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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
  <link>https://www.larevueduspectacle.fr/</link>
  <language>fr</language>
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   <title>"L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…</title>
   <pubDate>Wed, 23 Nov 2022 06:54:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   S'il est un point commun entre ces trois créatures réunies dans une étonnante volière, c'est bien qu'elles sont, chacune dans son registre, des êtres de désir prêts à se brûler les ailes pour réaliser ce que d'aucuns - les résignés - nommeraient pures chimères… Trois personnages de "La Mouette", d'Anton Tchekhov, adaptée avec la complicité de Marianne Perdu, qui vont prendre leur envol dans une mise en jeu de Jean-Luc Terrade et Benjamin Ducroq propre à magnifier leur quête éperdue de l'inaccessible.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68975040-48383809.jpg?v=1669116224" alt=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" title=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" />
     </div>
     <div>
      D'emblée le charme opère pour nous transporter dans un autre monde, vestige d'une opulence surannée… Celui de Sorine, le propriétaire de ce domaine envahi par la végétation, homme vieillissant, pouvant éprouver le sentiment d'être passé à côté de son existence et d'autant plus déterminé à goûter les plaisirs offerts par l'espérance de vie qu'est la sienne. Celui de Nina, jeune femme portant son rêve de devenir actrice comme un blason sur lequel figure en filigrane le portrait de son mentor, l'écrivain Trigorine, dont elle se dit follement amoureuse. Et puis celui de Kostia, le fils de la grande actrice imbue d'elle-même et amante de Trigorine, lui qui ne jure que d'absolu - réinventer l'art, <span style="font-style:italic">&quot;des formes nouvelles, sinon rien&quot;</span> - qui se meurt d'amour pour &quot;sa mouette&quot;, la belle Nina, elle lui répondant en jouant de son violon.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Rêver un impossible rêve/Aimer jusqu'à la déchirure/Aimer, même trop, même mal/Tenter, sans force et sans armure/D'atteindre l'inaccessible étoile&quot;,</span> tel est le crédo des deux jeunes gens de Tchekhov dont la quête, à bien des égards, fait écho à celle chantée naguère par Jacques Brel. Ils investissent sans raison garder leurs passions respectives, tant pour l'art que pour l'amour d'un être, tous deux confondus dans le même désir, cultivant la démesure des sentiments (colère, abattement, euphorie) quand bien même devraient-ils en mourir…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68975040-48383811.jpg?v=1669116257" alt=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" title=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" />
     </div>
     <div>
      Introduit au sein d'une imposante structure en fer rouillé - une serre que l'on doit à Yoann Penard, artiste sculpteur - au sol jonché des feuilles automnales, juché sur de méchants bancs de bois où l'on a pris place, on découvre trois formes mi-oiseaux mi-humaines endormies dans la volière leur servant d'abri. Chacune d'entre elles s'ébroue, traversée entre sommeil et veille par les éclats d'un passé qui n'arrête pas de passer en elles. Ce sont ces fragments qui, par éclats, vont trouer les barrières du temps pour venir faire sens dans le présent de la représentation.       <br />
              <br />
       Comme un magma impérieux qu'aucune digue ne pourrait contenir, les soliloques s'enchaînent, s'enchevêtrent, se font écho pour dire l'essence de la matière dont sont faits ces personnages. <span style="font-style:italic">&quot;Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil&quot;,</span> faisait dire Shakespeare au magicien Prospero dans &quot;La Tempête&quot;. Ici, Nina est littéralement magnétisée par son désir, Trigorine étant - elle le croit ardemment - celui qui peut lui offrir le sésame de ses rêves d'actrice, alors elle l'aime envers et contre tout. Kostia brûle, lui, de l'envie de créer une forme artistique inédite et sa passion pour Nina se nourrit d'amours littéraires, le consumant littéralement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68975040-48383861.jpg?v=1669116307" alt=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" title=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" />
