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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-10-15T13:10:55+02:00</updated>
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   <title>"Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier</title>
   <updated>2023-01-23T19:27:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Fin-de-partie-Le-rire-cinglant-de-Samuel-Beckett-traverse-le-silence-dans-la-salle-du-theatre-de-l-Atelier_a3495.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2023-01-24T07:12:00+01:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
On est comme au bord d'un gouffre. Pourtant, il n'y a pas grand-chose de vertigineux sur le plateau. Une pièce fermée avec deux fenêtres tout en haut des murs grisâtres comme dans une cave, comme deux écoutilles, et puis deux poubelles immenses rouillées, et deux hommes immobiles, l'un debout, l'autre assis sous un drap, cloué dans un fauteuil roulant, archaïque. Le gouffre ne saute pas aux yeux immédiatement, il ne se voit pas, mais il est là depuis des siècles, depuis que ces personnages vivent, il est au fond d'eux-mêmes, il est entre eux, il est face au public.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060706.jpg?v=1674498852" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      Le personnage debout, c'est Clov, sous l'apparence de Denis Lavant. Il se déplace comme s'il avait une hanche bloquée, mais il marche. L'autre, celui qu'on découvre sous le drap, le visage couvert par un mouchoir ensanglanté, c'est Hamm, l'aveugle, derrière les lunettes duquel joue Frédéric Leidgens. Lui ne marche plus du tout, mais il dirige tout ça. Tout ça, c'est cette maison bâtie entre terre et mer, et Clov et, dans les deux poubelles, la mère et le père d'Hamm qui sortent de temps en temps leurs têtes, leurs souvenirs, leurs demandes, leurs restes à vivre.       <br />
               <br />
       Dans cette bâtisse qui semble comme une institution quasi éternelle, règne un ordre du même type, régenté par Hamm, l'aveugle impotent, vaguement despote. Qui règne sur ce petit monde. Qui est tout le monde connu. Cela sent tout de même la fin du voyage, la fin des temps, même si chaque jour doit un peu sentir la même chose, on se dit. Chaque jour, Clov annonce qu'il quitte Hamm, qu'il va partir, chaque jour la mère ou le père meurt un peu plus, chaque jour, il ne reste presque plus rien en réserve de nourriture, de médicaments dans la maison.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060713.jpg?v=1674498903" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      Beckett semble raconter ici ce qui n'en finit pas de finir. Avec classe, sans jugement, sans sentimentalisme, au contraire. En racontant ceci, il raconte la vie, l'étrange vie humaine d'entre les humains qui sont entre eux autant d'entraves aux libertés et qui, pourtant, ne cessent d'avoir besoin des autres, de se chercher, de vivre en symbiose. La pièce est organique, Clov et Hamm et Nell et Nagg sont comme des cellules d'un corps qui les dépassent. Impossible pour eux d'exister sans les autres comme si tous étaient incomplets de nature. Même les noms semblent incomplets, tronqués, toujours, de naissance, d'origine, Clov, Hamm, Nell, Nagg. Des paires, des pairs et de pères à n'en plus finir.       <br />
               <br />
       Une lecture de cet aspect d'incomplétude qui est évidente pour les deux personnages principaux. L'un marche avec douleur, mais ne peut se coucher, l'autre ne peut marcher, ne voit pas, mais possède l'autorité. On pourrait les croire complémentaires, mais ils sont symbiotiques comme certains micro-organismes. Avec cette pièce, Beckett écarte les jolies enjolivures de la vie, les bons sentiments, les parures de fête pour peser le poids de cette vie même, sans ornements, et cet éphémère tragique qui finit toujours par gagner sur toutes les vieilles croyances ridicules, ces fumées.       <br />
               <br />
       Jacques Osinski, le metteur en scène, est un explorateur de longue date de l'œuvre de Beckett. De même que Denis Lavant avec qui ils ont déjà fait deux spectacles précédemment : &quot;Cap au pire&quot; et &quot;La dernière bande&quot;. Il s'est entouré dans cette pièce de quatre implacables interprètes. Implacables, car ils ne laissent pas une chance à la moindre critique tant ils sont d'une parfaite justesse dans la création de leurs différents rôles. Denis Lavant n'a pas besoin de parler pour mettre au monde un Clov totalement expressif. Le corps, l'intensité du jeu, du regard, tout est là pour susciter l'attention et découvrir cet être en constante quête de délivrance.       <br />
