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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
  <link>https://www.larevueduspectacle.fr/</link>
  <language>fr</language>
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   <title>"Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale</title>
   <pubDate>Mon, 08 Oct 2012 12:17:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Christine Ducq</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Depuis combien de temps n’avais-je pas vu une production aussi passionnante (1) au théâtre ? Depuis combien de temps n’avais-je pas été emportée par le génie d’une comédienne sur les planches ? "Quoi qu’il en soit" (2) pouvais-je espérer de "Voir et Entendre" un jour Agrippine, "… fille, femme, sœur et mère de vos maîtres" ? Miracle du théâtre…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/4792875-7165339.jpg?v=1349692070" alt=""Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale" title=""Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale" />
     </div>
     <div>
      D’abord, c’est la meilleure pièce de Jean Racine. Une pièce masculine, romaine et politique après les chants de &quot;Andromaque&quot; et &quot;Bérénice&quot;. &quot;Britannicus&quot;, une tragédie efficace : peu de personnages, quatre hommes, trois femmes, cinq actes, trente-trois scènes plutôt brèves, 1768 vers et pas un de trop <span style="font-style:italic">(3)</span>, enchaînés implacablement dans une diabolique nécessité vers la catastrophe finale. Une horloge infernale de précision, un chef d’œuvre qui vous méduse à la fin.       <br />
              <br />
       Jean-Louis Martinelli livre une production de deux heures vingt sans entracte. Il a raison. La scène - c’est à dire l’antichambre de Néron - est une prison et les échappées vers l’extérieur inexistantes. Tous piégés. La lecture qu’en propose le directeur des Amandiers est convaincante. Les enjeux du texte mis en lumière, passionnants.        <br />
              <br />
       La scène est le plus souvent obscure, cernée par de grands piliers carcéraux, avec au fond l’entrée dans les appartements de l’empereur, mais aveuglée par un grand mur infranchissable. Entrée devant laquelle Néron tirera parfois un grand rideau écarlate. De la même teinte sanglante que son manteau de soie, ouvert sur son torse nu. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/4792875-7165340.jpg?v=1349692071" alt=""Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale" title=""Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale" />
     </div>
     <div>
      Les ténèbres de la scène ? Ce sont peut-être celles de l’âme, ou celles du théâtre intérieur des pulsions irrémissibles des personnages et surtout de l’héritier des Julio-Claudiens, digne descendant des Caligula, des Tibère, d’Agrippine. Va s’y jouer ce que les grands scrutateurs des mammifères (que nous sommes) ont toujours montré - Sophocle, Shakespeare, Racine, etc. - que l’exercice du pouvoir se fait en famille, que l’inceste et la mort sont au cœur de la libido dominandi amoureuse et politique, qu’il faut anéantir cette famille pour lui survivre. Loi éternelle des grands fauves politiques. Et puis occasion aussi pour Racine de tuer le trop célèbre père sur son propre terrain - Pierre Corneille - à la cour de Louis XIV. Des Œdipe en cascade…       <br />
              <br />
       Au centre de la scène, vide, un parquet en forme de cercle tourne très lentement d’acte en acte : la fortune des uns, la chute des autres, la révolution de soleil (ou unités de temps et de lieu aristotélicienne). Le cycle infernal des révolutions de palais et le poids du passé. Un grand cirque où tous se dévorent et d’où les plus faibles (Britannicus, Junie) tenteront de s’échapper. Seul un fauteuil de style Richelieu, que chacun essaie d’occuper ou de contrôler tour à tour, rappelle qu’un trône se conquiert aux dépens d’une mère (Anne d’Autriche) ou d’un frère - même pour un roi-soleil.        <br />
              <br />
       Choc immense, frisson dans le dos, &quot;tambos&quot; <span style="font-style:italic">(4)</span> sacré : c’est l’Agrippine d’Anne Benoît, dès la première scène. Elle nous agrippe jusqu’au bout, et on ne pourra plus lui échapper. Comme Néron, lassé de &quot;ses trois ans de vertu&quot; et de la terreur que la mater genitrix lui inspire. Miracle, nous voilà tous transportés en 55 après JC, à Rome ! Combien de fois cela m’est-il arrivé dans ma - déjà - longue vie de spectatrice ? Deux fois ? Trois ? De l’étonnement douloureux du début (constat de son déclin et son fils la hait), ce fils &quot;ingrat&quot;, pour lequel elle a commis le pire, l’écarte du trône. Jusqu’à son impérial aveuglement face au conseiller Burrhus, gentil Machiavel, face au fragile traître, Narcisse : Agrippine fascine comme jamais. De mémoire de spectatrice, qui a su aussi impérieusement renvoyer Néron à l’acte V, devenu meurtrier de son demi-frère, Britannicus : &quot;Adieu. Tu peux sortir.&quot; que Anne Benoît, géniale Agrippine ? Après le sarcasme grandiose : &quot;Poursuis, Néron, avec de tels ministres…&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/4792875-7165347.jpg?v=1349692072" alt=""Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale" title=""Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale" />
