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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-06T16:52:40+02:00</updated>
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   <title>Fuir loin du présent avec la pièce suédoise de Rasmus Lindberg, "Dan Då Dan Dog"</title>
   <updated>2023-01-30T19:37:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Fuir-loin-du-present-avec-la-piece-suedoise-de-Rasmus-Lindberg-Dan-Da-Dan-Dog_a3500.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/70470340-49145812.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2023-01-31T07:07:00+01:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Programmée lors des Rencontres d'Hiver qui ont eu lieu du 24 au 29 janvier 23, cette pièce est la première mise en scène que Pascale Daniel-Lacombe réalise en tant que directrice du CDN de Poitiers. Un CDN unique en son genre puisqu'il ne possède pas de lieu propre mais doit proposer ses actions et ses spectacles dans diverses structures de la ville et de la région. C'est pourquoi cette création a été proposée au Centre d'Animation de Beaulieu en périphérie de la ville.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70470340-49145812.jpg?v=1675104512" alt="Fuir loin du présent avec la pièce suédoise de Rasmus Lindberg, "Dan Då Dan Dog"" title="Fuir loin du présent avec la pièce suédoise de Rasmus Lindberg, "Dan Då Dan Dog"" />
     </div>
     <div>
      Même si le titre original a été conservé dans la langue native de l'auteur, le suédois, rassurez-vous, toute la pièce est jouée en français (traduction de Marianne Ségol-Samoy et Karin Serres, Éditions Espaces 34). Mais l'ambiance des pays nordiques est pourtant bien présente. Une nostalgie, un fatalisme qui se veut optimiste et surtout une temporalité différente se dégage de ce texte qui se déroule dans une petite communauté et se base sur un tout petit fait divers pour nous parler du présent.       <br />
               <br />
       Une communauté où tout le monde se côtoie à défaut de se connaître. Il y a les vieux, les jeunes, les représentants de l'institution censés se préoccuper des citoyens : un pasteur, un médecin, un employé des pompes funèbres. À croire que l'auteur a décidé de nous montrer un panel représentatif d'une communauté classique. Et en effet, tous personnages sont absolument ordinaires. Les vieux s'ennuient, sont nostalgiques et sont atteints de maladies définitives, les jeunes s'ennuient, s'aiment, se trompent et rêvent d'un avenir ailleurs, les autres fonctionnent en fonction de leurs fonctions. Ce qui fait l'originalité de cette pièce, c'est la construction faite de brèves scénettes qui s'entrecroisent dans un espace indéterminé, mais surtout l'agitation vaine et impuissante qui habite tous les protagonistes.       <br />
              <br />
       Il y a bien un fil conducteur, une histoire, un fait divers qui relie ces personnages. Une balle perdue destinée à se débarrasser d'un rival finit par tuer un chien. L'auteur Rasmus Lindberg, encore méconnu en France, construit sa pièce sans révéler d'ordre chronologique mais, au contraire, en faisant des zooms successifs sur différents lieux et sur les personnages qui seront tous concernés à un titre ou à une autre par ce fait divers. Mais, encore une fois, la force du propos ne se situe pas vraiment dans cette histoire même si la sensation d'un puzzle en désordre qui en ressort donne une juste image du fond de cette pièce.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70470340-49145824.jpg?v=1675104550" alt="Fuir loin du présent avec la pièce suédoise de Rasmus Lindberg, "Dan Då Dan Dog"" title="Fuir loin du présent avec la pièce suédoise de Rasmus Lindberg, "Dan Då Dan Dog"" />
     </div>
     <div>
      Dans cette communauté règne surtout un sens absolu de l'individualisme. Chacun n'est préoccupé que de lui-même, de ses propres soucis. Et dans cet univers ainsi segmenté, c'est alors le fait de vivre au présent qui semble totalement impossible. Toutes les rencontres, toutes les interactions aboutissent soit à une absence d'empathie et de compassion, soit à une méprise. Comme si tous ces gens n'étaient capables que d'être ailleurs que dans le présent, dans leurs pensées, dans leurs propres histoires. Il apparaît même tout au long de la pièce un personnage étrange, une femme, qui semble assister à tout, un personnage qui se révèle ne pas avoir de place dans la pièce, elle aussi, ailleurs qu'ici.       <br />
               <br />