              <br />
       Frédéric Leidgens, cloué au fauteuil, les yeux opaques, est la présence vertigineuse de Hamm au centre du plateau, exactement au centre du monde comme le noyau dans une cellule d'un corps beaucoup trop vaste pour en avoir perception. Ses mains, mais surtout sa manière de dire ce texte et cet affût où s'agite perpétuellement sa tête en fait un personnage entre insecte et mécanique, impressionnant.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060788.jpg?v=1674499046" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      La mère et le père, dont on ne voit que la tête et les mains, ne font que quelques apparitions, mais Claudine Delvaux et Peter Bonke ont tous deux une telle présence, un tel doux impact qu'ils restent en mémoire, eux qui sont les derniers récipiendaires de la mémoire.       <br />
               <br />
       Jacques Osinski et chacun des interprètes de la pièce ont pris le texte de Beckett avec une extrême humilité, mais surtout avec un sens aigü du rythme, de la respiration et des silences, ce qui donne à toute la pièce une grande puissance parsemée deci delà de rires, de fascinations et d'émotions.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Fin de partie"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/70324497-49060789.jpg?v=1674498992" alt=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" title=""Fin de partie" Le rire cinglant de Samuel Beckett traverse le silence dans la salle du théâtre de l'Atelier" />
     </div>
     <div>
      Texte : Samuel Beckett, publié aux Éditions de Minuit.       <br />
       Mise en scène : Jacques Osinski.       <br />
       Avec Denis Lavant (Clov), Frédéric Leidgens (Hamm), Claudine Delvaux (Nell) et Peter Bonke (Nagg).       <br />
       Scénographie : Yann Chapotel.       <br />
       Lumières : Catherine Verheyde.       <br />
       Costumes : Hélène Kritikos.       <br />
       Tout public à partir de 14 ans.       <br />
       Durée : 2 h.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 19 janvier au 5 mars 2023.</span>       <br />
       Du mardi au samedi 19 h, dimanche à 15 h.       <br />
       Théâtre de l'Atelier, Paris 18e, 01 46 06 49 24.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-atelier.com/" target="_blank">&gt;&gt; theatre-atelier.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>"Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur</title>
   <updated>2022-11-03T20:04:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Le-Tiers-Temps-Fin-de-partie-pour-un-pensionnaire-en-quete-d-auteur_a3436.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/68506065-48179331.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-11-03T19:35:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tout a existé. La silhouette longiligne au visage taillé à la serpe de ce dramaturge irlandais de naissance, ayant troqué l'anglais pour le français, langue de son exil volontaire. La maison de retraite "Le Tiers Temps" situé dans le XIVe arrondissement de Paris où il finit ses jours, en 1989. Sauf que tout est faux… Les derniers mois de l'existence de Samuel Beckett, mis en scène ici par Guy Lenoir, sont nés de la plume d'une écrivaine (Maylis Besserie, bordelaise aussi) ayant laissé libre cours à son imaginaire fécond pour livrer un "passé recomposé" ressemblant à ce qui aurait pu être… sans avoir été.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68506065-48179331.jpg?v=1667502357" alt=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" title=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" />
     </div>
     <div>
      &quot;Ceci n'est pas du Beckett&quot;, mais l'une de ses représentations, pourrait-on dire en plagiant René Magritte (&quot;La trahison des images&quot;). Autant dire, une gageure pour celui qui joua naguère &quot;En attendant Godot&quot; de porter à la scène ce roman foisonnant, aux antipodes de l'écriture à l'os du dramaturge irlandais. Grâce à la complicité du comédien au physique &quot;taillé pour&quot;, Bernard Blancan - excellent dans ce rôle, si bien que lorsque le portrait de Beckett apparaîtra en surimpression on aura l'impression d'un fondu enchaîné - il réussit à extraire l'essence du texte de la romancière, en le donnant à entendre dans une mise en jeu séduisante.       <br />
              <br />
