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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-14T08:34:51+02:00</updated>
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   <title>Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"</title>
   <updated>2018-03-04T12:57:00+01:00</updated>
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   <category term="Lyrique" />
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   <published>2018-03-04T12:45:00+01:00</published>
   <author><name>Christine Ducq</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
À la veille de l'annonce mi-mars de la prochaine saison de l'Opéra sis à Bruxelles, rouvert depuis septembre 2017 après d'importants travaux de rénovation, nous avons rencontré son directeur musical depuis 2016. L'excellent chef français a entrepris avec Peter de Caluwe de redonner à la maison lyrique une des premières places en Europe. Avec succès.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20574636-23991277.jpg?v=1520067323" alt="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" title="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" />
     </div>
     <div>
      <b>Christine Ducq - Revenons sur votre nomination en 2016. Pouvez-vous nous en rappeler les circonstances ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Après une dizaine d'années d'une vie de nomade à diriger un peu partout, j'ai eu envie d'initier un travail avec un orchestre sur le long terme. Être invité dans le monde entier en tant que chef, c'est profiter du travail opéré par d'autres directeurs musicaux ; un travail toujours très différent puisqu'un orchestre ne sonne jamais comme un autre - citons par exemple celui d'Antonio Pappano au Royal Opera House ou celui de James Levine au Met <span style="font-style:italic">(1)</span>. Question intéressante : pourquoi ? Parce que le travail du directeur musical est très important pour forger un son. J'ai donc su qu'il était temps pour moi d'avoir ma propre maison et mon propre orchestre. Or, dès 2011, l'alchimie avait opéré avec l'orchestre de la Monnaie quand je l'ai dirigé dans le &quot;Cendrillon&quot; de Massenet.       <br />
              <br />
       <b>Étant donné les expériences passées avec les deux précédents chefs, votre arrivée n'avait pourtant rien d'évident, n'est-ce pas ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Je ne sais pas. Quand Ludovic Morlot est parti au bout de trois ans (sur les cinq de son contrat, NDLR), Peter de Caluwe <span style="font-style:italic">(2)</span> m'a appelé pour me proposer le poste. J'étais très intéressé par cette proposition, et après réflexion, j'ai accepté. J'avais une telle relation avec l'orchestre et je me sentais si bien dans cette maison que j'ai eu envie de travailler avec eux sur le long terme. Je me suis engagé pour rester longtemps.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20574636-23991314.jpg?v=1520067462" alt="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" title="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" />
     </div>
     <div>
      <b>Il s'agit aussi de redonner une identité forte à l'orchestre et à la Monnaie en tant que maison lyrique ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> En effet. Cet orchestre a été recréé par Gerard Mortier dans les années quatre-vingt (avec comme chef Sylvain Cambreling) et les progrès ont été fulgurants. Puis Bernard Foccroulle a amené Antonio Pappano puis Kazushi Ono, et l'orchestre a continué à progresser. Cela s'est peut-être bien moins passé avec les deux chefs suivants, ce qui peut entraîner rapidement une baisse de niveau et de motivation.       <br />
              <br />
       Nous sommes aujourd'hui au début d'un nouveau cycle. De nombreux musiciens partent en retraite, ce qui génère un recrutement important. Beaucoup de très jeunes musiciens ou d'autres plus expérimentés se présentent au concours ; ceux qui le réussissent sont brillants, alliant virtuosité et expérience de l'orchestre.       <br />
              <br />
       <b>Dans quelle proportion allez-vous recruter pour l'orchestre ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Au terme de mon mandat, nous aurons procédé au remplacement d'un tiers de l'orchestre, ce qui représente presque une trentaine de personnes.       <br />
              <br />
