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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
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   <title>"Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle</title>
   <pubDate>Wed, 15 Nov 2023 15:12:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Et dire que l'on avait rangé ce monument stendhalien au rang des œuvres maitresses canonisées… Comme si tout avait été révélé au travers des exégèses savantes sur l'histoire édifiante de ce fils de scieur de planches, mal né dans une famille de rustres, et devenu – grâce à une ambition dévorante – un apprenti criminel dans la société louis-philipparde érigeant l'ordre libéral en valeur suprême. Certes, le roman, sous-titré "Chronique du XIXe siècle", fit scandale lors de sa parution en 1830, mais la morale était sauve : la brebis galeuse aurait la tête tranchée… Catherine Marnas, adepte des créations contemporaines, s'empare avec envie de ce monument de la littérature pour en faire œuvre vivante, nous redonnant à voir et à entendre "Le Rouge et Le Noir" comme si nous le découvrions in situ.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/76713075-55275207.jpg?v=1700059868" alt=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" title=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" />
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     <div>
      L'exploit – et c'en est un – est d'avoir réussi, en respectant au mot près le texte original judicieusement écourté, à créer un tourbillon ascensionnel propre à nous transporter vers des horizons d'attente actuels. Tout se passe comme si, par une faille temporelle, les personnages de papier nés sous la plume de Stendhal faisaient effraction dans notre contemporanéité afin de questionner ce que, en 2023, vivre veut dire dans un mode gangréné par la finance et autres intérêts de pouvoirs prenant le pas sur l'humain. Pour réaliser l'illusion théâtrale seule apte à percuter le réel, la metteuse en scène n'est pas seule au plateau… Fidèle à ce qui fonde son engagement artistique, elle s'entoure d'&quot;interprètes&quot; triés sur le volet et faisant corps avec sa vision. Que ce soit celle des cinq acteurs ou celle des autres créateurs (lumières, sons, scénographie, etc.), tous remarquables, la complicité fait troupe.       <br />
              <br />
       En guise de prologue, comme une mise en abyme des intentions de la metteuse en scène, les comédiens en bord de plateau se font les porte-paroles des gazettes de l'époque relatant la réception mouvementée du roman… <span style="font-style:italic">&quot;Senteur cadavéreuse d'une société qui s'éteint&quot;,</span> Balzac. <span style="font-style:italic">&quot;Un de vos crimes, c'est d'avoir exposé à nu et au grand jour certaines plaies du cœur humain trop salopes pour être vues&quot;</span>, Mérimée. Parfums passés de scandale louis-philippard auquel va répondre ce soir un autre scandale : celui d'une représentation de la société contemporaine mise à nue à la faveur d'une &quot;mise en scène&quot; de personnages de roman.
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      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/76713075-55275213.jpg?v=1700059921" alt=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" title=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" />
     </div>
     <div>
      Tout commence… par la fin – &quot;Le Jugement. Besançon, 1830&quot; – mettant en jeu la prise de paroles de Julien Sorel, avancé sur une passerelle enjambant les spectateurs pour s'adresser à nous, jurés. Nous faisant face, lui qui sait pertinemment que la guillotine l'attend, tient un discours aux accents engagés, dénonçant une justice de classe rendue par <span style="font-style:italic">&quot;des bourgeois indignés&quot;</span> voulant, à travers lui, punir ceux qui <span style="font-style:italic">&quot;nés dans une classe inférieure et opprimés par la pauvreté ont l'audace de se mêler à ce que l'orgueil des gens riches appelle la société&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Ainsi, le parti pris délibéré de débuter la représentation par son dénouement n'a rien de fortuit… En effet, ce qui a précédé la chute (ici la décapitation annoncée) se lira à l'aune de ce personnage éminemment &quot;politique&quot;. Comme l'incipit emprunté à l'écrivain sociologue Edouard Louis, se détachant en fond de scène, nous y avait d'ailleurs d'emblée invités.       <br />
              <br />
