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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-09-05T19:47:08+02:00</updated>
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   <title>"Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes</title>
   <updated>2025-11-03T09:28:00+01:00</updated>
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   <category term="Théâtre" />
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   <published>2025-11-03T08:56:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Rose, la cinquantaine épanouie, n'est pas Alice… celle de Lewis Carroll au pays des merveilles. Ou alors peut-être serait-elle celle de Woody Allen, du moins pour ce qui est de l'insoutenable incomplétude qui sourd en elle. Frustrations claquemurées sous le vernis d'une femme accomplie, belle toujours et encore, sa maturité semble désormais la prémunir de la toxicité des prédateurs mâles. Ses aventures passées, ses traumas dépassés, elle les a mis à distance pour se lover dans le cocon chaleureux du Royal, ce bar qu'elle rejoint chaque soir à la sortie de son travail…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64735870.jpg?v=1762099273" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      Mais ce serait là sans compter sur la plume éclairée de Nicolas Mathieu (l'auteur du magistral &quot;Leurs enfants après eux&quot; et auteur de la nouvelle éponyme adaptée ici) pour dévider la noirceur ordinaire des destins inscrits en soi, avec comme seule marge de liberté de s'en saisir comme palimpsestes afin de tenter d'y écrire sa propre histoire hors de tout héritage.       <br />
              <br />
       Ce serait sans compter aussi sur la sensibilité tant artistique qu'humaine de Romane Bohringer et d'Anne Charrier (fascinante dans la plasticité de ses interprétations) qui, s'emparant magistralement de cette matière dormante et explosive, nous la servent sur un plateau.       <br />
              <br />
       Dans une scénographie dépouillée composée de paquets ficelés recouverts de draps blancs servant de praticables de scène utilisés comme autant de tremplins à un passé à recomposer devant nous, l'actrice se donne à voir, y compris dans ce que son personnage essaie de se dissimuler à lui-même. Seule en scène, prenant en charge le récit de son existence, Rose raconte… Rose se raconte, n'éludant aucun sentiment traversé, le corps disant ce que les mots s'appliquent à taire… Elle, radieuse, au comptoir du bar du Royal, un rade qu'elle a élu comme havre de paix.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64736039.jpg?v=1762156573" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      Désormais seule et heureuse apparemment de l'être, les deux gosses envolés, le divorce consommé, l'existence ordinaire d'une femme mûre. Sa vie, dorénavant, elle est là. Faudrait pas croire que Rose est en rade de relations, les masculines certes, elle en a soupé. Mais là, au Royal, il y a Marie-Jeanne, la copine confidente qui se fait quelques billets en coupant les cheveux de la clientèle. Il y a aussi Fred, le patron, un chic type qui lui sert un demi dès qu'elle prend place au bar, croisant haut ses jambes dont elle est (légitimement) fière, son visage – lucide – annonçant quant à lui les années à venir. Et puis il y a la présence des marginaux esseulés commentant la vie des autres, s'étalant à la une des journaux. Tout ce monde assemblé là, ça lui fait chaud au cœur à Rose.       <br />
              <br />
       Le dernier type avec qui elle a eu une (brève) aventure, un plutôt gentil, un soir de dispute où elle a reconnu sur les traits de son visage une crispation pouvant annoncer la violence toujours prête à surgir des mâles, a été pour elle l'occasion de s'offrir un petit revolver qui l'accompagne depuis comme un doudou… Faut dire qu'en termes de violences masculines, Rose a été à bonne école avec un paternel ambigu ; l'amour et la peur, un produit deux en un… Le passé ça vous surprend, ça remonte comme un haut-le-cœur qui vous brasse les entrailles. Ainsi des tripotages et plus si affinités…       <br />
              <br />
       Rose au franc-parler, à quatre pattes, mimant acrobatiquement et en musique ses ébats sexuels. Unions charnelles désirées pour certaines, subies pour d'autres, celles infligées par des gros cons qui ne comprenaient pas quand on leur disait non. Des viols, frappés dans l'instant du sceau du déni, qui l'ont amenée à pleurer seule dans sa chambre… car comment à treize ans ne pas se dire que c'est le prix à payer quand le corps en feu désire ? Alors, on préfère oublier. Sauf le corps, qui lui &quot;sait&quot; les outrances inscrites en lui en lettres de feu.       <br />
