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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
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  <language>fr</language>
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   <title>"Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…</title>
   <pubDate>Wed, 13 Mar 2024 17:40:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Comment sortir indemne d'une telle représentation ? Comment échapper au tir nourri de mots choisis, faisant mouche sans coup férir, tant ils rivalisent de traits d'esprit acérés comme des lames d'épée ? Comment n'être pas bouleversé – et conquis ! – par le jeu cruel de ces deux ex-amants, libertins de haut vol échappés des "Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos revisitées par Heiner Müller, et incarnés ici superbement par Hélène Alexandridis, dans le rôle de la marquise de Merteuil, et Stanislas Nordey dans celui du vicomte de Valmont ? Un cocktail enivrant d'intelligence à vif et de sensations à faire tourner la tête.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78890522-57213968.jpg?v=1710349604" alt=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" title=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" />
     </div>
     <div>
      Si le poète maudit qu'était Mallarmé proclamait : <span style="font-style:italic">&quot;La chair est triste, hélas !, et j'ai lu tous les livres&quot;</span>, scellant dans ces mots la quête de l'inaccessible absolu qui hanta son existence, avant lui, Choderlos de Laclos, officier de carrière de petite noblesse et de constitution chétive, ayant souffert du peu de succès auprès de la gent féminine, écrivit les &quot;Liaisons dangereuses&quot; comme on a recours à un succédané. Sous prétexte de condamner les errements libertins de ses deux personnages, il assouvissait ainsi sur le papier ses désirs refoulés… Vade retro satanas, proclame haut et fort l'homme d'Église (et l'homme de lettres représentant de &quot;la haute&quot;)… pour tenter de ne pas succomber à la tentation chevillée au corps.       <br />
              <br />
       Heiner Müller, plus d'un siècle après, n'a eu lui que faire du jugement de Dieu pour réécrire sa version théâtrale des &quot;Liaisons&quot;. De plus, rompant avec le genre de la correspondance épistolaire, il réunit dans <span style="font-style:italic">&quot;un salon d'avant la Révolution française et/ou un bunker d'après la troisième guerre mondiale&quot;</span> (didascalies initiales) les deux magnifiques protagonistes incarnant, en supplément, les deux absents du plateau que sont la femme du Président de Tourvel et la vierge et innocente Cécile de Volanges, nièce de la marquise. Autant dire, une partie à quatre bandes (&quot;Quartett&quot;) dont les deux illustres libertins sont maîtres du jeu, les deux autres évoqués étant relégués au rang de jouets de leurs fantaisies sexuelles.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78890522-57213980.jpg?v=1710349643" alt=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" title=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" />
     </div>
     <div>
      Jacques Vincey, le deus ex machina de ces jeux à fleurets tirés, excelle ici dans sa capacité à rendre palpable, au travers d'un décorum très XVIIIe siècle (cf. les majestueux costumes d'époque, les volumineuses perruques et les monumentales tentures), les émois de la chair et des âmes en proie aux tourments du désir. Comme si l'immaculée noblesse de l'écrin avait pour fonction de faire ressortir, dans un contraste saisissant, le rouge vif des passions humaines à l'œuvre.       <br />
              <br />
       D'emblée, surgis de derrière le rideau de scène qui les dissimule à nos regards, les propos de Merteuil résonnent comme une répétition à haute voix du duel (à mort) qui se prépare. En effet, tout en affirmant expressément qu'elle ne se laissera plus prendre dans les rets voluptueux de Valmont, elle avoue que le plaisir (de sa peau) est lié à cette &quot;main ou griffe&quot; qu'il pose sur elle. Et de s'essayer à s'en préserver en polissant des saillies dévastatrices mettant directement en cause là où le bât blesse : la virilité du séducteur prédateur.       <br />
