<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom"  xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:geo="http://www.w3.org/2003/01/geo/wgs84_pos#" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:photo="http://www.pheed.com/pheed/">
 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
 <link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.larevueduspectacle.fr" />
 <link rel="self" type="text/xml" href="https://www.larevueduspectacle.fr/xml/atom.xml" />
 <id>https://www.larevueduspectacle.fr/</id>
 <updated>2026-05-17T11:35:16+02:00</updated>
 <generator uri="http://www.wmaker.net">Webzine Maker</generator>
  <geo:lat>48.6710424</geo:lat>
  <geo:long>2.3340589</geo:long>
  <icon>https://www.larevueduspectacle.fr/favicon.ico</icon>
  <entry>
   <title>"Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes</title>
   <updated>2025-11-03T09:28:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Rose-Royal-Voyage-sans-retour-d-une-femme-au-pays-des-hommes_a4395.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/92257313-64735870.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2025-11-03T08:56:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Rose, la cinquantaine épanouie, n'est pas Alice… celle de Lewis Carroll au pays des merveilles. Ou alors peut-être serait-elle celle de Woody Allen, du moins pour ce qui est de l'insoutenable incomplétude qui sourd en elle. Frustrations claquemurées sous le vernis d'une femme accomplie, belle toujours et encore, sa maturité semble désormais la prémunir de la toxicité des prédateurs mâles. Ses aventures passées, ses traumas dépassés, elle les a mis à distance pour se lover dans le cocon chaleureux du Royal, ce bar qu'elle rejoint chaque soir à la sortie de son travail…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64735870.jpg?v=1762099273" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      Mais ce serait là sans compter sur la plume éclairée de Nicolas Mathieu (l'auteur du magistral &quot;Leurs enfants après eux&quot; et auteur de la nouvelle éponyme adaptée ici) pour dévider la noirceur ordinaire des destins inscrits en soi, avec comme seule marge de liberté de s'en saisir comme palimpsestes afin de tenter d'y écrire sa propre histoire hors de tout héritage.       <br />
              <br />
       Ce serait sans compter aussi sur la sensibilité tant artistique qu'humaine de Romane Bohringer et d'Anne Charrier (fascinante dans la plasticité de ses interprétations) qui, s'emparant magistralement de cette matière dormante et explosive, nous la servent sur un plateau.       <br />
              <br />
       Dans une scénographie dépouillée composée de paquets ficelés recouverts de draps blancs servant de praticables de scène utilisés comme autant de tremplins à un passé à recomposer devant nous, l'actrice se donne à voir, y compris dans ce que son personnage essaie de se dissimuler à lui-même. Seule en scène, prenant en charge le récit de son existence, Rose raconte… Rose se raconte, n'éludant aucun sentiment traversé, le corps disant ce que les mots s'appliquent à taire… Elle, radieuse, au comptoir du bar du Royal, un rade qu'elle a élu comme havre de paix.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64736039.jpg?v=1762156573" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      Désormais seule et heureuse apparemment de l'être, les deux gosses envolés, le divorce consommé, l'existence ordinaire d'une femme mûre. Sa vie, dorénavant, elle est là. Faudrait pas croire que Rose est en rade de relations, les masculines certes, elle en a soupé. Mais là, au Royal, il y a Marie-Jeanne, la copine confidente qui se fait quelques billets en coupant les cheveux de la clientèle. Il y a aussi Fred, le patron, un chic type qui lui sert un demi dès qu'elle prend place au bar, croisant haut ses jambes dont elle est (légitimement) fière, son visage – lucide – annonçant quant à lui les années à venir. Et puis il y a la présence des marginaux esseulés commentant la vie des autres, s'étalant à la une des journaux. Tout ce monde assemblé là, ça lui fait chaud au cœur à Rose.       <br />
              <br />
       Le dernier type avec qui elle a eu une (brève) aventure, un plutôt gentil, un soir de dispute où elle a reconnu sur les traits de son visage une crispation pouvant annoncer la violence toujours prête à surgir des mâles, a été pour elle l'occasion de s'offrir un petit revolver qui l'accompagne depuis comme un doudou… Faut dire qu'en termes de violences masculines, Rose a été à bonne école avec un paternel ambigu ; l'amour et la peur, un produit deux en un… Le passé ça vous surprend, ça remonte comme un haut-le-cœur qui vous brasse les entrailles. Ainsi des tripotages et plus si affinités…       <br />
              <br />
       Rose au franc-parler, à quatre pattes, mimant acrobatiquement et en musique ses ébats sexuels. Unions charnelles désirées pour certaines, subies pour d'autres, celles infligées par des gros cons qui ne comprenaient pas quand on leur disait non. Des viols, frappés dans l'instant du sceau du déni, qui l'ont amenée à pleurer seule dans sa chambre… car comment à treize ans ne pas se dire que c'est le prix à payer quand le corps en feu désire ? Alors, on préfère oublier. Sauf le corps, qui lui &quot;sait&quot; les outrances inscrites en lui en lettres de feu.       <br />
              <br />
       Aujourd'hui la page est belle et bien tournée… Plus jamais Rose ne se laissera dominer par l'espèce mâle. Et son nouveau bijou calibre 38 acheté sur internet, qu'elle porte en pendentif dans son sac à main, en est le garant… Mais voilà qu'un inconnu franchit ce soir-là les portes du Royal en pleine furie festive (Rose en rock star et poses lascives), et le sort en est jeté, les cartes sont rebattues, remettant en jeu le passé enfoui.       <br />
              <br />