              <br />
       Aujourd'hui la page est belle et bien tournée… Plus jamais Rose ne se laissera dominer par l'espèce mâle. Et son nouveau bijou calibre 38 acheté sur internet, qu'elle porte en pendentif dans son sac à main, en est le garant… Mais voilà qu'un inconnu franchit ce soir-là les portes du Royal en pleine furie festive (Rose en rock star et poses lascives), et le sort en est jeté, les cartes sont rebattues, remettant en jeu le passé enfoui.       <br />
              <br />
       Face à cet homme de plutôt belle allure, plutôt prévenant même s'il n'est pas très causant, un homme doté d'une voiture d'une puissance vrombissante et d'un corps de ferme entièrement rénové, Rose retrouve comme par magie ses quinze ans… Un verre de gin tonic, un autre, le jeu des points communs, des chansons qui réunissent et puis… et puis… rien. Ou pas grand-chose. Alors Rose raconte comment elle a mis sur le compte de l'alcool, les maigres performances de son nouvel amant. Son visage se fait alors grave, contrastant avec l'énergie que son corps dégage. Elle s'épanche sur ses stratégies pour que son corps de femme puisse y trouver son compte. Finalement, de déboires en déboires, elle réapprendra à considérer d'autres intérêts que ceux réclamés à tue-tête par ce corps demeurant insatisfait.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64739987.jpg?v=1762156961" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      À chaque échec, le monsieur se fait pardonner d'avoir voulu forcer le passage avant de s'écrouler sur le côté, loche épuisée, réminiscence pour elle d'un goût ancien, celui des viols. Les jours suivants, il l'invite aux plus grandes tables. Pour lui, qui voit en elle s'il ne peut la combler une poupée à parer et, peut-être, pour les leurres de son compte en banque opulent, elle renie progressivement son existence d'avant, allant jusqu'à résilier son bail pour vivre désormais captive de sa belle maison déserte où il l'emploie… à son propre compte.       <br />
              <br />
       Longue descente aux enfers d'une femme animée par des désirs de liberté clamés du plus profond de son être, mais sujette à des vœux secrets déposés en elle, à l'insu de son plein gré, par des couches de patriarcat toxique l'amenant à l'endroit même où elle refuse d'être… Elle qui se croyait affranchie de toute domination masculine, se fait grignoter pas à pas son existence pour devenir l'objet non sexuel (un comble !) d'un pervers impuissant pour lequel elle renonce à être, alors que ce qu'il a à lui offrir ne l'intéresse même pas…       <br />
              <br />
       Et lorsque l'emprise jusqu'à plus soif la noie dans un océan d'amertume, le soir de trop où, dans le décor luxueux de l'Hôtel Royal d'Évian (rien à voir avec le rade miteux du Royal où, naguère, elle filait des amitiés heureuses) le sexe ramolli de l'homme à la puissante Audi Q7 ne remplit pas une nouvelle fois sa mission, elle décide d'en finir une fois pour toutes avec cette ribambelle de types qui lui ont gâché sa vie de femme… Rose est décidée à partir, pleine d'une belle énergie recouvrée… Mais les histoires de (non) amour, comme le clame un air connu, finissent mal en général, et la chute sera à cet égard des plus… &quot;parlantes&quot;.       <br />
              <br />
       Que dire de cette &quot;novela negra&quot; superbement écrite par Nicolas Mathieu, fouillant de son scalpel acéré les replis intimes de l'âme d'une femme &quot;exemplaire&quot; ? Le portrait sans fard de la guerrière sans armure, abusée par des siècles d'asservissement masculiniste, n'est pas prêt de déserter nos nuits, tant son incarnation subtile et radicale sous les traits d'une actrice flamboyante – Anne Charrier, âme sœur de Rose – fait figure ici d'une hallucinante allégorie du combat des femmes pour devenir maîtresses… d'elles-mêmes.       <br />
       <b>◙ Yves Kafka</b>       <br />
              <br />
       Vu le samedi 18 octobre 2025 au Studio des Champs-Élysées, Paris VIIIe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Rose Royal"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/92257313-64739988.jpg?v=1762156981" alt=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" title=""Rose Royal" Voyage sans retour d’une femme au pays des hommes" />
     </div>
     <div>
      Librement adapté du roman &quot;Rose Royal&quot; de Nicolas Mathieu, paru aux Éditions In8 (2019) et Actes Sud (2021).        <br />
       Adaptation : Anne Charrier et Gabor Rassov.       <br />
       Mise en scène : Romane Bohringer, assistée d'Aurélien Chaussade.       <br />
       Avec : Anne Charrier.       <br />