       <b>Construire l'équilibre de l'orchestre est donc déjà engagé depuis près de deux ans ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Ce travail de fond passionnant commence réellement cette année grâce à la réouverture du site historique de la Monnaie. Auparavant, nous avons joué à Tour et Taxis (un site industriel recyclé pour des événements culturels, NDLR) sous un chapiteau dans le quartier de Molenbeek et l'orchestre était sonorisé là-bas. Nous n'avions pas le choix. Pour les concerts symphoniques que j'ai souhaités plus nombreux, nous jouons au Palais Bozar, qui est aussi par conséquent une salle très importante pour nous, et parfois à la Salle Flagey. Les deux acoustiques de l'opéra et du Palais Bozar sont très différentes, ce qui représente un défi intéressant pour nous.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20574636-23998886.jpg?v=1520156499" alt="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" title="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" />
     </div>
     <div>
      <b>Avez-vous apporté un esprit français à cet orchestre ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> L'orchestre est constitué de francophones et de néerlandophones, exactement comme le reste de la Belgique - même si de nombreuses nationalités y sont représentées comme dans tout grand orchestre. Deux cultures coexistent ici avec les deux langues. Lors de notre concert à destination des enfants autour du thème de &quot;Shéhérazade&quot; donné dernièrement, je me suis longuement adressé à eux pour leur parler des compositeurs, des œuvres et des instruments de l'orchestre, tout en étant traduit simultanément. C'est la même chose pour la pratique instrumentale dans l'orchestre.       <br />
              <br />
       Certains musiciens appartiennent à une culture plutôt germanique et d'autres sont plutôt de culture française - car la Belgique est vraiment traversée de cette double identité. De même que le grand Eugène Ysaïe a initié une école de violon à Liège caractérisée par un son ni tout à fait français, ni tout à fait germanique, j'entends construire avec l'orchestre une sonorité entre les deux traditions - difficile à définir peut-être mais qui serait moins transparent qu'en France et moins épais qu'en Allemagne.       <br />
              <br />
       <b>Une sorte de compromis entre Liszt et Wagner d'un côté et Ravel et Berlioz de l'autre ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Exactement. Nous donnons entre autres des concerts consacrés à Liszt et Bartok en écho à la programmation lyrique (&quot;Journey to Bluebeard&quot; en février, Ndlr). Mais je voudrais avant tout que l'orchestre ait la flexibilité, la volubilité qui lui permette de briller dans tous les répertoires. Un orchestre d'opéra doit pouvoir passer de Verdi à Puccini et savoir aussi produire un son très différent dans Wagner et Bartok.       <br />
              <br />
       <b>À votre nomination, vous avez donc souhaité redonner sa première place à La Monnaie. Qu'avez-vous de surcroît spécifiquement mis en place ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> D'abord une programmation innovante avec Peter de Caluwe (car l'esprit d'innovation habite cette maison depuis longtemps) avec une ouverture sur des répertoires très différents, des mises en scène originales révélatrices de jeunes talents. Comme la mise à l'affiche, il y a peu, du &quot;Il Prigioniero&quot; de Luigi Dallapiccola couplé au &quot;Das Gehege&quot; de Wolfgang Rihm dans la production d'Andrea Breth, un des grands noms actuels du Regie-Theater.       <br />
              <br />
       Mais il faut donner des bases solides à l'orchestre, aussi avons-nous mis en place les concerts symphoniques avec des cycles consacrés à de grands compositeurs comme Brahms et bientôt ce sera Beethoven.       <br />
              <br />
       Cependant avant notre ré-installation en septembre à La Monnaie, quelques productions ont dû attendre cette saison pour être programmées, tels ce &quot;Lohengrin&quot; qui sera créé en avril dans la vision d'Olivier Py ou &quot;Le Château de Barbe-Bleue&quot; de Bartok, couplé au &quot;Mandarin merveilleux&quot;. Cette saison sera donc très marquante si on la considère dans sa totalité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20574636-23999084.jpg?v=1520157673" alt="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" title="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" />
