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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-09-06T20:15:46+02:00</updated>
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   <title>"L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !</title>
   <updated>2024-04-09T17:41:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/L-A-Dance-Project-Du-classique-en-toute-liberte-_a3874.html</id>
   <category term="Danse" />
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   <published>2024-04-09T17:26:00+02:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
"Triade", "Moving Parts" et "Me.You.We.They" de la compagnie L.A. Project, cofondée par Benjamin Millepied, sur une musique du compositeur néo-classique américain Nico Muhly jouée par l'ensemble musical "Le Balcon", ont été présentés du 29 au 31 mars à la Philharmonie de Paris. Dans de très beaux tableaux, toute la puissance créative de Millepied laisse voir une danse classique qui résonne de modernité et de liberté de ton.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79411707-57518493.jpg?v=1712677944" alt=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" title=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Triade"</strong></span> a été conçu en 2008 pour l'Opéra de Paris en hommage au mentor de Benjamin Millepied, Jerome Robbins (1918-1998). Au démarrage, des interprètes discutent sur le bord de la scène, pure banalité, mais vite balayée car "Triade" est à 1 000 lieues de l'être avec des duos qui alternent à tour de rôle dans de superbes gestuelles courbes et élancées dans lesquelles, entre autres, tours et pirouettes rivalisent de grâce en se greffant sur une composition de mouvements aériens et joliment construits, le corps devenant presque plume.       <br />
              <br />
       Les bras s'étirent en jouant de replis et d'une gestuelle ample et élancée qui prend sa source dans les déplacements et les rotations. Derrière cette mécanique où la poésie des formes prend les contours d'une liberté de mouvements, le trombone (Maxime Delattre), le trombone basse (Sébastien Gonthier) et le piano (Alphonse Cemin) assurent un rythme où la composition de Nico Mulhy habille la chorégraphie de son souffle classique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79411707-57518496.jpg?v=1712678007" alt=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" title=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Moving Parts"</strong></span> a pour scénographie trois panneaux en arrière-scène sur lesquels sont inscrits des lettres et des chiffres de différentes tailles et couleurs. La composition est complexe dans sa construction, avec des propos artistiques en solo qui se greffent sur une dynamique d'ensemble. Ces sortes d'impromptus donnent à voir une chorégraphie dans laquelle, par moments, le geste d'un danseur déchire à dessein une gestique de groupe en y calquant sa forme et son allure. Ces passages croisés, où une individualité apporte par moment à l'ensemble sa marque, sans être extérieur à celui-ci, mêlent une touche différente à une configuration en vase clos.       <br />
              <br />
       Un superbe duo ponctue "Moving Parts" avec des figures au sol où les appuis des pieds et des poings des deux interprètes donnent lieu à un entrelacement corporel où se mêlent des portés et des balancés arrières avec la jambe. Au sol, de multiples figures alternent entre des roulés de dos qui se courbent avec des membres inférieurs qui ondulent et une jambe qui, un moment, fait un lancé au-dessus de son acolyte avec des appuis de main à la taille pour se déplacer, suivi de portés.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79411707-57518540.jpg?v=1712678074" alt=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" title=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Me.You.We.They"</strong></span> a été créé en collaboration avec tous les danseurs que l'on retrouve sur scène. La touche de Millepied est de pouvoir accoucher de figures classiques qui draguent la liberté de ton du contemporain. Les trois œuvres sont habitées par un croisement entre ces deux approches, créant une relation à l'espace et à l'autre aussi belle de poésie que d'audace artistique. Au sol, dans les airs, lancés ou en appui, les mouvements s'ordonnent selon une relation à l'autre qui s'établit dans une approche ensembliste ou en contre-appui. Pour la première, tous les danseurs sont dans une même dynamique quand pour la seconde, un artiste va à l'opposé de celui-ci tel un soliste dans un orchestre.       <br />
