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Festivals

FAB 2026 Deux compagnies de Nouvelle-Aquitaine, un même régal… celui procuré par un théâtre pauvre en moyens et riche en créativité foisonnante

Le FAB – Festival international – réserve une place de choix à des compagnies du territoire qui s'en emparent pour des propositions marquées au sceau d'une grande originalité. Ainsi de la Cie Le Syndicat d'Initiative, aux idées fourmillantes, et de la Cie Bravache au nom porteur de son ADN, une bravoure sans égale pour ne pas dire délirante. Deux performances de facture singulière, réunissant tous publics, petits et grands, novices et habitués, dans le plaisir partagé d'un théâtre populaire réjouissant.



"Petit Quelqu'un" © Guillaume Fauveau.
"Petit Quelqu'un". Julien Duval et sa Cie Le Syndicat d'Initiative transportent – au sens propre – au cœur de la forêt du Bourdieu de Saint-Médard-en-Jalles pour vivre in situ les aventures d'un garçon "échappé"… Après dix minutes de marche dans les sous-bois, un sas ménagé entre civilisation et nature sauvage, une petite clairière apparaît. Là, quelques bancs et une bâche au sol attendent patiemment que les spectateurs prennent place face à un décor minimaliste fait de tissus rouges tendus entre les arbres. Le protagoniste, tout de rouge aussi vêtu (comme les autres personnages) pourra alors devenir le narrateur inspiré de sa propre histoire.

Embarqué par son tonton dans une partie de chasse, le jeune garçon assiste – impuissant – à l'ultime élan d'un cerf élan tentant d'échapper à la meute humaine munie de carabines… Et pendant qu'il raconte l'effroi ressenti face au grand cervidé abattu, deux acteurs jouant tour à tour les autres personnages – le père, la mère, le docteur, le gendarme, le cosmonaute-apiculteur, etc. – feront bruiter devant un micro des brindilles brisées. La mère éplorée racontera au soignant à la blouse blanche, l'étrange métamorphose de son petit homme, se promenant nu, refusant de manger de la viande, faisant pipi partout et buvant dans sa gamelle.

"Petit Quelqu'un" © Guillaume Fauveau.
Atteint de "zoanthropie chronique", le cas de l'enfant impose – pour son bien – la mise en place d'un programme de réadaptation nécessitant son internement dont l'annonce ne manque pas d'être accompagnée par un sourire satisfait du médecin-sachant… "Dedans ma tête, je peux inviter qui je veux. Ma galerie d'animaux est dehors, j'irai la rejoindre !". Et ainsi, le garçon s'évadera pour vivre avec ses congénères choisis son existence d'animal, dévorant des souris, se blottissant dans des herbes près d'une mare pour y établir sa couche. Peurs du noir et jubilations extasiées, jusqu'à la rencontre avec un sanglier géant ayant peu apprécié le goût de l'enfant sauvage pour les mamelles de sa "sanglière" allaitant ses mignons petits.

Fable écologique (nature et faune exaltées) et sociale (sort réservé aux pas pareils), "Petit Quelqu'un" déroule sa dramaturgie tramée de couleurs vives, de sonorités fabriquées à vue, et de rebondissements "spectaculaires" où humour (cf. la scène inénarrable du – faux – déshabillage joué au ralenti) et gravité se conjuguent afin de créer l'espace poétique propre à générer émotions et réflexions. Quant au happy end, dicté par le genre récit d'apprentissage destiné à tourner dans les écoles, il semble – on peut peut-être le regretter, comme si vivre ses pulsions vitales ne pouvait décidément être sanctionné que par l'intégration au schéma commun – en rupture avec la liberté débridée de ce récit pimenté d'inventions réjouissantes.

"L'Odyssée" © Pierre Planchenault.
"L'Odyssée". De la Cie Bravache, l'on connaissait l'époustouflant premier épisode de sa série mythologique, "L'Iliade", interprété naguère très librement dans ce même lieu. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que, dans le droit fil de cette dérision documentée et portée à son incandescence, le second épisode de ce "quatuor spécialisé en reconstitution ultra-réaliste de l'histoire antique approximative" n'a rien perdu de sa gouaille jubilatoire.

Ainsi de l'arrivée tonitruante de la troupe, débarquant valise à roulettes et brumisateur à base de glyphosate en main en ce samedi bordelais caniculaire. "Pour des raisons de budget et d'écologie", on nous précise que trois seaux d'eau symboliseront la mer séparant Ulysse d'Ithaque, son port d'attache, où l'attend depuis dix ans déjà sa vertueuse épouse, crochetant et décrochetant sa tapisserie pour résister aux avances des Prétendants, ainsi que son fils Astyanax, geignant à tue-tête "Je n'ai jamais connu mon père !".

Après un bref rappel "pour les nuls" qui auraient manqué la première partie – où sont rejoués en deux minutes chrono le départ d'Ulysse pour Troie, sa ruse "chevaline" et autres menues anecdotes troyennes autour du trio infernal Pâris-Hélène-Ménélas, d'Achille, de son très cher ami Patrocle avec lequel il échangera un très tendre baiser, d'Hector, l'infortuné fils de Priam – les voilà enfin prêts à compléter la saga d'Ulysse par son odyssée méditerranéenne… Ouf, deux minutes, pari tenu.

