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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
  <link>https://www.larevueduspectacle.fr/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-08-08T17:44:26+02:00</dc:date>
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   <title>"Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation</title>
   <pubDate>Sun, 21 May 2023 21:53:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Safidin Alouache</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Créée à la Colline le 19 septembre 2021, la pièce est une mise à nu, d'un bloc, d'une prime jeunesse, celle de Mouawad. Presque un Everest par ce qui se joue sur les planches. D'abord une intimité, la vie d'un homme qui raconte un bout de son enfance parisienne après avoir quitté avec sa famille, à cause de la guerre, le Liban. Le dramaturge et metteur en scène - et aussi l'un des personnages de cette création - est également le directeur du théâtre dans lequel la pièce se joue. Un processus et une création théâtrale de fond en comble d'un homme ayant subi les conséquences de conflits guerriers dans leur tragédie la plus abjecte et qui arrivent à créer une œuvre d'amour familial paradoxal réussie.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72975254-50790176.jpg?v=1684619129" alt=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" title=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" />
     </div>
     <div>
      Wajdi Mouawad est face au public, debout, juste devant le 1er rang. Il démarre le spectacle avec la sempiternelle annonce faite aux spectateurs d'éteindre leur portable. C'est dit toutefois avec beaucoup d'humour. Puis, il enchaîne en parlant de sa création. Est-ce l'auteur, le technicien de scène ou le personnage qui ensuite monte sur les planches ? Durant toute la représentation, il en porte les habits à tour de rôle. L'auteur intervient lors d'une scène avec sa mère, Jacqueline (Aïda Sabra), où il joue son propre personnage.       <br />
              <br />
       Durant la pièce, il apporte, à certains moments, une lumière explicative afin de préciser des éléments contextuels. En lui, le technicien est présent aussi quand il pousse là une petite table avec son téléphone, ici un téléviseur ou plus loin une grande table. Il place le décor afin de faciliter la mise en place d'accessoires pour accélérer l'enchaînement des séquences. Dans ce rôle, c'est aussi le dramaturge qui inscrit sa marque, son empreinte dans son passé qu'il agence. Et puisqu'il est sur scène, il est aussi un personnage. Cette ligne de crête est amenée avec originalité, permettant ainsi de passer subrepticement d'un rôle à un autre. La réalité, peut-être habillée de fiction, déborde dans un réel théâtral.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72975254-50790187.jpg?v=1684619191" alt=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" title=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" />
     </div>
     <div>
      À l'entame, apparaît Jacqueline dans une scénographie de couleur ocre marron, un camaïeu, avec une table sur laquelle viennent se poser les ingrédients pour faire un taboulé, puis une télé, un poste de radio et finalement différents plats. Le décor est unique et représente l'intérieur de la famille Mouawad avec le petit Wajdi (en alternance Dany Aridi, Élie Bou Saba et Loucas Ibrahim) âgé de 6 ans, sa sœur aînée Nayla (Odette Makhlouf) et la mère. La pièce, qui fait office autant de salle de séjour que de cuisine, est longitudinale avec un grand espace incarnant un vide comme pour habiter une place laissée béante par l'exil.       <br />
              <br />
       La mémoire a ses oublis, ses réminiscences et ses agencements car, comme dit Mouawad, <span style="font-style:italic">&quot;ce qui est ennuyeux avec la mémoire, c'est qu'elle croit toujours savoir quand elle ne fait que raconter des histoires&quot;.</span> Il y a une combinaison temporelle où le présent se combine au passé, où l'auteur intervient dans sa fable, à la recherche de ses origines, caractéristique de son œuvre, avec les photos de sa maman qu'il fait revivre. Elle crie, engueule l'enfant qu'il était, lui hurle parfois dessus et l'humilie souvent.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72975254-50790253.jpg?v=1684622021" alt=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" title=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" />