     </div>
     <div>
      <b>Vous avez aussi voulu proposer un concert annuel au jeune public, en plus des concerts symphoniques ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Il s'agit, outre les séries de concerts destinés au plus grand nombre (une huitaine par an désormais), d'offrir aux enfants un concert gratuit pour les initier à la musique - avec distribution de goûters ! Pour le concert &quot;Shéhérazade&quot; dont je parlais plus haut, mille cinq cents à mille six cents places vendues sur deux mille deux cents étaient occupées par le jeune public, âgé de trois à dix-huit ans. Ce fut donc une réussite essentielle à mes yeux - cet auditoire constitue notre futur public d'opéra, de même peut-être nos musiciens de demain. Notre souci est d'élargir par tous les moyens l'aire sociale et culturelle de notre public habituel, y compris en allant dans les écoles.       <br />
              <br />
       J'ai par ailleurs créé une académie d'orchestre pour les musiciens qui finissent leurs études dans les conservatoires ; une structure qui est opérationnelle depuis septembre en collaboration avec le Belgium Federal Orchestra. Enfin, il faut que nous entrions de plein pied dans le XXIe siècle en développant la présence numérique de l'orchestre pour le faire connaître. Les orchestres américains ont vingt ans d'avance sur l'Europe sur ce point.       <br />
              <br />
       <b>Vous avez déclaré un jour que le chef avait un rôle éthique. En quoi consiste précisément pour vous la responsabilité d'un directeur musical ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Cette responsabilité morale se situe à plusieurs niveaux, philosophiquement, musicalement, et bien-sûr d'un point de vue personnel. Musicalement, une partition doit être dirigée sans trahir l'esprit du compositeur. Je suis très surpris parfois par certaines interprétations, qui donnent l'impression que le chef n'a rien lu sur les œuvres en en proposant une version aux antipodes de ce qui est écrit sur la partition. Une vraie trahison selon moi. Notre première responsabilité en tant que chef relève d'une indispensable intégrité musicale vis-à-vis des compositeurs.       <br />
              <br />
       Elle s'impose aussi en ce qui concerne les musiciens. Nous travaillons avec des personnes qui travaillent leur instrument depuis la prime enfance, et ce, parfois huit heures par jour. L'orchestre, constitué de grands professionnels, n'est donc pas un jouet. Musiciens ou chef, nous avons une grande responsabilité devant notre public en termes d'investissement et de concentration, que nous soyons sur scène ou dans la fosse. Nous travaillons énormément sur cela. Il est vrai que jouer à l'opéra et pour le concert symphonique représente des défis très différents, et les deux expériences se nourrissent l'une de l'autre. Je suis très fier du travail que nous avons déjà accompli.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20574636-23999405.jpg?v=1520160738" alt="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" title="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" />
     </div>
     <div>
      <b>Que pouvez-vous nous dire sur ce &quot;Lohengrin&quot; qui sera bientôt créé à La Monnaie sous votre direction ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Après la collaboration avec Olivier Py sur ses très beaux &quot;Dialogues des Carmélites&quot; donnés ici en automne dernier, je suis pressé de retravailler avec lui. Nous nous sommes très bien entendus. Ce sera son premier &quot;Lohengrin&quot; et je sais qu'il se passionne pour cette œuvre. Tout est en place pour offrir une très belle production.       <br />
              <br />
       <b>Quant à vous, vous connaissez intimement cette œuvre que vous avez dirigée à Bayreuth ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> En effet, diriger à Bayreuth a été une de mes plus fortes expériences en tant que chef. J'adore Richard Wagner et &quot;Lohengrin&quot; est la première de ses œuvres vraiment personnelles, car libérée de l'influence des opéras italiens. C'est une partition incroyablement riche où l'écriture devient spécifiquement wagnérienne avec ses transformations de leitmotive. Chez Wagner d'ailleurs (comme chez Verdi) l'écriture musicale se modifie à chaque fois avec le livret. On parle toujours du chromatisme et de l'accord de Tristan mais qu'on regarde de près les partitions des &quot;Maîtres Chanteurs&quot;, de &quot;Tristan&quot; ou de &quot;Parsifal&quot;, le langage est à chaque fois très différent.       <br />