       Sur le petit plateau du Théâtre des Beaux-Arts, une chambre avec lit médicalisé - celui occupé par le vieux Sam - apparaît derrière un voile où viendront s'inscrire des extraits rendant compte des voix des accompagnants (essentiellement le personnel médical), lorsque celles-ci ne seront pas délivrées en voix off. Sur l'avant-scène, un jardin constitué d'un gazon artificiel et de fleurs qu'arrosera régulièrement un passant égaré (Guy Lenoir dans un rôle muet, renvoyant à un Vladimir compulsif et privé de parole) s'aventurant parfois sur scène, comme des traces hallucinatoires des personnages peuplant l'univers de Beckett.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68506065-48179338.jpg?v=1667502390" alt=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" title=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" />
     </div>
     <div>
      Alterneront, avec les comptes rendus médicaux d'une précision clinique méticuleuse relatant par le menu les moindres déplacements et non événements de ce corps sous surveillance constante, les saillies du corps désirant du vieil homme assailli par des bouffées de nostalgie… Ainsi seront évoqués, comme des rêves ou bien des cauchemars éveillés, la lune rousse, celle de James Joyce, l'auteur ami dont il dut à son corps défendant se séparer. Lucia, la fille de Joyce avec laquelle il eut naguère une brève relation avant qu'elle ne soit internée.       <br />
              <br />
       Ou encore, sa propre mère qui l'accabla de son amour sombre au point où il aurait souhaité la tuer avant qu'il ne naisse (chronologie, on l'avouera, hautement improbable) afin de lui épargner la souffrance d'une existence torturée. Ses déambulations dans les rues de Dublin et sa baie. La mort prématurée de son père, le silence qui s'ensuivit… résonnant avec les hurlements perçant la cloison de sa chambre. Le passé et le présent confondus dans le même temps. Ainsi de l'ambulance dans laquelle il est conduit, devenant l'écho de celle qu'il conduisait rageusement durant la guerre, à Saint-Lô, entre les ruines de désolation que seule l'ivresse jusqu'à l'aube pouvait dissiper.       <br />
              <br />
       Les pensées tournoient en sa tête, l'emportent jusqu'à la colère, pendant que le corps s'exerce à ne pas faillir, à faire sagement les exercices physiques recommandés par le corps médical. <span style="font-style:italic">&quot;Lui qui était arrivé dans l'existence par accident et resté par négligence. Lui qui avait fait mine d'oublier la solitude. Lui qui plus seul qu'un rat souhaitait l'être au-delà de tout&quot;</span>, comment pourrait-il admettre (autodérision assumée) être ce vieillard cacochyme, réduit dans une maison de retraite à un animal de compagnie devant lequel on déblatère ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68506065-48179354.jpg?v=1667502417" alt=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" title=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" />
     </div>
     <div>
      Une archive mythique d'&quot;En attendant Godot&quot; monté par Roger Blin, réveille son désir intact de théâtre, projet qui n'a pu se réaliser que grâce à Suzanne, l'épouse attentionnée transportant ses manuscrits. Aussi, lorsque sont répétées en boucle les dernières répliques de Vladimir et Estragon - <span style="font-style:italic">&quot;Si on se pendait, avec quoi ? Attends y'a ma ceinture, c'est trop court&quot;</span> - on sent que le sort de ce qui a été au centre de la recherche théâtrale de S.B., la décomposition tant du sujet que du réel, attend son incarnation au plateau. Dans un baroud d'honneur, il en finira de manière hallucinatoire avec l'auteure… de ses jours.       <br />
              <br />
       Même si - les puristes de Beckett ne manqueront pas de le pointer - la proposition présente s'écarte du langage beckettien articulé autour de l'échec à dire, il n'en reste pas moins que &quot;Le Tiers Temps&quot;, si explicite soit-il dans sa façon de représenter la fin de vie du dramaturge irlandais, rejoint une fantaisie transgressive ayant ses propres vertus. En choisissant délibérément de rester fidèle à la fiction - c'en est une - assumée par Maylis Besserie dans son roman, Guy Lenoir s'inscrit peut-être en faux avec la lettre de Samuel Beckett, mais il en respecte l'esprit qu'il donne à voir avec bonheur.       <br />
              <br />
       <b>Vu le mercredi 5 octobre, pour la première, au Théâtre des Beaux-Arts de Bordeaux. A été représenté du 5 au 8 octobre et du 12 au 15 octobre 2022, dans le cadre du Festival Lire en Poche de Gradignan.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Le Tiers Temps"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68506065-48179399.jpg?v=1667502445" alt=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" title=""Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur" />
     </div>
     <div>
