© Simon Gosselin.
Le procès de Bobigny est resté dans les annales judiciaires et le retentissement en France fut majeur. Il s'est tenu d'octobre à novembre 1972 et a servi de prémices à la loi contre l'interruption volontaire de grossesse portée par Simone Veil en 1975.
L'entame de la pièce le contextualise. Avant même que le rideau ne s'ouvre, elle débute dans le public avec cinq femmes, dont Gisèle Halimi (Clotilde Daniault) et Simone de Beauvoir (Jeanne Arènes), qui interpellent l'assistance. Nous sommes dans une "Assemblée générale des femmes", comme stipulé sur le rideau de scène. L'une des protagonistes lit le "Manifeste des 343" (avril 1971), pétition appelant à la légalisation de l'avortement en France, signée, entre autres, par un ensemble de personnalités dont Gisèle Halimi.
Une énumération de leurs noms s'effectue quand débute sur scène le plaidoyer de celle-ci qui déclare : "Je ressens avec une plénitude jamais connue à ce jour un accord parfait entre mon métier qui est de plaider, qui est de défendre et ma condition de femme. Je ressens donc, au premier plan, au plan physique, il faut le dire, une solidarité fondamentale avec ces quatre femmes et avec les autres", et ce, à l'inverse du serment des avocats qui stipulait un devoir d'obéissance aux lois et aux institutions, ainsi que le respect des "bonnes mœurs" et de l'État. En 1982, grâce à elle et à Robert Badinter (1928-2024), le serment a évolué pour stipuler : "Je jure, comme avocat, d'exercer la défense et le conseil avec dignité, conscience, indépendance et humanité".
L'entame de la pièce le contextualise. Avant même que le rideau ne s'ouvre, elle débute dans le public avec cinq femmes, dont Gisèle Halimi (Clotilde Daniault) et Simone de Beauvoir (Jeanne Arènes), qui interpellent l'assistance. Nous sommes dans une "Assemblée générale des femmes", comme stipulé sur le rideau de scène. L'une des protagonistes lit le "Manifeste des 343" (avril 1971), pétition appelant à la légalisation de l'avortement en France, signée, entre autres, par un ensemble de personnalités dont Gisèle Halimi.
Une énumération de leurs noms s'effectue quand débute sur scène le plaidoyer de celle-ci qui déclare : "Je ressens avec une plénitude jamais connue à ce jour un accord parfait entre mon métier qui est de plaider, qui est de défendre et ma condition de femme. Je ressens donc, au premier plan, au plan physique, il faut le dire, une solidarité fondamentale avec ces quatre femmes et avec les autres", et ce, à l'inverse du serment des avocats qui stipulait un devoir d'obéissance aux lois et aux institutions, ainsi que le respect des "bonnes mœurs" et de l'État. En 1982, grâce à elle et à Robert Badinter (1928-2024), le serment a évolué pour stipuler : "Je jure, comme avocat, d'exercer la défense et le conseil avec dignité, conscience, indépendance et humanité".
© Simon Gosselin.
Son argumentaire s'est articulé contre la loi de 1920 (loi Bérard-Clément). Hors contexte scénique, elle retournait la position des victimes d'accusées, bien que violée pour l'une, Marie-Claire Chevalier (Maud Forget), 16 ans à l'époque des faits, et pour ses trois comparses (Jeanne Arènes, Karine Testa et Déborah Grall) avec sa mère (Céline Toutain) de l'avoir aidée à avorter, en accusatrices de cette loi qui occultait la responsabilité du violeur, la femme violée devant justifier son avortement en cas de danger. L'avocate dénonçait aussi le manque d'éducation sexuelle de la société par les pouvoirs publics et l'impunité des personnalités du "Manifeste des 343", les condamnations n'étant à l'encontre que des "Madame Marie-Claire", de condition sociale fragile.
"Je me souviens toujours de ce que je disais à mon père quand j'avais 10 ans : Je veux être avocate, car je veux me défendre", comme le racontera plus tard Gisèle Halimi dans une interview. "Procès d'une vie" en fait écho, parce que sont mêlées dans de courtes scènes, ses vies privée et professionnelle où, pour cette dernière, on la voit préparer ses audiences et plaider. Deux jalons essentiels dans ses combats sont présentés, le premier avec Djamila Bouchapa, militante indépendantiste algérienne qui a été torturée et violée par l'armée française pendant plus d'un mois et accusée d'avoir posé une bombe, qui n'a pas explosé grâce aux artificiers, à la "Brasserie des facultés" à Alger (1959). Le second avec Marie-Claire Chevalier pour le procès de Bobigny.