       Face à cet homme de plutôt belle allure, plutôt prévenant même s'il n'est pas très causant, un homme doté d'une voiture d'une puissance vrombissante et d'un corps de ferme entièrement rénové, Rose retrouve comme par magie ses quinze ans… Un verre de gin tonic, un autre, le jeu des points communs, des chansons qui réunissent et puis… et puis… rien. Ou pas grand-chose. Alors Rose raconte comment elle a mis sur le compte de l'alcool, les maigres performances de son nouvel amant. Son visage se fait alors grave, contrastant avec l'énergie que son corps dégage. Elle s'épanche sur ses stratégies pour que son corps de femme puisse y trouver son compte. Finalement, de déboires en déboires, elle réapprendra à considérer d'autres intérêts que ceux réclamés à tue-tête par ce corps demeurant insatisfait.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64739987.jpg?v=1762156961" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      À chaque échec, le monsieur se fait pardonner d'avoir voulu forcer le passage avant de s'écrouler sur le côté, loche épuisée, réminiscence pour elle d'un goût ancien, celui des viols. Les jours suivants, il l'invite aux plus grandes tables. Pour lui, qui voit en elle s'il ne peut la combler une poupée à parer et, peut-être, pour les leurres de son compte en banque opulent, elle renie progressivement son existence d'avant, allant jusqu'à résilier son bail pour vivre désormais captive de sa belle maison déserte où il l'emploie… à son propre compte.       <br />
              <br />
       Longue descente aux enfers d'une femme animée par des désirs de liberté clamés du plus profond de son être, mais sujette à des vœux secrets déposés en elle, à l'insu de son plein gré, par des couches de patriarcat toxique l'amenant à l'endroit même où elle refuse d'être… Elle qui se croyait affranchie de toute domination masculine, se fait grignoter pas à pas son existence pour devenir l'objet non sexuel (un comble !) d'un pervers impuissant pour lequel elle renonce à être, alors que ce qu'il a à lui offrir ne l'intéresse même pas…       <br />
              <br />
       Et lorsque l'emprise jusqu'à plus soif la noie dans un océan d'amertume, le soir de trop où, dans le décor luxueux de l'Hôtel Royal d'Évian (rien à voir avec le rade miteux du Royal où, naguère, elle filait des amitiés heureuses) le sexe ramolli de l'homme à la puissante Audi Q7 ne remplit pas une nouvelle fois sa mission, elle décide d'en finir une fois pour toutes avec cette ribambelle de types qui lui ont gâché sa vie de femme… Rose est décidée à partir, pleine d'une belle énergie recouvrée… Mais les histoires de (non) amour, comme le clame un air connu, finissent mal en général, et la chute sera à cet égard des plus… &quot;parlantes&quot;.       <br />
              <br />
       Que dire de cette &quot;novela negra&quot; superbement écrite par Nicolas Mathieu, fouillant de son scalpel acéré les replis intimes de l'âme d'une femme &quot;exemplaire&quot; ? Le portrait sans fard de la guerrière sans armure, abusée par des siècles d'asservissement masculiniste, n'est pas prêt de déserter nos nuits, tant son incarnation subtile et radicale sous les traits d'une actrice flamboyante – Anne Charrier, âme sœur de Rose – fait figure ici d'une hallucinante allégorie du combat des femmes pour devenir maîtresses… d'elles-mêmes.       <br />
       <b>◙ Yves Kafka</b>       <br />
              <br />
       Vu le samedi 18 octobre 2025 au Studio des Champs-Élysées, Paris VIIIe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Rose Royal"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64739988.jpg?v=1762156981" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      Librement adapté du roman &quot;Rose Royal&quot; de Nicolas Mathieu, paru aux Éditions In8 (2019) et Actes Sud (2021).        <br />
       Adaptation : Anne Charrier et Gabor Rassov.       <br />
       Mise en scène : Romane Bohringer, assistée d'Aurélien Chaussade.       <br />
       Avec : Anne Charrier.       <br />
       Avec la voix : Éric Caravaca.       <br />
       Scénographie : Rozenn Le Gloahec.       <br />
       Création Lumières : Thibault Vincent.       <br />
       Musique : Benoît Delacoudre.       <br />
       Chorégraphie : Gladys Gambie.       <br />
       Costumes : Céline Guignard Rajot.       <br />
       Durée : 1 h 15.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 12 septembre au 28 décembre 2025.</span>       <br />
       Jeudi au samedi à 21 h, dimanche à 16 h.       <br />
       Studio des Champs-Élysées, 15, avenue Montaigne, Paris 8.       <br />
       Téléphone : 01 53 23 99 19.       <br />
       <a class="link" href="https://billetterie-comediedeschampselysees.tickandlive.com/evenement/rose-royal" target="_blank">&gt;&gt; Billetterie en ligne</a>       <br />
       <a class="link" href="https://www.comediedeschampselysees.com/" target="_blank">&gt;&gt; comediedeschampselysees.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Rose-Royal-Voyage-sans-retour-d-une-femme-au-pays-des-hommes_a4395.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil</title>
   <updated>2024-07-04T16:44:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2024-Herculine-Barbin-Un-d-r-ame-d-Etat-civil_a3987.html</id>