              <br />
       Dans &quot;Lohengrin&quot;, il faut retrouver cette couleur magique, ces sons éthérés, transparents, uniques dans son œuvre et qui manifestent le surnaturel. C'est ce que je rechercherai avec l'orchestre.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">(1) Metropolitan Opera de New York.       <br />
       (2) Directeur de l'opéra de Bruxelles depuis 2007.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/20574636-23999768.jpg?v=1520163454" alt="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" title="Le chef Alain Altinoglu à la Monnaie… "Je me suis engagé pour rester longtemps"" />
     </div>
     <div>
      Interview réalisée le 14 février 2018.       <br />
              <br />
       <b>Prochains spectacles à La Monnaie :</b>       <br />
       &quot;Cavalleria Rusticana&quot; &amp; &quot;Pagliacci&quot; (E. Pido - D. Michieletto) du <span class="fluo_jaune">6 au 22 mars 2018.</span>       <br />
       &quot;Lohengrin&quot; (Alain Altinoglu - Olivier Py) du <span class="fluo_jaune">19 avril au 6 mai 2018.</span>       <br />
              <br />
       Programme complet et réservations :       <br />
       <a class="link" href="https://www.lamonnaie.be/fr" target="_blank">&gt;&gt; lamonnaie.be</a>       <br />
              <br />
       La Monnaie (De Munt),       <br />
       5, Place de la Monnaie, Bruxelles.       <br />
       Tél. : + 32 (0)2 229 12 11.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Alain Altinoglu, un chef fougueux à Bastille</title>
   <updated>2015-01-15T09:57:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Alain-Altinoglu-un-chef-fougueux-a-Bastille_a1265.html</id>
   <category term="Lyrique" />
   <published>2015-01-14T09:28:00+01:00</published>
   <author><name>Christine Ducq</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
"Don Giovanni", l'opéra de Mozart (dans la version mise en scène par Michael Haneke), est de retour à l'Opéra Bastille à partir du 15 janvier 2015 avec une nouvelle distribution. À la baguette, c'est Alain Altinoglu, le plus célèbre des jeunes chefs français dans le monde que le public retrouvera. Celui-ci, dont la carrière connaît à juste titre une irrésistible ascension, a bien voulu nous recevoir.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7351610-11316920.jpg?v=1421241975" alt="Alain Altinoglu, un chef fougueux à Bastille" title="Alain Altinoglu, un chef fougueux à Bastille" />
     </div>
     <div>
      À la fin d'une semaine tragique et entre deux séances de répétition agitées en ce vendredi 9 janvier (avec quelques musiciens de l'orchestre de l'Opéra de Paris inquiets pour leurs proches alors que la violence paralyse la ville), Alain Altinoglu m'accueille chaleureusement avec sa simplicité habituelle. Il s'excuse presque de m'accueillir dans sa loge &quot;un peu petite&quot; et surtout &quot;sans fenêtre&quot;. Son intérêt, me confie-t-il, c'est qu'elle est la plus proche de la fosse. Quasi monacale, elle est cependant pourvue d'un piano droit - rappelant que le chef d'orchestre est aussi un pianiste.        <br />
              <br />
       Après une petite visite de la fosse de l'orchestre (montée sur vérin) qu'on a remontée puisque l'orchestre mozartien nécessite ici seulement cinquante musiciens, le Maestro nous parle de &quot;Don Giovanni&quot; qu'il dirige à Paris après l'avoir donné à l'Opéra de Vienne (et avant Covent Garden en juin 2015).        <br />
              <br />
       <b>Christine Ducq pour La Revue du Spectacle - Vous allez diriger une production déjà donnée à Paris dans une mise en scène de Michael Haneke.</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Oui. Elle est donnée pour la quatrième fois. Créée à Garnier en 2006, elle a connu déjà deux reprises à Bastille.       <br />
              <br />
       <b>Je l'ai vue en 2012. J'adore cette production. Pourtant certaines personnes n'avaient guère apprécié les changements apportés à l'ouvrage par Michael Haneke...</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Ce ne sont pas vraiment des changements comme le font certains metteurs en scène. Il y a juste des rajouts de silence. C'est-à-dire qu'on coupe une phrase musicale en deux. On vit quelque chose pendant ce silence.        <br />