     </div>
     <div>
      Lorsque ces êtres vont se rencontrer dans un présent improbable, le nôtre, ce sont leurs rêves qui vont s'entrechoquer. Tous sont mus par une sincérité au-dessus de tous soupçons, ce qui les rend magnifiquement touchants. Kostia tremble de dépit lorsque sa pièce est moquée par son impudente mère, et tremble d'amour lorsqu'il étreint dans ses bras &quot;sa mouette&quot; à laquelle il dédiait son œuvre. De même, la chanson langoureuse qu'il compose pour elle, sur une musique de Benjamin Ducroq, résonne des accents de son amour éperdu. Quant à Sorine, la bienveillance paternelle qu'il accorde à son neveu Kostia ferait fondre le pire des hommes.       <br />
              <br />
       Quand les doutes les assaillent, c'est le meilleur de l'humanité qui parle en eux. Ainsi de Kostia raturant son texte et froissant rageusement ses feuillets au nom d'exigences artistiques le rendant incapable de la moindre concession. Ainsi de Sorine proposant un titre à sa vie imparfaite - &quot;L'homme qui a voulu…&quot;. Ainsi de Nina revenant après une longue absence vers &quot;leur théâtre de jeunesse&quot; pour suggérer au jeune homme, l'un et l'autre toujours épris, le thème d'une nouvelle : <span style="font-style:italic">&quot;Une jeune fille près d'un lac, heureuse comme une mouette. Un homme la détruit pour passer le temps…&quot;.</span> La représentation théâtrale qui s'ensuit mimera la profession de foi artistique de Kostia réalisant - en dernier recours - son mantra : peindre la vie non telle qu'elle est, ni encore telle qu'elle devrait être, mais telle qu'on la voit en rêve…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68975040-48383862.jpg?v=1669116353" alt=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" title=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" />
     </div>
     <div>
      Au charme envoûtant d'une scénographie propre à transporter dans un ailleurs poétique, &quot;L'envol perdu&quot; ajoute les interprétations troublantes d'Élise Servières dans le rôle d'une Nina traversée par des élans fulgurants, de Benjamin Ducroq dans celui d'un Kostia débordant de sensibilité à fleur de peau et de Daniel Strugeon dans celui d'un Sorine éclatant de vitalité sereine. Quant à l'adaptation subtile du texte d'Anton Tchekhov et à sa mise en jeu inventive, ils participent de la qualité de cette forme justifiant à elle seule ce qui est légitime d'attendre de tout spectacle pour enfants, sa capacité &quot;à parler&quot; merveilleusement aux adultes.        <br />
              <br />
       Vu, lors de sa création, le mardi 15 novembre 2022 au Centre Simone Signoret de Canéjan (33), dans le cadre du Festival Tandem de Canéjan.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"L'envol perdu"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68975040-48383989.jpg?v=1669116833" alt=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" title=""L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs…" />
     </div>
     <div>
      Création 2022. Théâtre jeune public.       <br />
       D'après &quot;La Mouette&quot; d'Anton Tchekhov       <br />
       Sur une idée originale de Benjamin Ducroq.       <br />
       Adaptation : Marianne Perdu, Jean-Luc Terrade.       <br />
       Mise en scène : Jean-Luc Terrade.       <br />
       Avec : Élise Servières, Daniel Strugeon, Benjamin Ducroq.       <br />
       Décor structure : Yoann Penard.       <br />
       Habillage scénique, costumes : Marion Bourdil.       <br />
       Régie générale : Marius Bichet.       <br />
       Assistant : Nicolas Meusnier.       <br />
       Création lumière : José Victorien.       <br />
       Maquillage : Michèle Bernet.       <br />
       Musique, création sonore : Benjamin Ducroq.       <br />
       Par le Maesta-Théâtre (Le Bouscat).       <br />
       Tout public dès 9 ans.       <br />
       Durée : 50 minutes.       <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://signoret-canejan.fr/" target="_blank">&gt;&gt; signoret-canejan.fr</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       1er décembre 2022 : Champ de foire - Saint-André de Cubzac (33).       <br />
