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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-17T13:56:58+01:00</updated>
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   <title>"Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier</title>
   <updated>2023-01-23T19:27:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Fin-de-partie-Le-rire-cinglant-de-Samuel-Beckett-traverse-le-silence-dans-la-salle-du-theatre-de-l-Atelier_a3495.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2023-01-24T07:12:00+01:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
On est comme au bord d'un gouffre. Pourtant, il n'y a pas grand-chose de vertigineux sur le plateau. Une pièce fermée avec deux fenêtres tout en haut des murs grisâtres comme dans une cave, comme deux écoutilles, et puis deux poubelles immenses rouillées, et deux hommes immobiles, l'un debout, l'autre assis sous un drap, cloué dans un fauteuil roulant, archaïque. Le gouffre ne saute pas aux yeux immédiatement, il ne se voit pas, mais il est là depuis des siècles, depuis que ces personnages vivent, il est au fond d'eux-mêmes, il est entre eux, il est face au public.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060706.jpg?v=1674498852" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      Le personnage debout, c'est Clov, sous l'apparence de Denis Lavant. Il se déplace comme s'il avait une hanche bloquée, mais il marche. L'autre, celui qu'on découvre sous le drap, le visage couvert par un mouchoir ensanglanté, c'est Hamm, l'aveugle, derrière les lunettes duquel joue Frédéric Leidgens. Lui ne marche plus du tout, mais il dirige tout ça. Tout ça, c'est cette maison bâtie entre terre et mer, et Clov et, dans les deux poubelles, la mère et le père d'Hamm qui sortent de temps en temps leurs têtes, leurs souvenirs, leurs demandes, leurs restes à vivre.       <br />
               <br />
       Dans cette bâtisse qui semble comme une institution quasi éternelle, règne un ordre du même type, régenté par Hamm, l'aveugle impotent, vaguement despote. Qui règne sur ce petit monde. Qui est tout le monde connu. Cela sent tout de même la fin du voyage, la fin des temps, même si chaque jour doit un peu sentir la même chose, on se dit. Chaque jour, Clov annonce qu'il quitte Hamm, qu'il va partir, chaque jour la mère ou le père meurt un peu plus, chaque jour, il ne reste presque plus rien en réserve de nourriture, de médicaments dans la maison.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060713.jpg?v=1674498903" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      Beckett semble raconter ici ce qui n'en finit pas de finir. Avec classe, sans jugement, sans sentimentalisme, au contraire. En racontant ceci, il raconte la vie, l'étrange vie humaine d'entre les humains qui sont entre eux autant d'entraves aux libertés et qui, pourtant, ne cessent d'avoir besoin des autres, de se chercher, de vivre en symbiose. La pièce est organique, Clov et Hamm et Nell et Nagg sont comme des cellules d'un corps qui les dépassent. Impossible pour eux d'exister sans les autres comme si tous étaient incomplets de nature. Même les noms semblent incomplets, tronqués, toujours, de naissance, d'origine, Clov, Hamm, Nell, Nagg. Des paires, des pairs et de pères à n'en plus finir.       <br />
               <br />
       Une lecture de cet aspect d'incomplétude qui est évidente pour les deux personnages principaux. L'un marche avec douleur, mais ne peut se coucher, l'autre ne peut marcher, ne voit pas, mais possède l'autorité. On pourrait les croire complémentaires, mais ils sont symbiotiques comme certains micro-organismes. Avec cette pièce, Beckett écarte les jolies enjolivures de la vie, les bons sentiments, les parures de fête pour peser le poids de cette vie même, sans ornements, et cet éphémère tragique qui finit toujours par gagner sur toutes les vieilles croyances ridicules, ces fumées.       <br />
               <br />
       Jacques Osinski, le metteur en scène, est un explorateur de longue date de l'œuvre de Beckett. De même que Denis Lavant avec qui ils ont déjà fait deux spectacles précédemment : &quot;Cap au pire&quot; et &quot;La dernière bande&quot;. Il s'est entouré dans cette pièce de quatre implacables interprètes. Implacables, car ils ne laissent pas une chance à la moindre critique tant ils sont d'une parfaite justesse dans la création de leurs différents rôles. Denis Lavant n'a pas besoin de parler pour mettre au monde un Clov totalement expressif. Le corps, l'intensité du jeu, du regard, tout est là pour susciter l'attention et découvrir cet être en constante quête de délivrance.       <br />