     </div>
     <div>
      Au sein de la famille, ses insultes maternelles fusent avec ses cris et ses engueulades comme en écho à une guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres. Rien n'est au repos. Tout est rupture et toujours dans une tension, parfois extrême. Dans un tableau des plus poignants, Mouawad crie avec émotion ce qu'il a ressenti lui petit. Les moments où le calme vient sont lors des émissions de Guy Lux (1919-2003) avec, entre autres, le chanteur Pierre Bachelet (1944-2005), dont la mère raffole, et pendant les actualités. Les années quatre-vingt défilent avec aussi ses anciens jingles d'Antenne 2, la bande-annonce de Goldorak et quelques chansons françaises.       <br />
              <br />
       La présence du père, qu'on n'entend pas, mais que l'on voit par deux fois sur photo, est au téléphone. Comme ses cousines. Il est resté au Liban quand le reste de la famille est venu en France pendant 5 ans pour ensuite être refoulé et devoir partir au Québec. Nous sommes ainsi autant dans le narratif, le récit que le jeu et les commentaires de l'auteur. C'est un carrefour dans lequel le vécu et l'objectivité font cause commune. On plonge dans le passé pour revenir au présent. On s'immisce dans celui-là pour se projeter mécaniquement dans le futur. C'est un chassé-croisé temporel où la raison embrasse le sentiment.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72975254-50790424.jpg?v=1684622170" alt=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" title=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" />
     </div>
     <div>
      Le jeu est très physique et la voix est un média qui fait écho à toutes les émotions. La génitrice et la sœur aînée puisent dans cet organe, force, revendication et colère. Mouawad, enfant et adulte, insufflent de la douceur et de l'aménité. Tout est conflit autour d'une guerre qui n'en finit pas. Nous sommes au début des années quatre-vingt avec la présence au Liban d'Israël et de la Syrie.       <br />
              <br />
       Les hostilités et le massacre de Sabra et Chatila (16-18 septembre 1982) nous sont rappelés avec ses images affreuses où des centaines de Palestiniens de tout âge ont été tuées. Cela est fait dans des reportages de Philippe Rochot dans les journaux télévisés de Christine Ockrent sur scène qui joue son propre rôle. Le massacre de Sabra et Chatila est le moment où la journaliste et Jacqueline se regardent face à face dans le noir. C'est le seul instant où il y a un long silence. Le conflit meurtrier n'est plus commenté, parlé, crié. Il devient muet et déchirant.       <br />
              <br />
       Au-delà d'un contexte géopolitique, la guerre est le personnage principal. Silencieux ou parlant peu, le fils Wajdi semble vivre avec résignation, du haut de son jeune âge, ce qui se passe autour de lui. Sa sœur aînée, dans la fleur de l'adolescence, est tiraillée par une mère omniprésente et un désir de ne pas se mouler dans des habitudes et un contexte familial oppressif. La pièce est jouée en Libanais avec quelques répliques en français.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72975254-50790436.jpg?v=1684622287" alt=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" title=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" />
     </div>
     <div>
      Il y a aussi ce tableau que l'on retrouve exposé de façon numérique durant toute la représentation… &quot;Le vase bleu&quot; (1879-1880) de Paul Cézanne (1839-1906). Le dramaturge explique que c'est par lui qu'il a pu s'évader de son univers oppressif. Comme une porte ouverte à un univers où le bleu, l'orange et les natures mortes des pommes lui ont donné l'envie de fuir vers le rêve appuyé par son imagination. De cette œuvre picturale, c'est une fenêtre ouverte à l'art et à la poésie. Dans la seule photo qu'il possède avec toute sa famille réunie, Mouawad la présente en insistant sur le fait que la reproduction du &quot;Vase bleu&quot; de Cézanne est accrochée au mur.       <br />
