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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-18T14:29:49+02:00</updated>
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   <title>"Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?</title>
   <updated>2024-12-25T15:56:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Antigone-in-the-Amazon-Et-si-l-Histoire-recommencait_a4111.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2024-12-26T07:53:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L'Histoire en boucle… Non pour assister à la répétition névrotique du même, mais pour s'en saisir à bras-le-corps afin d'en proposer une version très actuelle… En effet, quand le metteur en scène suisse Milo Rau, connu pour pratiquer un théâtre enraciné dans les réalités sociétales et sans concession pour le politiquement correct (cf. "La reprise - Histoire(s) du théâtre (I)") élit le sort de l'Amazonie et de ses populations autochtones comme sujet de sa nouvelle création, l'expression "arts vivants" reprend diablement de la couleur… en résonnant avec l'histoire mythique contée par Sophocle.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/85147710-60739541.jpg?v=1735137100" alt=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" title=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" />
     </div>
     <div>
      Homme de terrain – élève du sociologue Bourdieu dont il a retenu le mantra : <span style="font-style:italic">&quot;si tu veux parler de la boxe, il faut devenir boxeur&quot;</span> – il a pris le temps de rencontrer longuement la population autochtone de la Province de Para au Brésil, celle d'Eldorado do Carajas précisément, là où le 17 avril 1996, dix-neuf paysans ont été tués par la police militaire. Leur crime ? Militants du MST (Mouvement des sans-terre), ils marchaient pacifiquement sur la route 155, virage S, pour obtenir les papiers officiels leur permettant d'occuper légalement une immense ferme regroupant plus de trois mille familles.       <br />
              <br />
       Quant au dispositif scénique, il rend compte à lui seul du désir de faire &quot;dialoguer&quot; les personnages de la tragédie de Sophocle et les acteurs locaux du Mouvement des sans-terre. Ainsi, sur le plateau, en tenue de tous les jours, quatre acteurs interprèteront en les commentant (le paratexte prend toute sa part) les personnages d'&quot;Antigone&quot;, tandis que sur un immense écran, les vidéos enregistrées au Brésil montreront les &quot;acteurs&quot; du Mouvement des sans-terre vivre leurs revendications. Et, par un effet de synchronisation bluffant, les uns et les autres dialogueront, créant les conditions de l'effraction du réel dans la tragédie antique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/85147710-60739543.jpg?v=1735137203" alt=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" title=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" />
     </div>
     <div>
      Fidèle à la tradition, le chœur introduit avec poésie le drame contemporain qui va se jouer devant nous… <span style="font-style:italic">&quot;Il est bien des monstres, mais aucun ne l'est plus que l'homme… Aucun plus étrange, magnifique et épouvantable… Il abuse de la déesse suprême Terre, il creuse ses profondeurs, cherchant avidement l'or. Il capture l'énergie de l'eau, du vent… Il rompt le lien entre les êtres… Il domestique le faucon qui volait librement… Il force les fils de la forêt à oublier leur terre natale et s'approprie les lieux où vivaient leurs ancêtres…&quot;</span>. Et de conclure : <span style="font-style:italic">&quot;Il est des choses monstrueuses, mais rien n'est plus monstrueux que l'humain&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Après un rappel du contexte géopolitique de la création du spectacle et du parti-pris artistique résolument assumé de s'en faire le porte-parole (écho du Théâtre de l'Opprimé d'Augusto Boal dont Milo Rau est l'un des héritiers), le lieu de la représentation s'enrichit des vidéos projetant sur fond d'écran géant les manifestants du Mouvement des Sans-Terre. Dans une déclaration liminaire, un acteur du plateau prend soin de préciser que les images ont été tournées sur la route même où a eu lieu le massacre de 1996. Ainsi, au prologue antique, remettant en jeu l'origine du drame grec, répond un autre. Celui de l'assassinat, ici et maintenant, par la police militaire brésilienne de la voix emblématique du peuple autochtone.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/85147710-60739586.jpg?v=1735137244" alt=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" title=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" />