       Mais si on repense à la manière dont Mozart lui-même improvisait tout le temps les récitatifs - c'est lui qui était au piano-forte -, chaque fois différemment à chaque représentation, cela va dans ce sens-là. Personne n'a touché à la musique.        <br />
              <br />
       <b>Mais il y avait certains changements de mots (seulement dans les surtitres) et nous lisions &quot;femme de ménage&quot; à la place de &quot;paysanne&quot;, pour Zerlina par exemple.</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Ah oui. Alors cela, c'est moins bien ! (rires). Avec cette production, nous transposons l'intrigue au XXIe siècle. Donc, nous imaginons que Don Giovanni peut être un chef d'entreprise, il a l'autorité, le pouvoir - au XVIIIe siècle, c'est l'aristocratie évidemment. Ici, nous voyons du personnel de nettoyage et non plus des paysans dans Zerline et Masetto. C'est un petit changement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7351610-11316923.jpg?v=1421242047" alt="Alain Altinoglu, un chef fougueux à Bastille" title="Alain Altinoglu, un chef fougueux à Bastille" />
     </div>
     <div>
      Cela me gêne moins à la limite que la fin. Avec Haneke, on est tellement dans l'humain, dans le réel qu'on n'a plus la dimension métaphysique de l'opéra. Quand le Commandeur survient à la fin - et c'est un des moments clés de l'ouvrage - je pense que nous avons besoin de cette dimension métaphysique du fantôme. Avec Haneke, le personnel de ménage jette Don Giovanni par la fenêtre d'une grande tour de sa holding. Pourquoi pas ? Mais manque le jugement divin, tout reste entre les hommes. La métaphysique me manque un peu dans cette production. Et du coup la morale contenue dans l'épilogue- représenté à Prague en 1788 mais pas à Vienne d'ailleurs peu après - marque moins. Elle doit être un peu hors du temps mais est-ce possible sans la dimension métaphysique de l'opéra ? Sinon, je trouve cette production très forte par ailleurs.        <br />
              <br />
       <b>Quelles seront les différences entre cette production de 2015 et les précédentes ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Vous allez constater que cette production n'a rien à voir avec ce que vous avez déjà vu car les chanteurs ne sont pas les mêmes. C'est pour cela d'ailleurs que, sur le site de l'Opéra, le programme précise que la mise en scène est &quot;d'après Michael Haneke&quot;.       <br />
              <br />
       Peter Mattei a été le premier Don Giovanni dans cette mise en scène, un Don Giovanni génial mais un peu froid. C'est un chanteur scandinave. Erwin Schrott qui le remplace est beaucoup plus sauvage, animal et il joue beaucoup plus sur le côté bouffe du personnage. C'est un baryton qui a beaucoup chanté Leporello. Jouer le côté bouffe du &quot;libertin dissolu&quot; est à mon avis une des intentions premières de Mozart. Il n'est jamais complètement dans le comique ou dans le tragique mais mélange toujours ces deux registres. Cela change toute la vision de la mise en scène de Haneke et les gens vont voir un spectacle entièrement différent.        <br />
              <br />
       <b>Les silences imposés par sa mise en scène vous dérangent-ils ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Cela dépend. Quand il y a des silences - je le dis - qui ne me semblent pas justifiés, je les raccourcis. L'assistant de Michael Haneke est là, nous en discutons. Et il y a silence et silence. On a le silence qui peut ne pas être accompagné par le piano-forte, mais on a aussi des silences dans lesquels on peut rajouter des arpèges, des forte. Et la sensation dans le public n'est pas du tout la même.       <br />
              <br />
       <b>Pouvez-vous imposer votre vision de l'œuvre dans une production qui préexiste ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Bien sûr ! Quand on dirige, on a son idée de l'interprétation générale de l'œuvre et il y a ensuite l'adaptation qui se fait en fonction des chanteurs et de la mise en scène. Évidemment que je ne fais pas le même &quot;Don Giovanni&quot; que celui que j'ai dirigé à Vienne et que celui que je dirigerai à Londres en juin. C'est à chaque fois différent. Mais je conserve ma vision de Mozart et de l'œuvre. Les tempos sont pratiquement les mêmes, ils changent à peine.