              <br />
       &quot;Mère&quot;, le titre ne possède pas d'article, ni possessif, ni déterminé, ni indéterminé. Cette absence permet de laisser au spectateur une liberté d'interprétation face à une dramaturgie où le rôle de la génitrice, aussi rude qu'il soit incarné, n'a pour ses différents protagonistes, aucune haine ou répulsion. Ce qui est offert est une oscillation sentimentale entre amour et résignation. Aussi, la question qui m'est venue au sortir de la représentation à propos de Mouawad vis-à-vis de sa maman est : &quot;Il l'aime, mais comment ?&quot;. C'est derrière cette question que se joue un spectacle qui allie une profusion de sentiments, d'événements, d'enchevêtrements dans un pré carré qui nous installe dans un appartement parisien avec vue sur le Liban et son actualité passée, mais toujours présente.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Mère"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72975254-50790442.jpg?v=1684622338" alt=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" title=""Mère"… Une oscillation sentimentale entre amour et résignation" />
     </div>
     <div>
      &quot;Mère&quot;       <br />
       Spectacle en français et en libanais surtitré en français.       <br />
       Texte : Wajdi Mouawad.       <br />
       Mise en scène : Wajdi Mouawad.       <br />
       Assistants à la mise en scène (à la création) : Valérie Nègre en alternance avec Cyril Anrep.       <br />
       Avec : Odette Makhlouf, Wajdi Mouawad, Christine Ockrent, Aïda Sabra ; en alternance avec Dany Aridi, Élie Bou Saba, Loucas Ibrahim.       <br />
       Voix : Valérie Nègre (dans le documentaire animalier), Philippe Rochot, Yuriy Zavalnyouk.       <br />
       Dramaturgie : Charlotte Farcet.       <br />
       Scénographie : Emmanuel Clolus.       <br />
       Lumières : Éric Champoux.       <br />
       Costumes : Emmanuelle Thomas.       <br />
       Coiffures : Cécile Kretschmar.       <br />
       Son : Michel Maurer et Bernard Vallèry.       <br />
       Musiques : Bertrand Cantat en collaboration avec Bernard Vallèry.       <br />
       Traduction du texte en libanais : Odette Makhlouf et Aïda Sabra.       <br />
       Suivi de texte et surtitrage : Sarah Mahfouz.       <br />
       Construction du décor par l'atelier de La Colline.       <br />
       Durée : 2 h 15.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 10 mai au 4 juin 2023.</span>       <br />
       Du mercredi au samedi à 20 h 30, mardi à 19 h 30 et dimanche à 15 h 30.       <br />
       La Colline - Théâtre national, Paris 20e, 01 44 62 52 52.       <br />
       <a class="link" href="https://www.colline.fr/" target="_blank">&gt;&gt; colline.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées</title>
   <pubDate>Fri, 03 Feb 2023 11:57:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Festivals]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dans l'impressionnant monument de La Méca dominant La Garonne, cinq œuvres trament le parcours de ce glacial vendredi 27 janvier. Après un débat où sont mis sur le gril les nouveaux (et anciens… et toujours vivants) visages de la Censure, documentés à vif par une avocate co-déléguée de L'Observatoire de la liberté de création, trois danseurs performeurs, une programmatrice et un directeur artistique suivent cinq propositions aux vertus inflammables. "Un Chant d'amour", "Le Soldat orphelin", "Sabra et Chatila", "L'éthique" et "Épiphanie", toutes à "découvrir" les yeux grands ouverts et l'esprit lavé de tous pré-jugés.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49194050.jpg?v=1675365215" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Un Chant d'amour" de Jean Genet.</strong></span> Ce court-métrage muet et assourdissant de sensualité exaltée, réalisé en noir et blanc en 1950 et frappé d'interdit jusqu'en 1975, propulse le spectateur voyeur dans deux cellules mitoyennes. Là, chacun des occupants va s'ingénier à établir un contact sensuel et sexuel sous l'œil d'un gardien voyeur qui, du judas d'où il observe leurs jeux amoureux, va s'en faire le profiteur complice. Sexualité empêchée par l'enfermement inhérent au milieu carcéral (que l'écrivain connaît bien pour y avoir séjourné), sexualité exaltée par ce même enfermement impliquant de redoubler d'ingéniosité pour redonner droit de cité à la libido rebelle à tout emprisonnement.       <br />