     </div>
     <div>
      Sur l'écran apparaît alors, en une succession de plans d'ensemble et de gros plans sur les visages déterminés par la colère, la reconstitution de la manifestation réprimée dans le sang. Lors du tournage, s'étant mêlés aux membres du MST dans un effet bluffant de vérité reliant les deux lieux de la représentation, les acteurs du plateau défilent aux deux endroits au cri de : <span style="font-style:italic">&quot;Invasion ! Colonisation ! Pour la réforme agraire ! La lutte jusqu'au bout ! La liberté ou la mort ! Ne marchez pas sur la fourmilière !&quot;</span>. Et lorsque, à l'écran, les soldats les visent et tirent à bout portant sur la foule, sur le plateau, la même scène de violence policière se joue. Trainé par les cheveux, criant <span style="font-style:italic">&quot;Vive le MST !&quot;</span> alors qu'il est frappé à mort, l'acteur de la cause s'effondre. On a beau savoir qu'il s'agit là de &quot;cinéma&quot; et de &quot;théâtre&quot;, le réalisme de la violence mise en jeu est – effet recherché et assumé – difficilement supportable.       <br />
              <br />
       Comme l'Antigone brésilienne, au premier rang de la lutte contre la destruction de l'Amazonie et de ses peuples autochtones, n'a pu se déplacer en France, c'est un acteur du plateau (le même qui jouera Polynice mort, un garde… et Antigone de Sophocle) qui donne vie à Kay Sara, symbole vivant du non radical à opposer à tous les dirigeants répressifs, que ce soit Créon, naguère en Grèce, ou Bolsonaro, aujourd'hui au Brésil.       <br />
              <br />
       Quant au musicien du plateau, c'est à lui que revient la direction du chœur des MST apparaissant sur l'écran. Rassemblés sur la place du village face au Centre social (choix symbolique qui résonne de manière décalée avec le Palais de Créon, lieu de l'action antique), les militants du MST auxquels se sont mêlés des survivants de 1996, entonnent un chant révolutionnaire repris sur scène.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/85147710-60739588.jpg?v=1735137299" alt=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" title=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" />
     </div>
     <div>
      Suivent les actes connus de la tragédie mettant en abyme les protagonistes (Créon le roi, Antigone l'irréductible, Hémon son amoureux et fils du roi, Ismène sa sœur) et leurs doubles brésiliens, tous appartenant à une cosmologie dépassant leur existence terrestre. Cependant Milo Rau qui, pour reprendre le titre du discours prononcé par Kay Sara l'Antigone brésilienne, pense que <span style="font-style:italic">&quot;Cette folie doit cesser&quot;</span>, tord la tragédie antique pour, dans sa dernière partie, en proposer une lecture ouvrant sur d'autres horizons d'attente…       <br />
              <br />
       Soudain, le jeu s'arrête net, comme un arrêt sur image, pour ajouter un dénouement différent. Quand le jeu reprend, Hémon est en effet le premier des morts à se relever, les autres le suivent… <span style="font-style:italic">&quot;Ceci n'est pas la fin&quot;</span>, mais seulement le début d'une âpre lutte qui se poursuit, encore et toujours, jusqu'à ce que les exclus puissent trouver réparation et recouvrer les terres dont ils ont été spoliés. Car l'histoire du Brésil, de la dictature des années 1964-1985 à la démocratie fragile qui lui a succédé avec le retour du fascisme dans les urnes en 2018 – <span style="font-style:italic">&quot;L'erreur de la dictature a été de torturer sans tuer&quot;</span>, dixit Bolsonaro, le même qui a qualifié le mouvement des sans-terre de &quot;terroristes&quot; –, ne pouvait en toute équité s'arrêter là.       <br />
              <br />
       Ainsi rompant avec &quot;la poésie de la mort&quot; de Sophocle <span style="font-style:italic">(&quot;Si vous ouvrez la bouche, des coups sanglants la fermeront&quot;)</span>, si fascinante puisse-t-elle apparaître, Milo Rau, percutant metteur en jeu des réalités présentes, propose en manière d'apothéose un final de nature à enchanter les luttes… et les spectateurs gagnés à son manifeste artistique. En (re)jouant la tragédie, il déjoue son impact funeste… et l'espoir de pouvoir changer le monde reprend sens.       <br />
