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  <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></description>
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  <language>fr</language>
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   <title>"Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat</title>
   <pubDate>Mon, 18 Mar 2024 18:03:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Brigitte Corrigou</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dans cette maison bourgeoise semblable à tant d'autres, avec deux hommes, un grand salon et un ami constant qui vient faire des visites régulières, la femme est une simple poupée aux côtés de ses trois enfants. Elle n'est que ça ! Pourtant, elle sauve son mari, à son insu, d'un mal pulmonaire en payant en secret un voyage à Naples pour son rétablissement. Pour réunir cet argent, elle travaille jusqu'au désespoir, la nuit, en cachette, et elle fait un faux en écriture auprès d'un huissier.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78984487-57269277.jpg?v=1710783125" alt=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" title=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" />
     </div>
     <div>
      Le prêteur menace de révéler ceci à son mari, mais il finit par l'apprendre et craint pour sa réputation. Effondrée par sa réaction mesquine, elle décide de tout quitter. Les hommes sont des pantins, veules et pleutres, à part peut-être le docteur Rank. Sans doute Nora incarne-t-elle une sorte de moment auroral du féminisme.       <br />
              <br />
       Une question nous a taraudée d'emblée à l'occasion de l'annonce d'une nouvelle adaptation de &quot;La Maison de poupée&quot;, célèbre pièce d'Ibsen, inscrite au registre international de la mémoire du monde de l'Unesco : pourquoi revisiter encore ce qui, a priori, a sans doute déjà été dit au fil des siècles ? Il est certain que l'œuvre d'art doit être aux prises avec le monde d'aujourd'hui et en refléter la nouveauté et la variété. Y baliser de nouvelles pistes d'interprétation est tout à fait légitime…       <br />
              <br />
       Gaston Bachelard n'a-t-il pas dit que <span style="font-style:italic">&quot;le passé de la culture a pour véritable fonction de lui préparer un avenir&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78984487-57269291.jpg?v=1710783254" alt=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" title=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" />
     </div>
     <div>
      De plus, cette nouvelle proposition soulevait aussi, pour nous, un double questionnement émaillé d'appréhensions tangibles : encore une pièce sur le féminisme. Beaucoup d'interrogations, donc… De plus, cette pièce, nous la connaissions pour l'avoir vue quelques fois déjà, car à nos yeux, il s'agit là d'une pièce essentielle sur le thème du mensonge, de la morale féminine opposée à la morale masculine, mais surtout du désir d'être soi et de s'accomplir coûte que coûte hors des conventions, de la société, du travail ou encore de la famille.       <br />
              <br />
       Mais convaincue que le théâtre est souvent capable du meilleur, nous avons malgré tout décidé de voir cette nouvelle version mise en scène par Elsa Granat.       <br />
              <br />
       Dans son adaptation toute personnelle de la pièce écrite en 1879, la metteuse en scène a choisi un angle tout particulier pour le moins subtil : celui de donner la parole aux enfants que Nora a abandonnés sans donner d'explication.  Elle s'en justifie ainsi : <span style="font-style:italic">&quot;réécrire des fictions en leur rajoutant des compléments circonstanciels, c'est un moyen de permettre à ces histoires de devenir réparatrices&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Et c'est là un véritable trait de génie qu'a eu l'autrice et metteuse en scène, à la tête de sa compagnie &quot;Tout Un Ciel&quot; depuis 2015. Assistée de Laura Grisinger à la dramaturgie, Elsa Granat nous fait découvrir quatorze comédiens et comédiennes en alternance, tout droit sortis(es) de l'ESAD (École supérieure d'Art Dramatique de Paris), et deux comédiennes amatrices de 70 ans incarnant Nora et Mme Linde âgées, Gisèle Antheaume et Victoria Chabran. L'énergie au plateau de tout ce petit monde est jubilatoire, virevoltant, remarquablement interprété et d'une grande justesse.       <br />
              <br />
