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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
  <link>https://www.larevueduspectacle.fr/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-03-17T04:42:08+01:00</dc:date>
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   <title>•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle</title>
   <pubDate>Fri, 07 Jul 2023 08:20:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Avignon 2023]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Faire théâtre du documentaire éponyme tourné par Frederick Wiseman en 1973 – filmant en noir et blanc dans un centre social new-yorkais les échanges entre travailleurs sociaux et demandeurs – pouvait s'apparenter à une gageure. En effet, même si Julie Deliquet est experte en la matière depuis ses adaptations au plateau de films de Bergman, Desplechin et Fassbinder, là, il s'agissait de partir non d'œuvres fictionnelles, mais de vécus documentés. À entendre quelques réflexions échappées vers onze heures hier au soir des marches du prestigieux Palais des Papes, il n'était pas sûr que la metteuse en scène ait réussi (pleinement) son pari. Quoique…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73921074-51417789.jpg?v=1688713232" alt="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" title="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" />
     </div>
     <div>
      En effet, voir et entendre ces rencontres entre démunis des deux bords (les exclus d'une société qui ne veut pas d'eux et les travailleurs sociaux confrontés sans moyens à la détresse inhumaine) tournées en boucles pendant deux heures et demie est tout sauf &quot;spectaculaire&quot;. Foin des mises en jeu léchées fourbies au coin d'un esthétisme consommé, place à la confusion articulée (sic) de paroles et gestes fusant comme des décharges libérant le trop-plein des détresses vécues. Immersion au cœur d'un centre d'urgence - cf. &quot;Urgence crier&quot; d'André Benedetto, fondateur du festival Off - où il s'agit là de trouver, dans le dédale des rouages administratifs, rien moins que les quelques dollars permettant de (sur)vivre.       <br />
              <br />
       Tapis de gymnastique empilés, but de hand, panneau de basket, filet contenant des ballons, le plateau de la Cour est transformé en immense gymnase, le sol peint en vert portant les tracés des lignes blanches des aires de sport. C'est dans ce décor, rendu désormais familier suite aux campagnes de vaccinations contre la pandémie, que le centre d'urgence va accueillir les cabossés de l'existence, actrices et acteurs transgénérationnels et transculturels d'une &quot;comédie humaine&quot; dont nous pourrions, nous aussi, faire partie. Et c'est bien à cet endroit précis que se noue la capacité (ou pas) de chacune et chacun à &quot;entrer&quot; dans la pièce montée par Julie Deliquet dont l'engagement authentique ne peut être mis en doute.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73921074-51417793.jpg?v=1688713260" alt="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" title="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" />
     </div>
     <div>
      Sous l'œil ô combien avisé d'un imposant sergent noir de peau, coiffé d'une casquette noire et d'un long manteau noir, vont se succéder les &quot;comédiens humains&quot; en interaction avec les employés et superviseurs du centre social, eux aussi en prise avec leur humanité bousculée par celles et ceux qu'ils ont mission d'accompagner. Il y a là une femme ne vivant plus sous le même toit que son mari, mère de quatre enfants et enceinte jusqu'aux yeux, menacée d'être radiée de ses droits, à laquelle on demande de produire bulletins de paye de l'époux volatilisé et… certificat de grossesse ! Se sentant littéralement &quot;torturée&quot; par la superviseuse, elle trouvera une écoute plus ouverte en la personne du travailleur social.       <br />
              <br />
       Un couple crevant de faim – lui, ancien travailleur social, frappé d'incapacité de travail suite à une cure de désintoxication ; elle, polonaise, atteinte de troubles moteurs cérébraux et mère d'un enfant – tentera d'ouvrir ses droits entre deux crises de désespoir violent… Un monsieur très digne dans sa vêture et au parler parfait, contraint suite à une maladie de démissionner pour n'être pas renvoyé de son poste de responsabilité, n'ayant plus les moyens d'acheter la nourriture qu'il vole, s'avèrera prophète de la décadence annoncée de l'Empire qui après avoir chassé les Indiens d'Amérique réserve le même sort aux démunis de tous ordres.       <br />
              <br />
