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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-18T03:52:05+02:00</updated>
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   <title>"À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…</title>
   <updated>2024-01-17T19:48:00+01:00</updated>
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   <category term="Théâtre" />
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   <published>2024-01-17T19:01:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Si, selon la formule fameuse du non moins fameux psychanalyste Jacques Lacan, "L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas", on peut dire que l'immortelle Adèle (sa dernière création, "De la mort qui tue", découverte au festival L'Échappée Belle en juin dernier, nous a ravis) aurait pu être l'inspiratrice de cette saillie verbale… En effet les jeux enfantins (?) de l'amour et du désir sont ici "présentés sur un plateau" avec une truculence délicieuse propre à nous replonger dans le trouble de nos premiers émois.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77858880-56549654.jpg?v=1705516423" alt=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" title=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" />
     </div>
     <div>
      Avec pour seul accessoire une chaise – ustensile utilisé avant elle par nombre de grands talents, au rang desquels Zouc et Denis Lavant –, Adèle Zouane traverse les premiers âges de sa jeune existence pour en extraire ses coups de cœur heureux et/ou malheureux. En bord de scène, joignant le geste à la parole, elle dépose, <span style="font-style:italic">&quot;de la main même qui a écrit sa première lettre d'amour&quot;</span>, une enveloppe liminaire dont le contenu constituera le clou de la performance.       <br />
              <br />
       Son premier amour, classe de CE2, c'est Rémi. Au plus profond de lui, il l'aime, sûr… Mais de l'extérieur, non. Et puis il y a Victoria avec laquelle il traîne, <span style="font-style:italic">&quot;elle est pas canon pourtant&quot;</span>. La petite Adèle se fend alors d'une lettre où elle lui déclare son amour, à la folie, avec pour réponse : <span style="font-style:italic">&quot;Merci, mais je t'aimerai jamais&quot;.</span> Sa première déception amoureuse… Classe de CM1, ce sera Maxime qui l'aimera plus qu'Anaïs… Et même qu'elle a décidé de lui faire un bisou sur la bouche en ce dernier jour de primaire… mais, en 6e, il va se marier avec une autre, c'est couru d'avance. Tendres amours enfantines qui – vues de loin – peuvent apparaître charmantes, mais qui égratignent à jamais les jeunes pousses, comme le feront plus tard les &quot;vrais&quot; chagrins d'amour.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77858880-56549710.jpg?v=1705516503" alt=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" title=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" />
     </div>
     <div>
      Chaussures plates, socquettes aux pieds, habillée comme un sac, la comédienne multiplie les minauderies – jusqu'à friser parfois la caricature – de l'enfance, affichant frontalement ce qui la remue. Onze ans, l'âge de la sixième et d'adresser &quot;la&quot; lettre à celui qu'elle épousera plus tard. Mais comme c'est inhumain d'imaginer qu'un seul homme existe, elle préfèrera, lucide, s'écrire à elle-même pour espérer <span style="font-style:italic">&quot;avoir fourré sa langue dans une bouche&quot;.</span> Là, assise à côté de Jérémy, elle le kiffe, sans réciprocité apparente. Qu'à cela ne tienne, la colo dans les Pyrénées est annoncée avec plein de garçons à la clé. L'attente cette fois ne sera pas vaine…       <br />
              <br />
       Son premier baiser… Le troisième slow avec Alexandre donnera lieu à un exercice d'anthologie de langues appliquées mêlant les allées et venues zyeutées dans les films. Cependant, à la question imprudente de savoir combien de temps ils s'aimeront, Alexandre lèvera la main en écartant ses doigts : cinq minutes… Et il reste encore deux semaines de colo… Philosophe déjà, elle se dira qu'il faut en essayer beaucoup, des hommes, pour trouver le bon, le rêve d'avoir une maison bleue et des jumeaux peut attendre encore un peu…       <br />
              <br />