       Elsa Granat, contrairement à Nora, ne fuit pas le patriarcat… Loin de là. Elle l'affronte de plein fouet, bille en tête, via la jeunesse et la fougue de son interprétation, et revisite la pièce d'Ibsen avec brio et grande originalité.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;J'ai vu une rencontre importante à tisser entre cette très ancienne Nora et ces très jeunes gens d'aujourd'hui. Et je voulais les questionner sur la manière dont ils pouvaient s'emparer du patrimoine de cette chose écrite par un homme du temps passé&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Bien lui en a pris ! Le public entend haut et fort les choix de Nora, cette femme qui est parvenue à se dire qu'elle aussi a des devoirs envers elle-même et que, pour cela, sans doute, il faut fuir, loin du patriarcat. Ses trois enfants n'ont pas l'intention de pardonner à leur mère, pourtant devenue vieille, mais ils vont tout de même prendre le temps de la visiter dans l'Ehpad où elle se trouve, de l'écouter, de l'entendre. Quand bien même, elle ne parvient pas véritablement à leur donner d'explications parce qu'elle est sénile.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78984487-57269299.jpg?v=1710783292" alt=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" title=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" />
     </div>
     <div>
      Les seize comédiens et comédiennes, en ce moment sur le plateau de La Tempête, sous la houlette d'Elsa Granat et de Laure Grinsinger, ont bien des choses à dire dans la lignée du hashtag Metoo, mais le vent qui mugit dans ce célèbre théâtre de la Cartoucherie n'emporte pourtant pas leurs paroles. Notamment celle de la jeune comédienne interprétant Nora ce vendredi 15 mars, tout comme celle d'une de ses deux filles au début de la pièce !       <br />
              <br />
       &quot;Je vois une pièce bourgeoise et révolutionnaire où je pourrais coller au mur cette femme et la faire parler pour qu'elle dise enfin ce qu'elle peut pour nous aujourd'hui, dans notre couple bouleversé par ceux qui paternent, bouleversé par celles qui parlent trop vite pour dire tout ce qu'elles ont tu pendant des années&quot;.       <br />
              <br />
       Elsa Granat a bien fait de se projeter ainsi, ses yeux grands ouverts sur la pièce datée d'Ibsen et en a fait un véritable bijou autour de l'héritage du passé.       <br />
              <br />
       La dramaturgie est finement agencée, laissant une grande place aux interrogations viscérales des trois enfants de Nora, remarquablement transposées par le jeu et la maturité des jeunes comédiens et comédiennes. Les propos des personnages s'enchevêtrent entre le XIXe siècle révolu et le XXe siècle, parfois en double voix, en sollicitant doublement le public dans les intentions.       <br />
              <br />
       Courez au théâtre de la Tempête avant le 31 mars pour assister à un spectacle d'une remarquable facture et ne négligez pas de considérer aussi le sous-titre, car il y a beaucoup de choses à y découvrir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Nora, Nora, Nora ! - De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78984487-57269302.jpg?v=1710783318" alt=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" title=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" />
     </div>
     <div>
      D'après &quot;Une Maison de poupée&quot; d'Henrik Ibsen.       <br />
       Texte et mise en scène : Elsa Granat.       <br />
       Assistante mise en scène : Zelda Bourquin.       <br />
       Avec, en alternance : Maëlys Certenais , Antoine Chicaud, Hélène Clech, Victor Hugo Dos Santos Pereira, Niels Herzhaft, Chloé Hollandre, Juliette Launay , Anna Longvixay, Clémence Pillaud, Luc Roca, Lucile Roche, Clément-Amadou-Sall, Juliette Smadja et deux actrices amatrices Gisèle Antheaume, Victoria Chabran.       <br />
       Scénographie : Suzanne Barbaud.       <br />
       Lumières : Véra Martin.       <br />
       Son : Mathieu Barché.       <br />
       Collaboration à la dramaturgie : Laure Grisinger.       <br />
       Régie générale et plateau : Quentin Maudet.       <br />
       Régie plateau et habillage : Sabrina Durbano       <br />
       Approche chorégraphique de la tarentelle : Tullia Conte, Mattia Doto.       <br />
       Compagnie Tout Un Ciel.       <br />
       Durée estiméee : 2 h.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 1er mars au 31 mars 2024.</span>       <br />
       Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30.       <br />
       Théâtre de la Tempête, Salle Copi, Cartoucherie, Paris 12e, 01 43 28 36 36.       <br />
       <a class="link" href="https://www.la-tempete.fr/" target="_blank">&gt;&gt; la-tempete.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/78984487-57269478.jpg?v=1710784346" alt=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" title=""Nora, Nora, Nora ! De l'influence des épouses sur les chefs-d'œuvre"… sous les yeux grands ouverts d'Elsa Granat" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/78984487-57269277.jpg</photo:imgsrc>
