© Martin Argyroglo.
Philippe Quesne fidèle à lui-même aime commencer ses performances en les raccordant à l'une de ses précédentes, en l'occurrence créée dix-huit années auparavant… "C'était l'appartement de Serge qui me l'a laissé pour en faire une galerie d'art. Imaginez une moquette violette au sol, un petit hélicoptère volant, une voiture avec ses phares, une table de ping-pong"… Ainsi la galeriste accueille-t-elle les trois artistes en désir de création. D'emblée, et avec eux, on découvre un espace hors sol où des objets d'une banalité avérée sont entreposés dans un désordre "inspiré"… Un escabeau, des bouteilles d'hélium, des chaises - celles de Serge, des plus ordinaires qui soient, pourtant la galeriste demande aux invités d'en prendre bien soin -, l'une d'entre elles, œuvre en cours d'installation, est hissée dans les cintres et désignée d'un titre haut en couleur : "La spectatrice émancipée".
Le temps de la représentation, les textes de Laura Vasquez, poète à l'inspiration surréaliste, défileront sur des panneaux verticaux lumineux semblables à ceux utilisés pour les publicités urbaines, créant une atmosphère subvertissant le réel pour mieux le donner à voir. On peut y lire : "Il fut un temps où je connaissais les visages de l'avenir, car je savais qu'ils étaient en train de se former dans les visages du présent, et les tranches de la réalité se découpaient en sortes d'astres que je laissais venir les yeux fermés", ou encore : "Comment la terre tournerait-elle s'il n'y avait pas de colorations sur les choses qui la composent ? Comment les poissons sans nageoires voient-Ils la vie ? Comment la vie voit-elle les poissons ?".
Le temps de la représentation, les textes de Laura Vasquez, poète à l'inspiration surréaliste, défileront sur des panneaux verticaux lumineux semblables à ceux utilisés pour les publicités urbaines, créant une atmosphère subvertissant le réel pour mieux le donner à voir. On peut y lire : "Il fut un temps où je connaissais les visages de l'avenir, car je savais qu'ils étaient en train de se former dans les visages du présent, et les tranches de la réalité se découpaient en sortes d'astres que je laissais venir les yeux fermés", ou encore : "Comment la terre tournerait-elle s'il n'y avait pas de colorations sur les choses qui la composent ? Comment les poissons sans nageoires voient-Ils la vie ? Comment la vie voit-elle les poissons ?".
© Martin Argyroglo.
Immergés dans ce milieu d'observation d'un vivant décomposé par des regards neufs, nous assisterons, interpellés, médusés, amusés aux micro-découvertes du trio parcourant avec une naïveté éblouissante l'espace offert à leur imaginaire créatif. L'une voudra inhaler le gaz de l'une des bonbonnes, aussitôt reprise par la gardienne des lieux. L'autre apportera sa touche personnelle à l'œuvre en cours de réalisation en la recouvrant d'un film plastique transparent, geste artistique aussitôt complété par celui de la première, disposant aux pieds de "La spectatrice émancipée" sa paire de bottes. La sculpture sera rebaptisée "Le Christ de ma mère"… "À chaque jour suffit sa peine", commentera en décalé la galeriste, que l'on devine ici pas entièrement convaincue.
S'enchainant dans une lenteur cotonneuse propre à laver les cerveaux des injonctions liées à la vitesse, une scène les verra s'approcher religieusement d'une autre installation minimaliste : deux tréteaux, une planche sur une bâche plastique. Là, un artiste invité viendra introduire dans un récipient de la mousse expansive créant instantanément des sculptures protéiformes, sortes de totems étendant leurs tentacules jusqu'au sol. Créatures aussitôt auscultées minutieusement au micro pour entendre leurs crissements, grésillements, grognements… jusqu'à ce qu'un "On peut faire comme une soirée mousse ?" ne vienne rompre ex abrupto le recueillement de circonstance.
S'enchainant dans une lenteur cotonneuse propre à laver les cerveaux des injonctions liées à la vitesse, une scène les verra s'approcher religieusement d'une autre installation minimaliste : deux tréteaux, une planche sur une bâche plastique. Là, un artiste invité viendra introduire dans un récipient de la mousse expansive créant instantanément des sculptures protéiformes, sortes de totems étendant leurs tentacules jusqu'au sol. Créatures aussitôt auscultées minutieusement au micro pour entendre leurs crissements, grésillements, grognements… jusqu'à ce qu'un "On peut faire comme une soirée mousse ?" ne vienne rompre ex abrupto le recueillement de circonstance.
© Martin Argyroglo.
Deux des artistes s'enrouleront dans les rouleaux de la carpette pour disparaître sous le plancher où leur corps continuera à creuser des galeries. Air d'opéra, micros tendus pour inspecter là encore les sons des corps enfouis déclamant des poèmes de Laura Vasquez… le tout ponctué par les autocongratulations des performeurs célébrant leur création in situ. Mais comme toute œuvre d'art est "un beau mensonge" (cf. Stendhal) et se doit au nom de la Vérité même de l'Art d'être éphémère, ils s'ingénieront à massacrer à coups de pieds et poings rageurs leur création si superbe, l'aient-ils trouvée l'instant d'avant. Le tout ponctué d'un dissonant : "Ça dialogue", créant une nouvelle rupture irrésistible dans la chaîne de (ré)création.
Des nuages de fumée s'échapperont encore d'énigmatiques formes humaines sommeillant sous des couvertures de déménagement. Comme des feux follets, les barres lumineuses verticales libéreront des fragments de la poésie éthérée … "Le soir dans mon jardin… je mets des sculptures capables de soupirer… un guide pour les fantômes sourds… des armes qui ne blessent pas… ce sont des longueurs d'onde". Et là encore, rupture de registres introduite par la remarque prosaïque de la galeriste – "Ah oui… on lit beaucoup mieux" – saluant la mise à l'horizontale des supports où circulent les textes. On ne dévoilera pas plus longuement les surgissements d'inattendus venant rompre à l'envi la "manigance diabolique de la logique"… car, pour connaître ce qui se passe à l'intérieur des choses, ne faut-il pas les déplacer avec une infinie douceur ?
