Trib'Une

Emma m'a tuer !

La chronique d'Isa-belle L

"Quand on arrive en ville, tout l'monde change de trottoir. On n'a pas l'air viril, mais on fait peur à voir. Quand on arrive en ville" (Starmania).
Quelle heure est-il ? 18 h ? Il faut que j’y aille. Dans les quartiers Nord de la capitale. Direction Pigalle. Oh ! Mon dieu, je vais me retrouver nez à nez avec les zonards. Mais non. Que je suis con ! C’est juste une chanson.



© Prescillia Gosselin.
Quel temps pourri. Paris est encore sous la pluie. Il paraît que ce n’est pas fini ! Sortir, malgré la pluie, c’est un peu l’enfer ! Je déteste les parapluies.

Quoi ? Je vais en plus me cogner toute la ligne 12 ? Direction le Nord de Paris. Quelques stations plus tard : j’y suis. Au cœur de Paname. Non loin de la Place Clichy. Métro Pigalle.

Que s’est-il passé ici ? Les zonards ont disparu, les loubards ne traînent plus dans les cafés. Les travestis se sont rhabillés. Les prostituées ont changé de trottoir. Moi, je remonte le boulevard et je prends l’avenue de Clichy. J’y suis. Paris. Pigalle la nuit. Plus de zonards mais une blonde, là, devant moi, jolie brin de femme, mais qui tient un poignard dans la main. C’est horrible d’être jolie et tueuse en série ! Ahhhhhhhhhhhhh ! Je crie.

© Prescillia Gosselin.
Quelle idiote ! Je suis au théâtre de Dix-heures devant l’affiche d’Emma Gattuso. Elle joue à 19 heures. Que c’est drôle de commencer ainsi : jouer à dix-neuf heures dans un théâtre qui s’appelle "dix heures". Drôle de jeu de mots.

Que nenni ! Plus de loubards ni travestis mais l’humoriste est de sortie. Avec un grand H s’il vous plaît, merci. Elle est blonde et jolie. Ça agace, c’est pour ça que je le dis. Elle est blonde, jolie, comédienne, et humoriste. Ça irrite le poil ça non ? Ah ! Et elle écrit aussi. Se met en scène. Elle ne s’applaudit pas encore mais ce n’est pas moi que ça gênerait. S’auto-congratuler n’a rien d’anormal quand c’est mérité.

"Qu’est-ce qu’elle va faire ce soir ? Elle va peut-être tout casser ?" Il faut avouer que voir Emma Gattuso, affichée avec un couteau dans la main et la tête d’une peluche décapitée, dans l’autre, on a de quoi s’inquiéter. Et pourtant, il faut sortir pour la voir. Le voir pour le croire. Qu’elle ne va pas nous tuer. Mais plutôt nous faire marrer. Si vous voulez savoir, venez ! Et en plus vous ne rentrerez pas trop tard. Son spectacle dure une heure et quelques poussières de blagues.

© Prescillia Gosselin.
Qu’en est-il alors ? Emma m’a-t-elle tuée ? Non. Je viens de le dire et je tiens à rassurer tout le monde de ma bonne santé. Je conseille même son spectacle pour maintenir les muscles des zygomatiques en forme. Alors que des cordes de pluies tombaient dehors, Emma activaient ses cordes vocales de plus bel. Avec une aisance et une énergie qui démontrent que pour en arriver là, Emma Gattuso, a dû bosser. Certo ! Si. Elle a des origines italiennes. Encore une qualité !

Qualités. Au pluriel s’il vous plaît. Quand une humoriste, balance d’emblée, dans son short noir qui lui sied à merveille, qu’écouter Zaz ou Bénabar n’est pas bon pour notre santé, je dis oui, j’ajoute même que flinguer à coups de vannes de ce genre, est bon pour le moral. Bonnes blagues, bonnes balles. La liste des chanteurs énervants, qui courent après l’argent, en écrivant leurs textes avec des enfants de CE2, c’est une mode qui ne veut pas passer. Emma, quand elle s’y met, elle balance des tas de vérités. Des vérités bonnes à répéter, qu’ils partent s’exiler !

© Prescillia Gosselin.
Quel talent ! Elle en a des tiroirs, des placards entiers de vannes. Quand elle fait la "Kidman", l’actrice américaine qui se nourrit de graines, vous voyez de qui je parle ? Quand elle se prend pour elle dans l’un de ses sketches, c’est délirant.

Qui sait si Nicole Kidman mange des graines ? Emma Gattuso, en revanche, fait le plein de vitamines avant de monter sur scène. Elle revoit ses textes aussi, les adapte, selon l’actualité, ces derniers temps son public était forcément gâté.

Quoi ? J’ai écrit "énergie" ? Ah ! Je dois une explication aux lecteurs. J’ai souvent écrit que "dire d’une actrice après une représentation qu’elle a de l’énergie n’est ni gratifiant ni intéressant". Pire. Ne veut rien dire. Mais quand c’est argumenté, oui. Emma Gattuso a de l’énergie et si je l’écris c’est que je le pense. Pas uniquement sur scène mais dans la vie aussi. C’est une battante qui réussit. Pas seulement parce qu’elle écrit, qu’elle se met en scène mais surtout parce qu’Emma a tout compris. Jouer, rôder, aller ailleurs. Bosser, réécrire, s’intéresser, Revenir à Paris. Et la voilà au théâtre de Dix-heures. Pour le meilleur.

© Prescillia Gosselin.
Que dire encore ? Emma ne tue pas. Elle fait rigoler. Emma n’est pas gentille, elle est remontée. Emma n’est pas timide, c’est une comédienne solide, armée, efficace et appliquée. Ce serait dommage de la rater. Une femme qui fait marrer, c’est suffisamment rare pour ne pas être cité.

Quartier Pigalle, un soir de Mai. Au théâtre de Dix-heures, à dix-neuf heures. Je n’y peux rien, ça me fait déjà marrer. Et j’y étais.

Question : "Nous, tout ce qu’on veut, c’est être heureux, être heureux avant d’être vieux, on prend tout ce qu’on peut prendre en attendant"...

Qui a écrit ce couplet ? (Un peu raccourci pour le billet) Allez ! Il n’est ni de Zaz, ni de Bénabar ni de Thomas Dutronc. C’est un bon qui a écrit cette chanson. Je donne la solution. Luc Plamondon. Je suis rassurée. Il est encore en vie. Les belles paroles ont encore de l’avenir.
Le couplet de Luc, c’est mon cadeau et je l’offre à Emma Gattuso.

"Emma m'a tuer"

© Prescillia Gosselin.
De et avec Emma Gattuso.

Spectacle jusqu'au 30 juin 2012.
Mardi et mercredi à 19 h.
Théâtre de Dix-heures, Paris 18e, 01 46 06 10 17.
>> theatrededixheures.fr

Isabelle Lauriou
Mercredi 30 Mai 2012
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