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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
  <link>https://www.larevueduspectacle.fr/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-06-10T21:03:48+02:00</dc:date>
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   <title>•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…</title>
   <pubDate>Mon, 24 Jul 2023 08:56:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Avignon 2023]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les expressions, à force d'être employées, s'usent comme des prêts-à-porter élimés devenant, le temps passant, des coques vides. La formule "les arts vivants" n'échappe pas à cette règle. Mais quand le metteur en scène suisse Milo Rau, connu pour pratiquer un théâtre enraciné dans les réalités sociétales du monde d'ici et d'ailleurs, un théâtre sans concession pour le politiquement correct (cf. "La reprise - Histoire(s) du théâtre (I)", Avignon 2018), élit comme sujet de création le sort de l'Amazonie et des populations autochtones qui la peuplent, l'expression "arts vivants" reprend alors diablement de la couleur…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74213909-51626698.jpg?v=1690137658" alt="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" title="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" />
     </div>
     <div>
      Homme de terrain – élève du sociologue Bourdieu dont il a retenu le mantra : <span style="font-style:italic">&quot;si tu veux parler de la boxe, il faut devenir boxeur&quot;</span> –, il a pris le temps de rencontrer longuement la population autochtone de la Province de Para au Brésil, celle d'Eldorado do Carajas précisément, là où le 17 avril 1996, 19 paysans ont été tués par la police militaire. Leur crime ? Militants du MST (Mouvement des sans-terre), ils marchaient pacifiquement sur la route 155, virage S, pour obtenir les papiers officiels leur permettant d'occuper légalement une immense ferme regroupant plus de trois mille familles.       <br />
              <br />
       Quant au dispositif scénique, il rend compte à lui seul du désir de faire &quot;dialoguer&quot; les personnages de la tragédie de Sophocle et les acteurs locaux du Mouvement des sans-terre. Ainsi, sur le plateau, en tenue de tous les jours, quatre acteurs interpréteront en les commentant (le paratexte prend toute sa part) les personnages d'&quot;Antigone&quot;, tandis que sur un immense écran, les vidéos enregistrées au Brésil montreront les &quot;acteurs&quot; du Mouvement des sans-terre vivre leurs revendications. Et, par un effet de synchronisation bluffant, les uns et les autres dialogueront, créant les conditions de l'effraction du réel dans la tragédie antique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74213909-51626700.jpg?v=1690137707" alt="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" title="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" />
     </div>
     <div>
      Comme la tradition le veut, le chœur antique introduit avec grande poésie le drame grec qui va se (re)jouer devant nous… Il est bien des monstres, mais aucun ne l'est plus que l'homme… Aucun plus étrange, magnifique et épouvantable… Il abuse la déesse Terre, creuse ses profondeurs pour y chercher l'or et le fer… Il capture l'énergie de l'eau, du vent… Il domestique le faucon ailé… Il persécute les dieux et s'approprie les lieux des ancêtres… Il vit dans le présent, se souvient du passé, prédit l'avenir… Mais point de réponse pour la mort. Et de conclure : <span style="font-style:italic">&quot;Il est des choses monstrueuses, mais rien n'est plus monstrueux que l'humain&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Après un rappel du contexte géopolitique de la création du spectacle et du parti-pris artistique résolument assumé de s'en faire le porte-paroles (écho du Théâtre de l'Opprimé d'Augusto Boal), le lieu de la représentation s'enrichit des vidéos projetant sur fond d'écran géant les manifestants du Mouvement des Sans-Terre. Mais avant, un acteur du plateau aura pris soin de préciser que les images ont été tournées sur la route même où a eu lieu le massacre de 1996. Au prologue antique en répondra un autre, contemporain, remettant en jeu l'origine du drame moderne, l'assassinat par la police militaire brésilienne de la voix du peuple autochtone.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74213909-51626752.jpg?v=1690137772" alt="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" title="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" />