               <br />
       Toujours dans les mêmes amplitudes et extensions, il y a aussi des sautés en atterrissage sur le flanc droit d'un interprète où son alter ego arrive en montant ses pieds et en regroupant ses genoux. De très beaux duos s'enchaînent où les mains des deux artistes se rejoignent alors que l'un est au sol quand l'autre est debout ou ailleurs, des membres supérieurs de l'un s'étendent genoux repliés, dos au sol, en direction d'une autre qui appuie, par des va-et-vient circulaires, ses paumes comme un jeu de mains sur les plantes des pieds.       <br />
               <br />
       Les trois œuvres ont un socle commun de mouvements en tension, presque relâchés. Il y a un élan dans chaque gestuelle et une grâce portée avec élégance accompagnées par le Balcon, ensemble musical fondé en 2008. Toute une poésie corporelle se dégage avec une sensation de liberté symbolisée par les longs cheveux lâchés de Daphne Fernberger et Courtney Conovan, en écho à une gestuelle très élancée. Superbe spectacle où la danse classique semble être par moment un peu jumelle avec sa sœur contemporaine.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"L.A. Dance Project"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79411707-57518551.jpg?v=1712678113" alt=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" title=""L.A. Dance Project"… Du classique en toute liberté !" />
     </div>
     <div>
      Chorégraphie : Benjamin Millepied.       <br />
       Musique : Nico Muhly.       <br />
       Direction : Maxime Pascal.       <br />
       Costumes : Camille Assaf.       <br />
       Création lumière : Masha Tsimring.       <br />
       Installation lumière pour &quot;Moving Parts&quot; : Christopher Wool.       <br />
       Danseurs : Courtney Conovan, Jeremy Coachman, Lorrin Brubaker, Daphne Fernberger, David Adrian Freeland, Jr., Eva Galmel, Shu Kinouchi, Audrey Sides, Hope Spears, Nayomi Van Brunt.       <br />
       Durée : 1 h 35 dont un entracte de 20 minutes.       <br />
              <br />
       <b>Le Balcon</b>       <br />
       Pour &quot;Triade&quot; : Maxime Delattre (trombone), Sébastien Gonthier (trombone basse), Alphonse Cemin (piano).       <br />
       Pour &quot;Moving Parts&quot; : Hélène Maréchaux (violon), Iris Zerdoud (clarinette), Alexis Grizard (orgue).       <br />
       Pour &quot;Me.You.We.They&quot; : Hélène Maréchaux (violon), Laura Vaquer (violon), Elsa Seger (alto), Askar Ishangaliyev (violoncelle), Héloïse Dély (contrebasse), Claire Luquiens (flûte), Quentin d'Haussy (hautbois), Ghislain Roffat (Clarinette), Julien Abbes (basson).       <br />
              <br />
       <b>A été représenté du du 29 au 31 mars 2024 à la Philharmonie de Paris, Paris 18e.</b>       <br />
       <a class="link" href="https://philharmoniedeparis.fr/fr" target="_blank">&gt;&gt; philharmoniedeparis.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  </entry>
  <entry>
   <title>"La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…</title>
   <updated>2023-04-12T08:59:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/La-Part-des-Anges-Ressasser-palindrome-obsedant-a-la-recherche-du-temps-perdu_a3556.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/72091370-50186246.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2023-04-12T08:40:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Que reste-t-il en nous de notre passé lorsque nos vies minuscules s'emploient à la recherche du temps perdu dont nous sommes héritiers ? Traces mnésiques aussi vivaces que recomposées par un présent en quête de vérités, bribes de ce qui n'est plus, n'a peut-être jamais été, s'invitent pour trouer le présent de la représentation. Ainsi prend naissance un fantastique dialogue in vivo porté par des comédiennes marionnettistes et leurs sculptures articulées créant ce troublant sentiment d'inquiétante étrangeté, endroit unique où le vivant et l'inanimé échangent à l'envi leur place. Fascinant.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72091370-50186246.jpg?v=1681282943" alt=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" title=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" />
     </div>
     <div>
