© Christophe Raynaud de Lage.
Une estrade avec un escabeau collé à l'un de ses flancs que graviront fiévreusement une quarantaine de personnages, empressés de s'extraire des pièces où ils s'ensommeillaient depuis que leur géniteur, un soir de février 1673, eut la fantaisie de cracher le sang sur ces mêmes tréteaux avant d'aller rendre ses poumons à son domicile ("Le poumon, le poumon, vous dis-je !"). Quarante personnages en quête d'interprétation facétieuse… qui trouveront dans la cohorte des huit acteurs et actrices, soudés comme les doigts de la main, leurs alter egos dévoués rendant ainsi un bel hommage à celui qui eut la classe de mourir… en jouant "Le Malade imaginaire".
Lustres allumés, rideaux rouges tirés, c'est par ce clin d'œil subliminal au théâtre italien (qu'au passage, l'on moque gentiment, lui qui instituera une frontière nette entre scène et public, et supprimera les gradins au profit des loges) que débute la représentation. Là un dispositif scénique n'ayant que faire des falbalas et des classes d'appartenance parquant le peuple dans "le poulailler" ; ici un dispositif favorisant non seulement le mélange des spectateurs (pas de place numérotée) mais aussi la pluralité des points de vue sous la forme de trois gradins cernant l'estrade à portée de main.
Lustres allumés, rideaux rouges tirés, c'est par ce clin d'œil subliminal au théâtre italien (qu'au passage, l'on moque gentiment, lui qui instituera une frontière nette entre scène et public, et supprimera les gradins au profit des loges) que débute la représentation. Là un dispositif scénique n'ayant que faire des falbalas et des classes d'appartenance parquant le peuple dans "le poulailler" ; ici un dispositif favorisant non seulement le mélange des spectateurs (pas de place numérotée) mais aussi la pluralité des points de vue sous la forme de trois gradins cernant l'estrade à portée de main.
© Christophe Raynaud de Lage.
Les premières scènes du "Mariage forcé" seront l'occasion d'ouvrir le bal en propulsant sur l'estrade un homme sur le retour prétendant vouloir conclure mariage avec une jeune femme séduisante "qui sera à lui de la tête aux pieds" et avec laquelle il entend faire "tout ce qui lui plaira" et plus si affinités ; des propos qui ne choqueraient certes pas un masculiniste contemporain… Sauf que la belle est dotée d'un caractère, qui ne choquerait pas lui les féministes, et que sa conception de la liberté dans le couple sera de nature à faire battre en retraite le projet du prétendant…
Sauf que le frère costaud de la belle, dont le père est soulagé qu'elle ait trouvé enfin un pigeon pour l'épouser, ne l'entendra pas ainsi et menacera de coups de bâton (remède miracle à tous les problèmes, faisant figure de panacée dans les farces du susnommé Jean-Baptiste Poquelin) le frétillant amoureux s'il lui venait l'idée de revenir sur sa décision. Si l'on ajoute à ce menu, la présence de deux philosophes englués dans leur galimatias et de deux belles Égyptiennes voyantes, on aura idée de la truculence en jeu… Une réalité encore augmentée par les interprétations appuyées du tg STAN, orfèvre en la matière.
Des morceaux choisis de "L'Avare", servis sur un plateau (de planches), feront revivre la thématique récurrente de la prétention des vieillards à convoiter des femmes beaucoup plus jeunes qu'eux (pourtant Molière n'a-t-il pas délaissé Mme Béjart mère pour la fille ? Il est vrai que Rousseau a bien déposé à l'hospice des Enfants-Trouvés son premier enfant pour pouvoir écrire "Émile, ou De l'éducation ")… pour enrichir cette problématique de l'inénarrable pingrerie inscrite dans le marbre d'une réplique universellement connue : "Au voleur, à l'assassin, au meurtrier. Juste Ciel, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge. On m'a dérobé mon argent, Mon argent, mon cher argent. Ma cassette… on m'a volé ma cassette !". Mais là encore, au plaisir de réentendre ces phrases cultes, s'ajoute celui de découvrir le jeu d'acteurs décomplexés où, à vue, les comédiennes et comédiens s'amusent avec nous des situations bouffonnes.