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   <title>"Les femmes de Barbe Bleue" Désirs, désirs, étranges désirs qui défient les réalistes et fascinent les fous</title>
   <pubDate>Wed, 18 Dec 2019 09:31:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Bruno Fougniès</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   On entre dans la maison de Barbe Bleue par l'entremise de l'une de ses femmes, la dernière à être tentée par cette fameuse porte close dont elle a l'interdiction d'accès malgré cette clef qui lui brûle et lui glace la paume. C'est soir de fête et le maître de maison est absent. Et la boisson commence à manquer. Et la maîtresse de maison décide de descendre l'escalier de la cave qui mène à cet interdit. Au lieu d'un cellier, c'est un musée sanglant qu'elle découvre alors, un musée vivant de toutes les femmes de Barbe Bleue tuées.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/40885306-34539323.jpg?v=1576659489" alt=""Les femmes de Barbe Bleue" Désirs, désirs, étranges désirs qui défient les réalistes et fascinent les fous" title=""Les femmes de Barbe Bleue" Désirs, désirs, étranges désirs qui défient les réalistes et fascinent les fous" />
     </div>
     <div>
      Ces quatre précédentes épouses vont devant nous revivre le destin qui les amena là, à cette fin. Quatre histoires toutes très différentes. Quatre femmes chacune originale, unique, qui tentent de toucher du doigt les raisons profondes de ce qui est pour les cerveaux sensés, carrés, terre à terre, une folie, un indicible, un illogisme parfait : les raisons des désirs des plus bizarres et périlleux.       <br />
              <br />
       Les attraits de l'interdit et du danger, tout est là : comment résister à l'injonction qui dit de ne pas prendre ce chemin, de ne pas goûter cette boisson, de ne pas transgresser la règle. Toute l'histoire de Barbe Bleue fonctionne sur ce trouble des sens, cette tentation qui n'a l'air de rien, pas seulement curiosité mais fascination pour le mal.       <br />
              <br />
       On pourrait craindre trop de psychologie dans ce travail de création autour du thème du conte de Perrault, mais l'écriture collective de cette compagnie évite soigneusement cet écueil. Chaque histoire racontée, chaque destin devient, grâce aux interprétations très incarnées, un conte par lui-même, vécu ou revécu devant nous dans une forme de reconstitution. Le texte, comme la mise en scène de Lisa Guez, parvient à réaliser un dosage délicat, difficile entre une impudeur nécessaire et une analyse du comportement sous forme d'aveux.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/40885306-34539328.jpg?v=1576659523" alt=""Les femmes de Barbe Bleue" Désirs, désirs, étranges désirs qui défient les réalistes et fascinent les fous" title=""Les femmes de Barbe Bleue" Désirs, désirs, étranges désirs qui défient les réalistes et fascinent les fous" />
     </div>
     <div>
      Les cinq interprètes semblent être en accord parfait avec leurs personnages aux imaginaires éclatés. On tourne ainsi autour des abîmes de l'âme féminine, ses peurs, ses fascinations. Mais peut-être ces abîmes ne sont-ils pas uniquement féminins ?       <br />
              <br />
       Malgré la noirceur du fond de ces histoires, la mise en scène et le jeu des actrices provoquent plus de rires et de sourires que de frisson. Un jeu dynamique, des textes emportés empêchent tout pathos et apportent au spectacle autant de sensualité que de fantaisie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Les femmes de Barbe Bleue"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/40885306-34539329.jpg?v=1576659564" alt=""Les femmes de Barbe Bleue" Désirs, désirs, étranges désirs qui défient les réalistes et fascinent les fous" title=""Les femmes de Barbe Bleue" Désirs, désirs, étranges désirs qui défient les réalistes et fascinent les fous" />
     </div>
     <div>
      Une création collective de Juste avant la compagnie.       <br />
       Idée originale et mise en scène : Lisa Guez.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Sarah Doukhan.       <br />
       Avec : Valentine Bellone, Valentine Krasnochok, Anne Knosp, Nelly Latour, Jordane Soudre.       <br />
       Dramaturgie et mise en forme de l'écriture : Valentine Krasnochok.       <br />
       Création lumière : Lila Meynard et Sarah Doukhan.       <br />
       Durée : 1 h 25.       <br />
       Juste avant la compagnie.       <br />