       &quot;Quatre ans plus tôt, Verrières, 1826&quot;. Dès lors vont se succéder, à un rythme jamais démenti, les épisodes de l'irrésistible ascension pour un échafaud du héros malgré lui. Né en terrain hostile, battu par son père et ses frères, mais pourvu d'une sensibilité littéraire, il apprendra le latin, choisira sans foi l'église pour échapper à son destin prolétaire. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/76713075-55275214.jpg?v=1700059943" alt=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" title=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" />
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     <div>
      De son placement comme précepteur des enfants du maire de Verrières – Monsieur de Rênal, un bourgeois sans qualité, mais non sans argent – dont il séduira, et vice versa, l'épouse fidèle, à son poste de secrétaire du Marquis de la Môle – un aristocrate noble de cœur – dont il séduira, comme s'il s'agissait d'un challenge de classe, la fille gâtée par sa naissance, la belle et orgueilleuse et fantasque Mlle Mathilde de La Môle, avant d'en tomber &quot;follement&quot; amoureux et réciproquement, tout l'itinéraire de cet enfant du peuple nous est conté… comme si c'était la première fois que nous le découvrions.       <br />
              <br />
       En effet, le choix fort pertinent de diffracter l'action en trois modes de statut narratif a pour incidence de nous immerger au cœur du réacteur dramatique, comme si un miroir à trois faces &quot;réfléchissait&quot; continûment les enjeux afin de nous les faire percevoir en trois dimensions… D'abord la vision incarnée par l'acteur de chair et d'os évoluant devant nous, ensuite celle de son personnage commentant en direct les pensées qui le traversent, enfin celle de l'auteur omniscient jugeant les situations en trouvant chez ses avatars ses porte-voix. L'effet est saisissant de vérité et crée une dynamique à laquelle, le voudrait-on, on ne peut échapper.       <br />
              <br />
       Ainsi de Julien Sorel que l'on découvre, juché en haut d'une estrade, lisant &quot;Le Mémorial de Sainte-Hélène&quot;, alimentant ses rêves de grandeur dans un monde perclus de médiocrités, et commentant lui-même à la troisième personne le coup brutal que vient de lui porter son géniteur analphabète incarné au plateau : <span style="font-style:italic">&quot;Il regarda tristement le ruisseau où était tombé son livre ; c'était celui de tous qu'il affectionnait le plus.&quot;</span> Voix polyphoniques du personnage et de l'auteur confondues dans le même acteur.
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     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/76713075-55275290.jpg?v=1700059975" alt=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" title=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" />
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      Délaissant le rêve napoléonien pour la carrière ecclésiastique, au vu de la richesse de l'église bâtie à Verrières, il apprend par cœur en latin &quot;Le Nouveau Testament&quot;, voyant là la meilleure voie (celle de Dieu) pour faire fortune. Personnage intéressé ? Julien Sorel l'est assurément, mais comment pourrait-on reprocher à un fils du peuple de vouloir échapper à la misère d'une existence de labeurs alors que des bourgeois oisifs – comme le maire – s'enrichissent grâce au travail d'autres qu'eux ? Cette question, si elle n'est pas directement formulée (le texte original, rien que le texte), est puissamment incarnée pour &quot;prendre corps&quot; dans l'espace du jeu.       <br />
              <br />
       Quant à sa relation aux femmes que l'on peut juger, elle aussi, intéressée – le moyen de se prouver que, bien que d'origine roturière, il peut séduire une femme de bourgeois, la toujours belle Mme de Rênal, et une fille de noble – elle n'est pas exempte de sincérité amoureuse, jusques et y compris pour l'impossible Mlle Mathilde de la Môle qui voit en lui la possibilité de rompre avec son milieu en s'acoquinant avec un jeune homme du peuple. Ce qui constitue la modernité de ces figures féminines, c'est qu'elles aussi trouvent dans cette relation &quot;coupable&quot; un enjeu d'émancipation, elles aussi sont traversées par les errements de la furie amoureuse dont parlera si bien Roland Barthes dans ses &quot;Fragments&quot;. L'ennui d'une vie matrimoniale, qu'elle soit bourgeoise ou aristocrate, vole en éclats… ce que ne manque pas de souligner un commentaire de l'auteur pris en charge par l'un des personnages.