L'objectif était de "faire de ce procès un événement pour populariser les injustices que subissaient les femmes en n'étant pas maîtresses de leur propre corps (...) quelqu'un qui n'est pas maître ou maîtresse de son propre corps est esclave" comme Gisèle Halimi le racontera dans une interview beaucoup plus tard. Aussi, elle a fait venir des personnalités de notoriété publique, telles que Simone de Beauvoir (1908-1986) et Michel Rocard (1930-2016), ou des scientifiques de renom comme Jacques Monod (1910-1976) et François Jacob (1920-2013).
"Je me souviens toujours de ce que je disais à mon père quand j'avais 10 ans : Je veux être avocate, car je veux me défendre", comme le racontera plus tard Gisèle Halimi dans une interview. "Procès d'une vie" en fait écho, parce que sont mêlées dans de courtes scènes, ses vies privée et professionnelle où, pour cette dernière, on la voit préparer ses audiences et plaider. Deux jalons essentiels dans ses combats sont présentés, le premier avec Djamila Bouchapa, militante indépendantiste algérienne qui a été torturée et violée par l'armée française pendant plus d'un mois et accusée d'avoir posé une bombe, qui n'a pas explosé grâce aux artificiers, à la "Brasserie des facultés" à Alger (1959). Le second avec Marie-Claire Chevalier pour le procès de Bobigny.
L'objectif était de "faire de ce procès un événement pour populariser les injustices que subissaient les femmes en n'étant pas maîtresses de leur propre corps (...) quelqu'un qui n'est pas maître ou maîtresse de son propre corps est esclave" comme Gisèle Halimi le racontera dans une interview beaucoup plus tard. Aussi, elle a fait venir des personnalités de notoriété publique, telles que Simone de Beauvoir (1908-1986) et Michel Rocard (1930-2016), ou des scientifiques de renom comme Jacques Monod (1910-1976) et François Jacob (1920-2013).
© Simon Gosselin.
La mise en scène de Barbara Lamballais et Karina Testa est aussi une plongée, toujours rapide et furtive, dans sa vie où on la voit reprocher à sa mère Fritna (Déborah Grall) son éducation traditionnelle et sexiste en clamant son refus de faire le ménage pour ses frères. Hors contexte scénique, elle avait donc entamé une grève de la faim durant trois jours, "sa première victoire" comme elle le dira plus tard.
La création est superbe dans sa conception dramaturgique. Clotilde Daniault (Gisèle Halimi) fait osciller sa voix dans un large spectre qui va de la puissance de la déclamation, pour sa plaidoirie, à un timbre posé pour ses entretiens avec Marie-Claire Chevalier et Djamila Boupacha. Il y a plusieurs recoupements entre le judiciaire et le privé, entre les faits historiques et le quotidien. Gisèle Halimi est appréhendée dans ces deux versants, montrant ainsi, sous sa robe d'avocate, la femme dans un cadre familial.
Alternent des moments de vie qui se chevauchent avec, à différents instants, une scène qui débute, côté cour, pour ensuite être reprise par une autre, côté jardin. Le plateau est souvent découpé en deux aires distinctes délimitant deux intimités différentes qui alternent toujours avec des jeux de lumières où quand une pièce s'allume, l'autre reste dans l'ombre.
La création est superbe dans sa conception dramaturgique. Clotilde Daniault (Gisèle Halimi) fait osciller sa voix dans un large spectre qui va de la puissance de la déclamation, pour sa plaidoirie, à un timbre posé pour ses entretiens avec Marie-Claire Chevalier et Djamila Boupacha. Il y a plusieurs recoupements entre le judiciaire et le privé, entre les faits historiques et le quotidien. Gisèle Halimi est appréhendée dans ces deux versants, montrant ainsi, sous sa robe d'avocate, la femme dans un cadre familial.