      Pour sa troisième création, le laboratoire - c'en est un - marionnettiste d'Aurore Cailleret et Lolita Barozzi (Cie Le Liquidambar) réalise une performance sans égal. Si &quot;Des paniers pour les Sourds&quot; en 2019 avait été une révélation, &quot;La Part des Anges&quot; est une consécration de leur talent créatif, de leur infinie finesse pour appréhender le monde des vivants (et celui des morts), le tout soutenu par une exigence de tous les instants. Le travail en amont, écriture ciselée, modelage de fragments de sculptures &quot;décomposées&quot; (écho subliminal des sculptures expressives d'Ousmane Sow) portant en leurs plis les marques du délitement du temps, lumières sculptant des zones d'ombres et de lumières, compositions musicales suggestives, résonne comme les prémices de la belle ouvrage présentée au plateau à laquelle le nom de l'autre comédienne, Amélie Lepeytre, se doit d'être associé.       <br />
              <br />
       Le décès du père, eût-il été vécu comme absent, est de nature à projeter sur l'avant-scène les fragments d'une existence recouverte par les scories du temps qui passe. C'est l'expérience unique à laquelle nous convie Nora, revenue à cette occasion dans l'atelier paternel libéré de l'interdit d'en franchir la porte. Un lieu peuplé désormais des seules sculptures d'un homme effroyablement distant, ayant  manqué  à ses devoirs élémentaires de père et, surtout, lui ayant manqué à elle, petite fille désireuse d'exister au travers d'un regard étayant.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72091370-50186252.jpg?v=1681282980" alt=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" title=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" />
     </div>
     <div>
      Dès lors, seulement interrompue par les sonneries du téléphone d'une voisine s'immisçant dans le présent tel un vautour flairant la mort à l'œuvre, Nora va entretenir avec les énigmatiques sculptures - réalisées en papier collé recouvert d'une teinte d'argile - un dialogue halluciné convoquant tous les sentiments enfouis. La fantasmagorie des personnages de son univers enfantin prend littéralement vie sous l'effet des marionnettes articulées, fragmentées elles aussi comme les souvenirs dont elles sont porteuses.  Manipulées avec une infinie délicatesse millimétrée, nimbées dans des halos de lumière, les sculptures &quot;prendront la parole&quot; pour donner voix aux disparus.       <br />
              <br />
       En premier lieu, ce haut d'un corps, représentant d'un père privé de tête (décapitée ?) auquel elle a toutes raisons d'en vouloir, lui qui a menacé d'effritements son existence abandonnée. Elle lui vomira salutairement &quot;à la figure&quot; ce qui lui a pesé si longtemps sur le cœur. Derrière sa fureur présente de jeune femme, se lit l'immense désarroi de n'avoir pu l'aimer, elle petite fille, faute de l'avoir été.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72091370-50186253.jpg?v=1681283011" alt=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" title=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" />
     </div>
     <div>
      Mais aussi des personnes qui ont compté pour elle. Sa grand-mère l'ayant élevée, représentée par une sculpture rabougrie sortie tout droit des contes de son enfance, lui racontant des histoires merveilleusement effrayantes avant qu'elle ne s'endorme. Sa tante campée sur &quot;ses pieds d'argile&quot;, lui apprenant à nager, se substituant à son frère défaillant - le père de Nora - pour veiller à ce que la mère morte prématurément puisse être enterrée dignement. Autant d'adultes bienveillants dont les sculptures vont venir tour à tour réifier l'absence. Quant à Nora, jouant tendrement avec sa fragile sculpture, il lui sera aussi permis de renouer ses doigts autour des siens petits.       <br />
              <br />
       Et comme pour amplifier ces voix d'outre-tombe ressuscitées par la grâce des sculptures-marionnettes, l'une d'entre elles (la seule &quot;réaliste&quot;), le buste de Georges Charpak, ressemblant à s'y méprendre à l'éminent prix Nobel de physique, viendra faire entendre comment la matière peut faire résonner les voix du passé prises dans ses rets.       <br />
              <br />
       Pour conjurer le silence pesant de la mort du père - objet de ses vœux secrets - la fragile héroïne entourée de ses disparus &quot;fera feu de tout papier collé&quot; pour échapper au marécage de spleen dans lequel inéluctablement elle s'enlisait.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72091370-50186258.jpg?v=1681283043" alt=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" title=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" />
     </div>
     <div>
