© Simon Gosselin.
Le monde est ici représenté par un immeuble peuplé d'une quinzaine d'habitants. Parmi eux, la famille Protagoras a le plus bel appartement, celui qui a vu sur la mer. Un appartement qui est source de convoitise pour tous ces voisins, d'autant que celui-ci est déjà à moitié occupé par une autre famille que les Protagoras : la famille Philisti-Palestine, père, mère, fils et fille. Une famille que les Protagoras, père, mère, fils et fille, ont accepté d'héberger il y a un certain temps, avec qui elle est en conflit maintenant, celle-ci refusant de s'en aller et revendiquant même le droit d'habiter seul dans cet appartement.
Situation ubuesque, digne d'une pièce d'Hanokh Levin, que Wajdi Mouawad invente en 1988 (il a vingt ans) alors qu'il joue, en compagnie de 35 étudiants de l'École nationale de Théâtre du Canada, le rôle d'un auteur dans une pièce de Claude Gauvreau, mis en scène par Yves Desgagnés, "L'Asile de la pureté". À parts égales, la pièce dans laquelle il joue à l'époque et la situation au Liban, le pays où il a vécu son enfance, influent sur le récit et les personnages qu'il met alors en place.
Situation ubuesque, digne d'une pièce d'Hanokh Levin, que Wajdi Mouawad invente en 1988 (il a vingt ans) alors qu'il joue, en compagnie de 35 étudiants de l'École nationale de Théâtre du Canada, le rôle d'un auteur dans une pièce de Claude Gauvreau, mis en scène par Yves Desgagnés, "L'Asile de la pureté". À parts égales, la pièce dans laquelle il joue à l'époque et la situation au Liban, le pays où il a vécu son enfance, influent sur le récit et les personnages qu'il met alors en place.
© Simon Gosselin.
Comme l'appartement de la famille Protagoras, le Liban, surnommé la Suisse du Moyen-Orient, est, à la fin des années quatre-vingt, déchiré de l'intérieur, secoué par l'arrivée massive de réfugiés palestiniens, convoité de l'extérieur par la Syrie et bientôt envahie par les armées syrienne, israélienne, américaine et française. À ce moment de l'Histoire, le général Aoun s'enferme avec ses troupes dans le palais présidentiel, et Willy Protagoras décide de s'enfermer dans les toilettes.
Formidable humeur potache. Magnifique cri de révolte d'une jeunesse qui étouffe. Bon gros bras d'honneur au vernis conventionnel bien-pensant de la société et sa politesse, sa propreté, son hygiène. En s'enfermant dans les toilettes de l'appartement "Liban" des Protagoras, Willy emmerde tout le monde. Une attitude tout à fait immature. Mais sa protestation, à la fois pacifiste et dérangeante pour le bon désordre de la famille, n'est pas sans cause. La situation bloquée de ces deux familles se battant pour le même appartement, sous la surveillance avide du voisinage qui s'immisce dans leurs vies, vient de provoquer le départ de sa sœur, Nelly Protagoras. À bout de patience, elle emporte ses affaires et son départ ressemble étrangement à un exil définitif.
Formidable humeur potache. Magnifique cri de révolte d'une jeunesse qui étouffe. Bon gros bras d'honneur au vernis conventionnel bien-pensant de la société et sa politesse, sa propreté, son hygiène. En s'enfermant dans les toilettes de l'appartement "Liban" des Protagoras, Willy emmerde tout le monde. Une attitude tout à fait immature. Mais sa protestation, à la fois pacifiste et dérangeante pour le bon désordre de la famille, n'est pas sans cause. La situation bloquée de ces deux familles se battant pour le même appartement, sous la surveillance avide du voisinage qui s'immisce dans leurs vies, vient de provoquer le départ de sa sœur, Nelly Protagoras. À bout de patience, elle emporte ses affaires et son départ ressemble étrangement à un exil définitif.
© Simon Gosselin.
La mise en scène de Wajdi Mouawad ne s'épargne aucune folie, aucune démesure, dans cette métaphore politique de la férocité humaine. Les quinze personnages de cet immeuble ont toutes et tous une excentricité affichée, qu'elle soit physique via les maquillages, des costumes bigarrés, des prothèses ou un travail sur les corps qui les personnalise, ou qu'elle soit visible dans l'exagération de traits de caractère extrêmement caricaturaux. Ça hurle, ça se donne des coups, ça fait des alliances et ça trahit des alliances, une mêlée sauvage qui finit par s'installer dans l'appartement des Protagoras qui devient très vite un cloaque d'excréments et d'urines sens dessus dessous.
Cela tient de la farce, une bouffonnerie provocatrice totale et jubilatoire qui pourrait rappeler les mises en scène d'Alfredo Arias, mais une farce noire et tueuse pour une jeunesse prise dans ces conflits croisés pour qui les choix sont la résistance obstinée d'un Willy, l'exil ou bien la mort.
