Théâtre

Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe

"Britannicus", Théâtre Nanterre-Amandiers, Nanterre, Hauts-de-Seine

Installé sur le trône par les manœuvres de sa mère Agrippine, Néron, enfant adopté, s’émancipe et entreprend d’exercer, seul, le pouvoir. Écrite en 1669, la pièce de Jean Racine qui s’inspire de l’œuvre de l’historien romain Tacite est haletante.



© Pascal Victor.
Jean-Louis Martinelli qui la met en scène restitue de manière limpide les intrigues des occupants d’un palais coupé du monde. Là où précisément, dans la rotonde du palais, dans une unité paradoxale de temps, d’espace et d’action, tourne infiniment le carrousel du pouvoir.

Celui de ces hommes et ces femmes qui n’entendent que leurs passions, qui entendent à peine le peuple qui gronde sauf à l’instrumenter. Tant le goût du pouvoir et de la manipulation est au cœur des protagonistes.

Néron, à la fois sournois et brutal, s’emploie à contredire les dynamismes d’opposition que sa mère suscite, réduit les influences des réseaux que ses conseillers représentent. Il espionne, ment, contre manipule. Néron pratique l’assassinat préventif. De son frère par alliance, ce Britannicus enjeu de bien des intrigues et qui n’a rien compris de la montée des pouvoirs, qui n’est en somme que l’amoureux falot de Junie.

© Pascal Victor.
Junie, arrivée de la veille, Junie jeune fille vertueuse et aimante de Britannicus que Néron découvre belle et entreprend. Seule parmi tous, elle comprend tout des dangers et s’oppose par la fuite à la puissance impériale qui se dévoie. Junie devient l’héroïne du peuple qui déjà, pour la protéger, lapide le plus roué des conseillers, Narcisse, flatteur des ambitions, ambitieux lui-même.

En condensant le récit de l’historien romain, en variant les points de vue, l’auteur caractérise très fortement les personnages. Conçus chacun comme des champs de force, ils sont aussi ancrés dans le concret de leur action. À chacun sa part de vérité et, par une langue simple et rythmée, chacun détient son illusion, sa petite musique intérieure. Celle-ci culmine avec la déploration de Junie qui cristallise la voix de la victime exemplaire, l’icône qu’elle devient.

Assurément Racine intériorise une forme d’opéra qui ne dit pas (encore) son nom.

C’est la grande force de la mise en scène de Jean-Louis Martinelli que de tendre la forme sans jamais tomber dans la citation, que de mettre en valeur chaque comédien, de conduire chacun en ces franges de la représentation où la comédie affleure, le drame devient palpable. Dans l’équilibre d’une distribution, dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe.

Britannicus ? Le jour où Néron choisit son rôle et naquit en tyran. Le jour où Junie incarna Rome.

"Britannicus"

Texte : Jean Racine.
Mise en scène : Jean-Louis Martinelli.
Assistante à la mise en scène : Amélie Wendling.
Avec : Anne Benoît (Agrippine), Éric Caruso (Britannicus), Alain Fromager (Néron), Grégoire Oestermann (Narcisse), Agathe Rouiller (Albine), Anne Suarez (Junie), Jean-Marie Winling (Burrhus).
Scénographie : Gilles Taschet.
Lumière : Jean-Marc Skatchko.
Costumes : Ursula Patzak.
Coiffures, maquillages : Françoise Chaumayrac.
Durée : 2 h 15.

Du 14 septembre au 27 octobre 2012.
Du mardi au samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30.
Théâtre Nanterre-Amandiers, Salle transformable, Nanterre (92), 01 46 14 70 00.
>> nanterre-amandiers.com

Jean Grapin
Jeudi 20 Septembre 2012
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