              <br />
       Beauté sculpturale des séquences qui s'enchaînent alors que les émotions palpables des participants à ce ballet érotique bouleversent leur visage saisi en gros plan. Une langue tournant sensuellement sur elle-même, un baiser effréné déposé sur un bras, un sexe brandi fièrement à pleines mains, autant de figures du désir (solitaire) porté à l'incandescence par la poésie débridée de Jean Genet, poète libertaire, auteur organique de ce "Chant d'amour". De la paille passée au travers du trou ménagé dans le mur par laquelle ils vont partager à pleine bouche la même bouffée de cigarette, à leurs mains se balançant au travers des barreaux des lucarnes pour échanger un bouquet, tout n'est que symboles d'une sexualité du côté de la vie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49194062.jpg?v=1675365825" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Le Soldat orphelin", d'Abdulrahman Kkallouf,</strong></span> introduit le public dans une semi-obscurité, celle qui recouvre de son opacité morbide les guerres, civiles ou autres. Au centre d'une scénographie savamment dépouillée, émergent des filins d'acier comme autant de trajectoires de balles sifflant au-dessus du soldat syrien. Narrateur en deuil de sa propre histoire, prisonnier d'une guerre fratricide, abattu et révolté, il va égrener les souvenirs qui le relient à son père mort sans qu'il n'ait pu le revoir.       <br />
              <br />
       Longue litanie tissée d'imprécations contre ce conflit armé d'une cruauté sans nom qui rend sauvage et colonise l'être entier soumis à ses diktats permanents. Devoir chanter la perte à chaque massacre, se ployer sous la dictature de la joie alors que le corps entier se révulse, le goût de la victoire étant celui du sang et des excréments de ceux qui s'entretuent. Obéir aux ordres jusqu'à déserter sa conscience, abdiquer toute morale, rendre les coups à devenir fou (il retrouve là sa langue maternelle, l'arabe). Et ce père injoignable alors que, face aux démons identitaires s'entredéchirant, il aurait eu tant besoin de sa présence… Un plaidoyer humain, porté par la voix de l'auteur et le corps d'un danseur, vibrant tous deux d'émotions contenues.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49194132.jpg?v=1675366341" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Sabra et Chatila" d'Afshin Ghaffarian.</strong></span> Les conditions d'écriture du texte de Jean Genet - "Quatre heures à Chatila" - trouvent en ce chorégraphe iranien des échos profonds. En effet, Jean Genet, qui n'avait jusqu'ici pu écrire qu'entre les murs d'une prison, se trouve en ce mois de septembre 82 entre ceux d'une chambre d'hôtel libanaise. Témoin à Beyrouth-Ouest du carnage des Palestiniens regroupés dans les camps de Sabra et Chatila, il va coucher sur le papier l'impensable du massacre perpétré par les milices chrétiennes d'extrême droite, opérant sous les fumées lumineuses de l'armée israélienne complice…       <br />
              <br />
       Traversant des rangées de vêtements colorés étalés à même le sol, l'auteur interprète dépose sur l'avant-scène un bocal contenant deux poissons rouges, Sabra et Chatila. Deux jeunes femmes, surfant entre les habits, dansent frénétiquement sur les musiques des années quatre-vingt. Quand elles s'arrêtent, c'est pour photographier les dépouilles au sol. Au micro, les mots de Jean Genet : <span style="font-style:italic">"La photographie ne saisit pas les mouches ni l'odeur blanche et épaisse de la mort. Elle ne dit pas non plus les sauts qu'il faut faire quand on va d'un cadavre à l'autre".</span>       <br />
              <br />