      Adapté du roman éponyme de Maylis Besserie (&quot;Le Tiers Temps&quot;, Éditions Gallimard, Goncourt du premier roman 2020).       <br />
       Mise en scène : Guy Lenoir.       <br />
       Avec : Bernard Blancan.       <br />
       Contribution artistique : Caroline Corbal (art numérique).       <br />
       Son : Karina Ketz.       <br />
       Arts plastiques : Barbara Schroeder.       <br />
       Chant : Jeanne Lavaud.       <br />
       Scénographie et lumières : Éric Blosse.       <br />
       Piano : Zola Ntondo.       <br />
       Régie : Tom Rojouan.       <br />
       Avec la participation de : Pascale Célérier, Christophe Boery, Béatrice et Jacques Franceschini, Zouhir Zouaoui.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-beauxarts.fr/" target="_blank">&gt;&gt; theatre-beauxarts.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett</title>
   <updated>2021-07-14T07:55:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2021-Premier-amour-Jean-Quentin-Chatelain-se-donne-corps-et-ame-pour-le-personnage-invente-par-Samuel-Beckett_a3005.html</id>
   <category term="Avignon 2021" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/57683482-42702717.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2021-07-14T07:22:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Texte de jeunesse de Samuel Beckett écrit en 1945 - il a alors 39 ans -, "Premier Amour" sera publié un quart de siècle plus tard. C'est également le premier texte d'envergure qu'il écrivit directement en français. Sa forme s'apparente autant à la nouvelle qu'au monologue, car on y suit de l'intérieur la vie et les pensées les plus libres d'un narrateur qui pourrait posséder de nombreux points communs avec Samuel Beckett et dont les mésaventures collent de près à l'existence réelle de l'auteur.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/57683482-42702717.jpg?v=1626212819" alt="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" title="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" />
     </div>
     <div>
      Mais ceci est juste bon à savoir pour les dîners en ville et les échanges culturels, domaine archéologique. &quot;Premier Amour&quot; vaut essentiellement pour le point de vue sans failles, sans faiblesse, sans compromission et presque sans retenue qu'il développe. Le &quot;Je&quot; de cette histoire monologue, comme pour lui-même, sur un épisode de sa vie où deux coups du sort extrêmement difficiles à considérer se télescopent : la mort de son père et ses conséquences d'une part, la rencontre avec une femme et l'amour en découlant d'autre part. Ces deux accidents de la vie assez courants, presque banals, communs, Beckett les transforme par son style, mais surtout par le refus de toute évidence, de toute déclinaison logique et convenue, en événements uniques, décisifs, sources d'une philosophie âpre et sans illusions.       <br />
              <br />
       Car, même si beaucoup de faciles envies de rires en jouant avec la langue française émaillent ce texte de jeunesse, il est déjà d'une intégrité impitoyable : la lucidité qu'il déploie se jette aussi bien sur le narrateur que sur ceux qu'il évoque, les autres, les autres humains. À ce jeu, pas un n'est plus victime que l'autre. Pas un n'est plus bourreau que l'autre. C'est tout l'art éphémère de Beckett qui préexiste ici, comme un parcours qu'il imposerait déjà à lui-même : chercher l'interstice où s'infiltre pâle une volonté de vivre, du moins une possibilité de vie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/57683482-42702730.jpg?v=1626212919" alt="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" title="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" />
     </div>
     <div>
      Jean-Quentin Châtelain avait créé ce personnage en 1999, déjà dans une mise en scène de Jean-Michel Meyer. Le même dispositif scénique, une ancienne chaise de bureau tournant sur un axe grinçant comme une mauvaise rage de dents, un habit noir et un chapeau, permettait de servir le texte dans une sobriété de moyens voulue par l'exécuteur testamentaire de Samuel Beckett, Jérôme Lindon. Cela suffit au comédien de talent qu'est Jean-Quentin Châtelain pour nous embarquer avec ses mots, son corps et ses silences dans les dérives autant lumineuses que ténébreuses de son personnage.       <br />
              <br />
       La puissance de jeu qu'il met ici dans son incarnation empêche de douter un seul instant de son personnage. Lui aussi à la dérive dans une société à la dureté sanglante. Lui-même, caractère sans sucre, sans douceur, qui ne fait rien pour paraître sympathique et encore moins pour être aimé. Sorte de monstre, à la fois rustre dans ses besoins et circonspect dans ses analyses. Un être humain sans véritable destin, sans prédestination, adepte de la vie au jour le jour, mais pour qui la liberté d'esprit, la liberté tout court, est la grande richesse.       <br />