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     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7351610-11322803.jpg?v=1421310757" alt="Alain Altinoglu, un chef fougueux à Bastille" title="Alain Altinoglu, un chef fougueux à Bastille" />
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      <b>Qu'est-ce que Mozart a voulu faire en composant &quot;Don Giovanni&quot; à votre avis ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Ce mélange du tragique et du comique, c'est vraiment Mozart. Ce n'est pas son premier Da Ponte (le librettiste NDLR) puisque avant il y a eu &quot;Les Noces de Figaro&quot; et ensuite il y aura &quot;Cosi fan Tutte&quot;. Le livret était très important pour lui. Mozart est vraiment un grand dramaturge. Et il se tenait très au courant de la politique avec son engagement maçonnique - très différent de ce qu'est la Franc-Maçonnerie aujourd'hui. Mozart savait ce qui se passait en France et qu'il y aurait une révolution. Je pense que cet arrière-plan philosophique et politique est important pour l'œuvre.       <br />
              <br />
       &quot;Don Giovanni&quot; est d'ailleurs un chef-d'œuvre incroyable, un des plus grands de la littérature musicale. Il peut être lu selon tellement de niveaux différents !        <br />
       Ne serait-ce que si on prend des aspects techniques musicaux. Prenons la fin du premier acte : Mozart superpose quatre orchestres en même temps dont trois sur scène pendant le bal, c'est de la folie ! Personne n'avait fait cela avant lui et personne ne le fera avant longtemps. Dans cette production, on ne verra malheureusement pas ces trois orchestres qui seront en coulisses - et sonorisés à cette fin. À chaque fois que je dirige cette partition, je redécouvre des choses incroyables !       <br />
              <br />
       <b>Un chef-d'œuvre inépuisable ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Oui. Les personnages peuvent être vus de manières très différentes. C'est pour cela que le personnage de Don Giovanni interprété par Erwin sera différent de celui de Peter avec pourtant la même musique et les mêmes mots.        <br />
              <br />
       <b>Quelles sont vos relations avec l'orchestre de l'Opéra de Paris ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> J'ai un rapport extrêmement particulier avec lui. J'ai commencé dans cette maison en 1997 comme pianiste, chef de chant, souffleur, j'ai même fait les surtitres. Je connais quatre-vingt-quinze pour cent des musiciens de l'orchestre ! Je les tutoie, ils me connaissent. Je sais ce qu'ils aiment, ce qu'ils n'aiment pas et ce dont ils ont besoin.        <br />
              <br />
       <b>Vous diriez qu'il a quelle identité ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Une identité française. Maintenant que je dirige de nombreux orchestres dans le monde entier (même si leur son se mondialise avec internet : tout le monde s'écoute mais il reste des particularismes), je dirai que l'orchestre a une couleur française avec les transparences des cordes et des bois extrêmement brillants. Il y a un niveau de bois inégalé dans le monde. Et il est comme les musiciens sont - avec un peu de folie qui n'existe pas peut-être en Allemagne et aux États-Unis. Oui, il y a une folie française.       <br />
              <br />
       <b>Vous dirigez partout dans le monde. Quel orchestre, quelle maison peuvent encore vous faire rêver ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Je connais maintenant pratiquement toutes les grandes maisons d'opéra (rires) ! La Philharmonie de Berlin est dans mes projets ainsi que le Concertgebouw d'Amsterdam.