       Puis sonnera l'heure du lycée et de Sylvain, de ses cheveux courts, de ses yeux verts et de sa façon à nulle autre pareille de se déplacer lentement. Sylvain, le timide, qui s'évanouira avant que tout le monde ne voie que c'était lui le loup… Sa première fois. Mais il l'aimait décidément trop ce garçon, alors ce sera Victor… Mais qu'en est-il de cet autre garçon dont elle masse présentement le crâne et dont les lèvres pulpeuses excitent son désir ? Ses premières interrogations sur les liens qui unissent et/ou opposent l'amour et le désir. Alors ce sera François, puis Thibaut. Le temps du bilan comptable venu – nombre d'amoureux, de partenaires sexuels, etc. –, d'autres garçons défileront dans sa mémoire vive avec la question vitale chevillée au corps : comment se faire désirer ? Son obsession première.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77858880-56549737.jpg?v=1705516649" alt=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" title=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" />
     </div>
     <div>
      Si on envoie trop vite un message, on se grille. Mais, comme ça au moins, on a su qu'&quot;il&quot; ne répondrait pas… Salle éclairée, c'est l'occasion pour la comédienne de donner un conseil à tous les garçons assis sagement ce soir devant elle, captifs dans les travées : <span style="font-style:italic">&quot;les filles, elles préfèrent un petit non à un long silence&quot;…</span> On sent là le vécu. Et puis, de toutes les façons, on sait qu'à chaque fois, on se remet de nos échecs… Bientôt le printemps viendra avec la promesse de nouvelles rencontres… Déjà Yohann est là, et lorsque les hormones parlent, ça urge. Et il a beau jouer le blasé, elle sait ce que le corps exige.       <br />
              <br />
       Au terme de cette traversée ludique des premières fois, épousant tour à tour les méandres du désir et de l'amour conjugués à tous les temps, une chute résonnant comme l'écho de la lettre primale viendra ponctuer avec malice cette quête universelle du désir d'aimer et d'être aimé. Adèle Zouane puisant dans ses propres expériences la matière vivante de sa performance, réussit le pari de nous entrainer gaiement à sa suite vers les verts et moins verts paradis des amours fondatrices.       <br />
              <br />
       <b>Vu le 12 janvier aux Colonnes, Scène nationale Carré-Colonnes de Saint-Médard - Blanquefort (33).</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"À mes amours"</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77858880-56549738.jpg?v=1705516583" alt=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" title=""À mes amours" Oh les beaux souvenirs des premières fois…" />
     </div>
     <div>
      Texte : Adèle Zouane.       <br />
       Mise en scène : Adrien Letartre.       <br />
       Avec : Adèle Zouane.       <br />
       Regard : Éric Didry.       <br />
       Costume : Oria Steenkiste.       <br />
       Durée : 1 h 10.       <br />
              <br />
       <b>Représenté du vendredi 12 au samedi 13 janvier 2024 aux Colonnes - Scène nationale Carré-Colonnes, Saint Médard - Blanquefort (33).</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       18 mai 2024 : Centre culturel René Proby, Saint-Martin-d'Hères (38).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…</title>
   <updated>2022-02-07T14:48:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Premier-Amour-Un-lunaire-clochard-celeste-ressuscite-Beckett_a3169.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/62163665-45135566.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-02-07T08:53:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Parfois on croit connaître une œuvre pour l'avoir entendue à nombre de reprises. "Premier Amour" est de celle-ci, surtout lorsqu'un acteur emblématique comme Samy Frey l'a inscrite à son répertoire… Et puis, un saltimbanque aux semelles de vent, dont on ne distingue au départ que le dos courbé surmonté d'un chapeau, apparaît dans l'écrin du studio Marie Bell du Théâtre du Gymnase plongé dans une semi-obscurité… Et là, à la qualité du silence assourdissant qui l'englobe, on pressent que quelque chose d'"in-ouï" est en train de se produire…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62163665-45135566.jpg?v=1644222234" alt=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" title=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" />
     </div>
     <div>
