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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
  <link>https://www.larevueduspectacle.fr/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-09-08T20:30:43+02:00</dc:date>
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   <title>"T'es où ?" Avoir sa place, être à sa place, rester à sa place, être déplacé(e), prendre place…</title>
   <pubDate>Thu, 27 Mar 2025 12:23:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Brigitte Corrigou</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   "T'es où ?" est une pièce coécrite au plateau sur le thème de la place, thème qui, par ce qu'il recèle comme questions, intimes et politiques, singulières et universelles, est une question essentielle, que ce soit dans la famille, dans la société, dans le couple, dans le travail, etc.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/87480715-62047694.jpg?v=1743074897" alt=""T'es où ?" Avoir sa place, être à sa place, rester à sa place, être déplacé(e), prendre place…" title=""T'es où ?" Avoir sa place, être à sa place, rester à sa place, être déplacé(e), prendre place…" />
     </div>
     <div>
      Décidément, ces intermèdes de la covid auront marqué bien des esprits et changé bien des choses dans la vie de tout un chacun ! C'est particulièrement le cas pour le metteur en scène Gabriel Debray et, à coup sûr, pour l'ensemble des comédiens et des artistes qui se sont sentis &quot;dépossédés de leur rôle&quot; et considérés comme des &quot;personnes non essentielles&quot; (sic).        <br />
              <br />
       Pour la plupart, sans doute, la place qu'ils occupaient dans la société a été incontestablement revisitée, reconsidérée, réinterprétée. Si, tant est que cela a pu aider la création, ne nous en plaignons pas… C'est indiscutablement le cas pour cette création.       <br />
              <br />
       &quot;T'es où&quot; est une pièce coécrite par Gabriel Debray, metteur en scène, et Chantal Pétillot, comédienne. Tous deux ont étoffé leur travail à partir d'improvisations lors d'une résidence au Théâtre Le Local en mars 2024. Puis une tournée dans le Lot-et-Garonne, en plein air, dans les rues, des représentations au Théâtre de l'Opprimé à Paris, en appartement, ou encore lors de rencontres professionnelles artistiques en Île-de-France, &quot;Scènes sur Seine&quot;, ont définitivement stabilisé le projet.       <br />
               <br />
       Les deux artistes ont déjà collaboré à l'occasion de deux précédents spectacles, &quot;Un amour sans résistance&quot; de Gilles Rozier et &quot;Le Pari de la Commune&quot;, spectacle de rue, écrit par Gabriel Debray lui-même, à partir de mots de certains acteurs de la Commune de Paris. Cette collaboration, on la perçoit dans le spectacle de manière intrinsèque…       <br />
              <br />
       Seule sur le plateau, la comédienne Chantal Pétillot condense, à bien y regarder, chacune et chacun d'entre nous ! Car qui peut se revendiquer de ne pas être &quot;quelque part&quot; à un moment de sa vie, dès lors que l'on pousse notre premier cri, captif ou libre d'être là plutôt qu'ailleurs, en fraternité ou contraint, emprisonné, rejeté ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/87480715-62047695.jpg?v=1743074913" alt=""T'es où ?" Avoir sa place, être à sa place, rester à sa place, être déplacé(e), prendre place…" title=""T'es où ?" Avoir sa place, être à sa place, rester à sa place, être déplacé(e), prendre place…" />
     </div>
     <div>
      Il fallait y penser, tout de même, à écrire et à poursuivre l'écriture &quot;covidée&quot; par le jeu sur un tel thème aussi large, aussi &quot;presque banal&quot;… Pourtant, le résultat est très probant à plusieurs moments. Bouleversant. Déstabilisant aussi.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;C'est quand je suis revenue de mon congé maternité que j'ai vu que j'avais été déplacée.       <br />
       Personne ne m'avait rien dit… Dans mon bureau, il y avait quelqu'un ! On m'a dit que j'avais été absente relativement longtemps et qu'il avait fallu me remplacer (…)&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Avec sa chevelure rousse flamboyante et ses yeux bleus qui fixent le public, sous des faux airs parfois enfantins ou clownesques, la comédienne parvient très sensiblement à donner corps aux marginalisés(es) de notre société, aux vulnérables. À ceux qui ne l'ont pas toujours été, mais le sont devenus.       <br />
              <br />