Des nuages de fumée s'échapperont encore d'énigmatiques formes humaines sommeillant sous des couvertures de déménagement. Comme des feux follets, les barres lumineuses verticales libéreront des fragments de la poésie éthérée … "Le soir dans mon jardin… je mets des sculptures capables de soupirer… un guide pour les fantômes sourds… des armes qui ne blessent pas… ce sont des longueurs d'onde". Et là encore, rupture de registres introduite par la remarque prosaïque de la galeriste – "Ah oui… on lit beaucoup mieux" – saluant la mise à l'horizontale des supports où circulent les textes. On ne dévoilera pas plus longuement les surgissements d'inattendus venant rompre à l'envi la "manigance diabolique de la logique"… car, pour connaître ce qui se passe à l'intérieur des choses, ne faut-il pas les déplacer avec une infinie douceur ?
© Martin Argyroglo.
C'est à ce pas de côté, fabuleux en tous points, que nous invite Philippe Quesne, lui qui, accompagné de sa complice en poésie insolite, Laura Vasquez, n'a de cesse de réveiller notre pulsion scopique – désir de voir, désir de "ça-voir" – en subvertissant notre vision ordinaire. Et c'est peu dire que cette nouvelle création, s'inscrivant dans le droit fil d'une œuvre en perpétuel devenir, procure un état d'émerveillement enivrant… à rapprocher de celui ressenti par le personnage de Lewis Carroll. Sauf que là, c'est au travers de l'illusion théâtrale - traitée comme une matière vivante - que se joue l'accès à un monde nous délivrant des assujettissements… de la folie ordinaire.
◙ Yves Kafka
Vu le 12 mars 2026 dans la Salle Vauthier du tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine, Bordeaux.
◙ Yves Kafka
Vu le 12 mars 2026 dans la Salle Vauthier du tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine, Bordeaux.
"Le Paradoxe de John"
© Martin Argyroglo.
Conception : Philippe Quesne.
Mise en scène et scénographie : Philippe Quesne.
Textes originaux : Laura Vazquez.
Avec : Isabelle Angotti, Céleste Brunnquell, Marc Susini, Veronika Vasilyeva-Rije, Marc Chevillon.
Costumes : Anna Carraud, assistée de Mirabelle Perot.
Régie et collaboration artistique : François Boulet, Marc Chevillon.
Collaboration technique : Thomas Laigle.
Peintre décoratrice : Marie Maresca.
Musiques : Noel Boggs, Fred Buscaglione, John Cage, Morton Feldman, Friedrich Hollaender, Lucy Railton, Franz Schubert, Demetrio Stratos, Riz Ortolani, etc.
Durée : 1 h 20.
Créé le 7 novembre 2025 au Théâtre La Commune - CDN, Aubervilliers (93), pour le Festival d'Automne à Paris.
Représenté du 10 au 13 mars 2026 au tnba - Théâtre national Bordeaux Aquitaine, Bordeaux (33).
Mise en scène et scénographie : Philippe Quesne.
Textes originaux : Laura Vazquez.
Avec : Isabelle Angotti, Céleste Brunnquell, Marc Susini, Veronika Vasilyeva-Rije, Marc Chevillon.
Costumes : Anna Carraud, assistée de Mirabelle Perot.
Régie et collaboration artistique : François Boulet, Marc Chevillon.
Collaboration technique : Thomas Laigle.
Peintre décoratrice : Marie Maresca.
Musiques : Noel Boggs, Fred Buscaglione, John Cage, Morton Feldman, Friedrich Hollaender, Lucy Railton, Franz Schubert, Demetrio Stratos, Riz Ortolani, etc.
Durée : 1 h 20.
Créé le 7 novembre 2025 au Théâtre La Commune - CDN, Aubervilliers (93), pour le Festival d'Automne à Paris.
Représenté du 10 au 13 mars 2026 au tnba - Théâtre national Bordeaux Aquitaine, Bordeaux (33).
© Martin Argyroglo.
Tournée
11 et 12 mai 2026 : Künstlerhaus Mousonturm, Frankfurt am Main (Allemagne).
7 et 8 octobre 2026 : Festival Actoral, impasse Montévidéo, Marseille (13).
13 et 14 octobre 2026 : Théâtre La Vignette, Université Paul-Valéry, Route de Mende, Montpellier (34).
20 novembre 2026 : Centre Pompidou, Parvis des Droits de l'Homme, Metz (57).
24 au 27 novembre 2026 : Le Maillon, Théâtre de Strasbourg - Scène européenne, Boulevard de Dresde, Strasbourg (67).
10 au 13 décembre 2026 : Maison Saint-Gervais, Rue du Temple, Genève (Suisse).
11 et 12 mai 2026 : Künstlerhaus Mousonturm, Frankfurt am Main (Allemagne).
7 et 8 octobre 2026 : Festival Actoral, impasse Montévidéo, Marseille (13).
13 et 14 octobre 2026 : Théâtre La Vignette, Université Paul-Valéry, Route de Mende, Montpellier (34).
20 novembre 2026 : Centre Pompidou, Parvis des Droits de l'Homme, Metz (57).
24 au 27 novembre 2026 : Le Maillon, Théâtre de Strasbourg - Scène européenne, Boulevard de Dresde, Strasbourg (67).
10 au 13 décembre 2026 : Maison Saint-Gervais, Rue du Temple, Genève (Suisse).