© Christophe Raynaud de Lage.
Hamlet enchaîné au décor qu'il va devoir traîner sur l'avant-scène pour rejoindre le micro qui l'attend… Hamlet suant sang et eau pour tracter le dispositif lourd du poids du passé qui ne le lâche pas d'une semelle… Hamlet qui réussit dans un effort de Titan à faire taire une radio disant pis que pendre de lui… Dans son ADN n'est-il pas inscrit le mépris consubstantiel qui le définit, mépris pour Ophélie, son amoureuse, mépris pour Gertrude, sa mère dépressive. Quant au désir de vengeance de son père, perfidement assassiné par son oncle Claudius, il passera son temps, le mou Hamlet en fouille-merde qu'il est, à le procrastiner… La présentation du héros en "habit de lumière" étant actée, place à l'action.
"Être ou ne pas être… Mourir, dormir, Rien de plus… Mourir, dormir… Dormir, peut-être rêver…", ces vers emblématiques, ponctués aussitôt que prononcés par un soupir de lassitude, Hamlet les redoublera d'un commentaire, comme un clin d'œil adressé à "son" public embarqué dans son sillage : "Je voulais me débarrasser de ce passage"… Le ton de ce qui va suivre est donné. Et la lettre annonçant la subvention supprimée, ne va pas arranger les choses, lui qui peste que "la Joconde de la Littérature" puisse pâtir des coupes budgétaires… Qu'à cela ne tienne, après avoir envisagé de s'enchainer tout nu à la porte des bureaux des décideurs – "pas une bonne idée…" – il opte pour relever le défi de la représentation.
"Être ou ne pas être… Mourir, dormir, Rien de plus… Mourir, dormir… Dormir, peut-être rêver…", ces vers emblématiques, ponctués aussitôt que prononcés par un soupir de lassitude, Hamlet les redoublera d'un commentaire, comme un clin d'œil adressé à "son" public embarqué dans son sillage : "Je voulais me débarrasser de ce passage"… Le ton de ce qui va suivre est donné. Et la lettre annonçant la subvention supprimée, ne va pas arranger les choses, lui qui peste que "la Joconde de la Littérature" puisse pâtir des coupes budgétaires… Qu'à cela ne tienne, après avoir envisagé de s'enchainer tout nu à la porte des bureaux des décideurs – "pas une bonne idée…" – il opte pour relever le défi de la représentation.
© Christophe Raynaud de Lage.
Vu le budget réduit comme peau de chagrin par des financeurs que le projet annoncé a rendu peu enthousiastes, il a dû revoir drastiquement la distribution. Les personnages seront joués par des peluches – extraites des cartons tapissant le mur du décor – et les répliques seront confiées à des spectateurs auxquels il aura remis auparavant des petits papiers… L'avantage des peluches ? C'est qu'elles ne sont pas syndiquées, qu'on peut les faire travailler autant qu'on veut, et les jeter si l'envie en prend. Ainsi Horatio (son ami proche), Polonius (le père de sa copine Ophélie), Gertrude (sa chère maman) et Claudius (son oncle félon), hériteront chacun d'une peluche pour les représenter sur scène. Avec une prime pour le couple maudit : Gertrude sera une oie et Claudius, son amant l'ayant épousée pour devenir roi après avoir organisé à quatre mains la mort de Hamlet père, sera lui un long serpent gluant à souhait…
L'accusation de misogynie qui lui est faite ? Il est prêt à la démentir. Ses très nombreuses amies ne seraient-elles pas les premières à témoigner, avec lui, qu'il aime les femmes ? Quant à son côté dépressif dont on l'accuse, comment n'éprouverait-on pas de chagrin face à la mort d'un père ? Une urne funéraire (et non une peluche) sera extraite d'un carton et avec elle, une voix grave s'en échappera, celle du fantôme de son père lui rappelant l'impératif catégorique inscrit dans le nom qu'il porte : être - et non ne pas être - un guerrier redouté…
Ainsi, sur un rythme scandé par des chorégraphies "lumineuses", les situations se précipiteront pour offrir une version décomplexée de la pièce originale… Revêtu d'un Babygros, Hamlet se souviendra, ému, des girafes présentes à son baptême… Et s'il n'était pas présent, lui, aux obsèques de sa chère maman, c'est parce qu'il faisait une retraite. D'ailleurs dès qu'il a rallumé son portable et qu'il a découvert les très nombreux messages laissés sur son répondeur par Horatio lui annonçant la mauvaise nouvelle – "Ton père est mort" – il… La scène, inénarrable de drôlerie, sera rejouée avec la participation d'un spectateur descendu des gradins pour endosser le rôle d'Horatio.