       Pour évoquer le tableau de ces corps méconnaissables, enchevêtrés les uns aux autres, le chorégraphe réinvente les jeux de cette fête barbare initiée par les phalangistes. Des pastèques - <span style="font-style:italic">"les têtes gonflées par le soleil et la mort"</span> - sont explosées au sol et leur chair dévorée à pleines dents, les corps disloqués des danseuses deviennent pièces de jeux. Sous les faisceaux des lumières stroboscopiques, les corps se distordent au rythme d'une musique furieuse… Sabra et Chatila n'a pas été le champ d'un génocide, "juste" celui d'un abattoir rendu artistiquement tangible. Désormais, on ne pourra plus dire, comme Begin à la Knesset : <span style="font-style:italic">"Des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ?".</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49201429.jpg?v=1675423251" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"L'éthique", de Matthieu Hocquemiller,</strong></span> se présente dans sa forme comme une création des plus originales, convoquant séquences vidéo, jeux de performers au plateau et textes venant s'insérer en surimpression. Quant à son objet, il l'est tout autant : "réfléchir" une confrontation en actes et paroles transcrites, entre un jeune homme travailleur du sexe et un homme d'âge mûr philosophe éthicien (la réalité des deux acteurs), tous deux expressément nus, débarrassés de tous oripeaux pouvant faire écran à la vérité de leurs échanges.       <br />
              <br />
       Une première séquence vidéo les montre entrer en conversation. Enlacés sur un canapé, ils établissent les bases du contrat les liant. Comme naguère Alcibiade et Socrate dans "Le Banquet" de Platon, Alci et So (ainsi se baptisent-ils) concluent un pacte d'échanges réciproques où jeunesse et sagesse s'interpénètrent en toute liberté, au service de leur recherche commune. Suivront les leçons de philosophie appliquée…       <br />
              <br />
       La première, la Maïeutique ou l'art d'accoucher des idées découvre Alci se frayant joyeusement un passage entre les jambes de So, puis la tête de So surgissant entre les jambes d'Alci, chacun expérimentant comment agir dans la joie peut multiplier sa puissance de vivre (Spinoza). Ensuite, la Péripatétique projette les deux amants se promenant, main dans la main. Adams exempts de l'idée de péché, ils dissertent sur l'art du BDSM… ce qui les conduit à évoquer Aristote à quatre pattes chevauché par Phyllis. De cette célèbre rencontre entre philosophie et sexe, ils tirent "corps et biens" l'idée d'un tableau vivant. Point d'orgue de ces échanges poétiques, la Dialectique, l'art du dialogue, où leurs corps s'imbriquant ils mettent magnifiquement - nus… de bout en bout - le plaisir au rang de viatique existentiel.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49201494.jpg?v=1675423475" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Épiphanie", de Paola Daniele,</strong></span> conclut ce parcours époustouflant par une performance à l'unisson. La performeuse, nue sous un peignoir découvrant "naturellement" sa féminité, se détache sur un drap blanc tendu à la verticale. Les yeux dans les nôtres, elle va y épingler - au rythme lent des cycles récurrents - quelque cent sachets. Chacun d'entre eux contient le coton, imprégné du précieux sang menstruel d'une femme ayant répondu à son appel au don.       <br />
              <br />
       Dans le plus grand silence, écho de la chape de non-dits imposés par le tabou entourant le sang menstruel, elle s'adonne à ce rite païen avec la complicité de participant(e)s sollicité(e)s. Conclue par un geste iconoclaste célébrant le nom des femmes - et répondant à distance à celui du prêtre brandissant le calice rempli du sang du christ - la cérémonie païenne fait couler de la gorge au sexe de la performeuse un filet de sang rouge vif.       <br />
              <br />