   <category term="Avignon 2024" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/81362223-58618914.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-07-05T07:44:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Exhumer des arcanes des archives médico-légales, un siècle après les faits, le manuscrit d'une jeune femme du XIXe siècle s'étant donné la mort suite à un rectificatif d'état civil la faisant advenir homme, fut l'œuvre de Michel Foucault, analyste de la vie des "monstres" in "L'histoire de la sexualité" à laquelle il consacra un cycle de ses cours au Collège de France. En ce XXIe siècle, traversé par les questionnements progressistes libertaires, Catherine Marnas s'empare de ce troublant récit pour se faire à son tour la passeuse de cette voix singulière incarnée dans un corps pluriel, celui d'un hermaphrodite, l'intersexe contemporain.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58618914.jpg?v=1720103181" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Il a été beaucoup écrit de propos savants (cf. la passionnante postface du sociologue Éric Fassin à &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, préfacée par Michel Foucault) sur cette histoire vraie exhumée de l'oubli... Mais quelle que soit l'extrême pertinence de ces analyses, prolongées par l'essentiel &quot;Troubles dans le genre&quot; de Judith Butler sur le féminisme et la subversion de l'identité, rien ne peut mieux faire entendre l'existence d'Herculine – Adélaïde - Alexina - Camille - Abel (cinq prénoms pour parler du même) – que &quot;Mes Souvenirs&quot;, le manuscrit authentique rédigé à vingt-cinq ans par &quot;cellelui&quot;  qui allait se donner la mort en 1868, seul comme pas une, victime de &quot;la chasse à l'identité&quot;.       <br />
              <br />
       Récit d'une force irrépressible – comment ne pourrait-on pas être transpercé par de tels accents vibrant d'humanité, rendant caduques les allégations de traditionalistes coupés de toutes vérités humaines ? –, &quot;Herculine Barbin&quot; se devait de trouver sur un plateau une traduction n'écrasant en rien sa subtile écriture, alternant à merveille les pleins et les déliés d'une calligraphie maîtrisée comme art de la parole performative. C'est justement à cet endroit précis – celui de la représentation – qu'on attendait la metteuse en scène…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58618976.jpg?v=1720103922" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      D'emblée, la scénographie mise en jeu nous introduit au cœur du propos. Métaphore des identités flottantes qui vont s'y dévoiler, un imperceptible mouvement de vaguelettes hypnotiques anime les draps immaculés recouvrant une rangée de lits alignés en diagonale… Mickaël Pelissier (qui, avec un grand bonheur, reprend pour Avignon le rôle) prêtera son humanité aux autres personnages traversant le récit, jouant là délicatement avec l'eau contenue dans une bassine aux dimensions trop étroites où l'on pourrait voir la résurgence de la problématique gender fluid en attente de submerger le plateau.       <br />
              <br />
       À l'instar de l'insoupçonnable grâce troublante de Yuming Hey (nominé aux Molières 2024 pour la pièce &quot;Les Bonnes&quot;) – on ne sait si le rôle d'Herculine était fait pour iel ou si c'est l'inverse qui s'est imposé –, les deux complices au plateau vont incarner &quot;corps et âme&quot; cette héroïne à fleur de peau qu'ils donnent à entendre et à voir dans toute la vérité de sa nature intersexe, faisant vivre l'intensité de son vécu singulier tant dans son bonheur extatique que dans les affres de ses souffrances extrêmes.       <br />
              <br />
       Soulevant délicatement le drap linceul recouvrant une forme allongée, son alter ego la &quot;découvre&quot; et, en la dévoilant à nos regards, extrait Herculine des limbes de la mort où enfin elle avait trouvé le repos, pour nous raconter sa véridique histoire… <span style="font-style:italic">&quot;J'ai beaucoup souffert, et j'ai souffert seul ! seul ! abandonné de tous !&quot;.</span> Cri amplifié par l'articulation simultanée des deux acteurs qui confondent leurs voix dans le même appel de détresse nous transperçant, nous les témoins présents d'un drame ancien à résonance contemporaine.       <br />
              <br />
       Suivra le récit détaillé de la première période, celle racontée au genre féminin, <span style="font-style:italic">&quot;des instants célestes&quot;</span> d'une sensualité à fleur de peau vécus au sein de différentes institutions où Herculine partagera innocemment le plaisir des caresses entre jeunes filles, les baisers des religieuses attendries par son besoin d'affection et la subtilité de son esprit. Des amours saphistes – car Herculine, identifiée femme par l'état civil, parlera alors d'elle au féminin –, il en sera de douloureux comme la maladie et la mort de sa chère Léa, de fort troublants comme ses émois de camériste au service d'une jeune beauté aux formes parfaites, et très vite d'intranquilles comme le trouble qui la gagnera à <span style="font-style:italic">&quot;l'entrée de ce sanctuaire de virginité&quot;</span> qu'était la classe des élèves-maîtresses (sic) où elle venait d'être admise.       <br />
              <br />
       Au visage lumineux d'Herculine répondra alors en miroir la silhouette déliée de son double. Interprétant avec une grâce infinie &quot;Les métamorphoses&quot; d'Ovide, prendront corps Hermès et Aphrodite s'unissant pour donner naissance à celui qui, à son corps défendant, séduit par la naïade Salmacis, devint uni à elle dans un seul corps bisexué. Ainsi le mythe, réincarné par les Dieux grecs (peu puritains…) ayant exaucé les vœux de la nymphe, se fera-t-il le porte-parole de la mythologie privée d'Herculine au corps indécis.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58619775.jpg?v=1720104870" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Succèderont les affres de la deuxième période, celle racontée au masculin après qu'advint la faille dans l'armure construite, après que le jeu des caresses folles se conclut par le passage à l'acte avec sa chère Sara, institutrice et fille de la directrice du Pensionnat de jeunes filles où elle avait trouvé un poste d'enseignante. Dès lors, se sentant frappé par l'ignominie des jugements, s'avançant en bord de scène, iel pointera un doigt accusateur vers nous public, toujours prêt à s'arroger le droit de juger cellelui que la nature a assigné à une place aléatoire.       <br />
              <br />