       Et dans la cohue des stress s'ajoutant les uns aux autres, une dame, bonnet vissé sur le crâne et sac plastique en main, se débattra avec son incapacité à faire entendre son identité perdue suite à une erreur malencontreuse des services sociaux. Malgré les efforts d'un employé tentant de démêler l'imbroglio administratif la privant de ses droits, la dame laissée pour compte finira par craquer en se jetant violemment sur l'employé. Elle devra être prise en charge par les autres demandeurs solidaires après avoir été plaquée au sol par le gardien… Un homme noir athlétique, usant de son verbe haut, réclamera à cor et à cri un logement social, le sien ayant été détruit par un incendie du Bronx. L'interrogatoire révélera sous l'agressivité affichée les fêlures de celui qui, toxico, à écoper naguère de onze ans de prison et n'entend pas y retourner ; trouver à se loger est pour lui l'antidote à la récidive.       <br />
              <br />
       Après une pause (assimilable à une mi-temps sportive où plusieurs s'essaient à marquer des paniers), le fantasme de l'ex-prisonnier du Bronx, chanteur à ses heures, rencontrera celui de l'employée lui refilant son 06 pour pouvoir la joindre en cas de besoin. Demandeur et aidante, réunis dans le même désir humain… Et puis il y aura cet ancien combattant, victime engagée en Corée qui, en plus de réelles séquelles physiques, a développé un racisme à fleur de peau, faisant de lui un être haut en couleur…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73921074-51417851.jpg?v=1688713289" alt="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" title="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" />
     </div>
     <div>
      Parfois – souvent – les tragédies à l'œuvre s'émaillent de saillies comiques car l'existence est ainsi faite que pour échapper à l'insoutenable, l'humour volontaire ou non s'invite comme une soupape de sécurité. Ainsi de charybde en scylla, ces humanités mises à mal cheminent-elles, autant celles des accompagnants (la superviseuse s'effondrera, épuisée) que celles des demandeurs en quête de solutions de survie. Suspendues aux paroles qui s'enchevêtrent les unes aux autres, ces existences &quot;ordinaires&quot;, à défaut d'avoir pu trouver les réponses concrètes ardemment recherchées, auront tissé entre elles un lien précieux. Un exemple de démocratie vivante à opposer à un État sourd à la détresse des &quot;nuisibles&quot;.       <br />
              <br />
       Julie Deliquet ne peut donc être taxée d'être passée à côté de son objectif : faire théâtre d'une réalité vécue dans les années soixante-dix sur un autre continent, une réalité dont les échos sonores viennent se briser sur nos murs de 2023. En nous immergeant de manière (dé)construite dans ce centre d'urgence, elle contribue à déciller nos yeux sur ce que nous ne préférons pas voir, nous spectateurs invités dans une Cour d'Honneur prestigieuse.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73921074-51417909.jpg?v=1688714280" alt="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" title="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" />
     </div>
     <div>
      Et si un malaise latent nous gagnait, ou seulement le sentiment d'un ennui manifeste engendré par des situations répétitives sans horizon d'attente autre qu'une maigre poignée de dollars attendue comme un viatique, c'est justement là qu'il faudrait apprécier la réussite de son entreprise artistique : le résultat d'une immersion sans concession due à l'initiative d'une jeune femme metteuse en scène faisant du théâtre le lieu privilégié de l'indignation à partager.       <br />
              <br />
       <b>Vu pour l'ouverture du Festival, le mercredi 5 juillet 2023, dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes d'Avignon.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Welfare"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/73921074-51417941.jpg?v=1688714321" alt="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" title="•In 2023• "Welfare" Fragments d'un discours à vif : l'humanité telle quelle" />
     </div>
     <div>
      Création Festival d'Avignon 2023 en français, surtitré en anglais.       <br />
       D'après le film éponyme de Frederick Wiseman (1973).       <br />
       Traduction : Marie-Pierre Duhamel Muller.       <br />
       Mise en scène : Julie Deliquet.       <br />
       Avec : Julie André, Astrid Bayiha, Éric Charon, Salif Cisse, Aleksandra de Cizancourt, Évelyne Didi, Olivier Faliez, Vincent Garanger, Zakariya Gouram, Nama Keita, Mexianu Medenou, Marie Payen, Agnès Ramy, David Seigneur et Thibault Perriard (musicien).       <br />
       Adaptation scénique : Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos.       <br />
