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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-12T17:48:07+02:00</updated>
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   <title>"Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…</title>
   <updated>2025-06-24T17:46:00+02:00</updated>
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   <category term="Festivals" />
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   <published>2025-06-24T16:45:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Suite de la trente-quatrième édition du Festival Chahuts… chahutant avec une impertinence gourmande les repères afin de mieux déconstruire les lieux communs pour faire communauté. D'une confession vibrante d'une déracinée iranienne à celle contée dans un rap explosif, d'une parodie shakespearienne hilarante (réévaluée à l'aune de l'état de la culture) à un manifeste décoiffant des Valeurs éternelles de notre République (repeinte au vitriol), quatre propositions aux vertus des plus oxy-génantes.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/89528033-63289667.jpg?v=1750776863" alt=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" title=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"I'm deranged" de Mina Kavani.</strong></span> De son existence à Téhéran placée sous la surveillance de mollahs inflexibles et de bataillons de femmes hystériques où, dès sept ans, le voile et l'uniforme étaient de rigueur, Mina Kavani retient aussi le havre de l'appartement familial transformé en cocon festif où ouvrages marqués du sceau de l'hérésie, alcools et opium, musiques et danses, relations libres, étaient de délicieux onguents… Puis vint le temps de l'exil à Paris, la ville dont elle rêvait, celle des lumières et des libertés à tous vents. Paris se révélant être la cité d'une solitude insupportable, celle de l'exclusion, insérant les déraciné(e)s dans des carcans invisibles.       <br />
              <br />
       Loin de l'odeur enivrante de l'opium iranien ayant nourri ses aspirations libertaires et ses premiers émois littéraires, elle découvre alors la face cachée d'un Occident dans lequel la méfiance, voire le rejet de l'Étranger, est chose commune. Un cauchemar vécu in situ, celui de l'immigrée confrontée à une violence qui, pour être moins ostensible que celle qu'elle a fuie, la met fondamentalement à mal, elle qui a le sentiment "encré" en sa peau de femme libre d'avoir vendu, pour un rêve de pacotille, sa famille et le devenir de son pays aux fondamentalistes religieux… Rêves et cauchemars portés par la même voix - envoûtante - oscillant entre cris et complaintes, l'immense miroir du plateau reflétant leurs facettes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/89528033-63289668.jpg?v=1750777058" alt=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" title=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Trou" de Mathilde Paillette, Compagnie Ultra-Nyx.</strong></span> Quelle énigme abyssale se cache derrière ce drôle de rôle-titre ? De quelle béance s'agit-il dans ce concert râpé résonnant des volts débridés s'échappant d'une guitare surchauffée ? Et le bras monstrueux de la grue géante, de qui est-il le nom, ainsi que de son conducteur aux allures d'ogre ? Quant à la mignonne petite chatte traumatisée à mort par l'individu susmentionné, chatte dont la propriétaire n'est autre que la petite fille répondant au nom charmant de Paillette, à quel titre prend-elle place au cœur du récit pulsé ?       <br />
              <br />
       Pas besoin d'exégètes en matières psychanalytiques pour en mesurer les résonances dans la vie d'une très jeune fille abusée… Mais là, aucun pathos, tout au contraire un délire de notes faisant le plus naturellement du monde la nique au traumatisme acté pour le transformer en explosion vitale, faisant coup double en fracassant l'innommable et l'innommé dans le même élan salvateur. Partir de l'intime vécu pour le métamorphoser en conte musical à haute intensité visuelle et sonore, tel est le défi relevé avec brio par Mathilde Paillette et sa complice, la bonne Sirène à la queue pailletée.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/89528033-63289733.jpg?v=1750777400" alt=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" title=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Sauver Richard" d'Angélique Orvain et Pierre Bedouet (Mash-Up Production).</strong></span> Le Richard à sauver n'est autre que le Richard III de Shakespeare… enfin pas le tyran maudit, mais le projet que l'équipe d'artistes fantasques (on se souvient encore de leur désopilant Zaï Zaï Zaï) avait pour ambition – démentielle – de porter au plateau… si ce n'est que les réductions budgétaires en ont décidé tout autrement… Comme l'explique d'emblée doctement un comédien, crayon en main, face à un tableau de conférence noirci de la liste pléthorique des personnages traversant la pièce du dramaturge anglais, quatre seulement ont pu survivre aux coupes drastiques. Quant au décor et aux accessoires de théâtre, ils seront eux aussi soumis à la portion congrue ; sacro-saintes économies ayant force de loi, l'imaginaire de chacun(e) sera à la fête !       <br />