      Jean-Quentin Châtelain est un comédien hors sentiers battus, lui qui adore parcourir les chemins de traverse à pied ou à vélo pour remâcher son texte à l'envi, jusqu'à &quot;l'incorporer&quot;, jusqu'à ce qu'il devienne sien, ne fasse plus qu'un avec sa parole à lui. Nous l'avions vu exceller dans &quot;Bourlinguer&quot; de Blaise Cendrars à Avignon où, les pieds rivés au sol, il interprétait le voyage immobile du poète revenant sur les hauteurs surplombant la baie de son enfance napolitaine. Ou encore dans &quot;Gros-Câlin&quot; de Romain Gary où il devenait à s'y méprendre l'antihéros, irrésistiblement drôle dans sa quête désespérée d'amour. On le retrouve ici, reprenant ce texte phare déjà mis en jeu par Jean-Michel Meyer et interprété par ses soins il y a un peu plus de vingt ans.       <br />
              <br />
       Cendrars, Gary, Beckett… seuls les grands auteurs ayant le pouvoir de soliloquer &quot;à distance&quot; avec eux-mêmes semblent trouver grâce à ses yeux, lui l'éternel nomade épris d'une exigence de liberté sans bornes. Aussi, en réentendant ce soir cette histoire d'un fils déshérité confronté à un amour improbable, récit à la première personne délivré avec un naturel désarçonnant par l'acteur suisse, on se demande qui a choisi qui pour le faire vivre devant nous. Est-ce Beckett ou est-ce Châtelain ? Les deux ne faisant qu'un, jusque dans la diction marquée par un accent délicieusement affecté venu d'outre-Manche.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62163665-45135601.jpg?v=1644222262" alt=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" title=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" />
     </div>
     <div>
      Avec une infinie économie de moyens, la conversation solitaire portée par la voix magnétique du comédien fétiche de Claude Régy prend corps. Seul le grincement lancinant de la chaise pivotante où il a trouvé refuge ajoutera à son phrasé envoûtant sa petite musique hypnotique. Aucun autre son, aucun décor parasitant le texte - la scène est nue, si ce n'est les lumières sculptant les ombres -, aucun déplacement intempestif si ce n'est quelques mouvements du couvre-chef et de la &quot;chaise musicale&quot;. Les mots, seuls les mots distillés avec envie, tel un gourmet pour qui le moindre frémissement d'une intonation excite les papilles. Les prescriptions de Beckett - confiant à Jérôme Lindon, son éditeur aux Éditions de Minuit, le soin de veiller sur son œuvre - sont appliquées, autant dans leur lettre que dans leur esprit.       <br />
              <br />
       La vie, le sexe, la mort, cocktail au goût de banalité avérée si ce n'est que, chez Beckett, le sous-texte submerge ce qui est dit pour creuser un langage-monde hors-sol. Et seul un clochard céleste de la trempe de Jean-Quentin Châtelain peut endosser le costume élimé du vagabond élisant un banc comme domicile non fixe. C'est de là qu'il va (se) raconter… Tout commence naturellement par la mort du père associée dans son esprit à &quot;son mariage&quot;, c'est-à-dire à son unique nuit d'amour (physique) avec une accueillante dame l'ayant pris sous son aile protectrice. Préambule pour le moins surprenant complété par des digressions autour des odeurs putrides des vivants comparées aux douces exhalaisons - <span style="font-style:italic">&quot;un peu trop sucrées peut-être&quot;</span> - des fragrances libérées par les cadavres, elles au moins on sait à quoi s'en tenir.       <br />
              <br />
       Le ton est donné, se coulant dans les mots de Beckett, l'acteur en fait son suc pour, avec drôlerie et un naturel désarmant, nous les faire entendre, tels quels. Juxtaposant avec autant de goût pour la langue, les digressions les plus crues - ses atroces efforts de constipé aux waters - aux considérations philosophiques poussées à un haut niveau - figure du père mort comme possibilité d'une esthétique de l'humain ouvrant sur le concept de beauté - il joue, rejoue du langage, pour mieux déjouer l'absurde du vivant.       <br />
              <br />
       Et comme <span style="font-style:italic">&quot;c'est pénible de ne plus être soi-même, encore plus pénible que de l'être, quoi qu'en en dise&quot;</span>, Beckett-Châtelain se lève du banc (la chaise à vis) où sa prétendante le harcèle de sa douce présence pour trouver refuge (quelques décimètres plus loin) dans une étable à vaches… où il succombera au désir de tracer avec son doigt, sur une vielle bouse de génisse, le doux nom de Lulu (à prononcer Loulou avec l'accent anglais). L'amour a ses raisons que la raison ignore…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62163665-45135746.jpg?v=1644223034" alt=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" title=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" />