       Collaboration artistique : Anne Barbot, Pascale Fournier.       <br />
       Scénographie : Julie Deliquet, Zoé Pautet.       <br />
       Lumière : Vyara Stefanova.       <br />
       Musique : Thibault Perriard.       <br />
       Costumes : Julie Scobeltzine, assistée de Marion Duvinage.       <br />
       marionnette : Carole Allemand       <br />
       Durée : 2 h 30.       <br />
              <br />
       <b>•Avignon In 2023•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 5 au 8 et du 10 au 14 juillet 2023.</span>       <br />
       Représenté à 22 h.       <br />
       Cour d'honneur du Palais des papes, place du Palais, Avignon.       <br />
       Réservations : 04 90 14 14 14 tous les jours de 10 h à 19 h.       <br />
       <a class="link" href="https://festival-avignon.com/" target="_blank">&gt;&gt; festival-avignon.com</a>       <br />
              <br />
       Audiodescription le 13 juillet.       <br />
       Spectacle diffusé le 7 juillet sur France 5 et le 23 juillet sur Culturebox.       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>        <br />
       27 septembre au 15 octobre 2023 : Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis (93).       <br />
       15 au 19 janvier 2024 : Théâtre Dijon Bourgogne, Dijon (21).       <br />
       24 janvier au 3 février 2024 : Les Célestins, Théâtre de Lyon, Lyon (69).       <br />
       14 février 2024 et 15 février 2024 : Le Quartz, Brest (29).       <br />
       20 février 2024 et 21 février 2024 : La Passerelle, Saint-Brieuc (22)       <br />
       6 au 9 mars 2024 : Comédie de Genève, Genève (Suisse).       <br />
       13 au 15 mars 2024 : La Comédie de Reims, Reims (51).       <br />
       20 et 21 mars 2024 : Théâtre de l'Union, Limoges (87).       <br />
       26 et 27 mars 2024 : La Coursive, La Rochelle (17).       <br />
       4 et 5 avril 2024 : L'Archipel, Perpignan       <br />
       9 au 11 avril 2024 : La Comédie de Saint-Étienne, Saint-Étienne (42).       <br />
       17 au 19 avril 2024 : Théâtre du Nord, Lille (59).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/In-2023-Welfare-Fragments-d-un-discours-a-vif-l-humanite-telle-quelle_a3651.html</link>
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   <title>"Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée</title>
   <pubDate>Tue, 15 Nov 2022 07:59:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Quand on se nomme Krüger-Epp, que l'on appartient à une famille ordinaire ouvrière dans la RFA des années soixante-dix et que l'existence semble a priori se résumer à partager son temps entre l'atelier d'usine et la récupération de sa force de travail, sans autre horizon d'attente qu'un labeur répétitif dénué de sens, on a bien besoin d'un petit grain de sable - une lanceuse d'alerte dirait-on aujourd'hui - qui, en toute innocence, va faire dérailler les destins tracés. Cet ovni salutaire a pour nom Luise, dite Mamie. Matriarche "indigne" et truculente d'une tribu traversée par les courants revendicatifs et féministes de l'après 68, elle va par sa seule présence inspirer aux autres membres les pas de côté créant des failles dans l'ordre établi.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287745.jpg?v=1668367487" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Ce scénario, mettant en jeu la classe ouvrière confrontée à son désir d'émancipation, a été écrit par Rainer Werner Fassbinder pour une mini-série télévisée allemande (&quot;Episodes 1 à 5&quot;) diffusée d'octobre 72 à mars 73. Abandonnant pour un temps l'atmosphère sombre de sa filmographie et de son théâtre, il s'y emploie à dépeindre, avec un réalisme distancié et une dose de fantaisie ô combien réjouissante, les heurs et malheurs de la condition ouvrière, de ses asservissements consentis à ses désirs de s'en libérer.       <br />
              <br />
       D'emblée la grand-mère Luise, très en verve, excitée comme une jeune amante, raconte à sa tribu réunie à l'occasion de son anniversaire comment elle a rencontré &quot;son Gregor&quot;, lisant &quot;L'amant de Lady Chatterley&quot; sur un banc du parc. Veuve, et apparemment heureuse de l'être si on s'en réfère aux souvenirs désastreux de son voyage de noces, elle se met en tête de trouver un appartement (chose compliquée quand on n'a pas le sou) pour abriter ses nouvelles amours… Désir qui, au-delà du sourire plus ou moins gêné qu'il peut provoquer chez son entourage un tantinet frustré, ouvre immanquablement une brèche dans l'aliénation du groupe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287746.jpg?v=1668367528" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      En effet, comme Wilhelm Reich, psychanalyste exclu du parti communiste allemand, n'avait pas manqué en son temps de le pointer dans son essai &quot;La Révolution sexuelle&quot; établissant un lien fort entre répression politique et répression sexuelle, comme les soixante-huitards de la Sorbonne l'inscrivaient en lettres rouges sur les murs parisiens <span style="font-style:italic">&quot;Plus je fais l'amour, plus j'ai envie de faire la révolution ; plus je fais la révolution, plus j'ai envie de faire l'amour&quot;</span>, cette grand-mère iconoclaste ouvre - à son corps consentant - la voie à la dissidence politique.       <br />