       La mise en scène de Pascale Daniel-Lacombe a trouvé une manière ingénieuse de rebondir d'un lieu à un autre en inventant un système de grand plateau (un peu comme un plateau de jeu de société, de jeu de rôles) sur lequel les différents éléments scéniques avancent ou reculent guidés dans des rails. Un dispositif surmonté d'un pont coulissant qui lui aussi s'avance ou recule et permet de jouer d'autres scènes, nocturnes. Tout cela ajoute un côté ludique et décalé par rapport à la réalité. La pièce apparaît finalement uniquement comme un jeu, un escape game sans issue et les personnages qui la composent… désespérément tragique ou comique au vu de leurs difficultés à vivre face à la fatalité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Dan Då Dan Dog (Le jour où le jour est mort)"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70470340-49145828.jpg?v=1675104585" alt="Fuir loin du présent avec la pièce suédoise de Rasmus Lindberg, "Dan Då Dan Dog"" title="Fuir loin du présent avec la pièce suédoise de Rasmus Lindberg, "Dan Då Dan Dog"" />
     </div>
     <div>
      Texte : Rasmus Lindberg, Éditions Espaces 34.       <br />
       Adaptation d'après &quot;Le mardi ou Morty est mort&quot;.       <br />
       Traduction : Marianne Ségol-Samoy et Karin Serres.       <br />
       Mise en scène : Pascale Daniel-Lacombe.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Juliet Darremont-Marsaud.       <br />
       Dramaturgie : Marianne Ségol-Samoy.       <br />
       Avec : Mathilde Viseux, Elsa Moulineau, Mathilde Panis, Étienne Kimes, Ludovic Shoendoerffer, Jean-Baptiste Szezot, Étienne Bories.        <br />
       Scénographie : Philippe Casaban, Éric Charbeau, Pascale Daniel-Lacombe.       <br />
       Création lumière : Thierry Fratissier, assisté de Manon Vergotte.       <br />
       Création sonore : Clément-Marie Mathieu.       <br />
       Composition musicale : Pascal Gaigne.       <br />
       Soutien chorégraphique : Compagnie Ex Nihilo, Jean-Antoine Bigot, Anne Le Batard.       <br />
       Création Costumes : Béatrice Ferron.       <br />
       Fabrication décor : Les ateliers du Théâtre de l'Union - Limoges.       <br />
       Équipe de création accessoires scénographiques : Jérémie Hazael-Massieux, Clément-Marie Mathieu, Annie Onchalo, Laurent Boulé, Laurent Patard, Karlito Bouet-Levandoski, Étienne Kime.       <br />
       Tout public à partir de 12 ans.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <b>A été représenté les 25 et 26 janvier 2023, au Centre d'Animation de Beaulieu, dans le cadre des Rencontres d'hiver proposées par Le Méta - CDN Poitiers Nouvelle-Aquitaine.</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       Du 6 au 9 mars 2024 : Théâtre de L'Union - CDN, Limoges (87).       <br />
       Du 13 au 16 mars 2024 : Le Préau - CDN, Vire (14).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire</title>
   <updated>2021-09-20T09:23:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Les-Premiers-mots-Creuser-le-vide-pour-dire-l-absence-et-l-incompletude-essentielle-de-ce-que-parler-veut-dire_a3056.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2021-09-20T06:24:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Si dans "Pour un oui, pour un non", Nathalie Sarraute mettait aux prises deux hommes, amis de longue date, autour de l'interprétation d'une phrase apparemment anodine prononcée par l'un d'eux, Bernard Noël dans "Les Premiers mots" confronte un homme et une femme liés par la disparition d'un homme qui leur était proche, ami de l'un, amant de l'autre. L'un et l'autre ne se connaissent pas et vont tenter, le temps d'une brève rencontre, de redonner corps à l'absent au travers du langage se dérobant à leurs assauts juxtaposés. Jean-Luc Terrade s'empare à bras le corps de l'urgence de ces "premiers mots" (qui seront aussi les derniers) pour en proposer une mise en jeu lumineuse.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/59005541-43432023.jpg?v=1615221337" alt=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" title=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" />
     </div>
     <div>
      Sur une scène à hauteur de spectateurs, vide si ce n'était l'acteur habillé de noir, l'actrice elle aussi de noir vêtue sous un imperméable blanc, les deux contrebassistes faisant corps avec leur instrument, quatre chaises translucides et des miroirs aux murs et en fond de scène diffractant leurs reflets fugitifs comme des échos fragmentaires de discours amoureux, le jeu de l'impossible du langage déroule ses pleins et ses déliés. Et si le ballet des quatre présences au plateau nous entraine dans un vertige envoûtant pour tenter de dessiner les contours de l'absent, c'est qu'au-delà de la petite musique des mots prononcés et des notes égrenées, le charme des éclairages muant entre ombres et lumières opère comme un philtre.       <br />