       Dès lors, le récit abandonnera les rives du bonheur perdu pour aborder celles des accents tourmentés de &quot;la chasse à l'identité&quot; dont parle si bien Michel Foucault. Hypocrisie des uns et des autres refusant à corps et âme perdus que le scandale ne se dévoile au grand jour, verdict de la sacro-sainte science, directrice de conscience d'une religion stupéfiée, réponse de la loi prenant acte de son &quot;erreur&quot; et souffrances de celle qui – devenue en toute légalité celui – erre dans un &quot;no man's land&quot; terrifiant de solitude abyssale et de dénuement cruel.       <br />
              <br />
       Endossant les rôles des personnages traversant son existence intranquille, habillant avec une infinie tendresse d'une robe puis d'un costume d'homme Herculine devenu Abel, la soulevant de terre comme un fétu fragile en la serrant dans ses bras, l'alter égo témoigne à l'interprète idoine, l'immense besoin de consolation que nous ressentons à son égard.       <br />
              <br />
       Jusqu'aux extraits de chansons populaires, distillées en contrepoint d'un passé n'arrêtant pas de passer en nous pour inscrire jusque dans notre présent la question brûlante du genre, tout sonne juste – comédiens d'exception et mise en jeu envoûtante – pour faire de cette &quot;représentation&quot; le théâtre vivant de nos interrogations intimes.       <br />
              <br />
       <b>Vu le lundi 1ᵉʳ juillet au Palace d'Avignon.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Herculine Barbin"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58619777.jpg?v=1720104905" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      D'après &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, publié et préfacé par Michel Foucault (Éditions Gallimard) et &quot;Mes souvenirs&quot; d'Herculine Barbin       <br />
       Adaptation : Catherine Marnas et Procuste Oblomov.       <br />
       Mise en scène : Catherine Marnas.       <br />
       Avec : Yuming Hey, Mickaël Pelissier.       <br />
       Conseil artistique : Procuste Oblomov.       <br />
       Scénographie : Carlos Calvo.       <br />
       Créatrice son : Madame Miniature assistée d'Édith Baert.       <br />
       Lumières : Michel Theuil, assisté de Fabrice Barbotin et Véronique Galindo.       <br />
       Vidéo : Valéry Faidherbe, assisté d'Emmanuel Vautrin.       <br />
       Chorégraphies : Annabelle Chambon.       <br />
       Costumes : Kam Derbali.       <br />
       À partir de 14 ans.       <br />
       Durée : 1 h 20.       <br />
              <br />
       <b>•Avignon Off 2024•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 29 juin au 21 juillet 2024.</span>       <br />
       Tous les jours à 17 h 30. Relâche le mercredi.       <br />
       Théâtre Au Palace, 38, cours Jean Jaurès, Avignon.       <br />
       Réservations : 04 84 51 26 99.       <br />
       <a class="link" href="https://www.aupalace.fr/" target="_blank">&gt;&gt; aupalace.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2024-Herculine-Barbin-Un-d-r-ame-d-Etat-civil_a3987.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Après "Fuck me" et "Love me", "Kill me" poursuit spectaculairement la création infinie de Marina Otero</title>
   <updated>2024-06-16T19:34:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Apres-Fuck-me-et-Love-me--Kill-me-poursuit-spectaculairement-la-creation-infinie-de-Marina-Otero_a3942.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/80944475-58352628.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-06-13T11:47:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Danse, danse et mots, images, chorégraphies et chants, accessoires et nudité, et aussi une folie assumée, sont autant de fers chauffés à blanc qui risquent de marquer définitivement la mémoire des spectateurs de "Kill me". Une fête débridée, orchestrée par une Marina Otero qui plonge au fond d'elle-même pour y repêcher des émotions dangereuses, mais d'autant plus fascinantes et les offrir corps et âme.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/80944475-58352628.jpg?v=1718273878" alt="Après "Fuck me" et "Love me", "Kill me" poursuit spectaculairement la création infinie de Marina Otero" title="Après "Fuck me" et "Love me", "Kill me" poursuit spectaculairement la création infinie de Marina Otero" />
     </div>
     <div>
      C'est une sorte d'introspection vibrante qu'elle projette sur scène dans cet opus de son projet &quot;Recordar para vivir&quot; (Se rappeler pour vivre). En ouverture, sous la forme d'un journal intime, une vidéo raconte la genèse du spectacle : un spectacle dont elle pressent la nécessité durant la tournée mondiale de son précédent succès, pour combler, pour combattre la panique de la solitude d'après spectacle. Cette nécessité devient urgence lorsque son histoire avec Pablo, un amour fusionnel, se brise. Une urgence qui devient mise en actes lorsque, après la rupture traumatisante d'avec cet amour toxique, la médecine la diagnostique borderliner.       <br />
               <br />
       Après cette ouverture en projection vidéo doublée de la voix de la chorégraphe, cinq sosies entrent en scène, mêmes perruques rousses, mêmes bottines, gants et genouillères pour tout costume, sur une même nudité. Elles ont chacune deux revolvers aux poings qu'elles braquent aux quatre horizons dans une première chorégraphie de groupe qu'on croirait sorti d'un cabaret ou d'un film de Tarantino. Des flingues et des perruques qui sont à la fois des déguisements et une représentation en miroir de la figure symbolique qui accompagne ici l'histoire de la chorégraphe : le personnage fictionnel de Sarah Connor, l'héroïne résistante et guerrière des films &quot;Terminator&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/80944475-58352636.jpg?v=1718273904" alt="Après "Fuck me" et "Love me", "Kill me" poursuit spectaculairement la création infinie de Marina Otero" title="Après "Fuck me" et "Love me", "Kill me" poursuit spectaculairement la création infinie de Marina Otero" />
     </div>
     <div>