              <br />
       Dès l'entrée dans l'arène de Valmont, le rideau découvrant un décor d'une blancheur virginale, Merteuil n'a de cesse de provoquer ses ardeurs… pour mieux les déclarer obsolètes. Ainsi du chiffon rouge qu'elle agite en la personne d'un amant plus jeune et vigoureux que lui… lui dont <span style="font-style:italic">&quot;elle a déjà oublié la courbe de la queue&quot;</span>. Quant à la Tourvel, celle dont il a fait sa nouvelle amante, elle a droit à cette appréciation : <span style="font-style:italic">&quot;Un sacré morceau de chair… Allez-vous vraiment tisonner ce triste rebut ?&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78890522-57213987.jpg?v=1710349676" alt=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" title=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" />
     </div>
     <div>
      Au-delà de la crudité éclatante des passions déshabillées de leurs atours convenables, c'est à une critique sans filtre de la religion dans tous ses états à laquelle on assiste. Ainsi, la présidente de Tourvel n'est-elle qu'<span style="font-style:italic">&quot;une bigote aux genoux rougis par les prie-Dieu et aux doigts enflés à force de se tordre les mains devant son confesseur, ces mains qui n'agrippent d'appareil génital sans la bénédiction de l'église…&quot;.</span> La critique politique de la religion, instrument d'asservissement, est redoublée de la critique sociale du mariage, institution dévastatrice de toute jouissance. Et le trait final de la tirade fait figure d'estocade portée à l'adversaire : <span style="font-style:italic">&quot;Pourquoi Valmont lever la patte devant un tronc d'église ? À moins que vous en soyez à mendier l'aumône du mariage…&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Valmont, nullement désarçonné par cette charge, n'est pas en reste pour lui renvoyer au visage sa jalousie de n'avoir pas été choisie par le Président. Quant au temps qui s'inscrit dans ses traits creusés, ses effets sont aggravés par le &quot;manque de pluie&quot; tombée sur elle. Refusant apparemment la proposition perverse de Merteuil de lui livrer Cécile de Volanges, sa jeune nièce virginale, il reprend à son compte la critique acerbe de l'éducation religieuse : <span style="font-style:italic">&quot;Qu'aura-t-elle appris dans son couvent, à part le jeûne et un peu de masturbation pieuse avec le crucifix ?&quot;,</span> pour terminer par ce trait sans appel : <span style="font-style:italic">&quot;Je parie qu'elle brûle de recevoir le coup de grâce. Elle se jettera sur mon couteau avant que je l'aie tiré&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78890522-57213988.jpg?v=1710350543" alt=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" title=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" />
     </div>
     <div>
      Ainsi initié, le débat entre les deux ex-amants va se dérouler sans fléchir d'intensité un seul instant, voyant fleurir moultes saillies plus incandescentes les unes que les autres ; autant de brûlots visant, au-delà de la personne de l'ex-amant(e), les institutions sacro-saintes de l'État et de l'Église confondus dans la même détestation. Un jeu de massacre orchestré par des mots les plus crus, enchâssés dans une prose des plus raffinées. La vertu étant &quot;une maladie infectieuse&quot;, l'existence ici-bas n'étant suivie d'aucune autre, il s'agit de s'affranchir des tabous de la bienséance castratrice des plaisirs charnels.       <br />
              <br />
       Mais le plaisir des jeux d'esprit partagés à deux pourrait finir par s'émousser… Aussi Merteuil et Valmont vont-ils intervertir leur rôle pour se glisser, non sans une jouissance exquise, dans la peau de l'autre… Quel pur ravissement alors d'entendre la marquise (jouant le vicomte) redoubler de circonvolutions pour séduire la prude et honorable épouse fidèle du Président de Tourvel. Et d'écouter Valmont-Merteuil (le vicomte ayant revêtu le panier de la robe de son interlocutrice) se lancer dans un plaidoyer pour convaincre la marquise de se donner à lui afin d'épargner le <span style="font-style:italic">&quot;réceptacle du mal, d'autant plus dangereux qu'il est innocent&quot;</span> de sa jeune nièce, se dandinant à l'approche du monstre.       <br />