              <br />
       Que reste-t-il de celui qui a disparu ? Une imagerie moirée qui, se superposant avec l'ombre portée par un autre regard, voudrait réifier ce qui n'est plus ; autant dire une entreprise vouée à l'échec. Et pourtant… quelle énergie ces deux-là ne mettent-ils pas à parler, &quot;côte à côte&quot; plus qu'ensemble. Et pour dire quoi ? Rien de plus que l'in-signifiance de l'absence, car lorsque le langage est privé de fondement, le creuser débouche sur le vide. Dos à dos, face à face, courbés dans la même direction, les deux tragédiens de la banalité du quotidien  (Daniel Strugeon et Flore Audebeau, endossant les rôles comme une seconde peau) font matière vivante de ces mots pour les sculpter, les projeter à la face d'un monde pris désormais dans les glaciations. Seuls des blocs erratiques du langage peuvent tenter de témoigner de son existence perdue.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/59005541-43432024.jpg?v=1615221371" alt=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" title=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" />
     </div>
     <div>
      D'emblée, &quot;Elle&quot;, sur un tapis roulant, se livre à un surplace prémonitoire. Elle se hâte vers un rendez-vous où les mots mêmes décriront une boucle, clôturant l'impossible désir de percer le mystère de la mort de l'autre, l'ami commun. &quot;Lui&quot; l'observe, décrit le moindre de ses gestes, avant de la questionner sur la raison de sa venue : <span style="font-style:italic">&quot;Vous voulez que nous partagions son absence ?&quot;</span>. La réponse surgit, sans ambiguïté : <span style="font-style:italic">&quot;Je veux que vous me la rendiez insupportable&quot;.</span> Dès lors, vivre l'oubli du disparu afin qu'il disparaisse en elle, et elle avec lui, devient l'enjeu de cet échange sans horizon d'attente autre que la disparition.       <br />
              <br />
       Et comme les morts ne sont plus que des mots dépositaires d'ombres portées, Elle et Lui - un instant - sont effacés par l'ombre gagnant le plateau afin que la lumière se porte sur les deux contrebassistes (Félicie Bazelaire et David Chiesa) qui, &quot;de concert&quot;, prolongent la petite musique grinçante pour faire entendre l'indicible des mots. La peinture est aussi convoquée (&quot;Il&quot; était peintre) au travers des propos tenus, sa composition même renvoyant à la décomposition de toute matière, qu'elle fut vivante ou picturale. Mais la mort, à la différence des mots, a l'odeur de la charogne ; les mots pour la dire ne sont que des &quot;succès damnés&quot;, dérisoires tentatives vouées à l'insuccès.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/59005541-43432025.jpg?v=1615221401" alt=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" title=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" />
     </div>
     <div>
      Les mots, si vains soient-ils dans leur incapacité à dire, sont articulés avec la gravité qui sied à l'attraction tragique qui les fait surgir. Les cordes pincées des contrebasses leur font écho dans une conversation s'emparant des vides de la représentation. Ensemble, ils ne forment plus qu'un, s'ouvrent, se recouvrent et se referment les uns sur les autres pour s'inspirer mutuellement. Un moment (rare) de plénitude pour creuser le vide laissé par l'absent.       <br />
              <br />
       Cette forme - déjà saisissante - présentée aux professionnels, sera créée aux Marches de l'Été à Bordeaux, en octobre prochain. Elle sera enrichie d'une séquence supplémentaire et d'un final enregistré par l'auteur qui dira en personne les dernières pages de son roman éponyme. Non pour clore l'impossible rencontre entre les mots et la chose, mais pour continuer encore et encore à faire éclore &quot;l'outrage aux mots&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Les premiers mots"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/59005541-43432026.jpg?v=1615221447" alt=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" title=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence et l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" />
     </div>
     <div>