       Avec la voix : Éric Caravaca.       <br />
       Scénographie : Rozenn Le Gloahec.       <br />
       Création Lumières : Thibault Vincent.       <br />
       Musique : Benoît Delacoudre.       <br />
       Chorégraphie : Gladys Gambie.       <br />
       Costumes : Céline Guignard Rajot.       <br />
       Durée : 1 h 15.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 12 septembre au 28 décembre 2025.</span>       <br />
       Jeudi au samedi à 21 h, dimanche à 16 h.       <br />
       Studio des Champs-Élysées, 15, avenue Montaigne, Paris 8.       <br />
       Téléphone : 01 53 23 99 19.       <br />
       <a class="link" href="https://billetterie-comediedeschampselysees.tickandlive.com/evenement/rose-royal" target="_blank">&gt;&gt; Billetterie en ligne</a>       <br />
       <a class="link" href="https://www.comediedeschampselysees.com/" target="_blank">&gt;&gt; comediedeschampselysees.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Romane Bohringer donne vie à "Respire" comme une mère porte un enfant à la vie</title>
   <updated>2022-09-25T19:56:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Romane-Bohringer-donne-vie-a-Respire-comme-une-mere-porte-un-enfant-a-la-vie_a3393.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/67587693-47757229.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-09-26T06:49:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
C'est dans la simplicité et le dépouillement que Romane Bohringer porte le texte sensible et riche de Sophie Maurer. Un texte, une comédienne, un musicien (piano, guitare ouvrant des espaces sonores délicats) et une mise en scène qui les accompagne sans heurts, sans artifices, soulignant juste les lieux, les ambiances, les temps à l'aide de quelques ambiances lumineuses et des projections le plus souvent floutées comme pour donner de la matière au mur de fond de scène de cette petite salle en forme d'amphithéâtre.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/67587693-47757229.jpg?v=1664129463" alt="Romane Bohringer donne vie à "Respire" comme une mère porte un enfant à la vie" title="Romane Bohringer donne vie à "Respire" comme une mère porte un enfant à la vie" />
     </div>
     <div>
      Cette disposition rend les interprètes si proches qu'on pourrait les toucher en tendant le bras. Une intimité propice à cette rencontre avec le personnage qu'interprète Romane Bohringer dans ce monologue qui ne s'adresse pas directement au spectateur, mais à l'enfant qui vient de naître. Sa mère lui parle au travers la vitre qui protège les prématurés sous aide respiratoire du reste du monde.       <br />
              <br />
       Durant une heure, durant une longue nuit sans fin, elle va tendre le fil de la parole pour toucher l'être à qui elle vient de donner naissance et l'attirer à la vie, un flux de mots qu'elle lance comme on jette et rejette mille fois un filin vers celui qui est en train de se noyer au milieu de la tempête. Et c'est exactement cela qui éclate dans cette mise en scène, l'étrange impression qu'une tempête est là, en train de jeter son eau et son vent et sa fureur dans l'indifférence capitonnée du silence de la maternité.       <br />
              <br />
       Romane Bohringer porte, dès les premières secondes et jusqu'au terme du spectacle, cette tempête battant dans son cœur, ses tempes, ses tripes et surtout dans cette manière sans détours d'adresser cette impérieuse volonté de dire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/67587693-47757233.jpg?v=1664129502" alt="Romane Bohringer donne vie à "Respire" comme une mère porte un enfant à la vie" title="Romane Bohringer donne vie à "Respire" comme une mère porte un enfant à la vie" />
     </div>
     <div>
      Dire quoi ? Que dire à l'enfant qui hésite encore à vivre, à respirer par ses propres moyens sans l'aide de la machine, que dire à celui qui n'est encore et surtout qu'un futur possible probable, sa fille en train de presque être ? Dire le monde qui l'attend et ses merveilles, ses amours, ses bonheurs, ses joies ? Dire ce monde qui ne l'attend pas et ses défaites, ses guerres perpétuelles, ses débâcles et ses horreurs toujours renouvelées ?       <br />
              <br />
       Le personnage de &quot;Respire&quot; ne fait pas ce choix. Ses mots décrivent le monde qui attend la nouvelle née sans rien farder. Elle parle autant des étranges violences du passé que des sanglants cataclysmes d'aujourd'hui et ces cycles des civilisations dont la roue semble sans cesse passer du pire au meilleur et du meilleur au pire dans un manège que rien ne semble pouvoir stopper. Cette mère raconte ainsi tout, non pour effrayer son bébé, mais pour lui donner la force du choix, la force de décider de vivre.       <br />