       La réflexion touche en plein cœur les spectateurs qui s'interrogent, écoutent, entendent ce qui est dit intelligemment, et l'effet de miroir opère. Encore une fois, si cette situation inédite de la pandémie a pu enfanter à ce point la création, gageons qu'un autre le ferait aussi. Le processus créatif ne tient bien souvent qu'à un fil, à une porte qu'on ne peut ouvrir que pour s'en éloigner de quelques mètres. Dans tous les cas, à un nécessaire retour sur soi, humaniste comme cette pièce. Encore faut-il que la réflexion mûrisse et puisse être portée !       <br />
              <br />
       Pour cette création particulière, c'était sans compter sur le talent et le charisme de Chantal Pétillot, son professionnalisme artistique et ce supplément d'âme qui participent à ce qu'elle ait incontestablement sa place dans &quot;T'es où&quot;, devant nous. La silhouette de Gabriel Debray et sa sacoche aux mots pour les maux en bandoulière, bien en place lui aussi.       <br />
       <b>◙ Brigitte Corrigou</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"T'es où ?"</b></div>
     <div>
      Théâtre contemporain - Seule en scène.       <br />
       Texte coécrit au plateau par Gabriel Debray et Chantal Pétillot à partir d’improvisations.       <br />
       Mise en scène : Gabriel Debray.       <br />
       Avec : Chantal Pétillot.       <br />
       Tout public à partir de 10 ans.       <br />
       Durée : 1 heure.       <br />
       Compagnie Ombre en Lumière.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 9 au 13 avril 2025.</span>       <br />
       Mercredi au samedi au 20 h 30, dimanche à 17 h.       <br />
       Théâtre de l'Opprimé, Paris 12e, 01 43 45 45 74.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatredelopprime.com/" target="_blank">&gt;&gt; theatredelopprime.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/87480715-62047694.jpg</photo:imgsrc>
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   <title>"Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant</title>
   <pubDate>Mon, 30 Sep 2024 20:18:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Bruno Fougniès</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Le noir se fait et le son des voix disparaît. C'est ainsi que commence "Cap au pire" au Théâtre 14. Silence et pénombre imposent une écoute, une attention, un affût du moindre mouvement, du plus petit son qui indiquerait que le spectacle va débuter. Que quelque chose va se passer. Silence et pénombre vont pourtant accompagner, ponctuer, habiller tout le spectacle.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/83160287-59578985.jpg?v=1727722558" alt=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" title=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" />
     </div>
     <div>
      Quand la lumière paraît sous forme d'un rectangle de lumière qui éclate au sol de blancheur, Denis Lavant se place l'avant des chaussures mordant ce petit rectangle comme s'il était juste au bord. Et puis le silence. Et puis <span style="font-style:italic">&quot;Encore. Dire encore. Soit dit encore. Tant mal que pis encore. Jusqu'à plus mèche encore. Soit dit plus mèche encore.&quot;</span> prononce la silhouette <span style="font-style:italic">&quot;mains inclinées sur crâne atrophié&quot;</span>, tel un spectre aux traits inversés par l'éclairage venant d'en bas. Comme les enfants font peur aux adultes en braquant une torche sous leurs mentons.       <br />
               <br />
       Il y a en effet de la gaminerie encore dans le texte de Samuel Beckett, avec des éclats d'humour qui font briller la dérision de l'existence. Il y a surtout, dans ce texte comme dans la plupart des textes de l'auteur, une exploration des profondeurs de l'âme humaine. Ou plutôt, une fouille d'un état de conscience qui se fiche bien de toute l'apparence futile et sonnante de la vie belle.       <br />
              <br />
       Dans &quot;Cap au pire&quot;, Beckett explore ce qui peut s'exprimer de l'humain lorsqu'il se trouve suspendu dans un instant. Enfermé dans un instant. L'écriture extrême, désarticulée, dégrammatalisée, désyntaxée, parfois déformée, qu'il emploie est la matière et le fond même de ce qu'il dit. Plus rythme que sens, il parvient pourtant à former des images, de l'imaginaire, un vieil homme qui tient la main d'un enfant comme un pont temporel, l'imaginaire qui semble finalement au centre même du propos.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/83160287-59578993.jpg?v=1727722583" alt=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" title=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" />
     </div>
     <div>
