© Grégoire Matzneff.
Lumière sur un intérieur dans lequel quatre personnages masculins sont installés à une table. Une femme, Simone (Raphaëlle Cambray), maîtresse des lieux et épouse de Sosthène (Jean-Jacques Vanier), est debout, derrière son bar de cuisine. Elle prépare le café et a un rôle qui sied à sa posture scénique. Elle incarne un calme et un équilibre dans une fable où l'amour, la misère, la musique et la jalousie font demeure.
Sosthène, Vlad (Julien Ratel), Pierre (Théo Dusoulié) et l'ami de Sosthène (Aladin Reibel) ont les yeux rivés sur le téléviseur qui vient d'arriver, grâce à la pension de la silicose de Sosthène. Ils regardent la coupe du monde de football de 1958 en Suède et utilisent parfois la radio pour les matchs non télévisés.
La scénographie a du cachet avec une couleur usée de ferraille pour rappeler les corons, la fable se déroulant à Nœux-les-Mines. Le gris est prédominant, tel un camaïeu avec la nuit noire de temps en temps. Il est le témoin de la poussière, du temps qui passe, ou qui est passé, et de la misère de la mine. Seule la couleur fait état de cette dernière, le téléviseur étant en effet très peu démocratisé en 1958 ; 10 % de la population française l'avait. Elle est l'un des liants de la fable, celle qui pose le thème de l'immigration avec cette équipe de France talentueuse autour de Roger Piantoni, Just Fontaine et Raymond Kopa, qui a fini troisième à cette coupe du monde.
Sosthène, Vlad (Julien Ratel), Pierre (Théo Dusoulié) et l'ami de Sosthène (Aladin Reibel) ont les yeux rivés sur le téléviseur qui vient d'arriver, grâce à la pension de la silicose de Sosthène. Ils regardent la coupe du monde de football de 1958 en Suède et utilisent parfois la radio pour les matchs non télévisés.
La scénographie a du cachet avec une couleur usée de ferraille pour rappeler les corons, la fable se déroulant à Nœux-les-Mines. Le gris est prédominant, tel un camaïeu avec la nuit noire de temps en temps. Il est le témoin de la poussière, du temps qui passe, ou qui est passé, et de la misère de la mine. Seule la couleur fait état de cette dernière, le téléviseur étant en effet très peu démocratisé en 1958 ; 10 % de la population française l'avait. Elle est l'un des liants de la fable, celle qui pose le thème de l'immigration avec cette équipe de France talentueuse autour de Roger Piantoni, Just Fontaine et Raymond Kopa, qui a fini troisième à cette coupe du monde.
© Grégoire Matzneff.
Se greffent ainsi l'admiration ou le rejet portés aux immigrés et fils d'immigrés par rapport à Kopa, fils de mineurs et de grands-parents polonais, de son vrai nom Kopaszewski comme rappelé par Sosthène. Comme aujourd'hui Mbappé ou hier Zidane et l'équipe de France black-blanc-beur, championne du monde en 1998. À géométrie variable, Vlad incarne ce rapport ambivalent qui se nourrit de racisme vis-à-vis des Français dits "immigrés", bien que français, que l'on accepte ou non selon les attributions sociales, sportives, musicales, politiques ou journalistiques qui leur sont attribuées. Par périodes successives, aujourd'hui les Arabes et les Noirs, hier les Polonais et les Italiens, sont sujets à la suspicion, à la peur et au rejet d'une partie des Français, alimentés aujourd'hui par une bonne partie de la classe politique et de la presse.
Les dialogues ont la caractéristique d'être courts pour la plupart. Comme si tout était déjà figé et définitif. Ils relèvent d'une diction avec une incarnation légèrement en retrait, comme une mise à distance. Bien qu'il soit de qualité, le jeu des comédiens se trouve dans un pré-carré réduit, la mise en scène et la fable ne prenant pas en effet le risque de ruptures dramaturgiques et de détours.
Les dialogues ont la caractéristique d'être courts pour la plupart. Comme si tout était déjà figé et définitif. Ils relèvent d'une diction avec une incarnation légèrement en retrait, comme une mise à distance. Bien qu'il soit de qualité, le jeu des comédiens se trouve dans un pré-carré réduit, la mise en scène et la fable ne prenant pas en effet le risque de ruptures dramaturgiques et de détours.
© Grégoire Matzneff.
Ce choix de mise en scène donne à voir une fable qui se raconte, les personnages étant dans un schéma où ce qu'ils disent sert à la construction de celle-ci, comme si les dés étaient déjà jetés. Cela entre en écho toutefois au fait "de ne pas sortir de sa condition", le milieu de la mine extirpant la vie et la force des travailleurs, dont "Le quai de Wigan" (1937) de George Orwell en est un remarquable témoignage.
"Du charbon dans les veines" n'est toutefois pas une immixtion sociologique de la condition minière, la fable dérogeant à dessein à cette règle. Elle est une fenêtre sur un volet intime où se brassent la maladie, la musique, l'amour, l'amitié et la jalousie, même si la mort, compagnon de route des mineurs, y est aussi présente. L'accordéon, autre liant à la fable, apporte une gaieté, une dynamique et quelques ruptures de jeu où se nouent des rencontres et une échappatoire à la rudesse de leur travail.