La figure paternelle omniprésente sera, elle, incarnée par un acteur au masque de lion et à la voix amplifiée. Il sera l'esprit de son père Hamlet lui enjoignant de le venger en déchargeant un flingue sur l'horrible serpent qu'est Claudius… D'autres scènes chorégraphiées (elles sont nombreuses, colorées et très "parlantes") montreront Hamlet découvrir sur un dancefloor diffracté sur écran son oncle et sa mère s'embrassant à pleine bouche, grimaces éloquentes en prime… Les os d'un bassin sorti de terre se substitueront au crâne légendaire… Ophélie nagera dans des eaux troubles. Hamlet, suspicieux maladif, l'accusera, de l'avoir trompé avec son ami Horatio… Il fera une énorme crise de jalousie à sa mère, lui le mal aimé compulsif, et, de rage enfin assumée, il finira par vouloir tuer tout le monde dans une crise hystérique où les coups de batte donnés dans le carton abritant Clodius et Gertrude les pulvériseront.
L'accusation de misogynie qui lui est faite ? Il est prêt à la démentir. Ses très nombreuses amies ne seraient-elles pas les premières à témoigner, avec lui, qu'il aime les femmes ? Quant à son côté dépressif dont on l'accuse, comment n'éprouverait-on pas de chagrin face à la mort d'un père ? Une urne funéraire (et non une peluche) sera extraite d'un carton et avec elle, une voix grave s'en échappera, celle du fantôme de son père lui rappelant l'impératif catégorique inscrit dans le nom qu'il porte : être - et non ne pas être - un guerrier redouté…
Ainsi, sur un rythme scandé par des chorégraphies "lumineuses", les situations se précipiteront pour offrir une version décomplexée de la pièce originale… Revêtu d'un Babygros, Hamlet se souviendra, ému, des girafes présentes à son baptême… Et s'il n'était pas présent, lui, aux obsèques de sa chère maman, c'est parce qu'il faisait une retraite. D'ailleurs dès qu'il a rallumé son portable et qu'il a découvert les très nombreux messages laissés sur son répondeur par Horatio lui annonçant la mauvaise nouvelle – "Ton père est mort" – il… La scène, inénarrable de drôlerie, sera rejouée avec la participation d'un spectateur descendu des gradins pour endosser le rôle d'Horatio.
La figure paternelle omniprésente sera, elle, incarnée par un acteur au masque de lion et à la voix amplifiée. Il sera l'esprit de son père Hamlet lui enjoignant de le venger en déchargeant un flingue sur l'horrible serpent qu'est Claudius… D'autres scènes chorégraphiées (elles sont nombreuses, colorées et très "parlantes") montreront Hamlet découvrir sur un dancefloor diffracté sur écran son oncle et sa mère s'embrassant à pleine bouche, grimaces éloquentes en prime… Les os d'un bassin sorti de terre se substitueront au crâne légendaire… Ophélie nagera dans des eaux troubles. Hamlet, suspicieux maladif, l'accusera, de l'avoir trompé avec son ami Horatio… Il fera une énorme crise de jalousie à sa mère, lui le mal aimé compulsif, et, de rage enfin assumée, il finira par vouloir tuer tout le monde dans une crise hystérique où les coups de batte donnés dans le carton abritant Clodius et Gertrude les pulvériseront.
© Christophe Raynaud de Lage.
Alors que faire d'un tel être, veule, violent et misogyne à souhait ? Ophélie serait bien tentée de l'occire définitivement, lui qui non seulement a tué Polinius, son père, mais l'a délaissée, elle, jusqu'à en mourir ? Si elle exécutait son premier désir, ce seraient encore des meurtres à rejouer chaque soir de représentation et ça fait quand même beaucoup dans une année, alors pourquoi pas l'enfermer ad vitam æternam dans un carton où on oubliera le triste Hamlet, emmuré vivant dans un silence pour l'éternité, et plus si affinités.
Le parti pris d'en finir avec Hamlet, tramant la représentation, est exploité sans qu'à aucun moment le rythme ne vienne à fléchir, créant une unité de ton propre à nous ravir. Empruntant à la farce sa grammaire, Ben Duke l'applique à sa création avec un art consommé magnifiant la dérision subtile avec laquelle il s'empare de son sujet.