      Denis Lavant se laisse devenir le conducteur de ce cheminement de mots. Au rythme, il ajoute le souffle, pourtant dans une immobilité totale. Le texte de Beckett bouillonne tranquillement en lui comme une marmite sur le coin du feu, et les mots s'envolent de sa bouche comme des vapeurs et dessinent dans la pénombre du plateau l'imaginaire âpre, presque cadavérique, fragile et puissant.       <br />
              <br />
       Lorsqu'on parle à Denis Lavant du personnage qu'il incarne, il rit et dit : <span style="font-style:italic">&quot;Quel personnage ?&quot;.</span> C'est tout le paradoxe. Qu'il incarne avec tout son beau talent et, cependant, c'est bien la matière même du texte, des mots, de la parole qui agit sur scène. L'écriture est cependant bien la force appelée, comme on appelle un esprit autour d'une table de salon. Tout fait référence à cette discipline qui emporte celui qui la pratique dans un autre calcul du temps, un autre espace, une vision.       <br />
              <br />
       La mise en scène de Jacques Osinski empêche tout parasite susceptible de corrompre le texte. La pénombre domine pour ne laisser que l'acteur posé sur sa page blanche dire les mots. Laissant Denis Lavant dans une immobilité (qui n'empêche pas celui-ci de vivre ses mots en un joli vagabondage de l'esprit), tout le tragique, tout le comique du texte et toutes ces brisures qui montrent ces moments où l'âme tressaille et se fêle, sont ainsi mises en valeur.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/83160287-59578994.jpg?v=1727722630" alt=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" title=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" />
     </div>
     <div>
      Cela demande une certaine exigence pour le spectateur, mais &quot;Cap au pire&quot; donne la rare occasion de toucher des zones obscures, sortes de terrains vagues de perdition que chacun porte craintivement caché en lui.       <br />
       <b>◙ Bruno Fougniès</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Cap au pire"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/83160287-59578996.jpg?v=1727722665" alt=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" title=""Cap au pire" L'avant-dernière œuvre de Beckett mise en corps par un Denis Lavant transcendant" />
     </div>
     <div>
      Texte : Samuel Beckett.       <br />
       Traduction : Édith Fournier (Éditions de Minuit)       <br />
       Mise en scène : Jacques Osinski.       <br />
       Avec : Denis Lavant.       <br />
       Lumières : Catherine Verheyde.       <br />
       Scénographie : Christophe Ouvrard.       <br />
       Costumes : Hélène Kritikos.       <br />
       Production Cie L’aurore boréale.       <br />
       Avec le soutien du Théâtre des Halles, Scène d'Avignon.       <br />
       À partir de 16 ans.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 24 septembre au 19 octobre 2024.</span>       <br />
       Mardi, mercredi, vendredi à 20 h, jeudi à 19 h et samedi à 16 h.       <br />
       Théâtre 14, Paris 14e, 01 45 45 49 77.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre14.fr/" target="_blank">&gt;&gt; theatre14.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/83160287-59578985.jpg</photo:imgsrc>
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   <title>•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…</title>
   <pubDate>Thu, 08 Aug 2024 10:37:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Avignon 2024]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   De création en création, François Cervantes creuse inlassablement la même veine. En fin explorateur qui n'en aurait jamais fini avec le sujet lui tenant à cœur, il a élu l'existence – celle des vivants dits ordinaires – comme "terrain de jeu"… Déjà dans "Le cabaret des absents" (2021), il avait poussé grand les portes d'un théâtre pour y faire vivre des êtres simples, se révélant "extra-ordinaires" au contact de la scène. Ici, il porte son dévolu sur un couple, apparemment sans histoire, invité sur un plateau (de théâtre) à dîner face à nous, spectateurs conviés… à les regarder.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82049422-58972602.jpg?v=1723108291" alt="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" title="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" />
     </div>
     <div>