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      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/76713075-55275291.jpg?v=1700060010" alt=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" title=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" />
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      La modernité de cette transposition d'un roman classique au plateau se retrouve encore dans la manière de concevoir les personnages aux antipodes de tout réalisme, frôlant même parfois le grand-guignolesque quand il s'agit d'évanouissements théâtraux, de cavalcades sur place, de coups d'épée de pacotille et autres verres brandis avec ostentation en bord de plateau. De même, l'utilisation de vidéos projetant en gros plan les ébats et gesticulations des un(e)s et des autres crée un vertige propre à nous entrainer dans une histoire endiablée… où les effets délétères du religieux sont questionnés.       <br />
              <br />
       &quot;Dieu… mais quel Dieu ? Non celui de la Bible, petit despote cruel et plein de la soif de se venger… mais le Dieu de Voltaire, juste, bon, infini… Mais comment croire à ce grand nom : Dieu, après l'abus effroyable qu'en font nos prêtres ?&quot;. Comment ne pas entendre dans ces derniers mots prononcés par Julien Sorel, personnage de papier créé par Stendhal en 1830, incarné ici et maintenant sur une scène de théâtre, une dénonciation radicale des fondamentalismes religieux, ces fous de dieux sacrifiant, qui le peuple israélien, qui le peuple palestinien, au nom de leurs obscures croyances instrumentalisées ?
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      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/76713075-55275430.jpg?v=1700060734" alt=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" title=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" />
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     <div>
      Ainsi peut-on tout &quot;naturellement&quot; conclure que, tant dans sa forme résolument inventive, que dans son fond en prise directe avec nos questionnements, cette &quot;création&quot; de Catherine Marnas et de sa troupe transcende joyeusement &quot;Le Rouge et le Noir&quot; pour en faire œuvre contemporaine exhalant, pour mieux la brocarder, &quot;la senteur cadavéreuse d'une société qui s'éteint&quot;.       <br />
              <br />
       <b>Vu le mardi 7 novembre, lors de la première, au TnBA à Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Le Rouge et le Noir"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/76713075-55275431.jpg?v=1700060695" alt=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" title=""Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle" />
     </div>
     <div>
      Texte : Stendhal       <br />
       Adaptation : Catherine Marnas.       <br />
       Mise en scène : Catherine Marnas.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Odille Lauria.       <br />
       Dramaturgie, Procuste Oblomov       <br />
       Avec : Simon Delgrange, Laureline Le Bris-Cep, Tonin Palazzotto, Jules Sagot, Bénédicte Simon.       <br />
       Scénographie : Carlos Calvo.       <br />
       Création sonore : Madame Miniature.       <br />
       Lumière : Michel Theuil.       <br />
       Vidéo : Ludovic Rivalan.       <br />
       Costumes : Catherine Marnas assistée de Kam Derbali.       <br />
       Régie générale : Emmanuel Bassibé.       <br />
       Régie son : Samuel Gutman.       <br />
       Régie lumière : Benoit Ceresa, Damien Pouillart.       <br />
       Régie vidéo : Cyril Babin.       <br />
       Création/production TnBA.       <br />
       Production Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine.       <br />
       Durée : 2 h 10.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 7 au 17 novembre 2023.</span>       <br />
       Du mardi au vendredi à 20 h, lundi 13 à 20 h, jeudi 16 à 14 h 30 (séance supplémentaire).       <br />
       TnBA, Salle Vauthier, Bordeaux, 05 56 33 36 80.       <br />
       <a class="link" href="https://www.tnba.org/" target="_blank">&gt;&gt; tnba.org</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée (en cours de construction)</b>       <br />
       Du 29 novembre au 1er décembre 2023 : Comédie de Béthune, Béthune (62).       <br />
       Du 10 au 12 janvier 2024 : Le Quai - CDN Angers Pays de la Loire, Angers (49).       <br />
       Du 10 au 12 avril 2024 : Théâtre Olympia - CDN, Tours (37).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/76713075-55275207.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Le-Rouge-et-le-Noir-Vivisection-des-passions-tristes--chronique-en-jouee-d-une-comedie-humaine-atemporelle_a3758.html</link>