      Accompagnée par les paroles chaleureuses de sa grand-mère mêlées à celles du chercheur nobélisé, entourée de tous ses morts auxquels il convient d'ajouter désormais la figure du père &quot;déminé&quot;, elle adviendra à elle-même dans un tableau faire-part où l'immense besoin de consolation lié aux deuils à dépasser parle aux vivants que nous sommes. Et ce miracle n'a pu avoir lieu qu'en animant l'inanimé, le monde des sculptures marionnettes où l'intime en ombres portées prend vie.       <br />
              <br />
       <b>Vu le vendredi 24 mars 2023, au tout nouveau flambant neuf Glob Théâtre, Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"La Part des Anges"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/72091370-50186259.jpg?v=1681283070" alt=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" title=""La Part des Anges" Ressasser : palindrome obsédant à la recherche du temps perdu…" />
     </div>
     <div>
      Création décembre 2021.       <br />
       Texte et mise en scène : Aurore Cailleret.       <br />
       Manipulation marionnettes : Lolita Barozzi et Aurore Cailleret.       <br />
       Jeu : Amélie Lepeytre.       <br />
       Création Marionnettes : Lolita Barozzi et Arnaud Louski-Pane.       <br />
       Voix : Loïc Rojouan, Julie Hercberg et Léa Cornetti.       <br />
       Création lumière : Yannick Anché.       <br />
       Création sonore : Julien Lafosse.       <br />
       Construction scénographique : Marc Valladon.       <br />
       Peinture : Thomas Muller.       <br />
       Aide précieuse : Caroline Dubuisson.       <br />
       Par la Cie Le Liquidambar.       <br />
       Durée : 1 h 10.       <br />
              <br />
       <b>A été représenté les 23 et 24 mars 2023 au Glob Théâtre de Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/La-Part-des-Anges-Ressasser-palindrome-obsedant-a-la-recherche-du-temps-perdu_a3556.html" />
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  <entry>
   <title>"La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance</title>
   <updated>2021-12-22T19:22:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/La-Part-des-Anges-Le-passe-recompose-ce-temps-suspendu-entre-mort-et-renaissance_a3133.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2021-12-22T18:46:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Que reste-t-il en nous de notre passé lorsque nos vies minuscules s'emploient à la recherche du temps perdu dont nous sommes héritiers ? Traces mnésiques aussi vivaces que recomposées par un présent en quête de vérités, bribes de ce qui n'est plus, n'a peut-être jamais été, s'invitent pour trouer le présent de la représentation. Ainsi prend naissance un fantastique dialogue in vivo, porté par des comédiennes-marionnettistes et leurs sculptures articulées créant ce troublant sentiment d'inquiétante étrangeté, endroit unique où le vivant et l'inanimé échangent à l'envi leur place. Fascinant.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61174687-44645705.jpg?v=1640196589" alt=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" title=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" />
     </div>
     <div>
      Pour sa troisième création, le laboratoire - c'en est un - marionnettiste d'Aurore Cailleret et Lolita Barozzi (Cie Le Liquidambar) réalise une performance sans égal. Si &quot;Des paniers pour les Sourds&quot; en 2019 avait été une révélation, &quot;La Part des Anges&quot; est une consécration de leur talent créatif, de leur infinie finesse pour appréhender le monde des vivants (et celui des morts), le tout soutenu par une exigence de tous les instants. Le travail en amont, écriture ciselée, modelage de fragments de sculptures &quot;décomposées&quot; (écho subliminal des sculptures expressives d'Ousmane Sow) portant en leurs plis les marques du délitement du temps, lumières sculptant des zones d'ombres et de lumières, compositions musicales suggestives, résonne comme les prémices de la belle ouvrage présentée au plateau à laquelle le nom de l'autre comédienne, Amélie Lepeytre, se doit d'être associé.       <br />
              <br />
       Le décès du père, eût-il été vécu comme absent, est de nature à projeter sur l'avant-scène les fragments d'une existence recouverte par les scories du temps qui passe. C'est l'expérience unique à laquelle nous convie Nora, revenue à cette occasion dans l'atelier paternel libéré de l'interdit d'en franchir la porte. Un lieu peuplé désormais des seules sculptures d'un homme effroyablement distant, ayant manqué à ses devoirs élémentaires de père et, surtout, lui ayant manqué à elle, petite fille désireuse d'exister au travers d'un regard étayant.
