© Pauline Le Goff.
C'est le début de cette enquête polar menée par deux gendarmes hauts en contrastes, au cœur des bois et sur les routes de l'agro-industrie. Retrouveront-ils trace de ce garde-forestier ?
Très engagée dans la création scénique contemporaine, Alice Carré, autrice et metteuse en scène, n'a pas dérogé, ici, à sa ligne de conduite : s'intéresser à des questions sociales, historiques et politiques, notamment celles des amnésies coloniales, des mémoires collectives ou encore des récits enfouis.
À ce titre, on se souvient de "Brazza-Ouidah-Saint-Denis" en 2021, consacré à la mémoire des tirailleurs africains ayant combattu pour la France contre le nazisme. Ou encore "Kap o' mond" en 2022, coécrit avec le chercheur Carlo Handy Charles autour d'Haïti et de deux jeunes hommes, l'un français, l'autre haïtien.
En cette nouvelle année, "Écorces, Polar forestier" ne déroge pas à la règle maîtresse de l'autrice-metteuse en scène ! Loin de là ! "Choisir, c'est renoncer" pourrait bien être son adage fétiche, s'il en est. Choisir d'être engagée, et d'avoir l'honneur, le bonheur et la grande opportunité de passer par la scène théâtrale pour crier ses inquiétudes et sa révolte. Renoncer, probablement, à d'autres choses pour sa passion du théâtre et de l'écriture, pour dire ce que beaucoup pensent tout bas en mettant les mots et les maux en fiction.
Très engagée dans la création scénique contemporaine, Alice Carré, autrice et metteuse en scène, n'a pas dérogé, ici, à sa ligne de conduite : s'intéresser à des questions sociales, historiques et politiques, notamment celles des amnésies coloniales, des mémoires collectives ou encore des récits enfouis.
À ce titre, on se souvient de "Brazza-Ouidah-Saint-Denis" en 2021, consacré à la mémoire des tirailleurs africains ayant combattu pour la France contre le nazisme. Ou encore "Kap o' mond" en 2022, coécrit avec le chercheur Carlo Handy Charles autour d'Haïti et de deux jeunes hommes, l'un français, l'autre haïtien.
En cette nouvelle année, "Écorces, Polar forestier" ne déroge pas à la règle maîtresse de l'autrice-metteuse en scène ! Loin de là ! "Choisir, c'est renoncer" pourrait bien être son adage fétiche, s'il en est. Choisir d'être engagée, et d'avoir l'honneur, le bonheur et la grande opportunité de passer par la scène théâtrale pour crier ses inquiétudes et sa révolte. Renoncer, probablement, à d'autres choses pour sa passion du théâtre et de l'écriture, pour dire ce que beaucoup pensent tout bas en mettant les mots et les maux en fiction.
© Pauline Le Goff.
Ici, il est probable qu'"Écorces" résonne et raisonne encore davantage pour Alice Carré, car le point de départ est une histoire familiale intime, mais à bien y regarder collective aussi.
"J'aime cette phrase du poète portugais Miguel Torga : "L'universel, c'est le local sans les murs". J'ai dû gérer la succession de mon père à sa mort et ça m'a ouvert à un monde dont j'ignorais l'existence : la propriété, la gestion et l'exploitation forestière."
"J'ai appris que 80 % des forêts françaises sont privées et que les propriétaires confient l'exploitation de leurs parcelles à des entreprises dont les pratiques sont catastrophiques pour l'environnement ! Le documentaire de François-Xavier Drouet, "Le Temps des forêts", m'a beaucoup aidée dans ce projet et a même été une révélation", confie-t-elle.
Il fallait y penser au schéma d'une enquête policière pour dénoncer l'exploitation forestière, les coupes rases, l'extractivisme, l'enrésinement des forêts – consistant à remplacer les feuillus par des conifères comme les Douglas par exemple –, ou encore pour rendre hommage aux gens qui luttent pour une autre exploitation forestière. Ici, Alice Carré le fait brillamment, non sans aborder la chose par le biais de l'humour, lequel lui a paru essentiel pour affronter le réel.
"J'aime cette phrase du poète portugais Miguel Torga : "L'universel, c'est le local sans les murs". J'ai dû gérer la succession de mon père à sa mort et ça m'a ouvert à un monde dont j'ignorais l'existence : la propriété, la gestion et l'exploitation forestière."