       <a class="link" href="https://www.justeavantlacompagnie.com/" target="_blank">&gt;&gt; justeavantlacompagnie.com</a>       <br />
              <br />
       <b>A été joué du 27 novembre au 1er décembre 2019 au Lavoir Moderne Parisien.       <br />
       Vient de remporter le Prix du Jury et le Prix des Lycéens dans le cadre du Festival Impatience 2019.</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée 2019/2020</b>       <br />
       3 et 4 mars : Théâtre de la Verrière, Lille (59).       <br />
       12 et 13 mars : L'Escapade, Hénin-Beaumont (62).       <br />
       15 mai : Théâtre Les Tisserands, Lomme (59).       <br />
       Juillet 2020 : Théâtre des Carmes, Festival Avignon Off.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/40885306-34539323.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Les-femmes-de-Barbe-Bleue-Desirs-desirs-etranges-desirs-qui-defient-les-realistes-et-fascinent-les-fous_a2623.html</link>
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   <title>"Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux</title>
   <pubDate>Fri, 22 Feb 2019 14:32:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Bruno Fougniès</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Sur scène, c'est comme un trône. Un trône pitoyable. Fauteuil à l'ancienne. Pas vraiment voltaire. Pas vraiment club non plus. Plutôt crapaud. Juché sur un piédestal pas du tout en marbre. Ça ressemble plus à de la palette empilée. Peinte en noir. Et puis un abat-jour en vessie de mouton tendue. Beige très clair. Monté sur un pied trop haut. Et puis c'est tout. Un trône ordinaire. Un trône de maison de banlieue. Elle y est installée. Elle n'en bouge pas. Elle y règne sur son domaine. Son domaine.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20715627-24074002.jpg?v=1500883074" alt=""Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux" title=""Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux" />
     </div>
     <div>
      Tout autour rien. Le vide obscur de l'irréalité, pourrait-on dire. Il n'y a qu'elle, juché sur son trône du quotidien, toute pâlotte dans cette nuit, qui brille. Qu'on voit. Et qui parle. Et qui trône sur son quotidien parce que c'est ça sa vie. La vie dont elle avait rêvé ou pas. La vie qu'on lui avait promise, c'est sûr. Et malgré les impondérables et le temps qui sabotent, elle la tenait sa vie, sa maison, son mari, ses enfants.       <br />
              <br />
       Qu'est-ce qu'elle dit ?... Elle s'explique, je crois. Elle parle à quelqu'un. À quelqu'un qui l'accuse, il faut croire. Quelqu'un qui l'accuse d'on ne sait pas quoi. On ne le saura qu'à la fin. Quand elle aura fini de parler. De s'expliquer. Enfin de raconter quoi, son domaine, son royaume, son empire, toutes ces années d'existence. Avec ses espoirs, très très humains. Très simples en fait. Et puis ses joies, ses plaisirs, ses émerveillements. Et puis ses déceptions bien sûr.       <br />
              <br />
       Une vie, c'est une sorte de succession de mondes qui s'écroulent, si on veut bien y réfléchir une seconde. On construit. On y croit. On flotte dans nos illusions jusqu'à ce qu'elles crèvent comme un ballon de baudruche et qu'on manque de crever avec elle. Parce que la petite pointe aigüe de la réalité est venue tout foutre en l'air, alors il y a plus qu'à en reconstruire un autre de bonheur. Ouais, il s'agit de parler de ça du bonheur.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20715627-24074003.jpg?v=1500883185" alt=""Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux" title=""Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux" />
     </div>
     <div>
      C'est ce qu'elle fait avec ce texte, Solenn Denis. Mais pas vraiment. Enfin, c'est ce qui m'a touché moi. Parce que parler du bonheur, ce n'est pas très simple. Et en fait personne n'écoute ce genre de discours. On s'en fout du bonheur. Solenn Denis doit raconter autre chose au travers de cette femme qui raconte ce qu'elle a été. Ce qu'elle était. Ce qu'elle est devenue. Elle doit raconter un drame mais c'est un spectacle du coup tellement prenant qu'on ne sait plus, qu'on est fasciné tout le temps par elle, cette vie.       <br />
              <br />
       Une vie simple. Du moins, une vie à laquelle elle avait donné son accord. Une promesse de vie qu'elle avait endossée totalement. Parce que, déjà toute petite, on lui avait promis cette vie, cet amour, ce mari, ces enfants, cette maison. L'image, elle y était rentrée jusqu'au cou. Sans solution de repli. Alors, quand quelqu'un a décidé que cette image n'existait plus… Décrocher le tableau et elle avec. Elle s'est retrouvée par terre. Alors elle s'accroche à son fauteuil comme une naufragée. Son trône.       <br />