Alternent des moments de vie qui se chevauchent avec, à différents instants, une scène qui débute, côté cour, pour ensuite être reprise par une autre, côté jardin. Le plateau est souvent découpé en deux aires distinctes délimitant deux intimités différentes qui alternent toujours avec des jeux de lumières où quand une pièce s'allume, l'autre reste dans l'ombre.
© Simon Gosselin.
La création se découpe en quatre temps forts dans quatre lieux différents. Il s'agit du cabinet de l'avocate où elle prépare ses audiences avec Marie-Claire Chevalier et Djamila Boupacha. La scénographie découvre aussi son chez-soi ainsi que celle de la famille Chevalier, ainsi que la boîte de nuit, avec la rencontre fatale de Marie-Claire avec son violeur (Julien Urrutia), seul moment comique lors des danses frénétiques. Ce décentrage, autant scénique que temporel, montre nos protagonistes hors de tout contexte judiciaire, permettant de les rendre plus proches.
La pièce est très bien construite avec de courtes scènes rapides, qui s'enchaînent, brassant dans le passé des moments sous la coupe du présent ou se projetant dans le futur. Ce va-et-vient crée une dynamique permettant ainsi de donner à la représentation un volume dramaturgique dans une échelle de temps bousculée, les faits se faisant écho les uns aux autres sous couvert de l'Histoire.
Le soir de la représentation (le 25 février), il y avait dans le public une dame de 92 ans qui était présente au procès de Bobigny. Époque lointaine et pourtant actuelle, car jamais définitivement gagnée, les propos sexistes et racistes tapissent en effet très et trop dangereusement les discours de nos politiques.
◙ Safidin Alouache
La pièce est très bien construite avec de courtes scènes rapides, qui s'enchaînent, brassant dans le passé des moments sous la coupe du présent ou se projetant dans le futur. Ce va-et-vient crée une dynamique permettant ainsi de donner à la représentation un volume dramaturgique dans une échelle de temps bousculée, les faits se faisant écho les uns aux autres sous couvert de l'Histoire.
Le soir de la représentation (le 25 février), il y avait dans le public une dame de 92 ans qui était présente au procès de Bobigny. Époque lointaine et pourtant actuelle, car jamais définitivement gagnée, les propos sexistes et racistes tapissent en effet très et trop dangereusement les discours de nos politiques.
◙ Safidin Alouache
"Le procès d'une vie"
© Simon Gosselin.
Texte : Barbara Lamballais et Karina Testa.
Oeuvre librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et de "Le procès de Bobigny - Choisir La Cause Des Femmes" aux Éditions Gallimard.
Mise en scène : Barbara Lamballais, assistée de Armance Galpin.
Avec Jeanne Arènes, Clotilde Daniault, Maud Forget, Déborah Grall, Karina Testa, Céline Toutain, Julien Urrutia.
Scénographie : Antoine Milian.
Lumières : Rémi Saintot.
Son et musique : Benjamin Ribolet.
Costumes : Marion Rebmann.
Perruques : Julie Poulain.
Tout public, à partir de 13 ans.
Durée : 1 h 20.
Jusqu'au 31 mai 2026.
Du mercredi au samedi à 21 h, dimanche à 15 h.
48, rue du Faubourg Saint-Martin, Paris 10ᵉ.
Tél. : 01 42 08 21 93.
>> Billetterie en ligne
>> lesplendid.com
Oeuvre librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et de "Le procès de Bobigny - Choisir La Cause Des Femmes" aux Éditions Gallimard.
Mise en scène : Barbara Lamballais, assistée de Armance Galpin.
Avec Jeanne Arènes, Clotilde Daniault, Maud Forget, Déborah Grall, Karina Testa, Céline Toutain, Julien Urrutia.
Scénographie : Antoine Milian.
Lumières : Rémi Saintot.
Son et musique : Benjamin Ribolet.
Costumes : Marion Rebmann.
Perruques : Julie Poulain.
Tout public, à partir de 13 ans.
Durée : 1 h 20.
Jusqu'au 31 mai 2026.
Du mercredi au samedi à 21 h, dimanche à 15 h.
48, rue du Faubourg Saint-Martin, Paris 10ᵉ.
Tél. : 01 42 08 21 93.
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