              <br />
       Frédéric Leidgens, cloué au fauteuil, les yeux opaques, est la présence vertigineuse de Hamm au centre du plateau, exactement au centre du monde comme le noyau dans une cellule d'un corps beaucoup trop vaste pour en avoir perception. Ses mains, mais surtout sa manière de dire ce texte et cet affût où s'agite perpétuellement sa tête en fait un personnage entre insecte et mécanique, impressionnant.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060788.jpg?v=1674499046" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      La mère et le père, dont on ne voit que la tête et les mains, ne font que quelques apparitions, mais Claudine Delvaux et Peter Bonke ont tous deux une telle présence, un tel doux impact qu'ils restent en mémoire, eux qui sont les derniers récipiendaires de la mémoire.       <br />
               <br />
       Jacques Osinski et chacun des interprètes de la pièce ont pris le texte de Beckett avec une extrême humilité, mais surtout avec un sens aigü du rythme, de la respiration et des silences, ce qui donne à toute la pièce une grande puissance parsemée deci delà de rires, de fascinations et d'émotions.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Fin de partie"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060789.jpg?v=1674498992" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      Texte : Samuel Beckett, publié aux Éditions de Minuit.       <br />
       Mise en scène : Jacques Osinski.       <br />
       Avec Denis Lavant (Clov), Frédéric Leidgens (Hamm), Claudine Delvaux (Nell) et Peter Bonke (Nagg).       <br />
       Scénographie : Yann Chapotel.       <br />
       Lumières : Catherine Verheyde.       <br />
       Costumes : Hélène Kritikos.       <br />
       Tout public à partir de 14 ans.       <br />
       Durée : 2 h.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 19 janvier au 5 mars 2023.</span>       <br />
       Du mardi au samedi 19 h, dimanche à 15 h.       <br />
       Théâtre de l'Atelier, Paris 18e, 01 46 06 49 24.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-atelier.com/" target="_blank">&gt;&gt; theatre-atelier.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps... </title>
   <updated>2015-02-24T13:12:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Fin-de-Partie-celui-qui-tient-l-histoire-tient-le-temps_a1294.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/7500776-11565642.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2015-02-24T12:47:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Grapin</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
"Rien n'est plus drôle que le malheur, [...] c'est la chose la plus comique [...] mais c'est toujours la même chose [...]. C'est comme la bonne histoire qu'on nous raconte [...] nous la trouvons bonne mais nous n'en rions plus."     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7500776-11565642.jpg?v=1424779176" alt="Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps... " title="Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps... " />
     </div>
     <div>
      Voilà, tout est dit ! La pièce de Samuel Beckett &quot;Fin de Partie&quot; raconte une bonne histoire qui garde la trace du rire au fil du temps qui lasse et délasse des tourments de la Vie. Il est question d'un vieil homme, vieux maître invalide et aveugle in, séparé de son serviteur Clov fidèle et quasi-paralytique qui tourne en bourrique. L'histoire est celle d'un homme qui enfouit dans le sable de l'oubli ses parents, asservit l'orphelin recueilli, et ne peut vivre sans avoir le dernier mot. Quitte à vivre perpétuellement dans l'inquiétude d'une conversation qui ne vient jamais.       <br />
              <br />
       Le texte a la cocasserie lucide et noire… et met en abyme la situation du narrateur qui relance sans cesse son récit, de l'écrivain qui négocie avec sa page blanche, du comédien qui ruse avec son public.       <br />
              <br />
       Parfaitement ciselée, pimentée de jeux de mots et de bons mots, la pièce tient l'attention et l'émotion, efface tout pathos et met en œuvre l'ajustement des mots et des gestes des personnes qui tâtonnent au tournant d'une vie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7500776-11565682.jpg?v=1424779665" alt="Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps... " title="Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps... " />
     </div>
     <div>