              <br />
       Parce qu'elle est ordinaire. Pas plus que quelqu'un d'autre, pas moins. Pas plus belle. Pas plus intelligente. Pas plus douée que quelqu'un d'autre. Même, si là, après le drame, elle est devenue particulière soudain. Mais elle ne se sent pas différente. Pas plus que ça. Et même si son domaine, son royaume, a été détruit. Sa féminité finalement aussi.       <br />
              <br />
       D'ailleurs, Solenn Denis a mis un homme dans le corps de son héroïne. Sa <span style="font-style:italic">&quot;tragéïne&quot;</span>. Ça n'existe pas tant pis. Et cette parole qui traverse ce corps d'homme démultiplie le propos de cette histoire fantastico-ordinaire diffusée comme une bombe qu'on retient prête à exploser, parce que le bonheur simple qu'on bafoue, c'est dangereux aussi. Et puis l'interprétation magnifique d'Erwan Daouphars qui empêche le pathétique pour faire hurler l'émotion pure. Un bijou. Un bijou ordinaire. Un bijou extraordinaire parce que ordinaire. Un cœur énorme quoi. Quoi ?... &quot;Sandre&quot;, de Solenn Denis, interprété par Erwan Daouphars.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Sandre"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20715627-24074004.jpg?v=1500883712" alt=""Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux" title=""Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux" />
     </div>
     <div>
      Texte : Solenn Denis (Éditions Lansman).       <br />
       Mise en scène : Collectif Denisyak.       <br />
       Avec : Erwan Daouphars.       <br />
       Conception lumière : Yannick Anché.       <br />
       Conception scénographique : Philippe Casaban et Eric Charbeau.       <br />
       Costumière : Muriel Leriche.       <br />
       Construction décor : Nicolas Brun.       <br />
       Production Collectif Denisyak, Drôles de Dames et le Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine.       <br />
       Durée : 1 h       <br />
       À partir de 14 ans.       <br />
              <br />
       <b>A été joué du 6 au 26 juillet 2017,       <br />
       à La Manufacture, Salle de la Patinoire, Avignon,       <br />
       dans le cadre du Festival Off 2017.       <br />
       A été représente du mardi 27 mars au dimanche 8 avril 2018.       <br />
       à la Maison des Métallos, Paris 11e.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Tournée</b></div>
     <div>
      <span class="fluo_jaune">4 et 5 mars 2019 :</span> Nebia, Bienne ( Suisse).       <br />
       <span class="fluo_jaune">7 mars 2019 :</span> Le Mail - scène culturelle, Soisson (02).       <br />
       <span class="fluo_jaune">14 mars 2019 :</span> Théâtre des 2 rives, Charenton (94).       <br />
       <span class="fluo_jaune">15 mars 2019 :</span> Chapiteau La Fontaine aux Images, Clichy-sous-Bois (93).       <br />
       <span class="fluo_jaune">16 mars 2019 :</span> Théâtre Jean Marais, Saint-Gratien (95).       <br />
       <span class="fluo_jaune">19 mars 2019 :</span> Espace Carpeau, Courbevoie (92).       <br />
       26 mars 2019 : Espace Jéliote, Oloron-Sainte-Marie (64).       <br />
       28 mars 2019 : Le Minotaure, Vallauris (06).       <br />
       Du 21 au 24 mai 2019 : Théâtre des Îlets - Centre dramatique national, Montluçon (03).       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Première publication : 24 juillet 2017.</span>       <br />
       <span style="font-style:italic">Deuxième publication : 9 mars 2018.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/20715627-24074002.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Sandre-Une-vie-qu-on-epluche-meme-une-toute-petite-vie-ca-peut-faire-pleurer-les-yeux_a2063.html</link>
  </item>

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   <title>"Ivanov"… Tristesse, mélancolie… Dans sa proposition, Benedetti tente de soigner ces affections</title>
   <pubDate>Mon, 12 Nov 2018 06:00:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Bruno Fougniès</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   "Ivanov" est la première pièce jouée de Tchekhov. Une œuvre de jeunesse qui subit différentes réécritures suite aux critiques que l'auteur reçut à la création. À l'Athénée, c'est la version originale qui est montée : celle que Tchekhov intitula "Comédie" ; et c'est en prenant ce parti pris que Christian Benedetti construit sa mise en scène.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/27513257-27666583.jpg?v=1541959177" alt=""Ivanov"… Tristesse, mélancolie… Dans sa proposition, Benedetti tente de soigner ces affections" title=""Ivanov"… Tristesse, mélancolie… Dans sa proposition, Benedetti tente de soigner ces affections" />