       Ainsi, au sein du Collectif Hic Est Sanguis Meus (Ceci est mon sang) et de l'installation participative qui en découle, Paola Daniele questionne la connotation du sang féminin dans l'imaginaire hérité du patriarcat. Naguère occulté, il est rendu invisible par le triomphe hygiéniste d'une civilisation aseptisant "la tache" primitive. Afin de lui redonner la légitimité qui lui revient de droit - sans le ventre d'une femme, l'homme serait "l'être mort" - le liquide intime exhibé ouvre à d'autres perspectives en introduisant un changement de paradigme salutaire. Non plus objet de honte, le sang menstruel devient l'étendard d'un nouveau combat "du côté de la vie". Un combat vivifiant, ô combien plus glorieux que celui versé par les hommes, victimes ancestrales des champs guerriers.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49201545.jpg?v=1675423571" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Un Chant d'amour"</strong></span>       <br />
       Court métrage interdit aux moins de 16 ans,       <br />
       réalisé en 1950, sorti en 1975.       <br />
       Réalisation : Jean Genet.       <br />
       Scénario : Jean Genet.       <br />
       Acteurs principaux : Java et André Reybaz.       <br />
       Durée : 26 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 27 janvier à la MÉCA Bordeaux, dans le cadre du Festival Trente Trente qui s'est déroulé du 12 janvier au 2 février 2023.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49201565.jpg?v=1675423696" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Le Soldat orphelin"</strong></span>       <br />
       Théâtre et danse, étape de travail.       <br />
       D'après "Le Soldat Orphelin" publié aux Éditions Moires.       <br />
       Texte et voix : Abdulrahman Khallouf.       <br />
       Scénographie et direction artistique : Jean Luc Terrade.       <br />
       Chorégraphie et danse : Jean Philippe Costes Muscat.       <br />
       Durée : 40 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 27 janvier à la MÉCA Bordeaux, dans le cadre du Festival Trente Trente.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49201593.jpg?v=1675423743" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Sabra et Chatila"</strong></span>       <br />
       Danse et théâtre, étape de travail.       <br />
       Chorégraphie, mise en scène et conception : Afshin Ghaffarian.       <br />
       Interprètes : Julie De Bellis, Svantje Buchholz et Afshin Ghaffarian.       <br />
       Création lumière : Vincent Tudoce.       <br />
       Scénographie : Heiko Moennich.       <br />
       Musique originale : Mohammadreza Râd.       <br />
       Durée : 30 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 27 janvier à la MÉCA Bordeaux, dans le cadre du Festival Trente Trente.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49201597.jpg?v=1675423788" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"L'éthique"</strong></span>       <br />
       Danse pour adultes.       <br />
       Conception et chorégraphie : Matthieu Hocquemiller.       <br />
       Texte : Matthieu Hocquemiller, Patrice Desmon et Pierre Emö.       <br />
       Avec : Patrice Desmons et Pierre Emö.       <br />
       Caméra : Magali Laroche.       <br />
       Mmusique : Benjamin Collier.       <br />
       Lumière : Abigail Fowler.       <br />
       Durée: 40 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 27 janvier à la MÉCA Bordeaux, dans le cadre du Festival Trente Trente.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70544414-49201598.jpg?v=1675423828" alt="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" title="Festival Trente Trente Des chants d'amours sans frontières… un hymne vibrant aux libertés recouvrées" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Épiphanie"</strong></span>       <br />
       Performance pour adultes.       <br />
       Performance : Paola Daniele.       <br />
       Collectif Hic Est Sanguis Meus.       <br />
       Durée : 30 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 27 janvier à 22h15, à la MÉCA Bordeaux, dans le cadre du Festival Trente Trente.</b>       <br />
              <br />
       <b>Festival Trente Trente</b>       <br />
       <b>S'est déroulé du 12 janvier au 2 février 2023.</b>       <br />
       <a class="link" href="http://www.trentetrente.com/" target="_blank">>> trentetrente.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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