              <br />
       Ainsi posé, le parti pris d'un théâtre de rue sciemment déjanté va déferler devant les gradins de fortune dressés face à la palissade des travaux de réfection de la Flèche Saint Michel, planches non jointées peinant à masquer un monde dystopique au bord du gouffre. Décapitations à tue-tête, flots d'hémoglobine, corps à corps homériques, trottinette électrique faisant figure de noble destrier, reine déchue jaillissant d'une cantine à roulettes… Et comédiens et comédiennes à l'égo surdimensionné se disputant bec et ongles le rôle phare (même si c'est celui d'une crevure infâme !) jusqu'à en mourir (sur scène) et nous aussi (de rire)… Et, parallèlement, reprises savoureuses des éléments de langage à utiliser pour faire valoir ce projet culturel à financement participatif… Autant d'ingrédients d'une farce politico-théâtrale à haute valeur grand-guignolesque nous submergeant jusqu'à plus soif de sa force (ré)créative.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/89528033-63289734.jpg?v=1750777448" alt=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" title=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"La France, Empire. Un secret de famille national" de Nicolas Lambert.</strong></span> Écrire le roman national… pas celui qu'il est de bon ton de diffuser à longueur de discours dans les sphères officielles soucieuses de fixer dans le marbre républicain l'ordre établi, mais celui nourri par des recherches affranchies de tous conflits d'intérêts. Libérer le passé des falsifications que l'on lui a imposées dans le but de sacraliser les versions officielles des dominants… Un stand-up tragi-comique de plus de deux heures où humour acéré et colères justifiées nous amènent à nous questionner : on nous aurait menti sur les effets qui perdurent de la colonisation ? Celle des terres, de leurs habitants et des esprits, les nôtres y compris ?       <br />
              <br />
       Partant d'un supposé sujet de devoir donné à sa fille et dont il a la charge de corriger l'orthographe – "Montrer que l'armée française est au service des valeurs de la République" – de digression en digression, le comédien balaie avec envie l'épopée de l'Empire français… en mettant le doigt là où ça fait (très) mal.       <br />
              <br />
       Ainsi du discours de Dakar de Nicolas Sarkozy (celui-là même qui vient d'être privé d'une médaille, il est vrai qu'auparavant, il avait bénéficié d'un bracelet…), axé sur "l'homme Africain non inscrit dans un processus de progrès" (aux oubliettes les tirailleurs sénégalais, mitraillés par leurs frères d'armes français pour avoir eu l'audace de réclamer leur solde)… Ou comme les faits d'armes glorieux des généraux Bugeaud (celui à la casquette), Faidherbe et Lyautey, auxquels on doit "la pacification" (déplacer, asphyxier et brûler les indigènes) du Sénégal, de l'Algérie, du Maroc et dont les noms trônent fièrement au fronton des lycées ou bâtiments publics… Et plus près de nous, Mayotte, une île au beau milieu de la République, un joyau des Comores (elles indépendantes, archipel cimetière marin de la planète)… Grandes misères de la France… "en pire !". Un dévoilement corrosif de l'Histoire en marche.        <br />
       À suivre…       <br />
       <b>◙ Yves Kafka</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/89528033-63289841.jpg?v=1750777861" alt=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" title=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" />
     </div>
     <div>
      <b>Festival Chahuts       <br />
       S'est déroulé du 6 au 14 juin 2025.</b>       <br />
       Quartiers Saint-Michel, La Benauge et au-delà, Bordeaux (33).       <br />
       <a class="link" href="https://www.chahuts.net/" target="_blank">>> chahuts.net</a>       <br />
              <br />
       </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"I'm deranged"</strong></span>       <br />
       Récit personnel.       <br />
       Vu au tnba (salle Vauthier) le jeudi 12 juin 2025.         <br />
       Conception, mise en scène : Mina Kavani.       <br />
       Avec : Mina Kavani.       <br />
       Création lumière : Marco Giusti.       <br />
       Régie lumière et générale : Pierre-Éric Vives.       <br />
       Scénographie : Clémence Kazémi.       <br />
       Son-artiste sonore : Cinna Peyghamy.       <br />
       Collaboration artistique : Maksym Teteruk.       <br />
       Durée : 1 h.       <br />
              <br />