     </div>
     <div>
      La comédienne a la voix très grave, la présence impériale, impérieuse, le &quot;Génie&quot; qui fait trembler. Elle &quot;est&quot; Agrippine, elle est grande. Je le répète : elle nous rappelle ce que nous devons au théâtre, quand il est excellent. Tous les autres acteurs pâtissent un peu de son éclat mais la plupart sont bons : Alain Fromager compose - avec quelque chose d’un Al Pacino au mitan de son âge - un Néron déjà vieillissant mais encore chien fou. Si le parti-pris de donner le rôle d’un personnage, censé avoir dix-huit ans dans la pièce, à cet acteur étonne au début, on est cependant vite convaincu de la pertinence de ce choix. Pressé de ronger sa laisse, metteur en scène pervers et violent, il regarde les autres se mirer dans leurs illusions  - un miroir d’eau dormante au centre de la scène - et sur leur vraie influence sur lui. Tout est déjà joué, ils sont déjà morts. Lui espère encore jouir. De Junie. Mais elle lui échappera. Personnage mûr, il est l’amant-jouet - croit encore Agrippine - qu’elle embrasse sur la bouche. Elle s’assoit sur lui et sur le trône - pas seulement au sens propre. Mais il attend son heure.        <br />
              <br />
       Les deux conseillers sont très bien : Burrhus avec la voix envoûtante et le physique un peu lourd de Jean-Marie Winling, et le frêle Narcisse de Grégoire Oestermann. La belle Junie se débat en vain et ne sauvera pas son amant. Elle est habilement interprétée par Anne Suarez. Seul bémol : le jeu artificiel de Britannicus/Éric Caruso et d’Albine/Agathe Rouiller. Quand ils parlent, c’est aux plus mauvais moments passés à la Comédie française qu’on pense : emphase inopportune et énonciation déclamatoire d’étudiants de deuxième année d’école de théâtre (mollo, please sur les &quot;e&quot; muets prononcés !). Il est vrai que dire des alexandrins, pourtant aussi admirablement cadencés que ceux-là, n’est pas à la portée de tout le monde. Pourtant nul besoin d’en faire trop, la langue racinienne est une parole vivante et naturelle à force de génie d’écriture : &quot;J’ai voulu lui parler et ma voix s’est perdue&quot; (v. 396).        <br />
              <br />
       Une pièce sublime, comme sa comédienne principale. Un metteur en scène intelligent - donc modeste - au service d’un texte dont il nous révèle encore la richesse inépuisable : croyez-moi, courez applaudir Agrippine, Racine et Martinelli ! Moi, j’y retourne. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Notes :       <br />
       (1) Certes, l’an dernier il y eut le &quot;Danton&quot; à la MC93.       <br />
       (2) Cheville géniale au vers 395 dans la tirade de Néron à l’acte II, une parmi tant d’autres dans des alexandrins d’airain (Merci à S. Mullier !).       <br />
       (3) On peut trouver le récit final d’Albine superfétatoire… En plus si c’est dit médiocrement, une vraie chute de tension. C’était le cas ici.       <br />
       (4) Le &quot;tambos&quot; chez les Tragiques grecs, c’est le frisson sacré ressenti par les spectateurs quand le dieu se manifeste sur la scène.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Britannicus"</b></div>
     <div>
      Texte : Jean Racine.       <br />
       Mise en scène : Jean-Louis Martinelli.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Amélie Wendling.       <br />
       Avec : Anne Benoît (Agrippine), Éric Caruso (Britannicus), Alain Fromager (Néron), Grégoire Oestermann (Narcisse), Agathe Rouiller (Albine), Anne Suarez (Junie), Jean-Marie Winling (Burrhus).       <br />
       Scénographie : Gilles Taschet.       <br />
       Lumière : Jean-Marc Skatchko.       <br />
       Costumes : Ursula Patzak.       <br />
       Coiffures, maquillages : Françoise Chaumayrac.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 14 septembre au 27 octobre 2012.</span>       <br />
       Du mardi au samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30.       <br />
       Théâtre Nanterre-Amandiers, Salle transformable, Nanterre (92), 01 46 14 70 00.       <br />
       <a class="link" href="http://www.nanterre-amandiers.com" target="_blank">&gt;&gt; nanterre-amandiers.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe</title>