              <br />
       Ainsi, ce monologue scintille d'un humour vache, urticant, libérateur ou très, très mal pensant, et c'est alors la grande jubilation. Beckett s'amuse avec cette langue qu'il explore déjà avec cette vision purgée de tout sentimentalisme. Et l'on évite les écueils ronflants des amoureux de la langue française qui d'habitude font des phrases, pour s'écouter parler. Beckett, lui, use des mots, des tournures et des sens pour trancher, tailler, ciseler comme le fait un sculpteur avec la matière, car il parle ici de la vie réelle et s'attache à la rendre telle. Une forme en total accord avec l'histoire qu'il nous donne : celle d'un homme qui résiste au broyage systématique que la société inflige à ses citoyens.       <br />
              <br />
       Jean-Quentin Châtelain, tout en rustrerie bonhomme, fait de son personnage un vagabond de l'âme, éclaireur des pans les plus sombres de nos cœurs. Tout à l'écoute du public, il distille pensées intimes, anecdotes et coups de gueule au rythme de la respiration de la salle. Tout est subtil et sanguin. Au point que des jours après, les images restent encore et nous accompagnent.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Premier amour"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/57683482-42702745.jpg?v=1626213037" alt="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" title="•Off 2021• Premier amour Jean-Quentin Châtelain se donne corps et âme pour le personnage inventé par Samuel Beckett" />
     </div>
     <div>
      Texte : Samuel Beckett.       <br />
       Mise en scène : Jean-Michel Meyer.       <br />
       Avec : Jean-Quentin Châtelain.       <br />
       Création et régie lumière : Thierry Capéran.       <br />
       Texte publié aux Éditions de Minuit.       <br />
       Production Le K Samka       <br />
       À partir de 15 ans.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
               <br />
       <b>•Avignon Off 2021•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 7 au 30 juillet 2021.</span>       <br />
       Tous les jours à 11 h, relâche les 13, 20 et 27 juillet.       <br />
       Théâtre des Halles, Salle Chapelle, rue du Roi René, Avignon.       <br />
       Réservations : 04 32 76 24 51.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatredeshalles.com/" target="_blank">&gt;&gt; theatredeshalles.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2021-Premier-amour-Jean-Quentin-Chatelain-se-donne-corps-et-ame-pour-le-personnage-invente-par-Samuel-Beckett_a3005.html" />
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   <title>"May B"… sans doute un chef d'œuvre !</title>
   <updated>2019-03-05T10:33:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/May-B-sans-doute-un-chef-d-oeuvre _a2353.html</id>
   <category term="Danse" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/31313332-29567557.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2019-03-05T08:28:00+01:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Devenu un classique, Maguy Marin avec "May B" a réussi à faire, avec ce théâtre dansé, une des revendications de ses idéaux autant artistiques que politiques. Dans un univers aussi gris que souterrain, cinq femmes et cinq hommes se vivent et se racontent corporellement.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/31313332-29567557.jpg?v=1551772224" alt=""May B"… sans doute un chef d'œuvre !" title=""May B"… sans doute un chef d'œuvre !" />
     </div>
     <div>
      La rencontre entre Maguy Marin et Samuel Beckett a lieu en 1981. Il avait 75 ans, elle en avait 30. En amoureuse de l'œuvre de Beckett, elle allait composer une œuvre créatrice de premier plan, &quot;May B&quot;, qui allait bousculer l'univers de la danse. Ce 4 novembre 1981 au théâtre municipal d'Angers, c'était la première fois qu'une création allait rendre compte des bas-fonds d'une société et de ses relations de sexe, de pouvoir autour de poussières et de saleté. L'accueil et le succès n'allaient pas être immédiats. Aujourd'hui, plus de 750 représentations ont été montées sur toute la planète.       <br />
              <br />
       Sa création est de toute beauté, une composition aussi bien théâtrale qu'artistique avec comme cheville ouvrière, la danse. L'humour pointe le bout de son nez, à plusieurs reprises, dans un monde qui semble souterrain, les interprètes étant grimés d'argile sur tout le corps, dans des déplacements où la souplesse et la légèreté sont faussement occultées.       <br />