      C'est pain bénit pour les comédiens de la compagnie Toby or not qui, avec l'épaisseur de leur métier et la pointe de dérision nécessaire, trouvent le point d'équilibre entre rire et larme, compassion et répulsion, entre tendresse et colère. Ils mettent en œuvre toute une chorégraphie de duos et duels en forme de mimétisme à la fois source de rire en commun ou de révolte perceptible.       <br />
              <br />
       Hamm et Clov sont dans la main du destin, retiennent l'ennui, captivent le regard du spectateur qui ressent le titillement de ses zygomatiques et qui retient son souffle.       <br />
              <br />
       La parabole de Beckett est limpide, celui qui tient l'histoire tient le temps. Il est le maître de la représentation, de son espace et de son temps, à la condition souveraine que le public lui réponde.       <br />
              <br />
       À l'évidence ce dernier ne boude pas son plaisir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Fin de Partie"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7500776-11565720.jpg?v=1424779706" alt="Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps... " title="Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps... " />
     </div>
     <div>
      Auteur : Samuel Beckett.       <br />
       Mise en scène : Jean-Claude Sachot.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Bérengère de Pommerol.       <br />
       Avec : Philippe Catoire, Gérard Cheylus, Marie Henriau, Jérôme Keen.       <br />
       Costumes : Frédéric Morel.       <br />
       Décors : Virginie Destiné.       <br />
       Lumières : Laure Bérend et Jean-Claude Sachot.       <br />
       Durée : 1 h 35.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 15 janvier au 4 avril 2015.</span>       <br />
       Du jeudu au samedi à 21 h 30.       <br />
       Essaïon Théâtre, Paris 4e, 01 42 78 46 42.       <br />
       <a class="link" href="http://www.essaion-theatre.com/index.php" target="_blank">&gt;&gt; essaion-theatre.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  </entry>
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   <title>"Fin de partie", "l’indévoilable" dévoilé</title>
   <updated>2011-06-21T18:46:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Fin-de-partie--l-indevoilable-devoile_a146.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/3017620-4297750.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-05-28T14:54:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Difficile de parler d’une pièce quand on arrive à un tel niveau de jeu et de scénographie. "Fin de partie" de Samuel Beckett, en ce moment au Théâtre de la Madeleine, est mis en scène par un des plus grands de notre génération : Alain Françon. La distribution est de haute volée, le critique va tenter de faire honneur à ce beau travail. Une chose de sûre, c’est à voir. Absolument !     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/3017620-4297750.jpg?v=1306768929" alt=""Fin de partie", "l’indévoilable" dévoilé" title=""Fin de partie", "l’indévoilable" dévoilé" />
     </div>
     <div>
      Comme <span style="font-style:italic">Godot</span>, <span style="font-style:italic">Fin de Partie</span> fait l’effet d’une bombe dans le paysage théâtral français. Douze ans après la fin de la guerre, Beckett livre une vision de l’homme atrophié et condamné à l’errance : Hamm est un aveugle paraplégique, décrépit et grincheux. Maître d’un espace sans repère, il héberge dans sa suite ses parents culs-de-jatte qui crèchent dans une poubelle et apparaissent de manière sporadique au public. Il a pour domestique Clov, dont les relations oscillent entre celles du fils adoptif et de &quot;l’esclave&quot; corvéable à merci.        <br />
              <br />
       Ces personnages dérangent au point que Samuel Beckett est d’abord obligé de traverser la Manche pour faire jouer <span style="font-style:italic">Fin de partie</span>. Très peu à cette époque ont compris Beckett et seuls Jérôme Lindon des Éditions de Minuit et le metteur en scène Roger Blin avaient (très tôt) reconnu son génie. Tout de même, c’est fou quand on y pense !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Encore plus fou quand on sait la difficulté qu’a d'abord eu Beckett à convaincre des comédiens de jouer dans une poubelle. Les acteurs âgés et en fin de carrière ne souhaitaient pas qu’on retienne d’eux une telle image. Aujourd’hui, c’est la grande Isabelle Sadoyan (qu’on avait entre autre adorée dans <span style="font-style:italic">Conversations avec ma mère</span>, mis en scène par Didier Bezace au Théâtre de la Commune) qui tient le rôle de Nell. Le regard qu’elle pose sur son mari (Nagg) est bouleversant tant il est profond.        <br />