              <br />
       Ce faisant, elle est elle-même la vie, dans tous ses extrêmes. Une vie qui éclate dans ce beau moment où elle se dresse contre la mort qu'elle vit arriver, l'apostrophe, la défie, et la met en fuite. Elle est la vie, toute droite, mais surtout toute cabossée, toute friable, toute impétueuse, pleine de cette belle ivresse de l'existence.       <br />
              <br />
       Sortant du cercle protecteur de l'amphithéâtre de la Piccola Scala, on garde longtemps dans l'oreille le timbre un peu rauque, velouté, de la voix de Romane Bohringer et, dans l'œil, son regard limpide et franc. Une présence grave, tenue, dépouillée, mais qui est comme le murmure de la vie qui accompagne quelque temps.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Respire"</b></div>
     <div>
      Texte : Sophie Maurer       <br />
       Mis en scène : Panchika Velez       <br />
       Avec : Romane Bohringer et Bruno Ralle       <br />
       Scénographie et lumières : Lucas Jimenez       <br />
       Musique : Baloo Productions       <br />
       Collaboration artistique : Mia Koumpan       <br />
       Production : François Volard, Acte 2.       <br />
       Durée : 1 heure.       <br />
       À partir de 14 ans.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 15 septembre au 8 octobre 2022.</span>       <br />
       <b>Du 3 février au 1er avril 2023.</b>       <br />
       Du jeudi au samedi 19 h 30.       <br />
       La Scala, Salle La Piccola Scala, Paris 10e, 01 40 03 44 30.       <br />
       <a class="link" href="https://lascala-paris.fr/" target="_blank">&gt;&gt; lascala-paris.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…</title>
   <updated>2020-10-12T21:04:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/L-Occupation-L-hydre-insatiable-de-la-jalousie-une-histoire-commune_a2808.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/50525841-38976919.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2020-10-12T12:43:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Les Québécois ont une expression fort imagée pour dire ce que présage toute relation amoureuse : "Tomber en amour"… c'est s'exposer à "entrer en jalousie", un peu comme on entre dans les ordres, soumis à un appel irrésistible déjouant toute raison. Annie Ernaux, faisant matière littéraire des heurs et malheurs de son existence, a commis à l'aube des années 2000 un petit livre contant par le menu son expérience d'une jalousie "sans nom" ayant occupé son corps et son âme en les colonisant. Seule l'écriture a pu l'en libérer.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50525841-38976919.jpg?v=1602500613" alt=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" title=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" />
     </div>
     <div>
      Au théâtre, mettre en jeu un récit littéraire, si vivant soit-il, n'est pas sinécure. Pierre Pradinas s'y attelle, non sans une certaine jubilation intérieure, trouvant dans Romane Bohringer, comédienne experte de ce qu'aimer veut dire (cf. &quot;L'amour Flou&quot; réalisé avec son ex-compagnon Philippe Rebbot), la complice rêvée possédant l'art de donner vie sur scène, avec force et naturel, aux affres d'une femme habitée par la jalousie.       <br />
              <br />
       Sur l'estrade de la Halle des Chartrons de Bordeaux, devant un parterre de spectateurs assis sur des bancs, l'actrice de l'âge de &quot;la rivale&quot; va parcourir sans fléchir cette descente aux enfers émaillée de saillies dérisoires. Sentiments violents, &quot;in-sensés&quot;, dont l'outrance n'a pour égale que la violence fouraillant la chair de l'écrivaine, auteure de cette partition résonnant en chacun(e) comme la résurgence d'un cri primal refoulé.       <br />
              <br />
       Roland Barthes, dans ses &quot;Fragments d'un discours amoureux&quot;, avouait : <span style="font-style:italic">&quot;comme jaloux je souffre quatre fois : d'être exclu, d'être agressif, d'être fou et d'être commun&quot;.</span> Étapes d'un chemin de croix mortifère que l'héroïne va parcourir en boucle, reproduisant à l'envi les états et comportements propres aux amoureux damnés, évidés par l'idée même de la perte.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50525841-38976923.jpg?v=1602500650" alt=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" title=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" />
     </div>
     <div>