     </div>
     <div>
      La pièce raconte la dernière année de la vie d'Ivanov, banal fonctionnaire de province, vaguement à la ruine, mais aussi moyennement nanti, adoré par son épouse qui, juive, a tout sacrifié pour lui - famille, religion -, ayant une vie sociale acceptable et des revenus, certes insuffisants pour ne pas s'endetter, mais suffisant pour pouvoir se laisser aller à l'ennui.        <br />
              <br />
       Bref, un hobereau sans blason, un Oblomov de petite extraction, engoncé dans un système d'inaction totale par peur de changer quoi que ce soit à l'existence. Un antihéros qui laisse son épouse Sarah mourir de phtisie, et s'abandonne mollement aux désirs d'une autre jeune femme, Sacha, qu'il épouse un an après le décès de Sarah.       <br />
              <br />
       Christian Benedetti attrape la pièce de Tchekhov comme un metteur en scène ferait avec le texte d'un jeune auteur. Il la prend, l'invente, la jette sur le plateau, voit ce qu'elle donne, ce qu'elle transpire. Il donne aux personnages des corps, des voix d'acteurs, d'actrices, les fait rouler dans un décor et avance. Et crée au mot à mot, et crée de seconde à seconde. Et découvre. Et nous fait découvrir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/27513257-27666599.jpg?v=1541959340" alt=""Ivanov"… Tristesse, mélancolie… Dans sa proposition, Benedetti tente de soigner ces affections" title=""Ivanov"… Tristesse, mélancolie… Dans sa proposition, Benedetti tente de soigner ces affections" />
     </div>
     <div>
      Il y a comme un cocktail dont on ne connaît pas la formule, un air dont on n'arrive pas à nommer la saveur dans cet &quot;Ivanov&quot;, un accord et un désaccord qui se chevauchent. C'est l'inconnu qui donne toute sa mesure. Qui plaît. Qui dérange. Qui intrigue. Et quoi de plus juste que de réussir à traiter cette pièce comme celle d'un jeune auteur et pas d'un vieux barbon répertorié du théâtre du XXe siècle ? Anton Tchekhov a à peine 27 ans lorsqu'il écrit &quot;Ivanov&quot;.       <br />
              <br />
       D'un début qui semble sorti du pur conventionnel : décor gigantesque, le mur de la maison d'Ivanov, une vague musique de fond et une scène tragi-comique, mais le spectacle évolue vite vers une déconstruction de plus en plus grande. D'actes en actes, le décor se désagrège, se déstructure, exhibe ses ossatures, et l'on se retrouve sur une scène de théâtre, comme vue des coulisses, toutes conventions jetées aux oubliettes.       <br />
              <br />
       De la même manière, le jeu, les scènes, les personnages vont du vaudeville au drame sans jamais s'installer pour très longtemps dans un registre ou dans un autre. C'est tout un monde qui entoure le couple des Ivanov, une société un peu folle, une peinture presque grotesque des intérêts, des malveillances et des mentalités.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/27513257-27666615.jpg?v=1541959378" alt=""Ivanov"… Tristesse, mélancolie… Dans sa proposition, Benedetti tente de soigner ces affections" title=""Ivanov"… Tristesse, mélancolie… Dans sa proposition, Benedetti tente de soigner ces affections" />
     </div>
     <div>
      Christian Benedetti ne monte pas Tchekhov pour exposer des messages collants à l'actualité. Il cherche la source du sens de ces pièces, ce qu'elles disent, ce qu'elles ont dit, ce qu'elles peuvent dire encore. Son objectif est surtout de porter l'expression de l'auteur sur scène. &quot;Qu'est-ce que le contemporain, c'est-à-dire, comment revenir à un présent où nous n'avons jamais été ?&quot;, se demande-t-il en créant sa mise en scène.       <br />
              <br />
       C'est ainsi que tout sentimentalisme est expurgé ici. Ce qui donne un côté assez froid au spectacle malgré une belle énergie de la troupe et une rigueur de jeu très assumée. Le résultat est que tous les personnages finissent par montrer, comme la scénographie, leurs mécanismes intimes, leurs peurs, leurs petitesses et qu'aucun n'en sort héroïque.       <br />
              <br />
       Il faut aussi parler du silence. Rarement comme dans cette mise en scène le silence sert de tempo dramatique, d'abîme, de drame et de terreur. Pas de sons enveloppants, de nappes, de musiques soulignant, suscitant l'émotion. Mais comme des coups de silence et de suspension qui donnent toute sa richesse à la parole, aux voix, au foisonnement de la vie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Ivanov"</b></div>
     <div>
      Texte : Anton Tchekhov (version 1887).       <br />