     </div>
     <div>
      Multipliant les adresses directes au public pris à (fin de) partie - <span style="font-style:italic">&quot;pour d'autres raisons dont il serait oiseux de parler à des couillons comme vous&quot;</span> - le comédien au-delà de la narration de sa folle équipée chez sa protectrice à petite vertu doublée d'un grand cœur, laissera échapper jusqu'à la fuite finale, avec une application jamais prise en défaut, <span style="font-style:italic">&quot;des phrases impeccables au point de vue grammatical, mais dénuées de fondement&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Tragi-comédie existentielle délivrée avec humour et sensibilité, le texte nous arrive dans la fraîcheur de sa conception. C'est peu dire que nous assistons là à une épiphanie théâtrale résultant de la rencontre symbiotique, sur un plateau nu, d'un comédien lunaire, le clochard céleste Jean-Quentin Châtelain, et d'un auteur, le tragédien du quotidien Samuel Beckett, pour toujours associé à la vacuité de l'existence. L'auteur de théâtre et son double.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Premier Amour"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62163665-45135793.jpg?v=1644223069" alt=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" title=""Premier Amour" Un lunaire clochard céleste ressuscite Beckett…" />
     </div>
     <div>
      Création 2021.       <br />
       Texte : Samuel Beckett.       <br />
       Mise en scène : Jean-Michel Meyer.       <br />
       Avec : Jean-Quentin Châtelain.       <br />
       Création et régie lumière : Thierry Caperan.       <br />
       Durée : 90 minutes.       <br />
       Le spectacle avait été initialement créé en 1999 au Théâtre de Vidy-Lausanne.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 28 janvier au 27 février 2022.</span>       <br />
       Du jeudi au samedi à 19 h et dimanche à 16 h.       <br />
       Théâtre du Gymnase, Studio Marie Bell, Paris 10e, 01 42 46 79 79.       <br />
       <a class="link" href="http://theatredugymnase.paris/premier-amour/" target="_blank">&gt;&gt; theatredugymnase.paris</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett</title>
   <updated>2021-07-14T07:55:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2021-Premier-amour-Jean-Quentin-Chatelain-se-donne-corps-et-ame-pour-le-personnage-invente-par-Samuel-Beckett_a3005.html</id>
   <category term="Avignon 2021" />
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   <published>2021-07-14T07:22:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Texte de jeunesse de Samuel Beckett écrit en 1945 - il a alors 39 ans -, "Premier Amour" sera publié un quart de siècle plus tard. C'est également le premier texte d'envergure qu'il écrivit directement en français. Sa forme s'apparente autant à la nouvelle qu'au monologue, car on y suit de l'intérieur la vie et les pensées les plus libres d'un narrateur qui pourrait posséder de nombreux points communs avec Samuel Beckett et dont les mésaventures collent de près à l'existence réelle de l'auteur.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/57683482-42702717.jpg?v=1626212819" alt="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" title="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" />
     </div>
     <div>
      Mais ceci est juste bon à savoir pour les dîners en ville et les échanges culturels, domaine archéologique. &quot;Premier Amour&quot; vaut essentiellement pour le point de vue sans failles, sans faiblesse, sans compromission et presque sans retenue qu'il développe. Le &quot;Je&quot; de cette histoire monologue, comme pour lui-même, sur un épisode de sa vie où deux coups du sort extrêmement difficiles à considérer se télescopent : la mort de son père et ses conséquences d'une part, la rencontre avec une femme et l'amour en découlant d'autre part. Ces deux accidents de la vie assez courants, presque banals, communs, Beckett les transforme par son style, mais surtout par le refus de toute évidence, de toute déclinaison logique et convenue, en événements uniques, décisifs, sources d'une philosophie âpre et sans illusions.       <br />
              <br />