Ou encore une saynète de "L'Égoïsme" ouvrant sur "Les Femmes Savantes" où le poète Trissotin et son "quoi qu'on die", répété en boucle, feront pâmer littéralement les pédantes au bord de la crise de nerfs. Dans un tableau vivant quasiment "orgasmique", on les verra se lover sur les genoux de leur idole en psalmodiant ses vers "addddmirables", avant que le littérateur aux anges n'embrasse sur la bouche un admirateur invétéré…
Ou bien encore "Les Fourberies de Scapin" et son florilège de bons mots et de situations burlesques où la médecine, qui n'est pas la seule à prendre des coups de bâton, en recevra son lot ; même si, en fin de compte, le (faux) médecin échappera à la pendaison promise – "La médecine l'a échappée belle !"… Quand dans "Le Malade imaginaire", Monsieur Purgon et Thomas Diafoirus, prototypes littéraires pour toujours "encrés" dans la mémoire collective, viendront tourner en dérision une médecine de pacotille et le pédantisme qui lui sert de paravent.
Sauf que le frère costaud de la belle, dont le père est soulagé qu'elle ait trouvé enfin un pigeon pour l'épouser, ne l'entendra pas ainsi et menacera de coups de bâton (remède miracle à tous les problèmes, faisant figure de panacée dans les farces du susnommé Jean-Baptiste Poquelin) le frétillant amoureux s'il lui venait l'idée de revenir sur sa décision. Si l'on ajoute à ce menu, la présence de deux philosophes englués dans leur galimatias et de deux belles Égyptiennes voyantes, on aura idée de la truculence en jeu… Une réalité encore augmentée par les interprétations appuyées du tg STAN, orfèvre en la matière.
Des morceaux choisis de "L'Avare", servis sur un plateau (de planches), feront revivre la thématique récurrente de la prétention des vieillards à convoiter des femmes beaucoup plus jeunes qu'eux (pourtant Molière n'a-t-il pas délaissé Mme Béjart mère pour la fille ? Il est vrai que Rousseau a bien déposé à l'hospice des Enfants-Trouvés son premier enfant pour pouvoir écrire "Émile, ou De l'éducation ")… pour enrichir cette problématique de l'inénarrable pingrerie inscrite dans le marbre d'une réplique universellement connue : "Au voleur, à l'assassin, au meurtrier. Juste Ciel, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge. On m'a dérobé mon argent, Mon argent, mon cher argent. Ma cassette… on m'a volé ma cassette !". Mais là encore, au plaisir de réentendre ces phrases cultes, s'ajoute celui de découvrir le jeu d'acteurs décomplexés où, à vue, les comédiennes et comédiens s'amusent avec nous des situations bouffonnes.
Ou encore une saynète de "L'Égoïsme" ouvrant sur "Les Femmes Savantes" où le poète Trissotin et son "quoi qu'on die", répété en boucle, feront pâmer littéralement les pédantes au bord de la crise de nerfs. Dans un tableau vivant quasiment "orgasmique", on les verra se lover sur les genoux de leur idole en psalmodiant ses vers "addddmirables", avant que le littérateur aux anges n'embrasse sur la bouche un admirateur invétéré…
Ou bien encore "Les Fourberies de Scapin" et son florilège de bons mots et de situations burlesques où la médecine, qui n'est pas la seule à prendre des coups de bâton, en recevra son lot ; même si, en fin de compte, le (faux) médecin échappera à la pendaison promise – "La médecine l'a échappée belle !"… Quand dans "Le Malade imaginaire", Monsieur Purgon et Thomas Diafoirus, prototypes littéraires pour toujours "encrés" dans la mémoire collective, viendront tourner en dérision une médecine de pacotille et le pédantisme qui lui sert de paravent.
© Christophe Raynaud de Lage.
Ainsi la "mise en pièces" des travers humains éternels prendra-t-elle la forme de jeux scéniques délurés où volées de coups de bâtons (frites de piscine en mousse), clins d'œil appuyés (un peu trop ?) et adresses directes au public, vrais (ou faux) bafouillages, seront délibérément invités, ponctués par les changements à vue de costumes, rôles masculins et féminins étant indifféremment endossés par chacune et chacun. Un bouillant bouillon de culture populaire… à la gloire de l'Illustre Théâtre et de son mentor.
Mais que diantre, jouer Molière dans le temple d'un festival d'avant-garde comme l'est Avignon ! Qu'alliez-vous faire dans cette galère cher tg STAN ? Certes, vous êtes réputés pour vos blagues, vous les Belges, mais ça n'excuse point tout… À moins que… Mais oui, vous avez raison… Vous êtes les légataires universels d'un bien national, trônant en majesté dans La Maison de Molière. Un patrimoine qu'avec grâce, malice, (im)pertinence décomplexée, vous avez quatre heures et demie durant fait revivre devant nous… pour le bonheur à jamais renouvelé d'entendre les travers de l'humaine condition raillés avec gaieté. Exit l'esprit de sérieux, retour aux plaisirs simples d'une parenthèse joyeuse vécue en communauté, acteurs et spectateurs confondus dans la même bulle. Un moment jubilatoire réfléchissant le monde (notre monde) dans un drôle de miroir à peine déformé.