Et pourtant, un sentiment de joyeux bordel se dégage du jeu débridé des comédiennes et des comédiens. L'impertinence de ce texte de jeunesse, dont l'extravagance des personnages est exceptionnelle dans l'œuvre littéraire de Wajdi Mouawad, a une belle saveur provocatrice. Et malgré les presque trente années qui séparent sa conception de cette mise en scène, le discours reste en partie d'actualité pour le Liban, pays toujours en proie aux déchirements internes et aux agressions extérieures.
Cela tient de la farce, une bouffonnerie provocatrice totale et jubilatoire qui pourrait rappeler les mises en scène d'Alfredo Arias, mais une farce noire et tueuse pour une jeunesse prise dans ces conflits croisés pour qui les choix sont la résistance obstinée d'un Willy, l'exil ou bien la mort.
Et pourtant, un sentiment de joyeux bordel se dégage du jeu débridé des comédiennes et des comédiens. L'impertinence de ce texte de jeunesse, dont l'extravagance des personnages est exceptionnelle dans l'œuvre littéraire de Wajdi Mouawad, a une belle saveur provocatrice. Et malgré les presque trente années qui séparent sa conception de cette mise en scène, le discours reste en partie d'actualité pour le Liban, pays toujours en proie aux déchirements internes et aux agressions extérieures.
© Simon Gosselin.
La fin de la pièce laisse la scène libre pour la divagation des jeunes personnages de l'histoire, qu'ils soient en vie, qu'ils soient partis en exil, qu'ils soient morts ou même qu'ils soient illusions fantasmées. Une jeunesse que l'on a vue subir la violence, la peur, le viol de la part de la génération précédente, une jeunesse qui n'a que la drogue, la fuite ou le suicide pour espérer.
Alors, la musique de M'hamed El Menjra, à la guitare électrique et à l'oud, est bienvenue. Elle accompagne et porte la voix de Nelly Lawson qui s'élève en un cri de rage et vient percer doucement les cœurs et y déposer un peu du baume de la poésie et de la beauté.
◙ Bruno Fougniès
Alors, la musique de M'hamed El Menjra, à la guitare électrique et à l'oud, est bienvenue. Elle accompagne et porte la voix de Nelly Lawson qui s'élève en un cri de rage et vient percer doucement les cœurs et y déposer un peu du baume de la poésie et de la beauté.
◙ Bruno Fougniès
"Willy Protagoras enfermé dans les toilettes"
Texte : Wajdi Mouawad.
Mise en scène : Wajdi Mouawad.
Assistante à la mise en scène : Valérie Nègre.
Avec : Lionel Abelanski, Éric Bernier, Pierre-Yves Chapalain, Gilles David (de la Comédie-Française), Lucie Digout, Marceau Ebersolt, Jade Fortineau, Delphine Gilquin, Julie Julien, Nelly Lawson, Micha Lescot, Mireille Naggar, Johanna Nizard
Et la 4e promotion de la Jeune troupe de La Colline : Milena Arvois, Tristan Glasel, Swann Nymphar, Gabor Pinter, Tim Rousseau, Lola Sorel.
Musicien : M'hamed El Menjra.
Dramaturgie : Charlotte Farcet.
Scénographie : Emmanuel Clolus.
Lumières : Éric Champoux.
Composition musicale : Pascal Sangla.
Son : Sylvère Caton et Michel Maurer.
Costumes : Emmanuelle Thomas, assistée d'Anne-Emmanuelle Pradier.
Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar, assistée de Mélodie Ras.
Suivi de texte : Dena Pougnaud.
Fabrication des accessoires et décor : ateliers de La Colline.
Durée estimée : 2 h 45.
Du 21 janvier au 8 mars 2026.
Mardi à 19 h 30, mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30.
Relâche : dimanche 25 janvier.
La Colline - Théâtre national, Grand théâtre, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e.
Téléphone : 01 44 62 52 52.
>> Billetterie en ligne
>> colline.fr
Mise en scène : Wajdi Mouawad.
Assistante à la mise en scène : Valérie Nègre.
Avec : Lionel Abelanski, Éric Bernier, Pierre-Yves Chapalain, Gilles David (de la Comédie-Française), Lucie Digout, Marceau Ebersolt, Jade Fortineau, Delphine Gilquin, Julie Julien, Nelly Lawson, Micha Lescot, Mireille Naggar, Johanna Nizard
Et la 4e promotion de la Jeune troupe de La Colline : Milena Arvois, Tristan Glasel, Swann Nymphar, Gabor Pinter, Tim Rousseau, Lola Sorel.
Musicien : M'hamed El Menjra.
Dramaturgie : Charlotte Farcet.
Scénographie : Emmanuel Clolus.
Lumières : Éric Champoux.
Composition musicale : Pascal Sangla.
Son : Sylvère Caton et Michel Maurer.
Costumes : Emmanuelle Thomas, assistée d'Anne-Emmanuelle Pradier.
Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar, assistée de Mélodie Ras.
Suivi de texte : Dena Pougnaud.
Fabrication des accessoires et décor : ateliers de La Colline.
Durée estimée : 2 h 45.
Du 21 janvier au 8 mars 2026.
Mardi à 19 h 30, mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30.
Relâche : dimanche 25 janvier.
La Colline - Théâtre national, Grand théâtre, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e.
Téléphone : 01 44 62 52 52.
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© Simon Gosselin.