     </div>
     <div>
      Sur l'écran apparaît alors, en une succession de plans d'ensemble et de gros plans sur les visages déterminés par la colère, la reconstitution de la manifestation réprimée dans le sang. Lors du tournage, s'étant mêlés aux membres du MST dans un effet bluffant de vérité reliant les deux lieux de la représentation, les acteurs du plateau défilent aux deux endroits au cri de : <span style="font-style:italic">&quot;Invasion ! Colonisation ! Pour la réforme agraire ! La lutte jusqu'au bout ! La liberté ou la mort ! Ne marchez pas sur la fourmilière !&quot;.</span> Et lorsqu'à l'écran les soldats les visent et tirent à bout portant sur la foule, sur le plateau la même scène de violence policière se joue. Trainé par les cheveux, criant &quot;Vive le MST !&quot; alors qu'il est frappé à mort, l'acteur de la cause s'effondre. On a beau savoir qu'il s'agit là de &quot;cinéma&quot; et de &quot;théâtre&quot;, le réalisme de la violence mise en jeu est – effet recherché et assumé – difficilement supportable.       <br />
              <br />
       Comme l'Antigone brésilienne, au premier rang de la lutte contre la destruction de l'Amazonie et de ses peuples autochtones, n'a pu se déplacer en France, c'est un acteur du plateau (le même qui jouera Polynice mort, un garde… et Antigone de Sophocle) qui donnera vie à Kay Sara, symbole vivant du non radical à opposer à tous les dirigeants répressifs, que ce soit Créon, naguère en Grèce, ou Bolsonaro, aujourd'hui au Brésil.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74213909-51626804.jpg?v=1690188305" alt="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" title="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" />
     </div>
     <div>
      C'est au musicien du plateau qu'est revenue la direction du chœur des MST apparaissant sur l'écran. Rassemblés sur la place du village face au Centre social (choix symbolique qui contraste avec le Palais de Créon, lieu de l'action antique), les militants du MST auxquels se sont mêlés des survivants de 1996, entonnent un chant révolutionnaire repris sur scène.       <br />
              <br />
       Suivront les actes connus de la tragédie mettant en abyme les protagonistes antiques (Créon le roi, Antigone l'irréductible, Hémon son amoureux et fils du roi, Ismène sa sœur) et leurs doubles brésiliens, tous appartenant à une cosmologie dépassant leur existence terrestre. Cependant, Milo Rau qui, pour reprendre le titre du discours prononcé par Kay Sara, l'Antigone brésilienne, pense que <span style="font-style:italic">&quot;Cette folie doit cesser&quot;</span>, tord la tragédie antique pour, dans sa dernière partie, en proposer une lecture combative.       <br />
              <br />
       En effet, après avoir fait dire à Créon, venant d'apprendre le suicide de son fils Hémon ne pouvant survivre à la mort programmée d'Antigone : <span style="font-style:italic">&quot;Voilà ce que j'ai fait…&quot;</span> et, en écho, le chœur (écran et plateau) de renchérir : <span style="font-style:italic">&quot; ô guerre civile, la plus triste des guerres&quot;</span>, le jeu s'arrête net, comme un arrêt sur image…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74213909-51626806.jpg?v=1690138286" alt="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" title="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" />
     </div>
     <div>
      Quand il reprend, Hémon est le premier des morts à se relever, les autres le suivront. En effet, <span style="font-style:italic">&quot;ceci n'est pas la fin&quot;</span>, mais seulement le début d'une âpre lutte qui se poursuit, encore et toujours, jusqu'à ce que les exclus trouvent réparation. L'histoire du Brésil, de la dictature des années 1964-1985 à la démocratie fragile qui lui a succédé, avec le retour du fascisme dans les urnes en 2018 – <span style="font-style:italic">&quot;L'erreur de la dictature a été de torturer sans tuer&quot;</span>, dixit Bolsonaro, le même qui a qualifié le mouvement des sans-terre de &quot;terroristes&quot; –, ne peut s'arrêter là.        <br />