       Traduction : Brigitte Barilley, Christian Benedetti, Laurent Huon.       <br />
       Mise en scène : Christian Benedetti.       <br />
       Assistants à la mise en scène : Élodie Chamauret, Alex Mesnil.       <br />
       Avec : Vincent Ozanon, Laure Wolf, Philippe Lebas, Philippe Crubézy, Brigitte Barilley, Alix Riemer, Yuriy Zavalnyouk, Lise Quet, Nicolas Buchoux, Christian Benedetti, Antoine Amblard, Martine Vandeville, Alex Mesnil 			       <br />
       Musiciens : Élisa Huteau, Michel Rabaud.       <br />
       Scénographie : Christian Benedetti, Emma Depoid.       <br />
       Lumière : Dominique Fortin.       <br />
       Durée : 1 h 50.       <br />
       Par le Théâtre Studio - Cie Christian Benedetti.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 7 novembre au 1er décembre 2018.</span>       <br />
       Mardi à 19 h, mercredi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.       <br />
       Théâtre de l'Athénée - Louis Jouvet, Grande Salle, Paris 9e, 01 53 05 19 19.       <br />
       <a class="link" href="http://www.athenee-theatre.com/" target="_blank">&gt;&gt; athenee-theatre.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/27513257-27666583.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Ivanov-Tristesse-melancolie-Dans-sa-proposition-Benedetti-tente-de-soigner-ces-affections_a2280.html</link>
  </item>

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   <title>"Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision</title>
   <pubDate>Tue, 23 Oct 2018 17:45:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Safidin Alouache</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Théâtre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Mathilda May, dans sa dernière création, renverse le sérieux du rituel du mariage en farce comique, au détour d'un banquet, où la langue, aussi incongrue et déconstruite soit-elle, arrive à nouer les gens, et ce quelles que soient les sonorités vocales adoptées.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/26830800-27365501.jpg?v=1540330429" alt=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" title=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" />
     </div>
     <div>
      Ce n'est pas &quot;Le Banquet&quot; de Platon, évidemment, mais cela aurait pu être, dans un autre registre, aussi connu… J'exagère quelque peu, tant la performance dramaturgique est intéressante à plus d'un titre.       <br />
              <br />
       Durant toute la pièce, pas un mot de français, ni de langue étrangère. Le langage utilisé, appelé communément yaourt, permet de mettre en assises, sentiments et émotions. C'est, pour reprendre les mots de Saussure (1857-1913), mettre des signifiés, un tantinet inversé, à la place de signifiants par le biais du corps et des expressions faciales. Inversés car ce sont des éructations, des onomatopées, des exclamations.       <br />
              <br />
       Nous suivons au travers de dits non refoulés, la vie intérieure des personnages. La franchise est totale. Le non-dit, le caché, l'hypocrisie des attitudes n'ont pas lieu de cité. Ou s'ils le sont, c'est pour en jouer, en démonter les ressorts.       <br />
              <br />
       Jean Tardieu (1903-1995) dans &quot;Un mot pour un autre&quot; (1951) s'était prêté à l'exercice d'employer des signifiants, retirés de leur contexte idiomatique, pour leur faire recouvrer d'autres signifiés. Il était fait ainsi appel au bon sens du lecteur/spectateur pour comprendre les propos, faisant ainsi du langage un champ qui relie les êtres au-delà de tout syntagme connu.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/26830800-27365510.jpg?v=1540330455" alt=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" title=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" />
     </div>
     <div>
      Chez Mathilda May, le propos est tout autre. Elle va, non pas plus loin, mais dans un tout autre sens pour bousculer le langage en lui faisant entendre d'autres sonorités. Là, nul mot, nul signifiant articulé. Tout est désarticulé à dessein. Et tout est signifié. L'ambition est de rendre intelligible des propos incompréhensibles, des onomatopées, des interjections pour les coller à un espace-temps, celui d'un banquet, où se lient deux êtres dans un acte de mariage.       <br />
              <br />
       Les sentiments viennent emporter la mise pour exprimer l'amour, l'infidélité, la séduction, le coup de foudre et les colères. Ceux-ci disparaissent de cette ligne d'horizon pour ne montrer que des signifiés au-delà de tout secours linguistique. C'est un renversement de perspective intéressant car d'un &quot;bruit&quot; vocal, la communication est claire et compréhensive grâce à une intériorité, celle de sentiments, et d'une extériorité, celle du corps.       <br />