      Ce sont des femmes de combat, unies par leurs ressemblances, qui projettent autour d'elles la force d'un commando, sans aucune faille, sans aucune vulnérabilité, malgré la nudité de leurs corps, l'inverse de la représentation commune de nos cultures où le corps des femmes est toujours montré sous l'angle de cette vulnérabilité supposée. Dès ces premières minutes, l'étendue du propos du spectacle est donnée, et même criée, revendiquée avec fierté et bravade : l'intime, et toute la fragilité qu'il contient, sera là, vibrant, au cœur de la narration, par l'exposition des corps, mais dans le même temps, viendra la puissance de protection, de projection et une liberté de parole qui épargnera à cet intime tout jugement, tout rabaissement. Fragilité et force.       <br />
               <br />
       Parmi ces cinq évocations de Sarah Connor, se cachent trois danseuses, une chanteuse et Marina Otero elle-même. Une distribution sélectionnée sur un critère étonnant. Suite au diagnostic qui lui a été fait, elle a auditionné des danseuses ayant des troubles de la personnalité. Toutes souffrent ainsi de bipolarité, ou bien sont borderlines ou souffrent d'autres symptômes. La chanteuse, elle, ne souffre que d'avoir ses deux parents psychiatres lacaniens… C'est en additionnant sa propre histoire à celle des quatre autres interprètes que s'est construit ce spectacle entre intime et universel.       <br />
               <br />
       Une autre image tutélaire va très vite surgir sur scène sous la forme du seul interprète masculin : Vasclav Nijinski. Précurseur, il y a plus d'un siècle, de la modernisation de la danse classique, lui aussi fut atteint de troubles mentaux et interné durant des années pour schizophrénie. Clin d'œil époustouflant de drôlerie et de fantaisie, ce personnage, mi-homme, mi-femme, partagera, lui aussi, son histoire personnelle mêlée à celle de Nijinski.       <br />
              <br />
       Partant de cette chorégraphie commune du départ, les personnalités de chacune vont se découvrir, au même titre que celle de l'autrice-chorégraphe. Tout au long du spectacle, la parole (surtitrée en français) est autant omniprésente que la musique (qui va de Bach à la musique contemporaine). Raconter avec le corps, les mots, les musiques, le chant. Surtout, raconter en érigeant la liberté de parole, de geste au plus haut, de manière à éradiquer tout jugement sur l'apparence. Et c'est en toute beauté et liberté que cette douleur d'amour et de solitude s'exprime dans ce spectacle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/80944475-58352662.jpg?v=1718273938" alt="Après "Fuck me" et "Love me", "Kill me" poursuit spectaculairement la création infinie de Marina Otero" title="Après "Fuck me" et "Love me", "Kill me" poursuit spectaculairement la création infinie de Marina Otero" />
     </div>
     <div>
      Des chorégraphies dans lesquelles l'énergie débridée se combine avec la violence des sauts et des réceptions au sol, comme s'il s'agissait de hachures nerveuses sur un texte en écriture. Il y a cette douceur dans l'émotion que ces histoires personnelles, mais parallèles dans le ressenti, diffuse, une douceur contrebalancée par l'intensité des blessures que la stupeur de l'abandon provoque. On vogue ainsi entre réalité et fiction, dans une mise à nu des âmes, une belle leçon d'authenticité, et de colère utile.       <br />
               <br />
       Impossible de rester indifférent à ce travail, sur elle-même, sur elles-mêmes, sur elles-aiment, sur cet acte de libération qui mêle intimement le réel et la fiction. Les six interprètes réussissent à construire avec la force de leurs singularités, de leurs unicités, de leurs personnalités et de leurs histoires intimes un univers fort et fascinant, cru et sensible, et porteur d'une liberté d'expression et d'être qui resplendit comme un idéal de vie et qui parvient par moments, à toucher cruellement le cœur.       <br />
              <br />
       <b>Vu à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon dans le cadre du Printemps des Comédiens.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Kill me"</b></div>
     <div>
      Spectacle en espagnol surtitré en français.       <br />
       Écriture et mise en scène : Marina Otero.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Lucrecia Pierpaoli.       <br />
       Avec : Ana Cotoré, Josefina Gorostiza, Natalia Lopéz Godoy, Myriam Henne-Adda, Marina Otero et Tomás Pozzi.       <br />
       Musicienne au plateau : Myriam Henne-Adda.       <br />
       Création lumière : Victor Longás Vicente et David Seldes.       <br />
       Son : Antonio Navarro.       <br />
       Costumes : Andy Piffer.       <br />
       Régie générale et régie lumière : Victor Longás Vicente.       <br />
       Regard extérieur : Martín Flores Cárdenas.       <br />
       Photographie : Sofia Alazraki.       <br />
       Création vidéo : Florencia de Mugica.       <br />
       Production déléguée en Europe : Otto Productions (Nicolas Roux, Lucila Piffer), Tecuatro (Jonathan Zak, Maxime Seugé), PTC Teatro (Olvido Orovio).       <br />
       À partir de 16 ans.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       A été créé et joué à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon les 4 et 5 juin 2024 dans le cadre de la 38e édition du Printemps des Comédiens (du 30 mai au 21 juin 2024).       <br />
       <a class="link" href="https://printempsdescomediens.com/" target="_blank">&gt;&gt; printempsdescomediens.com</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 25 eau 29 septembre 2024 :</span> Théâtre du Rond-Point, Paris.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Apres-Fuck-me-et-Love-me--Kill-me-poursuit-spectaculairement-la-creation-infinie-de-Marina-Otero_a3942.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Fuck me" Art, désir et volupté !</title>