Le plateau est départagé en deux par les lumières : côté cour, l'intérieur d'une habitation, celle de Simone et Sosthène avec leur fils Pierre, et côté jardin, l'extérieur avec la mine, la route et aussi le cabinet du médecin (Yves Roux) où l'amour et la maladie se brassent.
"Du charbon dans les veines" n'est toutefois pas une immixtion sociologique de la condition minière, la fable dérogeant à dessein à cette règle. Elle est une fenêtre sur un volet intime où se brassent la maladie, la musique, l'amour, l'amitié et la jalousie, même si la mort, compagnon de route des mineurs, y est aussi présente. L'accordéon, autre liant à la fable, apporte une gaieté, une dynamique et quelques ruptures de jeu où se nouent des rencontres et une échappatoire à la rudesse de leur travail.
Le plateau est départagé en deux par les lumières : côté cour, l'intérieur d'une habitation, celle de Simone et Sosthène avec leur fils Pierre, et côté jardin, l'extérieur avec la mine, la route et aussi le cabinet du médecin (Yves Roux) où l'amour et la maladie se brassent.
© Grégoire Matzneff.
a musique est très présente avec un orchestre d'accordéons composé de son chef Sosthène, Leïla (Juliette Behar) qui incarne la figure étrangère marocaine, Pierre qui a un béguin pour elle et Vlad, fils d'immigré, qui éprouve, au début avant qu'il ne se transforme en son inverse, une forme de racisme pour Leïla.
Le(s) cœur(s) sont en colère, ce sont ceux de Pierre et Vlad. Cette expression est reprise deux fois, chacun pour eux-mêmes, mais ils finissent par être apaisés autour du dialogue et de la compréhension de l'autre. La pièce est une formidable porte ouverte à l'acceptation de l'autre dans des figures comme celles, entre autres, de Sosthène, remarquable de tolérance et de philosophie. Puisse que son message ne soit pas qu'entendu, mais suivi. Et il y a du boulot actuellement, et c'est l'affaire de tous !
◙ Safidin Alouache
Le(s) cœur(s) sont en colère, ce sont ceux de Pierre et Vlad. Cette expression est reprise deux fois, chacun pour eux-mêmes, mais ils finissent par être apaisés autour du dialogue et de la compréhension de l'autre. La pièce est une formidable porte ouverte à l'acceptation de l'autre dans des figures comme celles, entre autres, de Sosthène, remarquable de tolérance et de philosophie. Puisse que son message ne soit pas qu'entendu, mais suivi. Et il y a du boulot actuellement, et c'est l'affaire de tous !
◙ Safidin Alouache
"Du charbon dans les veines"
© Grégoire Matzneff.
Texte : Jean-Philippe Daguerre.
Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre.
Assistant mise en scène : Hervé Haine.
Avec en alternance :
Jean-Jacques Vanier ou Didier Brice, Aladin Reibel ou Christian Mulot, Raphaëlle Cambray ou Sophie Artur, Théo Dusoulié ou Basile Alaïmalaïs, Julien Ratel ou Arnaud Dupont, Juliette Behar ou Yasmine Haller ou Garance Bocobza, Jean-Philippe Daguerre ou Philippe Maymat.
Décors : Antoine Milian.
Costumes : Virginie H.
Musiques : Hervé Haine.
Lumières : Moïse Hill.
Coproductions : Ki m’aime me suive et le Grenier de Babouchka.
Durée : 1 h 20.
À partir de 11 ans.
Du 6 septembre 2025 au 28 juin 2026.
Mardi et jeudi à 20 h 30, samedi à 19 h, dimanche à 15 h 30.
Théâtre du Palais-Royal, 38, rue de Montpensier, Paris 1ᵉʳ.
Réservations : 01 42 97 40 00.
>> Billetterie en ligne
>> theatrepalaisroyal.com
Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre.
Assistant mise en scène : Hervé Haine.
Avec en alternance :
Jean-Jacques Vanier ou Didier Brice, Aladin Reibel ou Christian Mulot, Raphaëlle Cambray ou Sophie Artur, Théo Dusoulié ou Basile Alaïmalaïs, Julien Ratel ou Arnaud Dupont, Juliette Behar ou Yasmine Haller ou Garance Bocobza, Jean-Philippe Daguerre ou Philippe Maymat.
Décors : Antoine Milian.
Costumes : Virginie H.
Musiques : Hervé Haine.
Lumières : Moïse Hill.
Coproductions : Ki m’aime me suive et le Grenier de Babouchka.
Durée : 1 h 20.
À partir de 11 ans.
Du 6 septembre 2025 au 28 juin 2026.
Mardi et jeudi à 20 h 30, samedi à 19 h, dimanche à 15 h 30.
Théâtre du Palais-Royal, 38, rue de Montpensier, Paris 1ᵉʳ.
Réservations : 01 42 97 40 00.
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