              <br />
       L’ancien sociétaire de la Comédie Française, Michel Robin (qu’on avait pu aussi voir cette saison dans <span style="font-style:italic">Les Trois sœurs</span>, d’Anton Tcheckov), n’en est pas moins poignant. Il arrive à composer (avec une parfaite justesse) le visage d’un vieillard retombé en enfance. Le grotesque de leur situation et l’œil hagard de ces deux personnages incarnent déjà à eux seuls tout le tragique beckettien. Mais – et c’est là toute la force de leur jeu – on ne peut s’empêcher de rire. Rire grinçant, rire désespéré, rire crispé, rire noétique ou rire dégradé… Allons, &quot;tirons autant de rire que possible de cet horrible fatras&quot; a pu dire Beckett. Alain Françon en a superbement retenu la leçon. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Superbes aussi, Serge Merlin (Hamm) et Jean-Quentin Châtelain (Clov) – tous deux ont partagé le prix de la Critique théâtrale en 2010 – arrivent à composer des personnages à l’image de l’espace dans lequel ils cohabitent. Dans chacun de leurs mouvements (tics, tremblements, placements du corps et de la voix), tout signifie ces &quot;corps-prison&quot; qui se désagrègent et que jamais l’espace ne peut déployer harmonieusement. Le corps en permanence courbé d’un Clov (condamné à ne jamais pouvoir s’asseoir) et celui d’un Hamm droit et rigide (cloué pour toujours sur sa chaise) nous font ressentir leur enfermement. Pendant tout le spectacle, on reste suspendu aux lèvres de ces deux comédiens qui incarnent leur angoisse existentielle dans la forme la plus hideuse qui soit du corps mutilé. Leur jeu et leur gestuelle sont époustouflants de justesse.        <br />
              <br />
       En apparence dénudé, le décor que nous dresse Jacques Gabel n’en est pas moins aliénant. Il retient entre ses murs des personnages qui ne peuvent plus sortir de leur enfermement. Il n’y qu’à voir Clov au début, debout, sur une chaise, le corps plié en deux, qui tente tant bien que mal de regarder par le trou des lucarnes. Les choix scénographiques vont dans le sens d’un auteur qui, en 1980 (date de la dernière révision du texte) avait réduit son théâtre tout à l’épure, au presque rien. D’ailleurs, les dernières mises en scène auxquelles a assisté Samuel Beckett (par exemple, celle Michaël Blake à Londres) se limiteront alors aux formes essentielles de la représentation picturale : figures géométriques du cercle, du carré, rapports chromatiques appelant les non couleurs du blanc et du noir, lumière affectionnant le clair-obscur dramatique et rappelant de manière sensible l’univers de Francis Bacon. Le psychanalyste Didier Anzieu écrit à ce sujet: &quot;Le lecteur reçoit les textes de Beckett de la manière dont le visiteur reçoit les toiles de Francis Bacon […] : comme un coup porté au creux de son âme.&quot; (<span style="font-style:italic">Beckett</span>, Folio, Essais, 1998). Ainsi nous comprenons le scénographe de la pièce qui nous compose si justement des formes sans couleur et des couleurs sans forme.        <br />
              <br />
       Avec cette mise en scène, Alain Françon va sans nul doute au plus près la parole de l’auteur : &quot;On veut à toute force donner au mal de la couleur, oublier qu’il n’est que néant, et s’installe le plus souvent comme une atrophie ou une lente dérive, une manière de flotter à la surface de soi et d’abandonner les fonds. La faute moderne n’a ni forme, ni couleur, ni saveur&quot;. À nous d’ajouter que le critique reçoit cette <span style="font-style:italic">Fin de partie</span> comme un dévoilement vers l’&quot;indévoilable&quot; beckettien et, somme toute, un beau moment de grâce que nous ne sommes pas prêts d'oublier...
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Fin de partie"</b></div>
     <div>
      (Vu le 20/05/2011)       <br />
              <br />
       Texte : Samuel Beckett.       <br />
       Mise en scène : Alain Françon.       <br />
       Avec : Jean-Quentin Chatelain, Serge Merlin, Michel Robin, Isabelle Sadoyan.       <br />
       Scénographie et costumes : Jacques Gabel.       <br />
       Lumières : Joël Hourbeigt.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 10 mai au 17 juillet 2011.</span>       <br />
       Théâtre de la Madeleine, Paris 8e, 01 42 65 07 09.       <br />
       <a class="link" href="http://www.theatredelamadeleine.com" target="_blank">www.theatredelamadeleine.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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