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   <title>"Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage</title>
   <pubDate>Mon, 19 Dec 2022 11:58:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Cirque &amp; Rue]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   S'il était tout permis au bouffon du roi, rémunéré pour faire rire des travers en Cour, on pourrait soupçonner Emmanuel Gil d'en être le pur descendant… lui qui a enfanté Typhus Bronx pour combler sa "folitude" d'artiste caustique en lui faisant oser ce que toutes conventions contraindraient à taire. Créature et créateur fusionnant d'ailleurs si bien, qu'après leur compagnonnage dans "Le Delirium du Papillon" et "La petite histoire qui va te faire flipper ta race (tellement qu'elle fait peur)", ils décident ici et maintenant de convoler pour faire un bébé ensemble.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69668076-48682352.jpg?v=1671449997" alt=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" title=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" />
     </div>
     <div>
      L'auteur dans son adresse liminaire prend grand soin, vu le sujet audacieux, de rassurer le public… Quand son personnage lui a demandé de faire un enfant avec lui, il s'est posé la question éminemment morale de l'inceste (non, il s'agissait là d'un acte interne n'incluant aucune autre personne que la sienne), ou encore de celle du viol (non, les deux étaient consentants). Alors comme l'autofécondation n'est pas répertoriée comme crime, et que la consanguinité n'a jamais tué personne (clin d'œil à la salle), il a donné son accord à ce projet &quot;pro-créatif&quot;. Ne restait plus qu'à trouver une mère porteuse, maniaco-dépressive et droguée, qui pour une vingtaine d'euros leur a vendu son utérus… ce qui a fourni à la cabossée de la vie le dernier sourire béat de l'overdose la délivrant de son calvaire terrestre.       <br />
              <br />
       Le ton décomplexé d'un humour ultra-décapant étant affiché crânement, le surmoi freudien garant de l'ordre moral ayant été pulvérisé en moins de deux, on pourra désormais en toute tranquillité s'autoriser à rire… de tout. Et pour sceller la complicité &quot;naissante&quot; avec la salle, l'auteur s'empresse de l'appeler à la rescousse si à l'occasion les choses au plateau venaient à déborder… Le dédoublement entre créateur et créature s'effectue alors en direct, l'un se contorsionnant au gré des gesticulations clownesques de son alter ego possédé. Le passage à la table de maquillage constituant le point d'orgue de l'avènement de Typhus Bronx, dialoguant très librement avec son mentor.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69668076-48682353.jpg?v=1671450024" alt=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" title=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" />
     </div>
     <div>
      Typhus Bronx peut désormais effectuer ses premiers pas de &quot;pa pa pas prêt&quot;, de &quot;pa pa pas pa-tient&quot; éperdu d'amour pour sa progéniture vagissant dur. Comme un bébé c'est tout de même fragile, il ne peut décemment lui enfoncer les doigts dans le crâne, car la cervelle alors, elle, gicle par les &quot;bretelles&quot;. Il lui propose donc de l'emmener au parc pour jouer &quot;à  pigeon mort&quot;, ou alors &quot;à chat percé&quot;… En prenant les mots pour d'autres, Typhus Bronx - dans les pas de son illustre prédécesseur, le clown Sol, quoique plus caustique - nous transporte littéralement dans un imaginaire fécond où la poésie décalée tient lieu d'ouvroir à la pensée.       <br />
              <br />
       Ayant acquis son indépendance, même si son créateur veille &quot;à l'intérieur de son moi&quot;, le clown ne manque pas de prendre à partie le public. Dans des séquences participatives décoincées, il demande à brûle-pourpoint comment chacun se débrouille avec l'épineux problème des enfants à élever… Et ses questions ne manquant aucunement d'(im)pertinence, bousculent en générant des rires de toutes natures. <span style="font-style:italic">&quot;Pourquoi toi t'as pas voulu en faire d'enfants ? Trois ! Et tu préfères lequel ? Toi si c'était à refaire, tu le referais avec la même personne ?&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69668076-48682354.jpg?v=1671450056" alt=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" title=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" />
     </div>
     <div>