   <updated>2023-07-26T07:51:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Fuck-me-Art-desir-et-volupte-_a3702.html</id>
   <category term="Danse" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/74255220-51657991.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2023-07-26T06:40:00+02:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
C'est la 34e édition du festival Paris l'été. Créé en 1990 par Patrice Martinet et anciennement nommé "festival Paris quartier l'été", il tient toujours le haut du pavé avec une programmation qui compte à ce jour plus de 2 000 représentations dans 150 lieux différents de la capitale. Riche de 18 propositions cette année, brassant toujours des œuvres internationales, focus est fait sur "Fuck me", création de l'artiste argentine Martina Otera qui bouscule à bien des égards plusieurs codes autant artistiques que sociétaux.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74255220-51657991.jpg?v=1690308610" alt=""Fuck me" Art, désir et volupté !" title=""Fuck me" Art, désir et volupté !" />
     </div>
     <div>
      &quot;Fuck me&quot;, c'est d'abord une histoire vécue, le récit d'un bout de vie, et aussi une invitation dans les coulisses d'une création. Au démarrage de celle-ci, un danseur dévêtu sort du public avant d'entrer sur scène. Il saute sur le plateau en faisant plusieurs fois le grand écart et en se relevant par la force des adducteurs. Quatre autres interprètes, nus également, le rejoignent dans une chorégraphie des plus physiques nourrie d'une gestuelle où les membres inférieurs et supérieurs ont un contact des plus marqués aux planches. La gravité est largement habitée du poids des danseurs et la grâce, à dessein, n'est pas au rendez-vous. Dans une même synchronisation, tous les membres inférieurs et supérieurs alternent des bascules de bas en haut et de droite à gauche donnant une allure géométrique aux mouvements.       <br />
              <br />
       La place de Marina Otero au bord du plateau interpelle. Elle joue le rôle autant de metteure en scène que de comédienne. Micro à la bouche, elle se raconte face à six hommes que celle-ci dirige telle une gouvernante. Idem pour la régie où, par sa voix, elle montre ce qu'elle veut. S'insinuent ainsi, durant la représentation, les coulisses du spectacle où, au travers des directives qu'elle lance parfois, des vidéos s'enchaînent montrant les répétitions ou elle, plus jeune, en train de danser. Un accident, lors de l'une d'elles, la contraint à ne plus pouvoir le faire aujourd'hui.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74255220-51657995.jpg?v=1690308504" alt=""Fuck me" Art, désir et volupté !" title=""Fuck me" Art, désir et volupté !" />
     </div>
     <div>
      C'est une affaire de corps comme le dit Marina Otero, mais pas que. Certes, le choix esthétique de six hommes grands et bien dessinés n'est pas le fruit du hasard. Bien consciente de mettre en focal son propos, sa personne dans une semi-confession, elle bouscule les codes patriarcaux d'une société où seul l'homme, bien que la voix féministe soit de plus en plus présente, peut montrer sans vergogne ses envies sexuelles sans qu'aucun reproche ne puisse lui en être fait.       <br />
              <br />
       Aussi, la revendication de son désir sexuel, c'est artistiquement et verbalement qu'elle l'exprime. De but en blanc, Marina Otero explique le pourquoi du titre de son spectacle afin qu'il n'y ait aucune ambiguïté sur sa truculence. Oui, celle-ci aurait bien aimé &quot;baiser&quot; depuis les répétitions s'il n'y avait pas eu cet accident corporel qui la cloue aujourd'hui au sol. Rien n'est de trop, car tout est dévoilé dans une œuvre montrant le préconscient de son auteure au travers de ses dits verbaux et d'actes scéniques. La relation entre les deux est dûment entretenue. Et s'il y a fantasme, il est joué sur les planches.       <br />
              <br />
       Les hommes sont entièrement dévêtus, à l'opposé d'habitude de femmes déshabillées pour le plaisir des hommes. Les interprètes s'appellent tous Pablo avec, pour chacun, un nombre pour les distinguer. Marina dit ouvertement qu'elle a une préférence pour le numéro cinq. Et surtout face aux autres artistes qui ne s'en émeuvent pas pour autant. Hommes objets, ils n'ont pour rôle que de se prêter au désir de la créatrice argentine.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74255220-51658028.jpg?v=1690308633" alt=""Fuck me" Art, désir et volupté !" title=""Fuck me" Art, désir et volupté !" />
     </div>
     <div>
      L'humour a aussi ses entrées dans une chorégraphie où un danseur l'incarne en jouant son rôle. Affublé d'une perruque sur la tête, l'un des Pablo abandonne son côté viril pour emprunter, avec brio le temps de cette séquence, des manières efféminées. Un homme prend ainsi ponctuellement la place d'une femme, telle une doublure. Un beau tableau en clair-obscur apparaît également où, la tête recouverte d'un bas noir, les interprètes dessinent une chaîne les faisant apparaître chacun comme un maillon. Leurs corps sont représentés comme des éléments matériels, leur occultant toute identité, tels des jouets silencieux et sans visage à la bonne marche de désirs à la chaîne.       <br />
              <br />
       En parallèle d'une autre vidéo où l'on voit Martina Otero danser durant les répétitions, le même tableau s'exécute en même temps sur scène, le seul avec un acte sexuel. Le choix n'est pas non plus anodin. Ainsi, trois vues se juxtaposent, à savoir théâtrale, dansée et vidéo, où le jeu se prête à une réalité, celui d'un désir autant artistique que sexuel.       <br />
              <br />