      Car même si c'est elle qui avait quitté W, lorsque son ex-amant lui annonce qu'il va vivre avec une autre femme, cela suffit pour déclencher illico un raz-de-marée qu'aucune digue ne sera apte à contenir. Dès lors, n'ayant de cesse de vouloir connaître l'identité de cette rivale qui lui ravit - &quot;après-coup&quot; - la place que naguère elle occupait auprès de cet homme, elle focalise son existence autour de la recherche obsessionnelle de l'inconnue, double insaisissable d'elle-même. Comme si l'amant éconduit reprenait à ses yeux les couleurs du désir et qu'elle ne pouvait supporter qu'il échappe au passé qui les lie.       <br />
              <br />
       Blessure narcissique rendue béante par l'idée fantasmée que l'amant puisse trouver calme et volupté dans les bras d'une autre, l'excluant ipso facto de la place d'élue. Situation d'exclusion vécue comme intolérable et la conduisant à la dérive, aux limites de la folie furieuse. Prête à tout pour déloger le monstre jaloux qui la met à mal en la consumant de l'intérieur, elle se livre à des manœuvres désolantes ajoutant à sa détresse la disgrâce de déchoir… Comment pourrait-elle supporter qu'une inconnue puisse, au petit matin, tenir dans sa main le sexe dressé de l'homme auquel elle s'agrippait comme à une planche de salut ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50525841-38976927.jpg?v=1602500683" alt=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" title=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" />
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      Une plongée dans les arcanes de la jalousie, matière hautement combustible dont se saisit à bras le corps l'actrice pour brûler les planches, avec aplomb et fragilité mêlées. Tantôt suspendue au micro promu au rang de confident pour mieux faire entendre les crépitements de ses émotions internes, tantôt s'adonnant à d'affreuses grimaces dignes d'une sorcière vengeresse, ou encore virevoltante par pur défit avec son vêtement en main (dépouille exhibée de la rivale ?), son corps apparaît traversé par les éclats de la maladie à l'œuvre.       <br />
               <br />
       Redoublant les errements d'un corps mis à mal, les paroles qui s'échappent comme un flux intarissable se prennent à charrier des insanités se voulant libératrices. En vain. La purgation des passions n'a que faire des couplets de carabins en rut. Le mal est plus profond. Seul le temps de l'écriture pourra l'en exonérer.       <br />
              <br />
       Parcours d'une femme singulière dont la descente aux enfers trouve écho universel en l'humaine condition… En effet, si le théâtre ne peut nous purger de nos souffrances chevillées au corps - et la jalousie est de celles-là -, il a l'immense vertu de nous les &quot;re-présenter&quot; : mises à distance et portées par une femme-actrice accompagnée en live par une harpe aux sons enivrants, elles s'en trouvent soudain déminées, privées - pour un temps - de leur charge implosive.       <br />
              <br />
       <b>Spectacle représenté le mardi 6 octobre 2020, lors du Marché de la Poésie, Halle des Chartrons, Bordeaux (33).</b>
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"L'Occupation"</b></div>
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      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50525841-38977644.jpg?v=1602505395" alt=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" title=""L'Occupation" L'hydre insatiable de la jalousie : une histoire commune…" />
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      Texte : Annie Ernaux, publié aux Éditions Gallimard.       <br />
       Mise en scène, Pierre Pradinas.       <br />
       Assistants(es) à la mise en scène : Aurélien Chaussade et Marie Duliscouët.       <br />
       Avec : Romane Bohringer et le musicien Christophe &quot;Disco&quot; Minck.       <br />
       Musique originale : Christophe &quot;Disco&quot; Minck.       <br />
       Scénographie : Orazio Trotta/Simon Pradinas.       <br />
       Lumières : Orazio Trotta.       <br />
       Images : Simon Pradinas.       <br />
       Son : Frédéric Bures.       <br />
       Maquillage/coiffure : Catherine Saint-Sever.       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       3 octobre 2020 : Théâtre des Halles, Avignon (84).       <br />
       6 octobre 2020 : Marché de la poésie Halle des Chartrons, Bordeaux (33).       <br />
       <span class="fluo_jaune">8, 9, 12, 13 et 15 octobre 2020 :</span> Théâtre de l'Union - Centre Dramatique National du Limousin, Limoges (87).       <br />
       18 octobre 2020 : Les Arts d'Azur, Le Broc (06).       <br />
       1er et 2 décembre 2020 : Les Scènes du Jura - Scène Nationale, Lons le Saunier (39).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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