      Lorsqu'un lycéen gouailleur avance que, lui, a huit enfants, il lui offre généreusement un préservatif afin que &quot;son avenir du futur&quot; ne soit pas compromis. <span style="font-style:italic">&quot;Qui a regretté d'avoir fait un enfant ?&quot;</span>. Rappelant doctement que l'on n'est pas là pour juger, il en rajoute aussitôt une couche en demandant avec le plus grand sérieux : <span style="font-style:italic">&quot;qui a eu envie de balancer par la fenêtre son enfant ?&quot;.</span> Ou, sans aller jusque-là : <span style="font-style:italic">&quot;qui a pensé lui planter un bâtonnet dans le derrière et le mettre dans le congélateur ?&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Ceci ne constituant qu'une infime partie du spectacle dont le rythme ne faiblit à aucun moment, enchainant les saillies burlesques à perdre raison, l'innocence accordée au clown permettant tous les excès. Comme celui de vouloir rectifier avec des ciseaux ou une agrafeuse les ambiguïtés de la nature ambivalente de son bébé d'amour ; sollicitant à nouveau le public pour savoir à laquelle des deux opérations il doit se livrer, et n'obtenant aucune réponse, il se désespère d'avoir une fois de plus affaire à des &quot;hippies wokistes&quot;. Comme d'étouffer les cris du même bébé au &quot;prénom bissextile&quot; avec un oreiller posé hermétiquement sur sa bouche. Comme d'avoir recours à la machine à laver pour redonner des couleurs à sa progéniture abîmée.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69668076-48682356.jpg?v=1671450097" alt=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" title=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" />
     </div>
     <div>
      Mais depuis que <span style="font-style:italic">&quot;Dieu a inventé la honte, la frustration et la pédophilie&quot;</span>, qui sera garant du jugement dernier ? Seule la justice des hommes est autorisée à statuer sur l'infanticide commis par l'accusé clownesque. Son procès sera riche de significations. Au <span style="font-style:italic">&quot;J'étais pas là, c'est mon personnage qui a fait le coup&quot;</span> de l'auteur, répondra la défense du personnage : <span style="font-style:italic">&quot;j'aurais dû choisir le programme laine délicate…&quot;</span>. Et après conciliabules entre créature et créateur, c'est finalement le public qui est désigné comme accusé, lui qui a utilisé impunément ses penchants pervers de voyeurs impénitents en quête d'une improbable catharsis. Car est-il venu ce public au secours du bébé, comme il lui avait été instamment demandé en début de représentation ? Évidemment non !       <br />
              <br />
       Et si le dénouement fera entendre des notes apaisantes faisant du personnage, de son créateur et de leur bébé commun, des &quot;étoiles fuyantes&quot; dans un ciel lumineux, le propos n'en perdra aucunement de son mordant. Le duo Emmanuel Gil et Typhus Bronx, unis désormais à la scène comme à la vie, a su poser avec un humour décalé et une dérision assumée les  (vraies) questions mises habituellement sous l'éteignoir de la bienpensance policée. La folie innocente du clown, comme naguère celle du bouffon du roi, étant l'échappatoire ô combien salutaire à un monde corseté dans ses hypocrisies.       <br />
              <br />
       <b>Vu le mardi 13 décembre 2022 au Carré-Colonnes, Blanquefort (33). A été représenté les 13 et 14 décembre.</b>
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Trop près du mur"</b></div>
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      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69668076-48682357.jpg?v=1671450140" alt=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" title=""Trop près du mur" Le clown et son double : un auteur en quête de son personnage" />
     </div>
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      De et avec : Emmanuel Gil.       <br />
       Regard extérieur : Marek Kastelnik.       <br />
       Aide précieuse : Gina Vila Bruch &amp; Agnès Tihov.       <br />
       Création musicale : Marek Kastelnik.       <br />
       Accessoires : Benjamin Porcedda &amp; Marco Simon.       <br />
       Costumes : Laurine Baudon.       <br />
       Technique : Rémi Dubot.       <br />
       Production : Art en production.       <br />
       À partir de 10 ans.       <br />
       Durée : 1 h 20.       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       10 mai 2023 : Festival Les Cogitations #6, L'entrepôt, Le Haillan (33).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/69668076-48682352.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Trop-pres-du-mur-Le-clown-et-son-double-un-auteur-en-quete-de-son-personnage_a3475.html</link>
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