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     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61174687-44645707.jpg?v=1640196617" alt=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" title=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" />
     </div>
     <div>
      Dès lors, seulement interrompue par les sonneries du téléphone d'une voisine s'immisçant dans le présent tel un vautour flairant la mort à l'œuvre, Nora va entretenir avec les énigmatiques sculptures - réalisées en papier collé recouvert d'une teinte d'argile - un dialogue halluciné convoquant tous les sentiments enfouis. La fantasmagorie des personnages de son univers enfantin prend littéralement vie sous l'effet des marionnettes articulées, fragmentées, elles aussi, comme les souvenirs dont elles sont porteuses. Manipulées avec une infinie délicatesse millimétrée, nimbées dans des halos de lumière, les sculptures &quot;prendront la parole&quot; pour donner voix aux disparus.       <br />
              <br />
       En premier lieu, ce haut d'un corps, représentant d'un père privé de tête (décapitée ?) auquel elle a toutes raisons d'en vouloir, lui qui a menacé d'effritements son existence abandonnée. Elle lui vomira salutairement &quot;à la figure&quot; ce qui lui a pesé si longtemps sur le cœur. Derrière sa fureur présente de jeune femme, se lit l'immense désarroi de n'avoir pu l'aimer, elle petite fille, faute de l'avoir été.       <br />
              <br />
       Mais aussi des personnes qui ont compté pour elle. Sa grand-mère l'ayant élevée, représentée par une sculpture rabougrie sortie tout droit des contes de son enfance, lui racontant des histoires merveilleusement effrayantes avant qu'elle ne s'endorme. Sa tante campée sur &quot;ses pieds d'argile&quot;, lui apprenant à nager, se substituant à son frère défaillant - le père de Nora - pour veiller à ce que la mère morte prématurément puisse être enterrée dignement. Autant d'adultes bienveillants dont les sculptures vont venir tour à tour réifier l'absence. Quant à Nora, jouant tendrement avec sa fragile sculpture, il lui sera aussi permis de renouer ses doigts autour des siens petits.
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     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61174687-44645712.jpg?v=1640196652" alt=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" title=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" />
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      Et comme pour amplifier ces voix d'outre-tombe ressuscitées par la grâce des sculptures marionnettes, l'une d'entre elles (la seule &quot;réaliste&quot;), le buste de Georges Charpak, ressemblant à s'y méprendre à l'éminent prix Nobel de physique, viendra faire entendre comment la matière peut faire résonner les voix du passé prises dans ses rets.       <br />
              <br />
       Pour conjurer le silence pesant de la mort du père - objet de ses vœux secrets -, la fragile héroïne entourée de ses disparus &quot;fera feu de tout papier collé&quot; pour échapper au marécage de spleen dans lequel inéluctablement elle s'enlisait. Accompagnée par les paroles chaleureuses de sa grand-mère mêlées à celles du chercheur nobélisé, entourée de tous ses morts auxquels il convient d'ajouter désormais la figure du père &quot;déminé&quot;, elle adviendra à elle-même dans un tableau faire-part où l'immense besoin de consolation lié aux deuils à dépasser parle aux vivants que nous sommes. Et ce miracle n'a pu avoir lieu qu'en animant l'inanimé, le monde des sculptures-marionnettes où l'intime en ombres portées prend vie.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Vu le mercredi 15 novembre 2021 au Studio du Glob Théâtre de Bordeaux.</span>
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"La Part des Anges"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61174687-44645724.jpg?v=1640196792" alt=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" title=""La Part des Anges" Le passé recomposé, ce temps suspendu entre mort et renaissance" />
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      Création décembre 2021.       <br />
       Texte et mise en scène : Aurore Cailleret.       <br />
       Avec : Lolita Barozzi, Aurore Cailleret, Amélie Lepeytre.       <br />
       Fabrication des marionnettes : Lolita Barozzi et Arnaud Louski Pane.       <br />
       Scénographie : Cécile Léna.       <br />
       Création lumière : Yannick Anché.       <br />
       Création sonore : Julien Lafosse.       <br />
       Construction scénographique : Marc Valladon.       <br />
       Cie Le Liquidambar.       <br />
       Durée : 1 h 10.       <br />
              <br />
       A été représenté du 9 au 10 et du 14 au 16 novembre 2021 au Glob Théâtre.       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       8 février 2022 : Festival Méli-Mélo, Canéjan/Cestas (33).       <br />
       11 mars 2022 : Pôle culturel L'Ekla, Le Teich (33).       <br />
       15 mars 2022 : Festival MARTO, Théâtre Jean Arp, Clamart (92).       <br />
       17 mars 2022 : Le Dôme, Talence (33).
     </div>
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