       <b>◙ Yves Kafka</b>       <br />
              <br />
       Vu le jeudi 12 décembre 2024 dans la Grande salle Vitez du tnba à Bordeaux.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Antigone in the Amazon"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/85147710-60739699.jpg?v=1735138069" alt=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" title=""Antigone in the Amazon" Et si l'Histoire recommençait ?" />
     </div>
     <div>
      Spectacle en anglais, portugais, tucano, flamand et français.       <br />
       Surtitré en français et en anglais.       <br />
       Conception et mise en scène : Milo Rau.       <br />
       Assistant à la mise en scène : Katelijne Laevens, assistée de Carolina Bufolin, Zacharoula Kasaraki, Lotte Mellaerts.       <br />
       Avec : Frederico Araujo, Pablo Casella, Sara De Bosschere, Arne De Tremerie       <br />
       Et, en vidéo, Gracinha Donato, Ailton Krenak, Célia Maracajá, Kay Sara, le chœur des militantes et militants du Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST).       <br />
       Dramaturgie : Giacomo Bisordi et Martha Kiss Perrone.       <br />
       Collaboration à la dramaturgie : Kaatje De Geest, Douglas Estevam, Carmen Hornbostel.       <br />
       Scénographie : Anton Lukas.       <br />
       Costumes : Gabriela Cherubini, Jo De Visscher, Anton Lukas.       <br />
       Lumière : Dennis Diels.       <br />
       Musique : Pablo Casella, Elia Rediger.       <br />
       Vidéo : Moritz von Dungern, Fernando Nogari, Joris Vertenten.       <br />
       Traduction pour le surtitrage : Panthea (français), Carolina Bufolin (anglais).       <br />
       Dispositif d'accessibilité : Panthea.       <br />
       Direction technique : Oliver Houttekiet.       <br />
       Régie plateau : Marijn Vlaeminck.       <br />
       Technique : Brecht Beuselinck, Dimitri Devos, Stavros Otis Tarlizos.       <br />
       Production : NTGent, Klaas Lievens, Gabi Conçalves (Brésil).       <br />
       À partir de 16 ans.       <br />
       Durée : 1 h 50.       <br />
              <br />
       <b>Représenté du mardi 10 au vendredi 13 décembre 2024 au tnba à Bordeaux.</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 5 au 8 janvier 2025 :</span> Théâtre Roslyn Packer, Festival de Sydney, Sydney (Australie).       <br />
       11 et 12 avril 2025 : Théâtre de Naples, Naples (Italie).       <br />
       8 Mai 2025 : Théâtre Metastasio, Prato (Italie).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche</title>
   <updated>2020-04-02T20:09:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Antigone-ou-la-tragedie-du-pouvoir-en-marche_a2686.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/43727767-35998406.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2020-03-17T13:01:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Si, pour des générations, "Antigone" se résumait à celle d'Anouilh qui en a fait un drame personnel, celui d'une héroïne féminine résistant jusqu'à mort s'ensuive afin de donner sépulture au "mauvais frère", Lucie Berelowitsch - de famille russe - retourne non sans bonheur aux sources.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/43727767-35998406.jpg?v=1584454386" alt="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" title="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" />
     </div>
     <div>
      Ce faisant, convoquant avec hardiesse Sophocle et Brecht, elle fait voler en éclats le mythe construit de toutes pièces au XXe siècle pour en livrer une fable sombre et sauvage d'une beauté lumineuse dont l'enjeu se déplace : ce n'est plus l'intime mais l'État &quot;en personne&quot; qui est promu horizon d'attente de la performance théâtrale.       <br />
              <br />