              <br />
       Le point d'orgue de cet échange de rôles se trouvant sans nul doute dans le tableau où Merteuil (jouant Valmont) lui demande de poser sa main sur <span style="font-style:italic">&quot;l'espace vide entre ses cuisses&quot;</span> afin que ladite main puisse vérifier qu'aucune érection n'advient. La tension est alors si &quot;palpable&quot; que leurs bouches se rapprochent, prêtes à s'abandonner au baiser… qu'ils se refuseront tout en brûlant d'envie.       <br />
              <br />
       Le jeu hautement sulfureux se poursuivra jusqu'à faire endosser par Merteuil les habits de sa nièce, la vierge Cécile de Volanges, courtisée de manière éhontée par Valmont, jusqu'à s'écrier, rose d'émotion : <span style="font-style:italic">&quot;Que cherche votre main paternelle ? Monsieur, sur ces parties de mon corps que la mère supérieure m'a interdit de toucher&quot;</span>… Jusqu'à ce que les ravissements des avatars de &quot;la petite mort&quot;, démultipliés en traits d'esprit cruels, s'épuisent… Aucun vainqueur ne se détachant de cette battle enivrante, seules les vertus de l'auto-destruction portée à son incandescence pourront en effet délivrer les protagonistes dans une chute à la hauteur de ce que furent leurs amours défuntes.       <br />
              <br />
       Qu'ajouter à ce tableau si ce n'est que Jacques Vincey, le subtil metteur en jeu de ces joutes sans frein, a trouvé en ces deux interprètes les comédiens &quot;idéaux&quot; pour incarner la sensualité des corps et la spiritualité des mots. Le but suprême, au-delà de la confrontation de ces deux libertins haut de gamme, étant d'exposer à nu la force du désir dynamitant l'ordre social et religieux… Un régal libertaire pour l'esprit et &quot;les sens&quot;. Un brûlot dans un écrin de soie.       <br />
              <br />
       <b>Vu le mercredi 6 mars dans la Salle Vauthier du TnBA à Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Quartett"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78890522-57214095.jpg?v=1710350569" alt=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" title=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" />
     </div>
     <div>
      Texte : Heiner Müller.       <br />
       &quot;Quartett&quot; est publié aux Éditions de Minuit.       <br />
       Traduction française : Jean Jourdheuil et Béatrice Perregaux       <br />
       Mise en scène : Jacques Vincey       <br />
       Avec : Hélène Alexandridis, Stanislas Nordey et Alexandre Meyer (musicien).       <br />
       Collaboration artistique : Blanche Adilon-Lonardoni.       <br />
       Conseil dramaturgique : Irène Bonnaud.       <br />
       Scénographie : Mathieu Lorry-Dupuy.       <br />
       Lumière : Dominique Bruguière.       <br />
       Musique : Alexandre Meyer.       <br />
       Costumes : Anaïs Romand.       <br />
       Perruques et maquillage : Cécile Kretschmar.       <br />
       Durée : 1 h 15.       <br />
       Production : Centre Dramatique National de Tours - Théâtre Olympia.       <br />
              <br />
       <b>A été représenté du mardi 5 au vendredi 8 mars au TnBA de Bordeaux.</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       12 avril 2024 : MA scène nationale - Pays de Montbéliard, Montbéliard (25).       <br />
       16 et 17 avril 2024 : Comédie de Colmar, Colmar (68).       <br />
       Du 14 au 16 mai 2024 : Maison de la Culture, Bourges (18).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78890522-57214249.jpg?v=1710351975" alt=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" title=""Quartett" Quand la brûlure du désir embrase corps et esprits…" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/78890522-57213968.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Quartett-Quand-la-brulure-du-desir-embrase-corps-et-esprits_a3840.html</link>
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   <title>"Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes</title>