       Car, même si beaucoup de faciles envies de rires en jouant avec la langue française émaillent ce texte de jeunesse, il est déjà d'une intégrité impitoyable : la lucidité qu'il déploie se jette aussi bien sur le narrateur que sur ceux qu'il évoque, les autres, les autres humains. À ce jeu, pas un n'est plus victime que l'autre. Pas un n'est plus bourreau que l'autre. C'est tout l'art éphémère de Beckett qui préexiste ici, comme un parcours qu'il imposerait déjà à lui-même : chercher l'interstice où s'infiltre pâle une volonté de vivre, du moins une possibilité de vie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/57683482-42702730.jpg?v=1626212919" alt="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" title="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" />
     </div>
     <div>
      Jean-Quentin Châtelain avait créé ce personnage en 1999, déjà dans une mise en scène de Jean-Michel Meyer. Le même dispositif scénique, une ancienne chaise de bureau tournant sur un axe grinçant comme une mauvaise rage de dents, un habit noir et un chapeau, permettait de servir le texte dans une sobriété de moyens voulue par l'exécuteur testamentaire de Samuel Beckett, Jérôme Lindon. Cela suffit au comédien de talent qu'est Jean-Quentin Châtelain pour nous embarquer avec ses mots, son corps et ses silences dans les dérives autant lumineuses que ténébreuses de son personnage.       <br />
              <br />
       La puissance de jeu qu'il met ici dans son incarnation empêche de douter un seul instant de son personnage. Lui aussi à la dérive dans une société à la dureté sanglante. Lui-même, caractère sans sucre, sans douceur, qui ne fait rien pour paraître sympathique et encore moins pour être aimé. Sorte de monstre, à la fois rustre dans ses besoins et circonspect dans ses analyses. Un être humain sans véritable destin, sans prédestination, adepte de la vie au jour le jour, mais pour qui la liberté d'esprit, la liberté tout court, est la grande richesse.       <br />
              <br />
       Ainsi, ce monologue scintille d'un humour vache, urticant, libérateur ou très, très mal pensant, et c'est alors la grande jubilation. Beckett s'amuse avec cette langue qu'il explore déjà avec cette vision purgée de tout sentimentalisme. Et l'on évite les écueils ronflants des amoureux de la langue française qui d'habitude font des phrases, pour s'écouter parler. Beckett, lui, use des mots, des tournures et des sens pour trancher, tailler, ciseler comme le fait un sculpteur avec la matière, car il parle ici de la vie réelle et s'attache à la rendre telle. Une forme en total accord avec l'histoire qu'il nous donne : celle d'un homme qui résiste au broyage systématique que la société inflige à ses citoyens.       <br />
              <br />
       Jean-Quentin Châtelain, tout en rustrerie bonhomme, fait de son personnage un vagabond de l'âme, éclaireur des pans les plus sombres de nos cœurs. Tout à l'écoute du public, il distille pensées intimes, anecdotes et coups de gueule au rythme de la respiration de la salle. Tout est subtil et sanguin. Au point que des jours après, les images restent encore et nous accompagnent.
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     <div><b>"Premier amour"</b></div>
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      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/57683482-42702745.jpg?v=1626213037" alt="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" title="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" />
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      Texte : Samuel Beckett.       <br />
       Mise en scène : Jean-Michel Meyer.       <br />
       Avec : Jean-Quentin Châtelain.       <br />
       Création et régie lumière : Thierry Capéran.       <br />
       Texte publié aux Éditions de Minuit.       <br />
       Production Le K Samka       <br />
       À partir de 15 ans.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
               <br />
       <b>•Avignon Off 2021•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 7 au 30 juillet 2021.</span>       <br />
       Tous les jours à 11 h, relâche les 13, 20 et 27 juillet.       <br />
       Théâtre des Halles, Salle Chapelle, rue du Roi René, Avignon.       <br />
       Réservations : 04 32 76 24 51.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatredeshalles.com/" target="_blank">&gt;&gt; theatredeshalles.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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