       D'emblée, le décor monumental d'un palais antique, ouvrant sur un parvis souillé du sang des deux frères rivaux, introduit à la dimension de la tragédie qui va se jouer. Dépassant le cadre d'une &quot;affaire de famille&quot;, le drame devient affaire d'État, affaire de tous… Étéocle et Polynice s'étant entretués sous nos yeux, Antigone et Ismène discourent. Antigone, sereine, énonce : &quot;le malheur est en marche&quot;… phrase dont la polysémie nous atteint, nous spectateurs français de 2020 placés sous le règne du 49.3 du parti de la macronie… alors que le texte a été écrit suite à la révolution ukrainienne de février 2014. Preuve, s'il en était besoin, de l'universalité du drame atemporel dont l'écriture théâtrale se saisit pour dire le monde tel qu'il va, à Thèbes, ici et maintenant, ou sur les rives de la mer Noire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/43727767-35998608.jpg?v=1585851967" alt="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" title="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" />
     </div>
     <div>
      Mais, comme si cette annonce de la sœur farouchement déterminée ne suffisait pas, c'est au chœur de s'en faire le porte-voix au travers de chants accompagnés des musiques en live interprétées par les Dakh Daughters, actrices musiciennes ukrainiennes déjantées (cf. Dakh Daughters Band et leur &quot;Freak Cabaret&quot;  électrisant) et animées par le souffle libertaire des événements de Maïdan à Kiev. Et que chante en boucle ce chœur ukrainien, miroir tendu aux hommes comme en son temps il revenait au chœur grec ? <span style="font-style:italic">&quot;C'est une tragédie, tragédie-comédie… Le roi Créon/Le maître de Thèbes/A ordonné ainsi/L'un sera enterré, et l'autre/donné aux chiens/Aïe aïe aïe/Caprice du despote, orgueil du tyran, Malheur du peuple&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Le décor étant posé, le drame étant exposé, l'espace du plateau débordant sur la salle éclairée - rendant de fait obsolètes les frontières entre fiction projetée et réalité vécue -, les attendus de la tragédie-comédie vont se précipiter en un flux ininterrompu de paroles proférées, chants hypnotiques et combats des corps confrontés à l'état de violence confondue avec la violence d'État.  Point d'orgue - à entendre comme summum mais aussi pause dans l'action - de cette composition plastique à faire pâlir de jalousie les clairs obscurs sensuels du Caravage, le chœur distille suavement sa partition. Drapées de vêtements entre toges et tuniques soyeuses contemporaines, les fabuleuses passeuses entre l'antique et le présent, entre les Dieux et les Hommes, nous enchantent littéralement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/43727767-35998758.jpg?v=1584455093" alt="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" title="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" />
     </div>
     <div>
      Alors, éclaboussée par cette beauté tragique, la sauvagerie des paroles proférées par Créon, aveuglé par ses nouveaux pouvoirs, devient objet de fascination, <span style="font-style:italic">&quot;Imaginez un homme chargé de diriger une cité entière/S'il renonce à mettre en œuvre les meilleures décisions/Un tel homme n'a pas sa place parmi nous (…)/Je veux que son corps reste là-bas, sur la terre/Et qu'il (Polynice) soit déchiqueté par les oiseaux et par les chiens&quot;…</span>       <br />
              <br />
       Pour devenir l'instant suivant, grâce à la distance théâtrale, objet de réflexion. En effet, si - comme se plaisait à le dire le psychanalyste Jacques Lacan - <span style="font-style:italic">&quot;Un roi qui se prend pour un roi est un fou&quot;</span>, qu'en est-il de tous les petits chefs d'État contemporains qui font aisément litière de l'avis de leurs sujets pour passer en force ce qu'ils ont décrété être &quot;les meilleures décisions&quot; ?       <br />
              <br />
       Là encore, c'est le Chœur qui nous éclairera sur cette folie atteignant les tenants du pouvoir, lesquels, s'ils n'en mouraient pas tous, tous étaient frappés : <span style="font-style:italic">&quot;Juste une chose m'échappe/Pourquoi y a-t-il autant de mal sur terre ?/L'Homme est doué de raison./Sans doute./Mais va savoir pourquoi il ne raisonne pas…/Est-ce par ce qu'il ne sait pas se contrôler ?/Voilà pourquoi sur terre il y a autant de mal, de mal, de mal…&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/43727767-35998795.jpg?v=1584455243" alt="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" title="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" />
     </div>
     <div>