      Changement de point de vue… Ce ne sont plus les spectateurs qui sont venus au théâtre pour regarder des acteurs endosser sur scène des rôles, ce sont de &quot;vrais gens&quot; (ayant confié leur rôle à des comédiens) qui prennent pour un soir possession d'un plateau de théâtre pour se raconter pour de vrai. En les découvrant, on en oublierait que le théâtre n'est qu'illusions, comme la vie quoi… C'est &quot;leur première fois&quot;. En effet, avant ce soir, ils n'avaient jamais franchi la porte d'un théâtre (comme huit personnes sur dix…), vous dire l'excitation qu'est la leur…       <br />
              <br />
       Elle et son fidèle Robert ont toujours vécu entre les murs de leur quartier et leur maison a toujours affiché &quot;portes ouvertes&quot; tant ils ont le goût des autres, des autres comme eux, sans chichi, vrais jusqu'à l'os. Et pour être vrais, ils le sont, Robert et elle. Bruts de décoffrage pourrait-on avancer si l'expression n'était pas affublée d'une connotation méprisante. Lui, avec son air de s'excuser d'être là et son langage réduit à &quot;oui&quot; ou &quot;non&quot; (aux antipodes de &quot;Pour un oui ou pour un non&quot; de la papesse du nouveau roman, Nathalie Sarraute), elle, avec sa mise en plis toute fraîche et son phrasé collant au plus près à la réalité de son vécu…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82049422-58972604.jpg?v=1723108386" alt="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" title="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" />
     </div>
     <div>
      Mais que l'on ne s'y trompe pas, il n'y a là aucun regard condescendant sur les petites gens. Tout au contraire, en projetant sur scène ces &quot;vies minuscules&quot;, ces exclus ordinaires des lieux culturels, François Cervantes renverse la vapeur en leur donnant pleinement droit de cité ; le zeste de caricature ne faisant que grossir avec humour le trait sans le déformer nullement.       <br />
              <br />
       Les réflexions (faussement) naïves sur les spectateurs venus les rencontrer, sur la confiance demandant du temps pour s'installer, sur &quot;la nappe, la bouteille, un vrai dîner&quot;, sur eux, cousins éloignés du directeur les ayant invités au théâtre ce soir, sur le quartier qui débarque chez eux à l'heure du repas, en fleurant bon &quot;la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules&quot; nous introduisent dans leur univers, nous décentrant avec bonheur du nôtre.       <br />
              <br />
       Le traitement clownesque des situations (comme, lorsque venant de faire chabrot, elle verse le restant du vin mélangé au bouillon directement dans son sac à main transformé pour la circonstance en doggy bag ; ou encore les glissades acrobatiques du serveur-régisseur venant verser le vin directement sur la nappe) renvoie au traitement du quotidien dans les films de Charlie Chaplin : prêter à rire pour mieux donner à penser.        <br />
              <br />
       Ainsi des séquences de fantaisie pure à haute intensité &quot;dramatique&quot; où le régisseur confie avoir passé sa petite enfance dans une loge du théâtre, ou encore d'une histoire – comme on en rencontre au théâtre ou dans son double, l'existence – de petite fille noyée revenant tel un fantôme réifié (visible réellement sur scène) chercher le garçon qui lui a tenu la main et renvoyant en miroir le souvenir d'une sœur noyée de la grand-mère ou de leur propre fille sauvée des eaux in extrémis… <span style="font-style:italic">&quot;C'est ça le théâtre, le vin est bon et les émotions fortes&quot;</span>…       <br />
              <br />
       L'occasion encore et toujours de réfléchir, comme seul un miroir en a le pouvoir, le miracle du théâtre en train de se faire, en toute simplicité, devant nos yeux… au travers des leurs, médusés. Lui : <span style="font-style:italic">&quot;Toujours les mêmes phrases, les mêmes toujours ?&quot;</span>, le régisseur : <span style="font-style:italic">&quot;Demain soir, revenez demain, et on le refait pareil…&quot;.</span> Et lorsqu'elle et Robert devront se résoudre à quitter l'avant-scène où, pour la durée d'une représentation, ils ont été promus au rang d'acteurs de leur existence, elle demandera à disparaître de notre vue accompagnée d'une musique de Schubert… Ils le valaient bien ces gens &quot;extra-ordinaires&quot;, laissant le régisseur seul avec le fantôme du théâtre, et nous, avec nos propres projections.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82049422-58972817.jpg?v=1723108926" alt="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" title="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" />
     </div>
     <div>