"J'ai appris que 80 % des forêts françaises sont privées et que les propriétaires confient l'exploitation de leurs parcelles à des entreprises dont les pratiques sont catastrophiques pour l'environnement ! Le documentaire de François-Xavier Drouet, "Le Temps des forêts", m'a beaucoup aidée dans ce projet et a même été une révélation", confie-t-elle.
Il fallait y penser au schéma d'une enquête policière pour dénoncer l'exploitation forestière, les coupes rases, l'extractivisme, l'enrésinement des forêts – consistant à remplacer les feuillus par des conifères comme les Douglas par exemple –, ou encore pour rendre hommage aux gens qui luttent pour une autre exploitation forestière. Ici, Alice Carré le fait brillamment, non sans aborder la chose par le biais de l'humour, lequel lui a paru essentiel pour affronter le réel.
© Pauline Le Goff.
"Écorces, Polar forestier" est une belle réussite en ce début d'année au chiffre rond et au cours de laquelle on espère fortement que les choses du vivant le soient aussi : douces, et toutes en courbes délicates. Une réussite ronde comme une pomme de pin, oscillant entre revendications affichées par le biais de six comédiennes et comédiens investis(es) et virevoltants(es). Une mention toute particulière à Marie Dèmes dans le rôle d'Alba, juste et très convaincante, et Paul Delbreil aux multiples rôles qui séduisent le public avec humour et talent conjugués. Ses divers "tours de chemises" allègent le propos de la pièce globalement anxiogène. Tous deux très convaincants(es) sont bardés(es) d'une fougue notoire dans leurs interprétations respectives.
Josué Ndofusu n'est pas en reste, loin de là, qui s'imprègne, lui aussi, de ses différents rôles avec une grande élégance et de façon très habitée. Gageons que Manon Combes saura gagner en moins d'énergie débordante au fil des représentations à venir afin que son jeu soit encore plus convaincant, notamment dans son rôle de la policière. Le stress de la Première, probablement, en est certainement la raison.
Dans ce spectacle, à la croisée du thriller écologique et du théâtre documentaire, dans lequel les tableaux s'enchaînent de manière fluide avec changements de décors à vue et projections poétiques de vidéos sylvestres sous la houlette de Victor Lepage, le choix d'une narratrice musicienne apporte une véritable légèreté à la dramaturgie. C'est la musicienne, comédienne et compositrice Lymia Vitte qui est convoquée dans ce rôle très original, instaurant ainsi un dialogue avec la narratrice et l'ensemble des protagonistes, en mettant en avant leur part inconsciente et toute omnisciente face à la situation. Choix dramaturgique et scénique tout à fait pertinent, appuyé par la voix de Lymia, harmonieuse et toute organique.
Josué Ndofusu n'est pas en reste, loin de là, qui s'imprègne, lui aussi, de ses différents rôles avec une grande élégance et de façon très habitée. Gageons que Manon Combes saura gagner en moins d'énergie débordante au fil des représentations à venir afin que son jeu soit encore plus convaincant, notamment dans son rôle de la policière. Le stress de la Première, probablement, en est certainement la raison.
Dans ce spectacle, à la croisée du thriller écologique et du théâtre documentaire, dans lequel les tableaux s'enchaînent de manière fluide avec changements de décors à vue et projections poétiques de vidéos sylvestres sous la houlette de Victor Lepage, le choix d'une narratrice musicienne apporte une véritable légèreté à la dramaturgie. C'est la musicienne, comédienne et compositrice Lymia Vitte qui est convoquée dans ce rôle très original, instaurant ainsi un dialogue avec la narratrice et l'ensemble des protagonistes, en mettant en avant leur part inconsciente et toute omnisciente face à la situation. Choix dramaturgique et scénique tout à fait pertinent, appuyé par la voix de Lymia, harmonieuse et toute organique.
© Pauline Le Goff.
"J'aimerais que le public garde de cette représentation un souvenir à la fois sensoriel et sensible, mais adopte aussi une réelle prise de conscience nécessaire. Je ne souhaite pas traiter le sujet de l'exploitation forestière de façon binaire, mais au contraire en donnant à voir la complexité des choses, les contradictions, mais aussi les douleurs de ceux qui travaillent dans la forêt", précise Alice Carré (propos recueillis par Aurélien Péroumal en novembre 2025).