              <br />
       Mais le schéma introjecté du modèle patriarcal et patronal, ancré jusque dans les cerveaux des dominé(e)s, sera dur à déloger, tant les mécanismes de l'aliénation sont redoutables et leurs effets pervers, dévastateurs. Ainsi du mari de la petite-fille de Luise, violent et lui-même violenté par une morale héritée de la suprématie du mâle travailleur ayant tiré un trait sur toute notion de plaisir. Ainsi de &quot;l'ouvrier jaune&quot; qui trahira ses collègues en dévoilant à la cheffe la stratégie élaborée par ses pairs pour faire avancer leurs revendications salariales.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287747.jpg?v=1668367559" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Cependant, grâce à l'impulsion libertaire incarnée par cette grand-mère ne doutant, elle, de rien, jusqu'à ouvrir une garderie sauvage dans des locaux appartenant à la mairie - n'hésitant aucunement à enfreindre la loi pour faire valoir le droit aux mères de n'être pas les bonnes au foyer, les libérant de la garde de leur progéniture pour exister en tant que femmes - les lignes vont bouger au gré des actes posés. De même, encouragée par le questionnement de la petite amie amoureuse du petit-fils, lui-même à l'unisson de ces deux femmes, la contestation de l'ordre immuable va cheminer dans les esprits des hommes et femmes confondus.       <br />
              <br />
       Des petites phrases libératrices comme <span style="font-style:italic">&quot;Seuls les veaux les plus bêtes choisissent eux-mêmes leur boucher&quot;</span> ou encore <span style="font-style:italic">&quot;On a toujours plus de pouvoir qu'on ne croit&quot;</span>, servent d'antidotes à d'autres versées dans la résignation de classe : <span style="font-style:italic">&quot;De toute façon, l'ouvrier, il est là pour se faire avoir&quot;</span>. Ce combat - c'en est un - est semé d'embûches tant l'intériorisation de la servitude volontaire a contaminé les circuits de réflexion et l'estime de soi. Ainsi, lorsque des velléités d'émancipation par la connaissance se font jour chez un ouvrier, constituant l'espoir d'une nouvelle gouvernance dans l'atelier, elles sont battues en brèche par le sentiment d'usurper un rôle réservé à la classe supérieure : <span style="font-style:italic">&quot;Faut savoir rester à sa place. Quand on est petit, on reste petit. Je n'arrive pas à retenir… Je suis bête, je le sais&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287748.jpg?v=1668367608" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Heureusement, la communauté ouvrière est là qui veille à ce que le sentiment d'illégitimité de classe soit combattu, et ce, pour le bonheur de tous. <span style="font-style:italic">&quot;L'histoire de ton corps (et de ton esprit) accuse l'histoire politique&quot;</span>, dit en écho Édouard Louis dans &quot;Qui a tué mon père ?&quot;. Prise de conscience, grâce aux débats incessants suivis de vote à main levée dans l'atelier, que l'aliénation n'est pas naturelle, mais acquise ; on ne naît pas aliéné, on le devient. De même, les préjugés de classe concernant les &quot;alliances contre-nature&quot; entre des êtres ne partageant ni la même culture, ni le même standing, voleront fort joyeusement en éclats sous la pression du désir amoureux - encore lui - propre à venir à bout de tous les conditionnements sociétaux.       <br />
              <br />
       Ce qui est remarquable dans l'univers mis en jeu, c'est que loin de tous discours didactiques, ce sont les actes posés collectivement, émaillés de petites phrases spontanées éclairant les paroles de l'aliénation (<span style="font-style:italic">&quot;Elle n'a pas que de la merde dans le crâne. Elle dit ce qu'on lui a appris&quot;</span>), qui participent au processus d'émancipation, un processus lent, émaillé de crises de nerfs, d'engueulades et de rires, et pour autant redoutable d'efficacité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287749.jpg?v=1668367643" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Sans oublier, encore et toujours, le pouvoir des sentiments, ceux qui unissent la grand-mère à son amant, le petit-fils à son amie rencontrée autour d'un bocal à cornichons récalcitrant, ou encore deux autres couples jugés au départ des plus improbables. Pas étonnant alors, que sous leurs impulsions, le paysage mental s'ouvre à d'autres horizons, soulevant le couvercle de la servitude intégrée pour créer les conditions d'une émancipation tant ouvrière que personnelle.       <br />