      François Cervantes, en amoureux fou d'un théâtre populaire haut de gamme (ceci n'est pas un oxymore), redonne leur légitimité pleine et entière à ceux qui s'en sentent exclus de par leur habitus, tel qu'a pu le définir le sociologue Pierre Bourdieu. Ces adeptes de la vie toute nue, parée d'aucun fard et sans filtre, ces invisibles que l'on ne voit jamais dans un théâtre, ni dans la salle, ni sur le plateau, sauf dans des comédies de seconde zone où ils deviennent sujets de dérision destinés à faire s'esclaffer la galerie d'un entre-soi sûr de détenir les clefs du bon goût, viennent tels qu'ils sont à notre rencontre (et pas l'inverse…) pour nous montrer en toute simplicité ce que théâtre veut dire…       <br />
              <br />
       Un délicieux repas partagé en compagnie de convives ô combien vivants, incarnés par une troupe soudée autour du maître de cérémonie célébrant en toute simplicité le théâtre, sensible et intelligent. Une captivante &quot;re-présentation&quot; de nature à dessiller les yeux de ceux pour qui &quot;le théâtre pour tous&quot; reste encore à l'état de pur slogan.       <br />
       <b>◙ Yves Kafka</b>       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 5 juillet 2024, au Théâtre des Halles d'Avignon.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Le repas des gens"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82049422-58972819.jpg?v=1723108956" alt="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" title="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" />
     </div>
     <div>
      Créé le 16 janvier 2024 à la Criée, Théâtre National de Marseille.       <br />
       Texte et mise en scène : François Cervantes.       <br />
       Avec : Julien Cottereau, Catherine Germain, Fanny Giraud, Lisa Kramarz, Stephan Pastor.       <br />
       Régie générale et création son : Xavier Brousse.       <br />
       Création lumière : Christian Pinaud.       <br />
       Régie lumière : Nicolas Fernandez.       <br />
       Costumes et accessoires : Virginie Breger.       <br />
       Assistant à la création lumière : Tamara Badreddine.       <br />
       Compagnie &quot;L'entreprise&quot;.       <br />
       Tout public à partir de 12 ans.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <b>•Avignon Off 2024•</b>       <br />
       <b>A été représenté du 4 au 21 juillet 2024.</b>       <br />
       Tous les jours à 18 h 45. Relâche le mercredi.       <br />
       Théâtre des Halles, Salle du Chapitre, rue du Roi René, Avignon.       <br />
       Téléphone : 04 32 76 24 51.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatredeshalles.com/" target="_blank">&gt;&gt; theatredeshalles.com</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">15 octobre 2024 :</span> Centre Arc-en-Ciel (pour Culture Commune), Liévin (62).       <br />
       21 janvier 2025 : Théâtre Le Gallia, Saintes (17).       <br />
       24 janvier 2025 : Théâtre des Quatre Saisons, Gradignan (33).       <br />
       29 janvier 2024 : Théâtre Victor Hugo, Bagneux (92).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82049422-58972839.jpg?v=1723109088" alt="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" title="•Off 2024• "Le repas des gens" Le théâtre présenté sur un plateau, à déguster sans modération…" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/82049422-58972602.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2024-Le-repas-des-gens-Le-theatre-presente-sur-un-plateau-a-deguster-sans-moderation_a4024.html</link>
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   <title>"Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit</title>
   <pubDate>Mon, 19 Feb 2024 16:30:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Comme on parlerait d'un roman des origines, le "Chœur des amants" de Tiago Rodrigues marque en 2007 l'entrée sur la scène théâtrale de celui qui, depuis, ne cesse de la faire vibrer, multipliant les propositions reliées par le même fil rouge : un amour inconditionnel pour l'humain. C'est là en effet la force vive qui pousse l'actuel directeur du Festival d'Avignon à raconter encore et encore des histoires sur un plateau. Histoires minuscules ou mythiques, à sa guise, mais toujours traversées par le même "Souffle" ("Sopro"), un élan organique porteur de l'une des plus émouvantes déclarations d'amour faites au théâtre.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78456841-56939864.jpg?v=1708358318" alt=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" title=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" />
     </div>
     <div>