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     <br style="clear:both;"/>
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      <b>Que pensez-vous des polémiques autour de la Philharmonie de Paris ? Comptez-vous y diriger un concert ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Pas cette année, je suis presque tout le temps à l'étranger. J'y serai l'année suivante.       <br />
       Quant aux polémiques sur la localisation de la Philharmonie au nord de Paris, je ne comprends pas. Je me réjouis au contraire de cette implantation. Nous avons un nouvel auditorium à Radio France situé dans le sud de Paris et la Philharmonie au nord. Évidemment, le public de la musique classique vient plutôt de l'ouest parisien, du XVIe, du VIIIe. Mais j'espère qu'il viendra ! Et j'espère aussi que la Philharmonie gagnera un nouveau public. J'ai grandi en banlieue dans les cités, en HLM entre Maisons-Alfort et Créteil. Quand j'invitais mes amis - des gens qui ne faisaient pas du tout de musique classique - pour me voir jouer du piano, il y avait une fascination pour cette musique. Les jeunes, s'ils ne viennent pas aux concerts classiques, c'est parce qu'ils ne connaissent pas. Si on leur offrait une éducation musicale, ils seraient sensibles à cette richesse.        <br />
              <br />
       <b>Vous êtes le troisième chef français après Cluytens et Boulez à être invité à diriger à Bayreuth - à l'été 2015. Comment cela s'est-il fait ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Alain Altinoglu -</b> Le &quot;Lohengrin&quot; que je vais diriger est une production vieille de cinq ans à Bayreuth. Andris Nelsons devait la diriger mais il a obtenu un poste à Boston et Tangelwood. Il a dû renoncer et le poste était vacant. On a pensé à moi. Je connais Eva Wagner, l'arrière arrière petite fille de Richard Wagner depuis mes dix-huit ans. Elle a suivi mon parcours et est souvent venue m'écouter. J'ai aussi collaboré avec le metteur en scène de &quot;Lohengrin&quot;, Hans Neuenfels, sur &quot;Manon Lescaut&quot; à Munich. Tous deux ont vu mon &quot;Vaisseau fantôme&quot; avec Bryn Terfel à Zürich. Mon Wagner s'est bien passé. Et je connais beaucoup des musiciens qui composent l'orchestre de Bayreuth puisqu‘ils viennent de diverses formations, de Dresde, Bamberg et ailleurs.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Spectacle du 15 janvier au 14 février 2015.</span>       <br />
              <br />
       Opéra national de Paris, 08 92 89 90 90.       <br />
       Place de la Bastille 75012.       <br />
       <a class="link" href="http://www.operadeparis.fr/saison-2014-2015/opera/don-giovanni-mozart" target="_blank">&gt;&gt; operadeparis.fr</a>       <br />
              <br />
       <b>&quot;Don Giovanni&quot; (1787).</b>       <br />
       Dramma giocoso en deux actes.       <br />
       Musique de W. A. Mozart (1756 - 1791).       <br />
       Livret de L. Da Ponte.       <br />
       En langue italienne surtitrée en français.        <br />
              <br />
       Selon une mise en scène de Michael Haneke.       <br />
              <br />
       Alain Altinoglu, direction musicale.       <br />
       Christoph Kanter, décors.       <br />
       Annette Beaufaÿs, costumes.       <br />
       André Diot, lumières.        <br />
       José Luis Basso, Chef des Chœurs.       <br />
              <br />
       Erwin Schrott, Don Giovanni.       <br />
       Liang Li, Il Commandatore.       <br />
       Tatiana Lisnic, Donna Anna.       <br />
       Stefan Pop, Don Ottavio.       <br />
       Marie-Adeline Henry, Donna Elvira.       <br />
       Adrian Sämpetrean, Leporello.       <br />
       Alexandre Duhamel, Masetto.       <br />
       Serena Malfi, Zerlina.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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