Pari largement gagné. "Écorces, Polar forestier" est un hymne à cette forêt qui nous entoure, hors tout didactisme et manichéisme. Cette forêt, architecture du vivant, patiemment édifiée par le temps, qui a précédé l'homme et qui lui survivra peut-être. Un lieu de relations invisibles basées sur l'interdépendance et le silence. Si seulement l'être humain pouvait en prendre racines et écouter son silence bruissant afin de se montrer plus humble !
◙ Brigitte Corrigou
Pari largement gagné. "Écorces, Polar forestier" est un hymne à cette forêt qui nous entoure, hors tout didactisme et manichéisme. Cette forêt, architecture du vivant, patiemment édifiée par le temps, qui a précédé l'homme et qui lui survivra peut-être. Un lieu de relations invisibles basées sur l'interdépendance et le silence. Si seulement l'être humain pouvait en prendre racines et écouter son silence bruissant afin de se montrer plus humble !
◙ Brigitte Corrigou
"Écorces, Polar forestier"
Texte : Alice Carré.
Mise en scène : Alice Carré.
Collaboration à la mise en scène : Pierre-Angelo Zavaglia.
Avec : Yassine Aït Benhassi, Manon Combes, Paul Delbreil, Marie Demesy, Josué Ndofusu, Lymia Vitte.
Composition musicale : Benjamin James Troll et Lymia Vitte.
Scénographie : Caroline Frachet.
Lumières : Madeleine Campa.
Costumes : Anaïs Heureaux.
Vidéo : Victor Lepage.
Complicité dramaturgique : Claire Barrabès.
Conseil forestier : Association Recrue d'essences (Cunlhat, 63).
Stagiaire mise en scène : Rose Étienne.
Stagiaire costumes : Olga Roubieu.
Compagnie Eia ! Le Bureau des Filles.
Durée : 2 h.
Du 12 au 24 janvier 2026.
Lundi et mardi à 20 h, jeudi et vendredi à 19 h, samedi à 18 h.
Théâtre de la Cité Internationale, 17, bd Jourdan, Paris 14ᵉ.
Réservation : 01 85 53 53 85.
>> Billetterie en ligne
>> theatredelacite.com
Jeudi 22 janvier : bord de plateau, à l'issue de la représentation.
Samedi 24 janvier, de 14 h à 19 h, atelier d'écriture avec Claire Barrabès.
Tournée
30 mai 2026 : Création forme en extérieur dans la forêt d'Évreux, Festival Les Anthroposcènes, Théâtre Le Tangram, Évreux (27).
Tournée 26-27 : Théâtre des Gémeaux (Date à déterminer).
Juillet 2026 : Festival d'Avignon.
Mise en scène : Alice Carré.
Collaboration à la mise en scène : Pierre-Angelo Zavaglia.
Avec : Yassine Aït Benhassi, Manon Combes, Paul Delbreil, Marie Demesy, Josué Ndofusu, Lymia Vitte.
Composition musicale : Benjamin James Troll et Lymia Vitte.
Scénographie : Caroline Frachet.
Lumières : Madeleine Campa.
Costumes : Anaïs Heureaux.
Vidéo : Victor Lepage.
Complicité dramaturgique : Claire Barrabès.
Conseil forestier : Association Recrue d'essences (Cunlhat, 63).
Stagiaire mise en scène : Rose Étienne.
Stagiaire costumes : Olga Roubieu.
Compagnie Eia ! Le Bureau des Filles.
Durée : 2 h.
Du 12 au 24 janvier 2026.
Lundi et mardi à 20 h, jeudi et vendredi à 19 h, samedi à 18 h.
Théâtre de la Cité Internationale, 17, bd Jourdan, Paris 14ᵉ.
Réservation : 01 85 53 53 85.
>> Billetterie en ligne
>> theatredelacite.com
Jeudi 22 janvier : bord de plateau, à l'issue de la représentation.
Samedi 24 janvier, de 14 h à 19 h, atelier d'écriture avec Claire Barrabès.
Tournée
30 mai 2026 : Création forme en extérieur dans la forêt d'Évreux, Festival Les Anthroposcènes, Théâtre Le Tangram, Évreux (27).
Tournée 26-27 : Théâtre des Gémeaux (Date à déterminer).
Juillet 2026 : Festival d'Avignon.