      Ici, un plateau nu et les paroles de &quot;Lui&quot; et &quot;Elle&quot; mêlées l'une à l'autre, indissociables jusqu'à se recouvrir avec parfois un léger décalage échoïque, ou alors paroles se dissociant un temps pour mieux faire entendre la singularité de l'autre, cet autre si précieux qu'il ne fait qu'un avec soi… Seront ainsi égrenés – en quatre temps appelés &quot;Chants&quot; renvoyant au Chœur de la tragédie grecque – les petits et grands moments d'une existence à la fois singulière et universelle, une existence ponctuée par le retour en boucle du quotidien et émaillée par des aspirations de changement afin de sentir que la vie est là qui bat son plein, comme des antidotes à la vacuité que serait la succession des jours et des jours si l'amour des amants ne la transcendait pas.       <br />
              <br />
       Sous la plume de Tiago Rodrigues, même les épreuves imposées par les crises deviennent grisantes, des plus sévères aux plus banales, des crises d'asthme conduisant au bord de l'asphyxie ou des crises de couples confrontés à un quotidien bouffeur d'air. Une écriture poétique qui déroule dans ses plis l'insoutenable légèreté de l'être aimant pour dire la force d'&quot;aimer à tout prix&quot;, aimer même trop, même mal… <span style="font-style:italic">&quot;Cet amour est comme un poème ou une chanson… Celui qui dit l'amour résiste à tout…&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78456841-56939865.jpg?v=1708358365" alt=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" title=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" />
     </div>
     <div>
      L'humour – qui rime aussi parfaitement avec amour dont il ne se distingue que par sa première syllabe – trame la narration de ce récit des amants obnubilés par la scène finale de &quot;Scarface&quot;. Film mis régulièrement sur pause et fin qu'ils différeront jusqu'à ne jamais la voir, ignorant jusqu'au bout le sort réservé à Al Pacino, l'homme à la séduisante cicatrice cristallisant leurs fantasmes.       <br />
              <br />
       Le temps à privilégier, celui d'aimer – cf. la devise gravée à l'intérieur de leur anneau de mariage – contre le temps perdu à faire des choses sans importance comme &quot;regarder des infos, envoyer des factures, essayer de faire du théâtre, etc.&quot; (cf. &quot;Inventaire&quot; de Jacques Prévert ou &quot;La complainte du progrès&quot; de Boris Vian), résonne comme un mantra bouddhiste rythmant le quotidien… La mort à laquelle on échappe, l'arrivée d'un bébé, l'emménagement dans un nouvel appartement, le safari, la séparation, les retrouvailles autour de &quot;Quand on n'a que l'amour&quot; de Jacques Brel chanté en chœur, le théâtre et ses succès, le départ du foyer de la fille, la mort du père et, point d'orgue &quot;essentiel&quot;, la communion avec la forêt qui dit à son tour : &quot;On a le temps&quot;… le temps d'aimer, le temps garanti ad vitam æternam par le cycle naturel propre à nous réconforter face à la finitude de nos existences.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78456841-56939908.jpg?v=1708358420" alt=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" title=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" />
     </div>
     <div>
      Constituant la matière scénographique de cette pièce polyphonique, les incantations des deux amants placés côte à côte, regardant dans la même direction – celle où nous avons pris place – s'élèvent jusqu'à nous comme un chant d'une religiosité laïque envoûtante. Un oratorio profane où le temps vécu n'est rien d'autre que &quot;lui&quot; et &quot;elle&quot;, et puis &quot;eux deux&quot; confondus au sein de la nature nourricière de laquelle ils sont issus et à laquelle ils reviennent, perpétuant ainsi magnifiquement le cycle du vivant.       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 9 février au Carré de Saint-Médard (33).</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Chœur des amants"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78456841-56939909.jpg?v=1708358497" alt=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" title=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" />
     </div>
     <div>
      Dernière version créée le 24 Septembre 2021, au Théâtre de Lorient (France).       <br />
       Texte : Tiago Rodrigues.       <br />
       Traduction : Thomas Resendes.       <br />
       Texte édité aux Solitaires Intempestifs.       <br />
       Mise en scène : Tiago Rodrigues.       <br />
       Avec, en alternance : Océane Caïraty ou Alma Palacios et David Geselson ou Grégoire Monsaingeon (vendredi 9 février : Océane Caïraty et Grégoire Monsaingeon).       <br />
       Scénographie : Magda Bizarro et Tiago Rodrigues.       <br />
       Lumières : Manuel Abrantes.       <br />