   <pubDate>Mon, 17 Jun 2019 08:06:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Le jeune metteur en scène Hugo Layan de la Compagnie Themroc nourrissait un très vieux rêve : mettre en jeu avec ses deux complices, Clémence Longy et Antoine Villard, la pièce sulfureuse du dramaturge allemand qui, en 1980, s'était emparé du chef-d'œuvre de Fréderic Choderlos de Laclos - "Les liaisons dangereuses", écrites quelque deux cents ans auparavant - pour délier à l'envi les liens viciés du masculin et du féminin à jamais opposés dans une guerre sans autre issue que physique, celle de la "petite mort", cette jouissance mortelle…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/34840633-31744680.jpg?v=1560752995" alt=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" title=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" />
     </div>
     <div>
      Et son fantasme s'est cristallisé devant nous en pierre philosophale où, émergeant d'une apocalypse dystopique, deux libertins roués rivalisent d'intelligence éclairée, réunis pour plusieurs représentations dans ce théâtre au nom prédestiné de Lieu Sans Nom.       <br />
              <br />
       Lacan énonçait qu'<span style="font-style:italic">&quot;il n'y a pas de rapport sexuel&quot;</span>, à entendre que l'homme et la femme ne se rencontrent pas dans leurs jouissances respectives, et que, faute de ne pouvoir se &quot;comprendre&quot; - fonction dédiée au langage - ils sont condamnés physiquement à se prendre et reprendre ad vitam aeternam. Dans ce bunker &quot;no-futur&quot;, situé mille ans après la quatrième guerre mondiale, les deux acteurs (se) jouant des quatre personnages tour à tour incarnés (quartet composé du vicomte de Valmont, de la marquise de Merteuil, de sa nièce à la virginité immaculée et de la vertueuse présidente Madame de Tourvel) vont faire éclater l'espace-temps et pulvériser les frontières du genre masculin et féminin. En nous entraînant dans un tourbillon de mots crus enchâssés dans une syntaxe de haut vol, le mécanisme troublant - exquis vouvoiement pour dire l'insolence de la rouerie libertine - du langage à l'œuvre a le pouvoir de faire vaciller le spectateur sur le versant de &quot;l'autre scène&quot;, celui d'une parole parlant à nos inconscients bien au-delà de ce qu'elle énonce.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/34840633-31744723.jpg?v=1560753093" alt=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" title=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" />
     </div>
     <div>
      Dans un dispositif bi-frontal, offrant une vue en contre plongée sur les deux acteurs réunis après &quot;une si longue absence&quot; sur un praticable d'après vitrification nucléaire, le jeu charnel dépouillé de tout artifice - si ce n'est l'artefact de la présence-absence de Valmont, projetée en prémices sur grand écran, faisant écho au vide des rencontres virtuelles proposées par les réseaux sociaux contemporains - est mis en abyme par l'irruption d'appropriées séquences vidéo. Ainsi, en démultipliant par un jeu &quot;virtuel&quot; de miroirs la confrontation des deux monstres - individus dont le comportement s'affranchit des normes admises communément par le corps social -, la technologie vidéaste réintègre le processus à l'œuvre dans l'échange épistolaire originel : l'un puis l'autre est tour à tour maître de la parole.       <br />
              <br />
       Car c'est la parole &quot;à la vie, à la mort&quot; qui est bien le vrai enjeu de cette confrontation sans pitié, le désir semblant après tant d'années avoir déserté la protagoniste qui mime d'emblée avec une ostentation calculée une jouissance &quot;théâtrale&quot; sous les yeux de son ex-amant. Combat cruel, guerre des sexes apparentés l'un et l'autre à des tigres ramenés à leur animalité, chacun usant à profusion de ses saillies acérées jusqu'à ce que mort s'ensuive.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/34840633-31744747.jpg?v=1560753175" alt=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" title=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" />
     </div>
     <div>