      Quant au personnage époustouflant de Tirésias, le devin aveugle éclairant le monde d'une acuité d'analyse renversante - pure incarnation du paradoxe du vivant -, il s'exprime indifféremment en français, russe et ukrainien, comme pour signifier sa hauteur de vue surplombant les misérables agitations du tyran, livré lui à l'hybris aveuglante générée par l'exercice du pouvoir. Quant à Antigone, elle s'exprimera en ukrainien - langue de l'intimité, de la résistance - alors que Créon lui s'exprimera en russe, langue de la domination politique.       <br />
               <br />
       Atteint de plein fouet par cette beauté vénéneuse qu'est cette &quot;Antigone&quot; ressuscitée par Lucie Berelowitsch et sa stupéfiante troupe, le spectateur semble &quot;redécouvrir&quot; la pièce. Derrière l'histoire maintes fois ressassée, un autre horizon d'attente se détache pour s'imposer royalement. Le théâtre semble ici n'avoir jamais été aussi proche de ce que l'on attend de lui : non nous divertir de nous-mêmes mais nous donner à voir… la maladie du pouvoir en marche.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Antigone"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/43727767-35999192.jpg?v=1584457472" alt="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" title="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" />
     </div>
     <div>
      D'après Sophocle.       <br />
       Texte publié aux éditions L'avant-scène théâtre sous le n° 1395.       <br />
       Traduction ukrainienne et russe : Dmytro Tchystiak, Natalia Zozul et l'équipe artistique.       <br />
       Traduction française : Lucie Berelowitsch avec l'aide de Marina Voznyuk.       <br />
       Mise en scène et adaptation : Lucie Berelowitsch.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Julien Colardelle.       <br />
       Avec : Ruslana Khazipova, Roman Yasinovskyi, Thibault Lacroix, Diana Rudychenko, Anatoli Marempolsky, Nikita Skomorokhov, Igor Gnezdilov, Alexei Nujni ;       <br />
       Les Dakh Daughters : Natalka Halanevych, Tetyana Hawrylyuk, Solomiia Melnyk, Anna Nikitina, Natalia Zozul.       <br />
       Musique et collaboration artistique : Sylvain Jacques.       <br />
       Scénographie et régie plateau : Jean-Baptiste Bellon.       <br />
       Lumière et régie générale : François Fauvel.       <br />
       Costumes : Magali Murbach et l'équipe artistique.       <br />
       Composition musicale des chœurs : les Dakh Daughters et Vladislav Troitskyi.       <br />
       Régisseur son : Christophe Jacques.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/43727767-35999349.jpg?v=1584457502" alt="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" title="-"Antigone" ou la tragédie du pouvoir en marche" />
     </div>
     <div>
      Décor construit par les Ateliers de la Comédie de Caen - CDN de Normandie.       <br />
       Production Le Préau-CDN de Normandie - Vire, Les 3 Sentiers.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       Création ukrainienne le 5 avril 2015, dans le cadre du Printemps français à Kiev.       <br />
       Création française le 12 janvier 2016, au Trident, Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin.       <br />
              <br />
       <b>A été présenté au TnBA - Grande Salle Vitez (Bordeaux), du 10 au 14 mars.</b>       <br />
              <br />
       Une autre date était prévue le mardi 24 mars au Théâtre Le Liberté - Scène nationale à Toulon mais le Coronavirus en a décidé autrement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Antigone-ou-la-tragedie-du-pouvoir-en-marche_a2686.html" />
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   <title>Antigone… Quand Sophocle prend rendez-vous avec le contemporain</title>
   <updated>2015-05-05T09:02:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Antigone-Quand-Sophocle-prend-rendez-vous-avec-le-contemporain_a1339.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/7753627-12005386.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2015-05-05T08:37:00+02:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dans la mise en scène de Ivo Van Hove, le contemporain fait irruption dans la pièce de Sophocle. Le jeu des comédiens est concis dans la gestuelle et précis dans le verbe avec une Juliette Binoche, dans le rôle d'Antigone, superbe de vérité.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7753627-12005386.jpg?v=1430808435" alt="Antigone… Quand Sophocle prend rendez-vous avec le contemporain" title="Antigone… Quand Sophocle prend rendez-vous avec le contemporain" />
     </div>
     <div>