       </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Trou"</strong></span>       <br />
       Concert conté.       <br />
       Vu au Marché des Douves le mercredi 11 juin 2025 (gratuit).       <br />
       Écriture et interprétation : Mathilde Paillette.       <br />
       Accompagnée de Lauren Sobler.       <br />
       Co-mis en scène : Anthony Revillard.       <br />
       Instrus : La Chip 's Prod/Yellow/Mathilde Paillette.       <br />
       Lumières et régie : Cédric Cambon.       <br />
       Décor : Neil Price.       <br />
       Costumes : Mathilde Paillette.       <br />
       Visuels (teasers, affiches, photos) : Cécile Noyalet.       <br />
       En partenariat avec le Girofard dans le cadre du Mois des fiertés, avec le soutien de la Ville de Bordeaux.       <br />
       Durée : 1 h 15 minutes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/89528033-63289958.jpg?v=1750778567" alt=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" title=""Chahuts" Épisode 2 Un festival au cœur des quartiers, théâtres de nos "vies minuscules"…" />
     </div>
     <div>
      </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"Sauver Richard"</strong></span>       <br />
       Théâtre de rue.       <br />
       Vu place Saint-Michel (Meynard) le mercredi 11 juin 2025 (gratuit).       <br />
       Texte et mise en scène : Angélique Orvain.       <br />
       Collaboration artistique : Pierre Bedouet.       <br />
       Avec : Célestin Allain-Launay, Paul Audebert, Pierre Bedouet, Alexandre Bodin, Sandrine Petit.       <br />
       Scénographie : Tristan Ortlieb.       <br />
       Son : Amélie Polachowska.       <br />
       Costumes : Janie Le Borgne.       <br />
       Photographie : Romain Dumazer.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       </strong></span><span style="color:#990000;"><strong>"La France, Empire. Un secret de famille national"</strong></span>       <br />
       Théâtre.       <br />
       Vu square Dom Bedos le jeudi 12 juin 2025.       <br />
       Texte, documentation, reportage : Nicolas Lambert.       <br />
       Mise en scène et interprétation : Nicolas Lambert.       <br />
       Collaboration artistique : Sylvie Gravagna.       <br />
       Création lumière : Erwan Temple.       <br />
       Collaboration documentation : Erwan Temple, Saphia Arezki.       <br />
       Durée : 2 h 15.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir</title>
   <updated>2023-12-14T15:34:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Richard-II-Un-Richard-II-qui-disseque-a-coeur-les-guerres-de-pouvoir_a3779.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2023-12-14T09:04:00+01:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
De toutes les pièces de Shakespeare, "Richard II" fait partie des moins connues. En un siècle, il n'y eut qu'une poignée de mises en scène en France. Pourquoi ? Peut-être du fait que son propos avance en ligne droite, presque sans intrigue secondaire, presque sans une scène qui laisse le spectateur respirer, rire ou se retrouver un temps pour mieux reprendre le fil de l'histoire ? Probablement parce que le personnage titre n'a pas reçu l'incarnation des "Hamlet", des "Iago", des "Richard III" ou des "lady Macbeth" et qu'il reste du coup un caractère difficile à cerner, à imaginer ? Peut-être parce que ce personnage n'a pas de réelle vocation de méchant, de monstre, qu'il n'a pas la conscience ni les remords d'un meurtrier, d'un vil traître ?     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77335486-56200857.jpg?v=1702542471" alt=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" title=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" />
     </div>
     <div>
      Dans cette pièce, ce roi d'Angleterre de la fin du XIXe semble d'un caractère étranger aux caractères qui remplissent les lieux de pouvoir de son siècle. Fluet, presque léger, élégant et gracieux, sans arme et sans garde, il est entouré de toutes parts par des guerriers solides comme des chênes, batailleurs et braillards.       <br />
              <br />
       Toute cette démesure virile est exposée crûment dès l'ouverture de la pièce et le ton de l'histoire est immédiatement donné. Il s'agit de politique, de pouvoir et de tous les corollaires qu'on imagine aller de pair, les calomnies, les corruptions, les abus, les alliances et les traîtrises. Dans cette première scène s'affrontent deux nobles, Henri de Bolingbroke et le duc de Norfolk. Ils sont tous deux massifs, virulents, harangueur et chacun accuse l'autre de trahison. Mais dans cette joute, ce sont surtout les insultes et les provocations qui servent d'arguments.       <br />
              <br />
       Comme deux coqs, ou plutôt deux taureaux furieux l'un contre l'autre, ils se défient, en appellent au duel. C'est un ring. Chaque personnage est confiné dans l'espace d'un rond de lumière, isolé, les poings ne pouvant parler, les mots fusent comme des balles.       <br />