       Costumes : Magda Bizarro.       <br />
       Durée : 55 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Représenté du jeudi 8 au vendredi 9 février 2024 à la Scène Nationale Carré-Colonnes de Saint-Médard (33).</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78456841-56939929.jpg?v=1708358544" alt=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" title=""Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit" />
     </div>
     <div>
      <b>Tournée</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">20 février 2024 :</span> Le Carré Sévigné, Cesson-Sévigné (35).       <br />
       <span class="fluo_jaune">21 février 2024 :</span> Les Quinconces &amp; L'Espal - Scène nationale, Le Mans (72).       <br />
       <span class="fluo_jaune">23 février 2024 :</span> Théâtre du Passage, Neuchâtel (Suisse).       <br />
       <span class="fluo_jaune">24 et 25 février 2024 :</span> Théâtre Les Halles, Sierre (Suisse).       <br />
       27 au 29 février 2024 : Théâtre Sorano - Scène conventionnée, Toulouse (31).       <br />
       2 mars 2024 : Le Cratère - Scène nationale, Alès (30).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/78456841-56939864.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Choeur-des-amants-Avec-le-temps-tout-recommence-toute-caresse-toute-confiance-se-survit_a3823.html</link>
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   <title>"Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…</title>
   <pubDate>Fri, 16 Dec 2022 16:12:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Samuel Beckett - cf. "En attendant Godot" - développe une inclination avérée pour les êtres pris dans les rets d'un temps statique n'arrêtant pas de passer en eux. Flux immobile, essentiel pour dire le rien d'existences minuscules, au point de promouvoir ces passants ordinaires au rang de prototypes du vide existentiel. Alors, ressassant en boucle trois journées, ressuçant avec envie des cailloux, l'homme et la femme confondus dans la même entité font résonner leur voix dans le désert du plateau du Lieu sans Nom. Dans une mise en scène très beckettienne de Christian Lousteau, elles vont nous parvenir, intactes…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69628722-48666574.jpg?v=1671207005" alt=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" title=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" />
     </div>
     <div>
      Plongées dans une nuit éclairée par un ciel constellé d'étoiles fixes et d'une lune immobile, ces deux &quot;têtes mortes&quot; de l'écrivain irlandais vont dévider chacune leur tour leurs menus propos auxquels elles s'accrochent fébrilement comme les naufragés à leur bouée. Et comme être, c'est parler, elles vont parler, parler encore, parler avec l'obstination chevillée au corps de ne rien dire, les mots comme elles faisant du surplace. Dire l'échec à dire, tel semble être le mantra de ces êtres s'adressant à un décor, vide.       <br />
              <br />
       D'emblée, émergent de l'obscurité qui les recouvrait, dans une composition pouvant faire penser à l'univers de Pierre Soulages, deux êtres assis sur le même banc, se tournant le dos, irrémédiablement liés par leur condition commune. C'est &quot;lui&quot; d'abord qui va rompre le long silence. De son récit circulaire ressortent la primauté de la couleur blanche (la robe d'un cheval, le visage de sa mère…), de ses amours non-vécus sauf dans la contemplation d'animaux immobiles, de ses fulgurants accès de rage, pour finir par son seul regret - <span style="font-style:italic">&quot;tout ce que je regrette, c'est d'avoir vu le jour, c'est si long, mourir, si lassant à la longue&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69628722-48666575.jpg?v=1671207042" alt=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" title=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" />
     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">&quot;À quoi ça sert de continuer cette histoire… Un jour, je dois finir, pourquoi pas maintenant ?&quot;.</span> Dans la tête du vieil homme - incarné par Christian Lousteau dans un rôle de composition lui collant parfaitement à la peau - comme un précipité chimique s'impose le tableau de ses géniteurs au paradis. Souhaiter l'enfer pour continuer à les maudire, surtout la mère qu'il aurait bien voulu tuer avant sa naissance… Et l'image encore et toujours de celle qui lui a donné le jour, <span style="font-style:italic">&quot;pendue à la fenêtre, pleurant et gesticulant&quot;</span>, le visage obsédant de cette mère maudite, sans que l'on sache vraiment si elle est vivante ou morte, figurant le point de capiton liant entre elles ces trois journées rigoureusement identiques, du lever du jour jusqu'au soir tombant.       <br />