      Ainsi, outre leur confrontation directe, ils interchangeront leur rôle pour vivre ce que l'autre peut éprouver dans sa chair afin de mieux pénétrer son intimité, mieux le posséder. Dans ce jeu de masques, non pas destinés à cacher qui ils sont mais tout au contraire à projeter - fonction du masque dans le théâtre antique - l'essence de ce qu'ils sont, le vicomte de Valmont jouera la présidente Madame de Tourvel en train d'être séduite par lui ou encore la marquise de Merteuil lui dévoilant ses obscènes projets. Merteuil, elle, jouera la lubricité de Valmont ainsi que son ingénue nièce à déflorer.       <br />
              <br />
       Deux maîtres du jeu libertin endossant leur rôle, les échangeant à l'envi, et jouant tour à tour celui des victimes abusées par le vicomte. De quoi, parfois - il faut l'avouer - en perdre son français mais qu'importe ! L'essentiel est autre : en effet, la possible confusion, pour le spectateur, des rôles distribués rend la pleine mesure de la confusion vécue en chacun des deux protagonistes. À vouloir jouer avec le feu des identifications à tout vent, on périt par le feu d'un poison pourtant ingéré en toute conscience. D'ailleurs la chute se clôt sur une ambiguïté singulière, à déguster comme un vin délivrant des arômes pluriels… Qui mourra ?       <br />
              <br />
       Le personnage dont on rejoue le suicide (Madame de Tourvel) ou la personne qui en fut l'artisan (Valmont) succombant à son tour au même traitement ? Mort singulière ou plurielle, diffractée par les miroirs de la vidéo ? <span style="font-style:italic">&quot;Mort d'une putain&quot;</span>, conclura Merteuil portant le masque de Valmont pour commenter la disparition du vicomte sans pour autant l'élucider… Quel destin pour celui qui portait haut sa virilité que de disparaître sous les traits d'un déguisement féminin : suprême conquête du féminin assimilé ou défaite ultime du masculin ?       <br />
              <br />
       Enfin pour rendre compte de la vivacité de ce langage libertin, illuminé par la beauté noire de la langue déliée de tous tabous, on citera l'une des saillies de Merteuil : <span style="font-style:italic">&quot;Qu'avez-vous appris si ce n'est à manœuvrer votre queue dans un trou en tous points semblables à celui dont vous êtes issu, avec toujours le même résultat, plus ou moins divertissant, et toujours dans l'illusion que l'applaudissement des muqueuses d'autrui va à votre seule personne, que les cris de jouissance sont adressés à vous, alors que vous n'êtes que le véhicule inanimé de la jouissance qui vous utilise, indifférent et tout à fait interchangeable, bouffon dérisoire dans sa création. Vous le savez, pour une femme tout homme est un homme qui fait défaut&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Théâtre à fleur de peau, cette &quot;joute à mort&quot; - au plus près du texte d'Heiner Müller - est à vivre comme une expérience convoquant l'essentiel obscur en chacun et chacune. Par l'entremise (en scène) d'une mise en jeu contemporaine aussi rigoureuse qu'inventive, et d'une interprétation sans failles des deux comédiens, l'&quot;en-jeu&quot; dramatique nous est rendu sensible. Le transfert opère et le cruel objet du désir, ainsi remis au travail, questionne nos rapports à nous-mêmes et à l'autre sexe, cet autre mystérieux qui nous &quot;occupe&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Quartett"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/34840633-31744751.jpg?v=1560753212" alt=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" title=""Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes" />
     </div>
     <div>
      Texte : Heiner Müller.       <br />
       Traduction : Jean Jourdheuil et Béatrice Perregaux (Les Éditions de Minuit, 1982).       <br />
       Mise en scène : Hugo Layan.       <br />
       Avec : Clémence Longy et Antoine Villard.       <br />
       Régie générale : Matthieu Abraham.       <br />
       Par la  Compagnie Themroc.       <br />
              <br />
       <b>A été représenté les 6, 11, 12, 13 juin à 20 h 30 et le 8 juin à 14 h 30.</b>       <br />
       Au Lieu Sans Nom de Bordeaux (33).       <br />
       D'autres dates sont à venir à Paris.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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