              <br />
       Ce sont des chevaliers, des hommes du Moyen Âge avec l'honneur en œillère et l'épée en guise de langage. Dans l'ombre de cette joute verbale, une autre ombre circule. C'est Richard II, c'est à lui que ce litige est exposé. Dans l'ombre, il semble tirer les ficelles de la scène. Semble hésiter sur le verdict à rendre. Semble ne pas vouloir trancher. Décide finalement de laisser la force, le destin ou dieu sait quoi décider du sort de l'un d'eux dans un duel à l'épée.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77335486-56200858.jpg?v=1702542504" alt=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" title=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" />
     </div>
     <div>
      Un duel qu'il interrompra avant que le sang ne coule pour finalement condamner les deux zélés dénonciateurs à l'exil, comme s'il voulait débarrasser le royaume de ces sauvageries moyenâgeuses en se débarrassant d'eux. C'est ainsi que tout au long de la pièce, &quot;Richard II&quot;, dans la mise en scène de Christophe Rauck, apparaîtra comme d'une autre sphère que le monde qui l'entoure. Tout de blanc vêtu, de la pointe des cheveux jusqu'au bout de ses bottines, il est presque angélique, à la fois lumineux et fragile, parmi une cour aux habits stricts, sombres ou parés de mailles de fer comme pièces rapportées d'un monde en guerre.       <br />
              <br />
       On comprend que ce personnage ne va pas gagner sa place dans le monde par la violence, la force. Il est une liane, capable d'étrangler sans doute, de fouetter, mais il n'est pas un colosse de pierre attendant la tempête du destin. On le voit ainsi manœuvrer pour établir son règne, mais aussi faire l'erreur de croire que tout lui est permis. Lorsqu'il décide de s'emparer de manière inique des possessions du père d'un des deux exilés, Bolinbroke, pour renflouer son trésor et financer une guerre contre l'Irlande, il déclenche la grande machinerie du destin qui lui fera perdre son règne et la vie.       <br />
              <br />
       La lecture de Christophe Rauck décrypte tout le côté politique de la pièce. &quot;Richard II&quot; est l'incarnation d'un passage du règne de la force et des vieilles valeurs à celui du pragmatisme. On peut se laisser aller à le voir comme un ancêtre du libéralisme sans foi ni loi, capable de spolier, de siphonner les richesses sans penser aux conséquences. Mais Micha Lescot qui l'incarne lui apporte également un côté Dandy à la Brumel avant l'heure ou à la Oscar Wild. Son costume étincelant de rock star lui donne cet éclat, mais aussi une interprétation presque dansante de son personnage quand ceux qui l'entourent sont des piliers aux allures immuables. Si bien qu'il paraît en fuite en avant constante.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77335486-56200886.jpg?v=1702542537" alt=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" title=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" />
     </div>
     <div>
      Parmi ceux qui l'entourent, il y a Thierry Bosc qui réalise ici une double magnifique interprétation. Il distille à merveille le texte dense de la traduction de Jean-Michel Déprat duquel il extrait sens et rythme et pointes d'humour et de dérision lorsque la langue de Shakespeare s'emballe comme une machine en roue libre. Il y a également Éric Challier dont la présence scénique et la puissance vocale forment un contraste vertigineux avec les volutes de son adversaire Richard II. Cécile Garcia Fogel qui incarne la reine est, elle, d'une autre irréalité, telle une grande bourgeoise plus qu'une reine ivre de pouvoir, elle traverse la pièce comme une grâce supérieure à toutes ces forces viriles qui la cernent. Toute la distribution est aussi grande, précise et investie dans le but de faire parvenir autant de poésie que de réflexion qui parsèment la pièce.       <br />
              <br />
       La mise en scène de Christophe Rauck évoque la modernité par les &quot;costumes cravates&quot; qu'arborent les hommes et une jolie jonglerie de scènes rapides qui passent sans perdre une seconde d'un lieu à l'autre. Elle s'appuie également sur la qualité de ses comédiens, mais aussi sur une scénographie signée Alain Lagarde et des lumières d'Olivier Oudiou très précises, elles aussi. L'image joue avec des tulles, des projections qui démultiplient la scène et transportent de lieux en lieux, des vidéos repris sur le jeu direct qui agissent comme des zooms puissants sur les quelques scènes de comédies où les comédiens se donnent à fond.       <br />
              <br />