      D'après &quot;Les premiers mots&quot; de Bernard Noël (Éditions P.O.L.).       <br />
       Adaptation : Flore Audebeau, Daniel Strugeon et Jean-Luc Terrade.       <br />
       Mise en scène : Jean-Luc Terrade.       <br />
       Avec : Flore Audebeau (comédienne), Félicie Bazelaire (contrebasse), David Chiesa (contrebasse), Daniel Strugeon (comédien).       <br />
       Création musicale : Félicie Bazelaire et David Chiesa.       <br />
       Avec la voix de Bernard Noël.       <br />
       Scenographie : Jean-Luc Terrade.       <br />
       Lumières : Jean-Luc Terrade avec l'aide d'Étienne Dousselin.       <br />
       Régie : Zacharie Bouganim.       <br />
       Durée : 1 h 05.       <br />
       Par l'Ensemble Un &amp; Les Marches de l'Eté.       <br />
              <br />
       Vu dans le cadre de représentations ouvertes aux professionnels lors des sorties de résidence des 24 et 25 février 2021 à 16 h, aux Marches de l'Été, Le Bouscat (33).       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">4 au 6 octobre 2021.</span>       <br />
       À 20 h.       <br />
       Atelier des Marches, 17 rue Victor Billon, Le Bouscat (33).       <br />
       Tél. : 05 56 17 05 77.       <br />
       <a class="link" href="javascript:protected_mail('contact@marchesdelete.com')" >contact@marchesdelete.com</a>       <br />
       <a class="link" href="http://www.marchesdelete.com/" target="_blank">&gt;&gt; marchesdelete.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence, l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire</title>
   <updated>2021-03-08T17:27:00+01:00</updated>
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   <category term="Théâtre" />
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   <published>2021-03-08T17:15:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Si dans "Pour un oui, pour un non", Nathalie Sarraute mettait aux prises deux hommes, amis de longue date, autour de l'interprétation d'une phrase apparemment anodine prononcée par l'un d'eux, Bernard Noël dans "Les Premiers mots" confronte un homme et une femme liés par la disparition d'un homme qui leur était proche, ami de l'un, amant de l'autre. L'un et l'autre ne se connaissent pas et vont tenter, le temps d'une brève rencontre, de redonner corps à l'absent au travers du langage se dérobant à leurs assauts juxtaposés. Jean-Luc Terrade s'empare à bras le corps de l'urgence de ces "premiers mots" (qui seront aussi les derniers) pour en proposer une mise en jeu lumineuse.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/54508327-41020251.jpg?v=1615221337" alt=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence, l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" title=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence, l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" />
     </div>
     <div>
      Sur une scène à hauteur de spectateurs, vide si ce n'était l'acteur habillé de noir, l'actrice elle aussi de noir vêtue sous un imperméable blanc, les deux contrebassistes faisant corps avec leur instrument, quatre chaises translucides et des miroirs aux murs et en fond de scène diffractant leurs reflets fugitifs comme des échos fragmentaires de discours amoureux, le jeu de l'impossible du langage déroule ses pleins et ses déliés. Et si le ballet des quatre présences au plateau nous entraine dans un vertige envoûtant pour tenter de dessiner les contours de l'absent, c'est qu'au-delà de la petite musique des mots prononcés et des notes égrenées, le charme des éclairages muant entre ombres et lumières opère comme un philtre.       <br />
              <br />
       Que reste-t-il de celui qui a disparu ? Une imagerie moirée qui, se superposant avec l'ombre portée par un autre regard, voudrait réifier ce qui n'est plus ; autant dire une entreprise vouée à l'échec. Et pourtant… quelle énergie ces deux-là ne mettent-ils pas à parler, &quot;côte à côte&quot; plus qu'ensemble. Et pour dire quoi ? Rien de plus que l'in-signifiance de l'absence, car lorsque le langage est privé de fondement, le creuser débouche sur le vide. Dos à dos, face à face, courbés dans la même direction, les deux tragédiens de la banalité du quotidien  (Daniel Strugeon et Flore Audebeau, endossant les rôles comme une seconde peau) font matière vivante de ces mots pour les sculpter, les projeter à la face d'un monde pris désormais dans les glaciations. Seuls des blocs erratiques du langage peuvent tenter de témoigner de son existence perdue.