              <br />
       Et pourtant, celles-ci sont en toile de fond dans les marches qui sont, à dessein, assez rugueux et droits, effectués par des êtres qui semblent sortis des bas quartiers. C'est très beau dans la gestique, la scénographie, la composition chorégraphique. On pose, on meugle, on crie, on mange. Cela vit et déborde d'une fausse joie et d'une lourdeur à la fois légères et très marquées. La frontière est ténue entre les deux.       <br />
              <br />
       Nous sommes à cheval entre deux mondes, celui du groupe et de la solitude, celui du rire et de la tristesse, celui de l'humour et de la gravité, celui de la massivité et de la légèreté, celui du partage et de l'égoïsme, celui du pouvoir et de la soumission. Une certaine lourdeur accompagne les corps, les pas, les déplacements avec des plantes de pieds qui traînent parfois sur les planches, qui se soulèvent légèrement pour caresser le sol du bout des pointes.       <br />
              <br />
       C'est aussi des mouvements de poignets recroquevillés, des jambes qui s'étirent, qui sautent, des membres qui se ragaillardissent parfois après un accoutrement des corps penchés vers le bas, le tout accompagné des musiques de Franz Schubert (1797-1828), Gilles de Binche (1400-1460) et Gavin Bryars (1943-2015).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/31313332-29567571.jpg?v=1551772270" alt=""May B"… sans doute un chef d'œuvre !" title=""May B"… sans doute un chef d'œuvre !" />
     </div>
     <div>
      Il y a aussi des scènes de vie avec ses entrées et ses sorties. Elles se déroulent avec un échange, entre artistes, tissé aussi bien autour du silence, de la complicité, de la solitude, du geste que de la parole. Les rares répliques prononcées sont celles de Beckett. Le corps devient le support d'un langage, d'une communion ou d'une séparation. Tout est dans la gestique, le rapport à l'autre et à soi-même avec des interprètes qui se retrouvent aussi seuls qu'accompagnés. Ce sont des regards perdus, des visages vers le haut ou vers le bas, des expressions figées ou égarées. Le plateau est parfois découpé en plusieurs plans avec des scénettes qui se déroulent en parallèle.       <br />
              <br />
       Les chorégraphies s'enchaînent? avec une synchronisation, même dans des déplacements, qui se veulent des plus &quot;terreux&quot; et des plus rêches, très présentes. Elles sont composées d'un groupe de trois à dix interprètes où le naturel se dégage, les artistes ne s'incarnant pas en tant que danseurs dans leur jeu. Ce sont des personnages avec leurs vécus, leurs émotions, leurs états d'âme.       <br />
              <br />
       Il y a ces moments où ils mangent des gâteaux en se le disputant, où ils se portent, où ils disent que c'est fini et que ça ne l'est pourtant pas, où ils se masturbent, où ils meuglent, articulent des onomatopées. Nous sommes comme dans un monde de finitude où les êtres, mi-mineurs, mi-monstres, se retrouvent à la fois épanouis et étouffés, où la mort semble habiter avec eux.       <br />
              <br />
       C'est une pièce de toute beauté, de grande importance, qui montre les ressorts de notre société autour d'une gamme d'attitudes et d'émotions que Maguy Marin, chorégraphe &quot;enragée&quot; comme elle se définit, a su montrer avec beaucoup de talent et de finesse, renversant les codes de la danse de l'époque qui étaient encore arc-boutés dans une grille de lecture confinée dans le &quot;propre&quot; sans aspérité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"May B"</b></div>
     <div>
      Chorégraphie : Maguy Marin.       <br />
       Avec : Ulises Alvarez, Kais Chouibi, Laura Frigato, Françoise Leick, Louise Mariotte, Cathy Polo, Agnès Potié, Rolando Rocha, Ennio Sammarco, Marcelo Sepulveda.       <br />
       Lumières : Alexandre Beneteaud.       <br />
       Costumes : Louise Marin.       <br />
       Musique : Franz Schubert, Gilles De Binche, Gavin Bryars.       <br />
       Cie Maguy Marin.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 27 février au 12 mars 2019.</span>       <br />
       Du 27 février au 11 mars à 20 h, 12 mars à 14 h 30.       <br />
       Théâtre de la Ville Hors les murs, Espace Pierre Cardin, Paris 8e, 01 42 74 22 77.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatredelaville-paris.com/fr" target="_blank">&gt;&gt; theatredelaville-paris.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/May-B-sans-doute-un-chef-d-oeuvre _a2353.html" />
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