      Un vent balaie la scène où quelques feuilles d'arbre volent, comme une prémisse au destin qui emportera nos personnages. Antigone (Juliette Binoche) va à la rencontre d'Ismène (Kirty Bushell) dans une émotion partagée.       <br />
              <br />
       La dualité est l'axe sur laquelle la mise en scène de Ivo Van Hove s'appuie. La scénographie, où est suspendu un grand œil-de-bœuf laissant apparaître, entre autres, des paysages, est découpée entre deux espaces de jeux, la scène centrale et l'avant-scène. La scène centrale est le lieu où la Mort, autour d'Antigone, d'Hémon (Samuel Edward-Cook) et du corps de Polynice, règne ; et où Créon (Patrick O'Kane) décide de condamner à mort ceux qui enterreraient la dépouille de Polynice.       <br />
              <br />
       L'avant-scène est quant à elle le lieu où les discussions, le doute et la critique de la condamnation de Créon se déroulent. C'est là aussi où le chœur, composé de Finbar Lynch et Kathryn Pogson, est situé. C'est un espace de réflexion quand la scène est celui de l'action.       <br />
              <br />
       Cette dualité met en exergue, face à face, la justice du roi de Thèbes, Créon, qui veut condamner Polynice d'avoir combattu la cité dans un duel mortel avec son frère Etéocle, et la justice des dieux, qui est d'honorer tout mort, et dont Antigone devient le porte-drapeau.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7753627-12005411.jpg?v=1430809143" alt="Antigone… Quand Sophocle prend rendez-vous avec le contemporain" title="Antigone… Quand Sophocle prend rendez-vous avec le contemporain" />
     </div>
     <div>
      La musique de Lou Reed accompagne la pièce, apportant un accent tragique. En fond de scène, une vidéo apparaît donnant à la pièce une modernité que l'on retrouve également dans les costumes des personnages. Elle donne toutefois un aspect décalé, énigmatique car n'apportant pas une direction claire à celle-ci.       <br />
              <br />
       Les mots semblent pesés, dits avec réflexion et circonspection comme chargés de tragique au travers des sentiments de fureur, de colère, de calme et de frayeur. Ils sont articulés dans une belle et claire élocution avec des silences à la forte présente. La tragédie est portée par des voix profondes, caverneuses ou tranchantes comme des épées. Mais à part celui de Créon, le jeu des personnages est peu physique.       <br />
              <br />
       Une légère indétermination voulue dans les regards et attitudes de Juliette Binoche fait d'Antigone une révoltée en proie aux émotions. Elle veut sauver l'honneur de Polynice car c'est de son frère qu'il s'agit et que si le degré de parenté avait été autre, elle aurait accepté la sentence. Le tragique est porté à fleur de peau par la comédienne.       <br />
              <br />
       C'est dans cette détermination à la fois objective - &quot;honorer tous les morts&quot; - et subjective - &quot;un frère ne se remplace pas&quot; - que Juliette Binoche fait osciller superbement son personnage entre une obstination sans faille et une grande fragilité émotionnelle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Antigone"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/7753627-12005416.jpg?v=1430809177" alt="Antigone… Quand Sophocle prend rendez-vous avec le contemporain" title="Antigone… Quand Sophocle prend rendez-vous avec le contemporain" />
     </div>
     <div>
      En anglais, surtitré en français.       <br />
       Texte : Sophocle.       <br />
       Traduction : Anne Carson.       <br />
       Mise en scène : Ivo van Hove.       <br />
       Avec : Juliette Binoche, Obi Abili, Kirsty Bushell, Samuel Edward-Cook, Finbar Lynch, Patrick O'Kane, Kathryn Pogson.       <br />
       Décor et lumières : Jan Versweyseld.       <br />
       Composition et création son : Daniel Freitag.       <br />
       Costumes : An d‘Huys.       <br />
       Création vidéo : Tal Yarden.       <br />
       Dramaturgie : Peter van Kraaij.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 22 avril au 14 mai 2015.</span>       <br />
       Du lundi au samedi à 20 h 30 (relâche le vendredi), dimanche à 15 h.       <br />
       Théâtre de la Ville, Paris 4e, 01 42 74 22 77.       <br />
       <a class="link" href="http://www.theatredelaville-paris.com" target="_blank">&gt;&gt; theatredelaville-paris.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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