       Les corps étant omniprésents, c'est toute leur force physique qui est montrée. Dans les gestuelles se mêle un effort musculaire allié à une souplesse donnant lieu à des gestiques dans lesquelles les troncs, jambes et bras, ont pour axe une présence au sol et un rapport à l'autre appuyés. Par leur beauté musculaire, chacun a sa propre identité corporelle désignée toutefois par un seul et même prénom. Artistiquement, ils existent donc. Socialement, ils ne sont qu'un numéro. La synchronisation des mouvements est aussi de mise, les danses étant toutes de groupe même si, pour certaines, la gestique diffère selon les interprètes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74255220-51658060.jpg?v=1690308684" alt=""Fuck me" Art, désir et volupté !" title=""Fuck me" Art, désir et volupté !" />
     </div>
     <div>
      Dire son propos en considérant les hommes comme un fantasme, c'est inversé la focale de notre société qui fait souvent des femmes un objet de désir. Ainsi, le rapport de Marina Otero avec ses danseurs est certes artistique, mais de soumission. Elle dit, décide et ils font. Rien de très normal pour une créatrice. Ça l'est un peu moins quand cela est aussi montré explicitement sur les planches. Elle parle, ils ne disent mot. La sacro-sainte formule <span style="font-style:italic">&quot;Sois belle et tais-toi&quot;</span> est cette fois-ci déclinée au masculin. Sauf une fois, lorsque le Pablo préféré de Martina Otero considéré comme tel d'un point de vue esthétique, prend la parole pour expliquer sa beauté et son rapport à la société à travers celle-là, le désignant de ce fait comme objet de désir.       <br />
              <br />
       Ça bouscule toutes les évidences sociales. La représentation masculine est calquée sur celle féminine. Les hommes deviennent objets de libido assumés et revendiqués par une femme. Souvent au bord des planches, Martina Otero en est toujours le centre et autour d'elle, ceux-là gravitent. L'idée qu'elle serait une nymphomane n'effleure même pas l'esprit. Elle réussit ainsi le tour de force d'abolir toute vue patriarcale, faisant de sa libido une évidence même, éteignant ainsi tout préjugé. Créé en janvier 2020 au festival international de Buenos Aires, son propos artistique, le dernier d'une trilogie autofictionnelle, est à la fois abouti et politique.        <br />
              <br />
       À la fin de la représentation, et tout du long sur une musique de plus en plus rythmée de Julián Rodríguez Rona, elle court seule autour de la scène et convie les spectateurs à partir quand ils le souhaitent. Celle-ci court jusqu'à ce que tout le monde disparaisse, jusqu'à la fin de la nuit, de son souffle, du monde, de sa libido, de sa vie. Ou autour de tout ça à la fois. Libre à chacun de donner sa propre interprétation.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Fuck me"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74255220-51658061.jpg?v=1690308714" alt=""Fuck me" Art, désir et volupté !" title=""Fuck me" Art, désir et volupté !" />
     </div>
     <div>
      Dramaturgie et mise en scène : Marina Otero.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Lucrecia Pierpaoli.       <br />
       Avec : Augusto Chiappe, Juan Francisco Lopez Bubica, Marina Otero, Fred Raposo, Matías Rebossio, Miguel Valdivieso et Cristian Vega.       <br />
       Assistante à la chorégraphie : Lucía Giannoni.       <br />
       Conseil dramaturgique : Martín Flores Cárdenas.       <br />
       Régie générale en tournée : David Seldes, Facundo David.       <br />
       Création lumière et scénographie : Adrián Grimozzi.       <br />
       Costumes : Uriel Cistaro.       <br />
       Montage numérique et musique originale : Julián Rodríguez Rona.       <br />
       Stylisme de costumes : Chu Riperto.       <br />
       Confection de costumes : Adriana Baldani.       <br />
       Artiste visuel : Lucio Bazzalo.       <br />
       Photographie : Matías Kedak.       <br />
       Assistant en art visuel : Javier González Tuñón.       <br />
       Durée : 1 h 10.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74255220-51658062.jpg?v=1690308755" alt=""Fuck me" Art, désir et volupté !" title=""Fuck me" Art, désir et volupté !" />
     </div>
     <div>
      <b>Festival Paris l'été</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 10 au 30 juillet 2023.</span>       <br />
       <a class="link" href="https://www.parislete.fr/" target="_blank">&gt;&gt; parislete.fr</a>       <br />
       <b>Le spectacle s'est joué du 19 au 22 juillet 2023 au Lycée Jacques-Decour, Paris 9e.</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 25 au 27 juillet 2023</span> : Vienne (Autriche).       <br />
       14 septembre 2023 : Varsovie (Pologne).       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Fuck-me-Art-desir-et-volupte-_a3702.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !</title>
   <updated>2023-07-05T08:47:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/A-revue-A-revoir-pour-sa-creativite-debordante-_a3644.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/73882643-51390531.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2023-07-05T08:38:00+02:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L'artiste flamant Benjamin Abel Meirhaeghe, fidèle à son approche très créative bousculant les codes de perception par des extravagances les plus originales, nous invite dans un monde où l'autre, aussi fantomatique que réel, est au carrefour du rêve, de la réalité, de l'imaginaire et du fantasme. Face à des protagonistes aux frontières de ces différents champs d'appréhension, sa création se nourrit de la musique, du chant, du théâtre et d'une forte expression corporelle pour nous emmener ailleurs, dans un espace-temps dans lequel le conscient embrasse goulûment son inconscient.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73882643-51390531.jpg?v=1688540462" alt=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" title=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" />
     </div>
     <div>