              <br />
       Rompant avec &quot;la poésie de la mort&quot; de Sophocle (<span style="font-style:italic">&quot;Si vous ouvrez la bouche, des coups sanglants la fermeront&quot;</span>), si séduisante puisse-t-elle apparaître, le percutant metteur en jeu des réalités présentes, Milo Rau, propose en manière d'apothéose un final propre à enchanter les luttes… et les spectateurs gagnés à son manifeste artistique de haute facture.        <br />
              <br />
       <b>Vu le samedi 22 juillet 2023 à L'Autre Scène du Grand Avignon, à Vedène.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Antigone in the Amazon"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/74213909-51626826.jpg?v=1690138349" alt="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" title="•In 2023• "Antigone in the Amazon" Les arts vivants grandeur nature…" />
     </div>
     <div>
      Spectacle créé le 13 mai 2023 au NTGent (Belgique).       <br />
       Spectacle en anglais, portugais, tucano, flamand et français.       <br />
       Surtitré en français et en anglais.       <br />
       Traduction pour le surtitrage : Panthea (français), Carolina Bufolin (anglais).       <br />
       Conception et mise en scène : Milo Rau.       <br />
       Assistantes à la mise en scène : Katelijne Laevens, assistée de Carolina Bufolin, Zacharoula Kasaraki, Lotte Mellaerts.       <br />
       Avec : Frederico Araujo, Pablo Casella, Sara De Bosschere, Arne De Tremerie.       <br />
       Apparaissent en vidéo : Gracinha Donato, Ailton Krenak, Célia Maracajá, Kay Sara, le chœur des militantes et militants du Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST).       <br />
       Dramaturgie : Giacomo Bisordi.       <br />
       Co-dramaturgie : Martha Kiss Perrone.       <br />
       Collaboration à la dramaturgie : Kaatje De Geest, Douglas Estevam, Carmen Hornbostel.       <br />
       Scénographie, Anton Lukas.       <br />
       Costumes : Gabriela Cherubini, Jo De Visscher, Anton Lukas.       <br />
       Lumière : Dennis Diels.       <br />
       Musique : Pablo Casella, Elia Rediger.       <br />
       Vidéo : Moritz von Dungern, Fernando Nogari, Joris Vertenten.       <br />
       Durée : 1 h 50.       <br />
              <br />
       <b>•Avignon In 2023•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 16 au 19 et du 21 au 24 juillet 2023.</span>       <br />
       Représenté à 21 h 30.       <br />
       À L'Autre Scène du Grand Avignon, à Vedène (84).       <br />
       Réservations : 04 90 14 14 14 tous les jours de 10 h à 19 h.       <br />
       <a class="link" href="https://festival-avignon.com/" target="_blank">&gt;&gt; festival-avignon.com</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       22 et 23 septembre 2023 : Kaserne Basel, Bâle (Suisse).       <br />
       3 et 4 octobre 2023 : Teatro Argentina di Roma, Rome (Italie).       <br />
       13 et 14 octobre 2023 : NTGent, Gand (Belgique).       <br />
       20 octobre 2023 : Teatr Polski, Bydgoszcz (Pologne).       <br />
       Du 25 au 28 octobre 2023 : Célestins, Théâtre de Lyon, Lyon (69).       <br />
       11 et 12 novembre 2023 : Teatro Culturgest, Lisbonne (Portugal).       <br />
       16 et 17 novembre 2023 : Rivoli - Teatro Municipal, Porto (Portugal).       <br />
       18 novembre 2023 : L'Équinoxe, Châteauroux (36).       <br />
       22 et 23 novembre 2023 : Centro de Cultura Contemporánea Condeduque, Madrid (Espagne).       <br />
       Du 6 au 9 décembre 2023 : Grande Halle de La Villette, Paris.       <br />
       23 et 24 janvier 2024 : Thalia Theater, Hamburg (Allemagne).       <br />
       30 janvier 2024 : Centre Culturel de Bruges, Bruges (Belgique).       <br />
       7 février 2024 : Cultuurhuis De Warande, Turnhout (Belgique).       <br />
       Du 22 au 25 février 2024 : Schauspielhaus, Zürich (Suisse).       <br />
       1er et 2 mars 2024 : deSingel, Anvers (Belgique).       <br />
       Du 7 au 9 mars 2024 : Espoo City Theatre, Espoo (Finlande).       <br />