En effet, des trouvailles continuelles de mises en jeu improbables et des interprétations hilarantes prenant systématiquement le contrepied du sérieux originel, ont pour effet de nous transporter dans une "copie" de Shakespeare justifiant ô combien la disparition de son personnage phare… Et que Hamlet après tout s'en prenne à lui seul s'il n'a pas été capable ce soir devant nous de relever le défi en montrant qu'il pouvait être autre que les défauts que, généreusement, on lui attribuait… Cependant, à l'issue de cette représentation mêlant avec bonheur théâtre et danse, un regret subsiste, et il est de taille… Comme il avait été annoncé, ce sera là sa dernière représentation. Il faudra apprendre, désormais, à se passer de Hamlet…
◙ Yves Kafka
Vu le 20 juillet dans le Cloître des Célestins, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
Le parti pris d'en finir avec Hamlet, tramant la représentation, est exploité sans qu'à aucun moment le rythme ne vienne à fléchir, créant une unité de ton propre à nous ravir. Empruntant à la farce sa grammaire, Ben Duke l'applique à sa création avec un art consommé magnifiant la dérision subtile avec laquelle il s'empare de son sujet.
En effet, des trouvailles continuelles de mises en jeu improbables et des interprétations hilarantes prenant systématiquement le contrepied du sérieux originel, ont pour effet de nous transporter dans une "copie" de Shakespeare justifiant ô combien la disparition de son personnage phare… Et que Hamlet après tout s'en prenne à lui seul s'il n'a pas été capable ce soir devant nous de relever le défi en montrant qu'il pouvait être autre que les défauts que, généreusement, on lui attribuait… Cependant, à l'issue de cette représentation mêlant avec bonheur théâtre et danse, un regret subsiste, et il est de taille… Comme il avait été annoncé, ce sera là sa dernière représentation. Il faudra apprendre, désormais, à se passer de Hamlet…
◙ Yves Kafka
Vu le 20 juillet dans le Cloître des Célestins, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
"The Last Hamlet"
© Christophe Raynaud de Lage.
Royaume-Uni.
Création 2026 au Festival d'Avignon.
En anglais surtitré en français.
Conception et mise en scène : Ben Duke.
Avec : Miguel Altunaga, Ben Duke, Hannah Shepherd.
Avec la collaboration exceptionnelle pour le Festival d'Avignon : Anna B Savage.
Dramaturgie : Karthika Naïr.
Consultante de création : Raquel Meseguer Zafe.
Collaboration créative : Sarah Calver, Luigi Nardone, Jamie Wood.
Décors et costumes : Soutra Gilmour.
Lumière : Jackie Shemesh.
Son : Jethro Cooke.
Vidéo : Will Duke.
Direction technique : Ed Borgnis.
Supervision des costumes : Anna Josephs.
Éclairage : Daniel Harvey.
Programmation lumière : Nadene Wheatley.
Régie surtitres : Katharina Bader.
Traduction française pour le surtitrage : Dominique Hollier.
Durée : 1 h 40.
Création 2026 au Festival d'Avignon.
En anglais surtitré en français.
Conception et mise en scène : Ben Duke.
Avec : Miguel Altunaga, Ben Duke, Hannah Shepherd.
Avec la collaboration exceptionnelle pour le Festival d'Avignon : Anna B Savage.
Dramaturgie : Karthika Naïr.
Consultante de création : Raquel Meseguer Zafe.
Collaboration créative : Sarah Calver, Luigi Nardone, Jamie Wood.
Décors et costumes : Soutra Gilmour.
Lumière : Jackie Shemesh.
Son : Jethro Cooke.
Vidéo : Will Duke.
Direction technique : Ed Borgnis.
Supervision des costumes : Anna Josephs.
Éclairage : Daniel Harvey.
Programmation lumière : Nadene Wheatley.
Régie surtitres : Katharina Bader.
Traduction française pour le surtitrage : Dominique Hollier.
Durée : 1 h 40.
© Christophe Raynaud de Lage.
•Avignon In 2026•
Les 17 et 18, du 20 au 24 juillet 2026.
Représenté à 22 h.
Cloître des Célestins, place des Corps Saints, Avignon.
Billetterie en ligne
>> festival-avignon.com
Tournée
Du 22 au 30 septembre 2026 : Théâtre de la Ville, Paris.
Du 20 au 22 octobre 2026 : Romaeuropa Festival, Rome (Italie).
Du 4 au 7 novembre 2026 : Sadlers Wells East, Londres (Royaume-Uni).
Les 17 et 18, du 20 au 24 juillet 2026.
Représenté à 22 h.
Cloître des Célestins, place des Corps Saints, Avignon.
Billetterie en ligne
>> festival-avignon.com
Tournée
Du 22 au 30 septembre 2026 : Théâtre de la Ville, Paris.
Du 20 au 22 octobre 2026 : Romaeuropa Festival, Rome (Italie).
Du 4 au 7 novembre 2026 : Sadlers Wells East, Londres (Royaume-Uni).