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     </div>
     <div>
      D'emblée, &quot;Elle&quot;, sur un tapis roulant, se livre à un surplace prémonitoire. Elle se hâte vers un rendez-vous où les mots mêmes décriront une boucle, clôturant l'impossible désir de percer le mystère de la mort de l'autre, l'ami commun. &quot;Lui&quot; l'observe, décrit le moindre de ses gestes, avant de la questionner sur la raison de sa venue : <span style="font-style:italic">&quot;Vous voulez que nous partagions son absence ?&quot;</span>. La réponse surgit, sans ambiguïté : <span style="font-style:italic">&quot;Je veux que vous me la rendiez insupportable&quot;.</span> Dès lors, vivre l'oubli du disparu afin qu'il disparaisse en elle, et elle avec lui, devient l'enjeu de cet échange sans horizon d'attente autre que la disparition.       <br />
              <br />
       Et comme les morts ne sont plus que des mots dépositaires d'ombres portées, Elle et Lui - un instant - sont effacés par l'ombre gagnant le plateau afin que la lumière se porte sur les deux contrebassistes (Félicie Bazelaire et David Chiesa) qui, &quot;de concert&quot;, prolongent la petite musique grinçante pour faire entendre l'indicible des mots. La peinture est aussi convoquée (&quot;Il&quot; était peintre) au travers des propos tenus, sa composition même renvoyant à la décomposition de toute matière, qu'elle fut vivante ou picturale. Mais la mort, à la différence des mots, a l'odeur de la charogne ; les mots pour la dire ne sont que des &quot;succès damnés&quot;, dérisoires tentatives vouées à l'insuccès.
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     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/54508327-41020282.jpg?v=1615221401" alt=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence, l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" title=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence, l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" />
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      Les mots, si vains soient-ils dans leur incapacité à dire, sont articulés avec la gravité qui sied à l'attraction tragique qui les fait surgir. Les cordes pincées des contrebasses leur font écho dans une conversation s'emparant des vides de la représentation. Ensemble, ils ne forment plus qu'un, s'ouvrent, se recouvrent et se referment les uns sur les autres pour s'inspirer mutuellement. Un moment (rare) de plénitude pour creuser le vide laissé par l'absent.       <br />
              <br />
       Cette forme - déjà saisissante - présentée aux professionnels, sera créée aux Marches de l'Été à Bordeaux, en octobre prochain. Elle sera enrichie d'une séquence supplémentaire et d'un final enregistré par l'auteur qui dira en personne les dernières pages de son roman éponyme. Non pour clore l'impossible rencontre entre les mots et la chose, mais pour continuer encore et encore à faire éclore &quot;l'outrage aux mots&quot;.
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Les premiers mots"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/54508327-41020300.jpg?v=1615221447" alt=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence, l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" title=""Les Premiers mots" Creuser le vide pour dire l'absence, l'incomplétude essentielle de ce que parler veut dire" />
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      D'après &quot;Les premiers mots&quot; de Bernard Noël (Éditions P.O.L.).       <br />
       Adaptation : Flore Audebeau, Daniel Strugeon et Jean-Luc Terrade.       <br />
       Mise en scène : Jean-Luc Terrade.       <br />
       Avec : Flore Audebeau (comédienne), Félicie Bazelaire (contrebasse), David Chiesa (contrebasse), Daniel Strugeon (comédien).       <br />
       Création musicale : Félicie Bazelaire et David Chiesa.       <br />
       Avec la voix de Bernard Noël.       <br />
       Scenographie : Jean-Luc Terrade.       <br />
       Lumières : Jean-Luc Terrade avec l'aide d'Étienne Dousselin.       <br />
       Régie : Zacharie Bouganim.       <br />
       Durée : 1 h 05.       <br />
       Par l'Ensemble Un &amp; Les Marches de l'Eté.       <br />
              <br />
       Vu dans le cadre de représentations ouvertes aux professionnels lors des sorties de résidence des 24 et 25 février 2021 à 16 h, aux Marches de l'Été, Le Bouscat (33).       <br />
       <b>Création reportée du 5 au 7 octobre 2021 à 20 h aux Marches de l'Été à l'Atelier des Marches, Le Bouscat (33).</b>
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     <br style="clear:both;"/>
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