       Du 19 au 22 juin 2024 : Théâtre Vidy-Lausanne, Lausanne (Suisse).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>"Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge</title>
   <pubDate>Wed, 27 Nov 2019 06:05:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Après son inclassable interprétation d'un missionnaire congolais - "Mission", accueilli au TnBA en janvier 2015 -, Bruno Vanden Broecke se glisse dans la peau d'un para-commando belge ayant réalisé une opération de maintien de la paix en Somalie, entre décembre 92 et fin 93. Une mission de quatre longs mois, celle-ci ayant marqué à vie ceux qui, partis avec des objectifs idéalistes, ont été confrontés tant à la vérité de la guerre qu'à leur propre vérité. Une expérience immersive, théâtrale et humaine, dont le spectateur non plus ne sort pas indemne.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/40061595-34212958.jpg?v=1574784004" alt=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" title=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" />
     </div>
     <div>
      David Van Reybrouck et Raven Ruël - auteur et metteur en scène de la trilogie africaine incluant &quot;L'Âme des termites&quot; - forment avec le charismatique acteur un trio de choc propre à déconstruire toutes les antiennes sur les sujets brûlants touchant à la politique coloniale. Après le (faux-vrai) témoignage d'un missionnaire catholique faisant part de la violence exercée par sa religion au Congo, ce sont les a priori des actions de maintien de la paix dans la corne de l'Afrique qui sont passés ici au tamis de l'Histoire…       <br />
              <br />
       … Ou plus exactement de la petite histoire, puisque c'est au travers de l'expérience sensible d'un ancien (faux-vrai) parachutiste belge - naguère brillamment sélectionné pour épauler l'ONU dans son objectif de pacification de la Somalie mise à feu et à sang par des guerres claniques - que se dévoilera l'envers de la médaille. Loin des propos policés et rassurants distillés par les autorités officielles (on pense immanquablement au &quot;Cul de Judas&quot; d'António Lobo Antunes racontant, lui, l'intervention portugaise en Angola), c'est l'effroi des exactions liées à toute situation de guerre libérant les instincts (in)humains. Et ce, sans que l'ONU au nom de laquelle l'opération est menée, n'y voie à redire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/40061595-34213175.jpg?v=1574786813" alt=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" title=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" />
     </div>
     <div>
      Solidement campé sur ses deux jambes écartées, le colosse au crâne rasé va exposer son parcours. Plus vrai que nature, le para prend soin de situer le théâtre des opérations, montrant sur une image projetée ce petit pays de l'est de l'Afrique, coincé entre d'autres plus grands, ravagés eux aussi par des conflits ethniques et la famine récurrente. Suivra l'étape du recrutement et de la formation de l'élite - dont il fait partie - ayant l'honneur d'avoir été choisi pour, sous les couleurs de la Belgique, son pays, servir la noble cause de la paix.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;On te brise complètement, on te démolit, on te lave le cerveau. Parce que, dans un tonneau vide, on peut tout enfourner&quot;</span>, dixit l'ex-sergent Nico Staelens, aujourd'hui professeur d'éducation physique à l'Athénée Royal de Bruxelles. Et, effectivement, ce qu'il raconte de son instruction militaire, le conférencier-para, peut se synthétiser en trois mots : humiliation morale, épuisement physique, obéissance aveugle. Tout ça bien sûr au nom des meilleures intentions : rendre opérationnelles les troupes d'élite du Peace keeping (maintien de la paix)… pouvant être aussi éventuellement celles du Peace enforcement (imposition de la paix, c'est-à-dire <span style="font-style:italic">&quot;tirer pour faire arrêter les autres de tirer&quot;</span>).       <br />
              <br />
       L'ambiance virile dans l'UNIMOG (camion surarmé servant à patrouiller), les boyaux retournés lors des premiers sauts, les bons mots des gradés à l'égard des recrues arabes &quot;enculeur de chameau, bougnoule, macaque&quot;, et la misère endémique du &quot;pays d'accueil&quot;. Derrière les barbelés, les provocations récurrentes des jeunes Somaliens sans éducation…       <br />