"L'Odyssée" © Pierre Planchenault.
Après les Lotophages, ces bouffeurs de lotus à se défoncer la mémoire, c'est le tour des Cyclopes à faire des misères à Ulysse et à ses compagnons qui ont beau protester à l'adresse de leur chef – "Vous voulez faire des aventures et c'est nous qui mourons !" – sont embarqués dans la même galère que lui… Ainsi, on aura droit en italien au terrible rugissement de Polyphème, aux bêlements en chœur des moutons pressés les uns contre les autres dans la grotte du géant (bêlements, selon les codes du théâtre de rue, assurés joyeusement par les spectateurs dès que le carton "bê bê bê" est brandi), au (faux) sang giclant abondamment de l'œil du Cyclope arraché par Ulysse, ce qui vaudra au héros grec les foudres de Poséidon se promettant de venger son fils énucléé…

… menace divine qui n'empêchera aucunement Ulysse de continuer à coloniser… euh "explorer" d'autres îles pour y faire de belles rencontres. Ainsi des "charmes" de la magicienne Circé transformant en cochons l'équipage avant de mettre Ulysse dans son lit. De la magicienne Calypso, tombée raide amoureuse du bel Ulysse qui résiste, résiste, mais "en queutard prétentieux qu'il est" finit par succomber à ses charmes (mais chut, Pénélope ne doit pas être mise au courant). Puis ce sera le tour des Sirènes de Charybde et Scylla où Ulysse, très courageux, laisse sa place à un spectateur ligoté sur une chaise. Viendra le temps de la scène finale (quarante minutes chrono) où Ulysse aura droit à un "règlement de conte" apocalyptique à la hauteur des tromperies infligées à la vertueuse Pénélope qui elle n'a fait que l'attendre… en faisant tapisserie.

Les quatre comédiennes et comédiens ô combien complices de la Cie Bravache, issus(es) en 2022 de la promotion 5 de l'éstba d'alors (École supérieure de Théâtre Bordeaux Aquitaine), explorent "en tous sens" le fabuleux mythe en en faisant goûter – à coup d'accessoires que l'on dirait sortis tout droit d'un magasin farces et attrapes, perruques, fausses barbes, hémoglobine de théâtre, épées en carton, frites de piscine, etc. – la jubilatoire substantifique moelle. Ainsi, revue et corrigée à la sauce délirante, et avec la complicité hilare d'un public de suite conquis à sa cause (celle du peuple, cf. "théâtre populaire"), cette Odyssée devient la nôtre… Un voyage ludique en mer grecque, un itinéraire labyrinthique émaillé de trouvailles truculentes, un périple aux vertus enchanteresses vécu au sein d'une communauté de c(h)œur.
◙ Yves Kafka

Ces spectacles ont été vus le 3 octobre 2026, dans le cadre de la 11ᵉ édition du FAB - Festival international des Arts de Bordeaux métropole.

FAB 2026

"Petit Quelqu'un" © Guillaume Fauveau.
"Petit Quelqu'un"
Cie Le Syndicat d'Initiative - Nouvelle-Aquitaine.
Texte : "Petit Quelqu'un" de Catherine Monin (Quartett éditions 2026).
Mise en scène : Julien Duval.
Avec : Lucas Chemel, Zoé Gauchet (en alternance avec Ariane Pelluet), Carlos Martins.
Costumes : Aude Désigaux.
Sound design : Rozenn Lièvre.
Durée : 50 minutes.

Représenté le 30 septembre (à 10 h 30 et 14 h 30), les 1ᵉʳ et 2 octobre (à 14 h 30, séances scolaires ouvertes au tout public) et le 3 octobre 2026 (à 11 h et 15 h) dans la Forêt du Bourdieu de Saint-Médard-en-Jalles (33).

Tournée
4 avril 2027 : Bazar des Mômes - Marcheprime (33).
7-10 avril 2027 : Scène nationale Carré-Colonnes (scolaires), Saint-Médard/Blanquefort (33).
05 juin 2027 : Les Scènes du Jura - scène nationale, Lons-le-Saunier (39).
02 juillet 2027 : NEST - CDN transfrontalier Grand Est, Thionville (57).

"L'Odyssée" © Pierre Planchenault.
"L'Odyssée"
Cie Bravache – Nouvelle-Aquitaine.
Mise en scène : Margot Delabouglise, Barthélémy Maymat Pellicane, Cesare Moretti, Ariane Pelluet, Camille Arrivé.
Avec : Margot Delabouglise, Barthélémy Maymat Pellicane, Cesare Moretti, Ariane Pelluet (en alternance avec Camille Arrivé).
Durée : 45 minutes.

Représenté le 3 octobre à 14 h 30 et le 4 octobre 2026 à 18 h, Place Renaudel, tnba, Bordeaux (33).

FAB - 11ᵉ Festival International des Arts de Bordeaux Métropole.
A eu lieu du 26 septembre au 10 octobre 2026.
9, rue des Capérans, Bordeaux (33).
>> fab.festivalbordeaux.com

Yves Kafka
Mercredi 14 Octobre 2026
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