       15 décembre 2022 : Festival Sur un petit nuage - Pessac (33).       <br />
       6 avril 2023 : Agora PNC - Boulazac (24).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière</title>
   <pubDate>Sun, 06 Feb 2022 11:29:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yves Kafka</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Festivals]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Pour clore le parcours du samedi 22 janvier axé autour des identités "à découvrir", L'Atelier des Marches de Jean-Luc Terrade et l'ancienne fabrique de chaussures de La Manufacture CDCN accueillent deux performances théâtrales à couper le souffle… Trempant leur plume dans l'intime, elles font matière artistique de blessures à jamais à vif. Non pour faire pleurer Margot - ce n'est pas le genre - mais pour créer, dans les traces de Serge Doubrovsky, une œuvre auto-fictive transcendant le réel afin de le mieux donner à entendre.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130027.jpg?v=1644144694" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Heartbreaker(s)"</strong></span>, conçu et interprété par <b>Nicolas Meusnier</b>, s'inscrit dans le droit fil du premier "épisode", "Sitcom", créé en 2019 et repris dans cette même programmation. D'abord dire qu'à l'époque, ce fut pour nous un vrai choc de découvrir chez ce jeune homme autant d'engagement personnel et artistique au service d'une œuvre qui ne faisait alors que débuter. "Heartbreaker(s)" allait confirmer le bienfondé de nos premières impressions…       <br />
              <br />
       Si l'artiste avait préalablement élu la table de la cuisine de son enfance comme nœud névralgique du dispositif retenu de dissection des névroses familiales dont il avait hérité, ici on se retrouve projeté dans une salle anonyme où des adultes se regroupent pour parler ensemble de leur mal de vivre. Les spectateurs, inclus dans le demi-cercle de chaises s'ouvrant sur les travées, deviennent là encore témoins de ce qui va se rejouer de "l'autre scène", celle où vont surgir les avatars d'une histoire marquée par les violences de l'abandon.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130036.jpg?v=1644144725" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
     </div>
     <div>
      Toujours muni d'une liasse de feuillets en main, se rongeant les ongles, le performeur déchiffre dans un état d'émotions difficiles à contenir les mots jetés sur le papier. &quot;Ses&quot; mots, ceux de &quot;son&quot; histoire mise à distance, déroulant l'itinéraire chaotique d'un jeune adulte ayant subi - souhaité - des relations avec des hommes dont il a eu ensuite à souffrir l'abandon. Amours violentes autant que passionnées qui, chaque fois avec une sidérante répétition du même, le laissent en perdition, comme si &quot;éprouver&quot; à satiété l'abandon était devenu pour lui une nécessité vitale, une addiction irrépressible visant à conjurer d'anciens démons lovés au plus profond de son être.       <br />
              <br />
       Dès le &quot;lever de rideau&quot; (on est au théâtre) qui le découvre ravalant ses larmes, marmonnant un <span style="font-style:italic">&quot;je préfère que quelqu'un meure, plutôt qu'il ne m'abandonne&quot;</span>, tout est dit de l'axe dramatique tramant la performance trouée de ruptures qu'il enchaîne et qui l'enchaînent sur sa chaise dont il ne se lèvera que pour chanter au micro des tubes à haute valeur roborative. Véronique Sanson, Barbara, Céline Dion, Françoise Hardy, &quot;interprètes&quot; aux voix vibrantes d'émotions, se feront ainsi l'écho de ses émois amoureux, de ses blessures béantes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130057.jpg?v=1644144939" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
     </div>
     <div>