              <br />
       Un banquet est le lieu par excellence où le discours, le propos, l'échange, la discussion ont une fonction sociale. Dès le début, c'est une serveuse, qui recherche, par une gymnastique corporelle, l'entrée de la scène. Les déplacements, son positionnement par rapport au rideau rouge et son entêtement donnent un éclairage de la dramaturgie axé sur le décalage entre le personnage et la scénographie. Rien ne s'emboîte comme il se doit. La scène joue, à dessein, contre les personnages donnant lieu à des moments très comiques.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/26830800-27365535.jpg?v=1540330619" alt=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" title=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" />
     </div>
     <div>
      Les protagonistes sont dans un entre-deux, dans une position toujours bancale, en décalage les uns par rapport aux autres, chacun dans son propre univers, comme une juxtaposition de mondes différents. L'imbrication scénique met parfois en lumière un événement ou une relation particulière. L'attention est toujours happée par une incidence, un propos, un acte, une situation.       <br />
              <br />
       Discussions, colères, amour, séduction, érotisme, infidélité, engueulades, meurtre, toutes les passions sont présentes. Tout semble basique au premier abord. Seuls existent ces corps avec leurs ressentis, leurs pulsions, leurs envies. Dans un espace de temps et de lieu où rien n'est en équilibre, où tout est prêt à s'écrouler, l'humour est là pour ordonner, dans un champ de significations, les travers des attitudes en désossant un rituel, celui du mariage. Les mots sont bottés en touche pour ne prêter vie qu'à leur médium extérieur, celui du visage, des mains, du corps.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/26830800-27365544.jpg?v=1540330653" alt=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" title=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" />
     </div>
     <div>
      Le champ lexical est abandonné mais les repères, les balises à leur compréhension, restent en place. Mathilda May montre que communiquer avec l'autre est hors de tout champ lexical connu. Nous pouvons interpréter n'importe quel signe, tant que celui-ci est habité par une voix intérieure, un ressenti, une émotion. La gestuelle participe à cette cathédrale de compréhension.        <br />
              <br />
       C'est drôlement tenace et cela interpelle, rondement mené par tous les comédiens dans une mise en scène qui réussit à exploiter avec talent tous les éléments scéniques.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Le Banquet"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/26830800-27369643.jpg?v=1540330754" alt=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" title=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" />
     </div>
     <div>
      Conception et mise en scène : Mathilda May.       <br />
       Assistant à la mise en scène : Grégory Vouland.       <br />
       Avec : Sébastien Almar, Roxane Bret, Bernie Collins, Jérémie Covillault, Lee Delong, Stéphanie Djoudi-Guiraudon, Arnaud Maillard, Françoise Miquelis, Ariane Mourier, Tristan Robin.       <br />
       Décor : Jacques Voizot.       <br />
       Lumières : Laurent Béal.       <br />
       Son : Guillaume Duguet.       <br />
       Costumes : Valérie Adda.       <br />
       Vidéo : Nathalie Cabrol, assistée de Jérémy Secco.       <br />
       Régie technique : Éric Andriant.       <br />
       Durée : 1 h 25.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 10 octobre au 10 novembre 2018.</span>       <br />
       Du mardi au samedi à 21h, dimanche, 15 h.       <br />
       Relâche : Les 1er et 4 novembre 2018.       <br />
       Théâtre du Rond-Point, Salle Renaud-Barrault, Paris 8e,  01 44 95 98 21.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatredurondpoint.fr/index.htm" target="_blank">&gt;&gt; theatredurondpoint.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/26830800-27369736.jpg?v=1540331364" alt=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" title=""Le Banquet"… Mariage de la déraison et de la dérision" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/26830800-27365501.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.larevueduspectacle.fr/Le-Banquet-Mariage-de-la-deraison-et-de-la-derision_a2268.html</link>
  </item>

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