              <br />
       Alors quand la presse s'indigne de la photo montrant deux soldats suspendre un enfant comme un méchoui au-dessus d'un barbecue, c'est de &quot;bonne guerre&quot;, c'était juste pour lui faire peur… Et puis ces jeunes-là, ils se droguent au qat… Quant aux fillettes de douze ans, c'est leur père qui les livre aux soldats en mal de faveurs, tout ça pour une canette de coca…       <br />
              <br />
       Bien sûr, comme dans toute opération de maintien de la paix, il y a des &quot;accidents&quot;. Une balle qui ricoche et une mère de quatre enfants mourant bêtement, des photos de paras qui s'amusent à pisser sur les gens… Mais ceci ne doit pas faire oublier qu'au lieu de manger le riz qu'on leur donne, &quot;ils&quot; le vendent pour s'acheter du qat ! Sans parler des armes qu'&quot;ils&quot; planquent ! Et puis, n'a-t-on pas pacifié la ville, rouvert les écoles et les échoppes ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/40061595-34214144.jpg?v=1574787223" alt=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" title=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" />
     </div>
     <div>
      Bien sûr, il y a aussi ce crâne déterré et érigé en mascotte, cigarette plantée entre ses chicots pourris. Il y a cette fillette à la jambe brûlée par une grenade au phosphore. Ce terroriste au pied déchiqueté sur lequel je (sic) verse du tabasco pour qu'il sente bien son pied avant qu'on l'ampute… Mais les paras, morts pour rien, qui ont sauté sur une mine, que dira-t-on à leurs enfants ? Salle allumée, il explose. Ce à quoi il a affaire chaque jour depuis 25 ans, emmuré dans le mutisme et le désert qui s'ensuivit, ce sont ces scènes obsédantes, la culpabilité mordant sa conscience. Mais nous, &quot;cultureux&quot; (sic), le cul calé dans nos fauteuils, nous à la bonne conscience intacte, qui est-on ce soir pour le juger ?       <br />
              <br />
       La force de ce vrai-faux témoignage, porté par un homme-acteur authentique et puissant - au point de laisser penser qu'il a été ce para - est de susciter une empathie ouvrant sur le (non)sens. En le suivant dans son itinéraire, de son engagement idéaliste, à son &quot;retour sur images&quot;, détruit, il dévoile que &quot;les bonnes intentions&quot; affichées par un état souverain peuvent conduire à &quot;une sale affaire&quot;, collective et personnelle. Éprouver au travers d'une fiction l'ambiguïté de vérités pas bonnes à dire, insupportables, c'est là la vérité du Théâtre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Para"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/40061595-34214165.jpg?v=1574787260" alt=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" title=""Para" Mort psychique d'un commis voyageur belge" />
     </div>
     <div>
      Texte : David Van Reybrouck (édité par Actes Sud-Papiers, 2018).       <br />
       Mise en scène : Raven Ruëll.       <br />
       Avec : Bruno Vanden Broecke (Prix Louis d'Or avec &quot;Para&quot; en 2018).       <br />
       Scénographie : Leo de Nijs.       <br />
       Décor : KVS Atelier.       <br />
       Lumière : Johan Vonk.       <br />
       Son : Dimitri Joly.       <br />
       Costumes : Heidi Ehrhart.       <br />
       Directeur production : Lieven Symaeys, production KVS.       <br />
       Durée : environ 2 h.       <br />
              <br />
       <b>A été représenté duu 19 au 23 novembre au TnBA, Bordeaux (33).</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée 2020</b>       <br />
       11 janvier 2020 : Leidse Schouwburg, Leiden (Pays-Bas).        <br />
       16 au 18 janvier 2020 : NTGent, Gent (Belgique).       <br />
       21 janvier 2020 : Het Nationale Theater, Den Haag (Pays-Bas).       <br />
       23 janvier 2020 : Centre culturel de l'Arrondissement de Huy, Huy (Belgique).       <br />
       14 au 16 avril 2020 : KVS BOL, Bruxelles (Belgique).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Para-Mort-psychique-d-un-commis-voyageur-belge_a2610.html</link>
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