      Avec un langage d'une vérité crue, n'épargnant aucun détail physique, si violent puisse-t-il apparaître, il raconte ses aventures amoureuses avec des hommes plus âgés que lui, se raconte au fil des mots vibrant d'espoirs déçus. Les siens mots, mais aussi ceux d'une poésie à fleur de peau, à l'image de ceux de Barbara dans &quot;Septembre&quot;. <span style="font-style:italic">&quot;Il faut se quitter, pourtant l'on s'aimait bien… quel joli temps pour jouer ses vingt ans sur la fumée des cigarettes… l'amour s'en va, mon cœur s'arrête&quot;</span>, les paroles d'une autre, en accord avec sa sensibilité exacerbée. Les chansons, c'est sa manière à lui de dire aussi je t'aime à quelqu'un qui pourrait avoir envie de lui, lui qui est prêt à tout pour être aimé, prêt à offrir son corps enchaîné aux désirs des autres. Et lorsque l'émotion semble le submerger, il s'absente en fond de plateau pour y trouver refuge blotti dans son blouson, comme un enfant au creux de sa mère.       <br />
              <br />
       Jusqu'au dévoilement final, l'amour fou qu'il réclame à cor et à cri, à corps perdu, résonne jusqu'à nous comme un appel déchirant l'épaisseur des convenances… Mais que l'on ne s'y trompe pas, si l'homme est tout entier dans le récit (qui par nature est de l'ordre de la fiction) de ses amours violentes et ruptures désespérées, c'est l'acteur qui les  représente avec force et talent, les reproduisant de représentation en représentation pour &quot;acter&quot; son geste artistique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130063.jpg?v=1644144995" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Sola Gratia"</strong></span>, porté par <b>Yacine Sif El Islam</b> et ses complices Benjamin Yousfi et Benjamin Ducroq, plonge dans les arcanes d'une histoire de la violence vécue… pour en faire œuvre symptomatique d'un monde gangréné par de crétins anonymes à la vue "limitée", ceux dont parlait naguère Georges Brassens dans sa "Ballade des gens qui sont nés quelque part" (<span style="font-style:italic">Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part/Maudits soient ces enfants de leur mère-patrie/Empalés une fois pour toutes sur leur clocher…</span>).       <br />
              <br />
       Un homme, dos nu - Benjamin Yousfi - fait face à un tableau. Pendant toute la performance, il s'appliquera de son fil à broder à inscrire en lettres de feu une date, la date. Celle de ce début septembre 2020 où, dans le quartier Saint-Jean de Bordeaux où il réside avec son ami Yacine Sif El Islam, un jeune homme (ironie de l'histoire, il portait lui aussi le prénom de Yacine) après les avoir gratifiés de "sales PD", a entaillé méchamment de sa lame l'épaule de l'un et la joue de l'autre. L'application qu'est la sienne, dans ce geste de brodeur répété avec minutie, renvoie à celui du chirurgien tentant de suturer les deux lèvres d'une plaie béante.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130069.jpg?v=1644145032" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
     </div>
     <div>
      Son compagnon - Yacine Sif El Islam à qui l'on doit l'écriture de ce texte -, assis au premier plan, s'apprête à se saisir du micro pour explorer le cataclysme déclenché en lui par cette agression sauvage ayant fait figure de détonateur. Remontant alors méthodiquement le parcours qui fut le sien, il cheminera à rebours l'itinéraire reliant entre eux les évènements marqueurs d'une existence mise très tôt à l'épreuve de la violence. À l'autre bout de la diagonale de cette folie recensée, un autre Benjamin - Benjamin Ducroq -, debout derrière ses manettes, soutiendra de ses musiques savamment distillées les respirations d'un texte fleuve.       <br />
              <br />
       Remonte alors à sa mémoire en fusion, les injures ordinaires proférées par des hommes ordinaires, de toutes origines, se croyant irrésistibles de ricaner sur le passage de ces &quot;deux bicots PD&quot;, qu'ils se tiennent ou non par la main. Pire, le sentiment écœurant que les agresseurs et les tenants de l'ordre se retrouvent pour les avilir, les humilier, eux, Arabes et homosexuels. Et pire encore, ces policiers investis d'un rôle de missionnaire face à la horde des indigènes sauvages à civiliser, ces tenants d'un ordre républicain dévoyé s'adonnant à des &quot;plaisanteries&quot; scabreuses lors de leur dépôt de plainte au commissariat de Bordeaux.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130126.jpg?v=1644145812" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
     </div>
     <div>