              <br />
       Fait effraction dans le magma inerte de ce temps figé, advenant comme une parenthèse enchantée - il n'y a qu'à voir les visages des deux acteurs s'illuminer soudain - l'épisode des cailloux retrouvés au fond des poches de Molloy… En effet, si échapper au flux et reflux d'un temps se répétant à satiété consiste à trouver un &quot;passe-temps&quot; susceptible de l'anéantir, celui-ci est à trouver du côté d'une occupation absorbante faisant oublier justement que le temps n'arrête pas de charrier les mêmes obsessions.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69628722-48666888.jpg?v=1671207154" alt=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" title=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" />
     </div>
     <div>
      La monstration jusqu'à plus soif des cailloux à sucer, passant avec bonheur du pantalon au manteau à la bouche et vice versa, dans un ballet ludique ininterrompu, annihile la perception du temps, délivrant ainsi de son emprise. Mais le remède sera de courte durée. Ce temps de répit volé à la marche implacable des heures et des jours est un leurre, rien ne peut arrêter son cours… Rien donc à ajouter à cela que sauter des centaines, voire des milliers de journées avant d'arriver au &quot;rendez-vous&quot;, apaisé.       <br />
              <br />
       C'est maintenant au tour d'&quot;elle&quot;, l'incarnation de sa voix intérieure, d'occuper l'espace de sa parole vive… Intervertissant leur place sur le banc, elle va égrener - visage illuminé de la comédienne -, comme on le ferait des perles d'un chapelet, les vicissitudes de &quot;leur&quot; rencontre immobile. Histoire d'un vieux couple fusionnel, lui et sa voix traitée là comme une entité autonome. Dévouée corps et âme à celui qui l'abrite, elle s'adonne à des calculs abracadabrantesques pour faire des chiffres le métronome de leur existence à jamais solitaire… jusqu'à ce que l'on pourrait trop hâtivement prendre pour un dénouement heureux, vite démenti par le regard errant adressé à nous, leurs semblables.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69628722-48666903.jpg?v=1671207241" alt=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" title=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" />
     </div>
     <div>
      Cette représentation - mettant en jeu avec une grande pertinence, tant dans son interprétation millimétrée que dans sa scénographie dépouillée, les enjeux de l'univers beckettien - trouve ici l'écho recherché &quot;en meublant&quot; le vide abyssal de ces non-existences…       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Vivre est errer seul vivant au fond d'un instant sans bornes, où la lumière ne varie pas et où les épaves se ressemblent&quot;,</span> écrivait l'auteur dans son roman &quot;Molloy&quot;. Ainsi en va-t-il de cette belle soirée théâtrale où le verbe, à vide, suspendu à une voûte céleste parsemée d'étoiles fixes, s'est répété inlassablement pour faire résonner en abyme l'impensable vacuité de la condition humaine.       <br />
              <br />
       <b>Vu le jeudi 8 décembre au Lieu sans Nom de Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Trois jours et des cailloux"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69628722-48666904.jpg?v=1671207424" alt=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" title=""Trois jours et des cailloux" Un banc, un homme, une femme… et un passé décomposé à l'envi…" />
     </div>
     <div>
      D'après deux &quot;Têtes mortes&quot; de Samuel Beckett  : &quot;D'un ouvrage abandonné&quot; et &quot;Assez&quot;.       <br />
       Mise en scène : Christian Loustau.       <br />
       Avec : Cécile Laufman et Christian Loustau.       <br />
       Lumières : Jean-Pascal Pracht.       <br />
       Régie : Alain Raimond.       <br />
       Par la Compagnie Tiberghien.       <br />
       Durée : 1 h 20.       <br />
              <br />
       <b>A été représenté du jeudi 8 au dimanche 11 décembre 2022.</b>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://www.lelieusansnom.fr/" target="_blank">&gt;&gt; lelieusansnom.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/69628722-48666574.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Trois-jours-et-des-cailloux-Un-banc-un-homme-une-femme-et-un-passe-decompose-a-l-envi_a3474.html</link>
  </item>

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