◙ Yves Kafka
Vu le 13 juillet à La Carrière de Boulbon, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
Mais que diantre, jouer Molière dans le temple d'un festival d'avant-garde comme l'est Avignon ! Qu'alliez-vous faire dans cette galère cher tg STAN ? Certes, vous êtes réputés pour vos blagues, vous les Belges, mais ça n'excuse point tout… À moins que… Mais oui, vous avez raison… Vous êtes les légataires universels d'un bien national, trônant en majesté dans La Maison de Molière. Un patrimoine qu'avec grâce, malice, (im)pertinence décomplexée, vous avez quatre heures et demie durant fait revivre devant nous… pour le bonheur à jamais renouvelé d'entendre les travers de l'humaine condition raillés avec gaieté. Exit l'esprit de sérieux, retour aux plaisirs simples d'une parenthèse joyeuse vécue en communauté, acteurs et spectateurs confondus dans la même bulle. Un moment jubilatoire réfléchissant le monde (notre monde) dans un drôle de miroir à peine déformé.
◙ Yves Kafka
Vu le 13 juillet à La Carrière de Boulbon, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
"1, 2, 3 Poquelin"
© Christophe Raynaud de Lage.
Collectif tg STAN, Belgique.
Spectacle créé le 28 juin 2026 à Lyon.
En français surtitré en anglais.
Textes : Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière.
De et avec : Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas & Stijn Van Opstal.
Lumière : Luc Schaltin.
Son : Alexandre Fostier, Brecht Beuselinck, Dimitri Devos.
Costumes : Inge Büscher, An d'Huys.
Coordination technique : Patrick Martens, Iwan Van Vlierberghe
Stagiaire dramaturgie : Juliette Castro.
Durée : 4 h 30 avec entracte.
•Avignon In 2026•
Du 13 au 14, du 16 au 19 et du 21 au 25 juillet 2026.
Représenté à 21 h.
Carrière de Boulbon, Boulbon (13).
Billetterie en ligne
>> festival-avignon.com
Spectacle créé le 28 juin 2026 à Lyon.
En français surtitré en anglais.
Textes : Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière.
De et avec : Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas & Stijn Van Opstal.
Lumière : Luc Schaltin.
Son : Alexandre Fostier, Brecht Beuselinck, Dimitri Devos.
Costumes : Inge Büscher, An d'Huys.
Coordination technique : Patrick Martens, Iwan Van Vlierberghe
Stagiaire dramaturgie : Juliette Castro.
Durée : 4 h 30 avec entracte.
•Avignon In 2026•
Du 13 au 14, du 16 au 19 et du 21 au 25 juillet 2026.
Représenté à 21 h.
Carrière de Boulbon, Boulbon (13).
Billetterie en ligne
>> festival-avignon.com
© Christophe Raynaud de Lage.
Tournée
Du 2 au 4 octobre 2026 : Théâtres en Dracénie, Draguignan (83).
6 et 7 octobre 2026 : La Passerelle - Scène Nationale, Saint-Brieuc (22).
Du 8 au 10 octobre 2026 : Comédie de Caen - CDN, Caen (14).
Du 14 au 17 octobre 2026 : Théâtre Garonne - Scène européenne, Toulouse (31).
Du 4 au 6 novembre 2026 : Le Quartz - Scène nationale, Brest (29).
13 novembre 2026 : Le Manège, Maubeuge (59).
21 et 22 novembre 2026 : Bonlieu - Scène nationale, Annecy (74).
Du 3 au 6 décembre 2026 : Théâtre du Rond-Point, Paris 8ᵉ.
Du 2 au 4 octobre 2026 : Théâtres en Dracénie, Draguignan (83).
6 et 7 octobre 2026 : La Passerelle - Scène Nationale, Saint-Brieuc (22).
Du 8 au 10 octobre 2026 : Comédie de Caen - CDN, Caen (14).
Du 14 au 17 octobre 2026 : Théâtre Garonne - Scène européenne, Toulouse (31).
Du 4 au 6 novembre 2026 : Le Quartz - Scène nationale, Brest (29).
13 novembre 2026 : Le Manège, Maubeuge (59).
21 et 22 novembre 2026 : Bonlieu - Scène nationale, Annecy (74).
Du 3 au 6 décembre 2026 : Théâtre du Rond-Point, Paris 8ᵉ.