      Place a une scène longitudinale avec ses supports métalliques ondulés qui la longent par intermittence autour desquelles plusieurs rangées de spectateurs sont situées les unes en face des autres. Il s'agit de face-à-face durant cette représentation, autant avec des pulsions, des désirs, qu'avec des débordements. Les artistes ont une position ambivalente en étant seuls avec eux-mêmes ou ensemble et occultant le public, ou encore directement face au public.       <br />
              <br />
       Dans cette création protéiforme datant de 2020 et qui est sa dernière œuvre actuellement, le performeur et metteur en scène flamant Benjamin Abel Meirhaeghe met le corps en média premier autour d'une approche artistique des plus déroutantes par ses figures, son rythme, sa trame et ses différentes séquences. Il nous convie à un voyage dans le futur où la courbure du temps zigzague jusqu'à l'année 4020 en embarquant avec lui du Mozart, du Vivaldi et du Schubert.       <br />
              <br />
       Rien n'est en demi-teinte, ni les costumes, ni l'interprétation, ni les répliques autour de protagonistes maquillés et habillés comme des êtres venant d'une réalité irréelle. Ce qui interpelle est le lieu où tout ceci se déroule entre rêve, réalité, imaginaire, fantasme. En anglais et en français, le texte est lancé par intermittence de bout en bout du plateau, installant, par moments, un rapport à l'autre distant. Et pourtant, même si la pudeur est absente, l'intime est l'humus du spectacle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73882643-51390532.jpg?v=1688540494" alt=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" title=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" />
     </div>
     <div>
      La musique et le chant, avec, entre autres, la prestation a cappella d'Oriana Mangala, trouvent un allié dans ce seul piano situé à une extrémité des planches et où, à un autre moment, est engagée une douce mélodie. Tous les protagonistes sont vêtus de façon étrange et décalée avec une combinaison fine sur eux quand ils ne sont pas entièrement découverts. Les visages sont maquillés tels des personnages de mime ou de cirque.       <br />
              <br />
       Se joue aussi une partie de tennis avec, pour chacun des adversaires, de longues tiges et ses quelques feuilles en lieu et place de la raquette avec laquelle ils se renvoient une balle qui n'existe pas. Le spectacle est très physique tout du long. Ailleurs, des corps sonnent, tintent, bruitent à chaque toucher et effleurement, ce qui apporte une touche très humoristique à la séquence. Plus loin, tout passe dans des caresses sexuelles où le sexe est, pour celui de l'homme, son appendice corporel ou parfois objet plastique avec lequel on joue ou que l'on porte, et pour celui de la femme, un organe accoucheur d'objets ressemblant, par leur rondeur, à des calots ou, par leur forme et leur couleur, à un produit de défécation. Une origine d'un monde étrange où la créatrice ne ressemble en rien à ce qu'elle enfante.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73882643-51390551.jpg?v=1688540524" alt=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" title=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" />
     </div>
     <div>
      Le corps devient jouet d'une expression libre de désirs bruts, d'animalité. Un moment, Maribeth Diggle court, déambule nue sur toute la scène, se lâche en portant ici ou là quelques coups violents au sol avec un instrument sonore. Elle s'exprime en gesticulant et en envahissant tout le plateau, devenant l'expression de désirs refoulés et interdits, car effectuée au-delà de toute convention sociale, les pulsions étant avant tout domestiquées au travers de la culture et de la morale d'une société.       <br />
              <br />
       Ce qui étonne dans cette représentation est cette gamme de gestiques qui s'immisce et l'alimente de bout en bout d'éléments au style étonnant. Il n'y a pas de linéarité. Tout est rupture. La musique, le chant lyrique et le théâtre sont les différents relais artistiques qui donnent à cette création une vue fantasmée d'une réalité qui semblent échapper, à dessein, à ses interprètes. Comme un pendant de l'association libre de Freud, nous assistons à une expression libre. Car qu'est-ce qui est réel dans tout ce qui se joue ? Tout se mêle, autant les arts utilisés que le fantasme, le rêve et la réalité. Les frontières n'en sont pas délimitées, ce qui donne un cachet des plus intéressants et déroutants à cette œuvre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"A revue"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73882643-51390558.jpg?v=1688540559" alt=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" title=""A revue"… À revoir pour sa créativité débordante !" />
     </div>
     <div>
      Textes : Louise van den Eede.       <br />
       Création et mise en scène : Benjamin Abel Meirhaeghe.       <br />
       Avec : Ellen Wils, Maribeth Diggle, Arnout Lems, Hanaka Hayakawa, Dolly Bing Bing, Simon Van Schuylenbergh, Jelle Haen, Bjorn Floreal, Sophia Rodriquez, Oriana Mangala, Adrien De Biasi, Eurudike De Beu, Lionel Couchard.       <br />
       Artistes visuels : Julian Weber, Sietske van Aerde, Daan Couzijn, Benjamin Abel Meirhaeghe.        <br />
       Dramaturgie : Louise van den Eede.       <br />
       Dramaturgie musicale : Katherina Lindekens, Lena Meyskens.       <br />
       Son : Laurens Mariën, Jasper Segers.       <br />
       Composition : Laurens Mariën, Jasper Segers.       <br />
       Piano : Maya Dhondt.       <br />
       Scénographie : Bart van Merode, Julian Weber.       <br />
       Lumières : Bart van Merode.       <br />
       Assistant scénographe : Zaza Dupont.       <br />
       Costumes : Benjamin Abel Meirhaeghe, Julian Weber, Sietske van Aerde.       <br />
       Maquillage : Jelle Haen.       <br />
              <br />
       <b>Le spectacle s'est joué du 28 au 30 juin 2023 à La Grande Halle de la Villette</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/A-revue-A-revoir-pour-sa-creativite-debordante-_a3644.html" />
  </entry>
</feed>