   <pubDate>Thu, 20 Sep 2012 14:24:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Grapin</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Installé sur le trône par les manœuvres de sa mère Agrippine, Néron, enfant adopté, s’émancipe et entreprend d’exercer, seul, le pouvoir. Écrite en 1669, la pièce de Jean Racine qui s’inspire de l’œuvre de l’historien romain Tacite est haletante.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/4741163-7086137.jpg?v=1348144560" alt="Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe" title="Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe" />
     </div>
     <div>
      Jean-Louis Martinelli qui la met en scène restitue de manière limpide les intrigues des occupants d’un palais coupé du monde. Là où précisément, dans la rotonde du palais, dans une unité paradoxale de temps, d’espace et d’action, tourne infiniment le carrousel du pouvoir.       <br />
              <br />
       Celui de ces hommes et ces femmes qui n’entendent que leurs passions, qui entendent à peine le peuple qui gronde sauf à l’instrumenter. Tant le goût du pouvoir et de la manipulation est au cœur des protagonistes.       <br />
              <br />
       Néron, à la fois sournois et brutal, s’emploie à contredire les dynamismes d’opposition que sa mère suscite, réduit les influences des réseaux que ses conseillers représentent. Il espionne, ment, contre manipule. Néron pratique l’assassinat préventif. De son frère par alliance, ce Britannicus enjeu de bien des intrigues et qui n’a rien compris de la montée des pouvoirs, qui n’est en somme que l’amoureux falot de Junie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/4741163-7086139.jpg?v=1348144560" alt="Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe" title="Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe" />
     </div>
     <div>
      Junie, arrivée de la veille, Junie jeune fille vertueuse et aimante de Britannicus que Néron découvre belle et entreprend. Seule parmi tous, elle comprend tout des dangers et s’oppose par la fuite à la puissance impériale qui se dévoie. Junie devient l’héroïne du peuple qui déjà, pour la protéger, lapide le plus roué des conseillers, Narcisse, flatteur des ambitions, ambitieux lui-même.       <br />
              <br />
       En condensant le récit de l’historien romain, en variant les points de vue, l’auteur caractérise très fortement les personnages. Conçus chacun comme des champs de force, ils sont aussi ancrés dans le concret de leur action. À chacun sa part de vérité et, par une langue simple et rythmée, chacun détient son illusion, sa petite musique intérieure. Celle-ci culmine avec la déploration de Junie qui cristallise la voix de la victime exemplaire, l’icône qu’elle devient.       <br />
              <br />
       Assurément Racine intériorise une forme d’opéra qui ne dit pas (encore) son nom.       <br />
              <br />
       C’est la grande force de la mise en scène de Jean-Louis Martinelli que de tendre la forme sans jamais tomber dans la citation, que de mettre en valeur chaque comédien, de conduire chacun en ces franges de la représentation où la comédie affleure, le drame devient palpable. Dans l’équilibre d’une distribution, dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe.       <br />
              <br />
       Britannicus ? Le jour où Néron choisit son rôle et naquit en tyran. Le jour où Junie incarna Rome.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Britannicus"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/4741163-7086142.jpg?v=1348144561" alt="Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe" title="Dans une intranquillité de l’air, le sens respire, la beauté apparait ainsi que le mythe" />
     </div>
     <div>
      Texte : Jean Racine.       <br />
       Mise en scène : Jean-Louis Martinelli.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Amélie Wendling.       <br />
       Avec : Anne Benoît (Agrippine), Éric Caruso (Britannicus), Alain Fromager (Néron), Grégoire Oestermann (Narcisse), Agathe Rouiller (Albine), Anne Suarez (Junie), Jean-Marie Winling (Burrhus).       <br />
       Scénographie : Gilles Taschet.       <br />
       Lumière : Jean-Marc Skatchko.       <br />
       Costumes : Ursula Patzak.       <br />
       Coiffures, maquillages : Françoise Chaumayrac.       <br />
       Durée : 2 h 15.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 14 septembre au 27 octobre 2012.</span>       <br />
       Du mardi au samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30.       <br />
       Théâtre Nanterre-Amandiers, Salle transformable, Nanterre (92), 01 46 14 70 00.       <br />
       <a class="link" href="http://www.nanterre-amandiers.com" target="_blank">&gt;&gt; nanterre-amandiers.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/4741163-7086137.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Dans-une-intranquillite-de-l-air-le-sens-respire-la-beaute-apparait-ainsi-que-le-mythe_a725.html</link>
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