      Suivront, comme les battements d'un métronome égrenant les minutes d'une existence placée sous le sceau des brutalités vécues, d'autres dates. Mars 2017, Bordeaux… Juin 2016, Madrid… Juillet 2006, Montpellier… Autant de lieux datés libérant leur histoire de violence ordinaire où le sexe, la vie et la mort mêlant inextricablement leurs rhizomes, aériens et souterrains, se confondent dans le même substrat. Avant que, touche finale ouvrant sur un avenir désiré, ne soit évoqué le paradis de l'enfance insouciante.       <br />
              <br />
       Ce qui est remarquable, c'est que loin d'adopter un point de vue victimaire, l'homme-acteur s'interroge. Si, lui qui se reconnaît volontiers <span style="font-style:italic">&quot;musulman par son père, catholique par sa mère, juif par amour et athée par conviction&quot;</span>, réalisait en un seul la synthèse d'un être traversé par des pulsions, apparemment contradictoires, poussant le désir d'aimer jusqu'à celui de s'exposer à la fureur de vivre, quand bien même devrait-il en payer le prix fort ?       <br />
              <br />
       Si ce n'était la longue estafilade barrant le visage qui nous fait face, on pourrait se demander - tant la voix distillant la colère contenue trouve la bonne distance pour ne pas &quot;écraser&quot; de son impact le spectateur - s'il ne s'agirait pas là d'une écriture théâtrale portée à son incandescence par un acteur extérieur aux faits… L'acteur - c'est une &quot;représentation&quot; - transcende ainsi l'homme pour, sans le trahir aucunement, faire résonner &quot;extra-ordinairement&quot; sa voix sur une scène. Et cette voix &quot;haut parlée&quot; est d'autant plus audible qu'elle est en permanence amplifiée par la petite musique aérienne, et la performance silencieuse, de ses deux complices au plateau. Un grand texte, superbement interprété.       <br />
              <br />
       <b>Ces deux spectacles ont été vus dans le cadre du Festival Trente Trente de Bordeaux-Métropole-Boulazac le samedi 22 janvier. Le premier à 18 h 45, à L'Atelier des Marches, le deuxième à 20 h 30, à La Manufacture CDCN.</b>
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      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130130.jpg?v=1644145919" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
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      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Heartbreaker(s)"</strong></span>       <br />
       Création - Performance - Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux).       <br />
       Conception et interprétation : Nicolas Meusnier.       <br />
       À partir de 15 ans.       <br />
       Durée : 30 minutes.
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     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62144513-45130131.jpg?v=1644145875" alt="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" title="Festival Trente Trente "Heartbreaker(s)" et "Sola Gratia", deux performances bouleversantes où l'on voit "l'auto-fiction" transcender le réel pour en faire matière" />
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      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Sola Gratia"</strong></span>       <br />
       Création - Théâtre, performance - Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux).       <br />
       Porté par Yacine Sif El Islam.       <br />
       Texte : Yacine Sif El Islam.       <br />
       Avec : Yacine Sif El Islam, Benjamin Ducroq et Benjamin Yousfi.       <br />
       Création costume, conseil et performance : Benjamin Yousfi.       <br />
       Création sonore : Benjamin Ducroq.       <br />
       Production : Groupe Apache.       <br />
       Durée : 40 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Festival Trente Trente,       <br />
       19e Rencontres de la forme courte dans les arts vivants.</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 18 janvier au 10 février 2022.</span>       <br />
       Billetterie : 05 56 17 03 83 et info@trentetrente.com.       <br />
       <a class="link" href="http://www.trentetrente.com/" target="_blank">>> trentetrente.com</a>
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     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/62144513-45130027.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Festival-Trente-Trente-Heartbreaker-s-et-Sola-Gratia--deux-performances-bouleversantes-ou-l-on-voit-l-auto-fiction_a3168.html</link>
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