliveres.
Co-mise en scène et collaboration à l'écriture : Papy.
Scénographie : Émilie Roy.
Lumière : Arnaud Le Dû.
Costumes : Sarah Dupont.
Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbecq.
Production : Little Bros.
À partir de 14 ans.
Durée : 1 h 20.

Du 22 septembre au 29 décembre 2026.
Mardi à 21 h.
Théâtre Lepic, 1, avenue Junot, Paris 18ᵉ.
Téléphone : 01 42 54 15 12.
>> Billetterie en ligne
>> theatrelepic.com

Isabelle Lauriou
Vendredi 9 Octobre 2026
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