              <br />
       Pour ces nouveaux contestataires, découvrant in situ la force de l'organisation collective comme outil de libération susceptible de les extraire de l'emprise d'une organisation du travail toxique, la révolution sociale et économique ne saurait être séparée d'une révolution joyeuse des mœurs : c'est cette expérience fondatrice qu'ils vivent, nous entraînant avec eux.       <br />
              <br />
       Mis habilement en scène par Julie Deliquet et habité par quatorze comédiennes et comédiens débordant de tonicité contagieuse, le plateau résonne trois heures durant des saillies &quot;déchaînées&quot; de ces personnages en quête d'une vie jusque-là confisquée. Dans un décor d'atelier au mobilier industriel (que la mode du vintage ne désapprouverait pas), devenant au gré des fluctuations de l'intrigue salle de banquet de noces, comme pour mieux signifier la labilité des frontières entre privé et travail, le destin des uns et des autres va se nouer, se dénouer, grâce à l'action du collectif, ouvreur de liberté potentielle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287827.jpg?v=1668368304" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
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      Ainsi, entre éclats de rires, colères et sanglots, la (re)conquête d'une humanité - tel est l'enjeu - se joue devant nous, aspirés littéralement par leurs luttes à mains nues. Et s'il était encore des blasés d'aujourd'hui, revenus de tout sans avoir rien goûté, pour trouver dans ce &quot;conte à rebours&quot; l'expression d'espérances obsolètes à mettre au rencart, on leur opposerait - non sans un sourire compassionnel - le slogan phare d'une génération mue par le désir de vivre chevillé au corps : <span style="font-style:italic">&quot;Soyons réalistes, demandons l'impossible&quot;.</span>       <br />
              <br />
       <b>Vu au TnBA à Bordeaux, Grande salle Vitez, le mardi 8 novembre 2022. A été représenté du 8 au 11 novembre.</b>
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Huit heures ne font pas un jour, Épisodes 1 à 5"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287828.jpg?v=1668368362" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
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      Texte : Rainer Werner Fassbinder. L'intégralité des huit épisodes de l'œuvre &quot;Huit heures ne font pas un jour&quot; est publiée par L'Arche Éditeur.       <br />
       Traduction : Laurent Muhleisen.       <br />
       Mise en scène : Julie Deliquet.       <br />
       Avec : Lina Alsayed, Julie André, Éric Charon, Évelyne Didi, Christian Drillaud, Olivier Faliez, Ambre Febvre, Zakariya Gouram, Brahim Koutari, Agnès Ramy, David Seigneur, Mikaël Treguer, Hélène Viviès ; et en alternance avec Pauline Cuvelier ou Violette Martin.       <br />
       Collaboration artistique : Pascale Fournier, Richard Sandra.       <br />
       Version scénique : Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos.       <br />
       Scénographie : Julie Deliquet, Zoé Pautet.       <br />
       Lumière : Vyara Stefanova.       <br />
       Son : Pierre De Cintaz.       <br />
       Costumes : Julie Scobeltzine.       <br />
       Habillage : Ornella Voltolini.       <br />
       Coiffures, perruques : Judith Scotto.       <br />
       Régie générale : Léo Rossi-Roth.       <br />
       Régie lumière : Luc Muscillo.
     </div>
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     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287835.jpg?v=1668368392" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Régie plateau : Bertrand Sombsthay.       <br />
       Régie accessoires : Juliette Mougel.       <br />
       Durée : 3 h 15 avec entracte.       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       1er et 2 décembre 2022 : Théâtre de Lorient - CDN, Lorient (56).       <br />
       13 et 14 décembre 2022 : Le Grand Sud, en partenariat avec La Rose des Vents, Lille (59).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/68741444-48287745.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Huit-heures-ne-font-pas-un-jour-Chronique-d-une-emancipation-annoncee_a3442.html</link>
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