       À ces grands effets, ainsi qu'à une bande son fluctuante qui n'empiète jamais sur le jeu, s'ajoutent les mouvements de deux grands gradins qui transforment l'espace. Par contraste, les lumières serrées sur des inserts de scènes précis permettent à l'obscurité de vivre, de ramper parfois en nappes et de s'emparer par moments de presque tout le plateau, comme une vague imprécise, mais têtue menace.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Richard II"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77335486-56200892.jpg?v=1702542569" alt=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" title=""Richard II" Un Richard II qui dissèque à cœur les guerres de pouvoir" />
     </div>
     <div>
      Texte : William Shakespeare.       <br />
       Traduction : Jean-Michel Déprats (aux Éditions Gallimard, collection Folio Théâtre).       <br />
       Mise en scène : Christophe Rauck.       <br />
       Avec : Louis Albertosi, Thierry Bosc, Éric Challier, Murielle Colvez, Cécile Garcia Fogel, Pierre-Thomas Jourdan, Guillaume Lévêque, Micha Lescot, Emmanuel Noblet, Pierre-Henri Puente, Adrien Rouyard.       <br />
       Dramaturgie : Lucas Samain.       <br />
       Musique : Sylvain Jacques.       <br />
       Scénographie : Alain Lagarde.       <br />
       Maître d'armes : Florence Leguy.       <br />
       Lumière : Olivier Oudiou.       <br />
       Vidéo : Étienne Guiol.       <br />
       Costumes : Coralie Sanvoisin.       <br />
       Masques : Atelier 69.       <br />
       Maquillages et coiffures : Cécile Kretschmar.       <br />
       Production Théâtre Nanterre-Amandiers.       <br />
       Durée : 3 h 15 (entracte 20 minutes compris).       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 2 au 22 décembre 2023.</span>       <br />
       Mardi au vendredi à 19 h 30, samedi à 18 h, dimanche à 15 h.       <br />
       Théâtre Nanterre-Amandiers, Nanterre (92), 01 46 14 70 00.       <br />
       <a class="link" href="https://nanterre-amandiers.com/" target="_blank">&gt;&gt; nanterre-amandiers.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Richard-II-Un-Richard-II-qui-disseque-a-coeur-les-guerres-de-pouvoir_a3779.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !</title>
   <updated>2022-05-24T08:25:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Gloucester-Time-Materiau-Shakespeare-Richard-III-Humain-trop-humain-_a3252.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/64830642-46391662.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-05-24T07:06:00+02:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Vingt-sept ans après les premières représentations au festival d'Avignon, Marcial Di Fonzo Bo et Frédérique Loliée, deux comédiens ayant joué dans celles-ci, reprennent la mise en scène surprenante qu'avait faite en 1995 Matthias Langhoff qui avait réécrit scéniquement "Richard III". Dans un décor très original, la tragédie historique du génie anglais est vue sous le regard très libre du metteur en scène allemand.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/64830642-46391662.jpg?v=1653330460" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" />
     </div>
     <div>
      C'est d'abord une scénographie, superbe avec ses deux roues à moulin qui montent et descendent au sens propre les planches sur lesquelles est jouée la pièce. Richard III joue au diable caché pour accéder au pouvoir sans nervosité, avec une délicatesse, une nonchalance respirant parfois d'humour. Shakespeare (1564-1616) est respecté dans le texte avec ses envolées lyriques. Dans l'esprit, la tragédie tient lieu parfois d'une comédie faite avec beaucoup d'audace.       <br />
              <br />
       En 1995, Matthias Langhoff avait monté cette pièce et choisi dans la distribution Marcial Di Fonzo Bo (Richard III) et Frédérique Loliée (Margaret, veuve d'Henry VI). Nous les retrouvons, vingt-sept ans après, très bons dans ces mêmes rôles respectifs. Richard III (1452-1485) est le dernier roi d'Angleterre de la famille d'York de 1483 à sa mort. Un règne de deux courtes années qui sont restées dans la mémoire collective grâce à Shakespeare. Il incarne un condensé machiavélique de froid calculateur violent et cynique ayant pour seule vertu le vide et ne se raccrochant à aucune considération humaine. Tout s'enchaîne autour de meurtres, de déclarations solennelles et d'exécutions sous son joug afin de conquérir le pouvoir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/64830642-46391663.jpg?v=1653330501" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" />
     </div>
     <div>
      On y retrouve tout le suc de ce qui fait le sel des tragédies shakespeariennes. La fable est revisitée avec un regard décalé, laissant à distance la cruauté tragique et politique de celle-ci pour en présenter des atours élégamment humoristiques. Ce sont des matériaux de la pièce de Shakespeare qui sont réagencés, au travers d'une nouvelle réécriture de Matthias Langhoff. Il s'agissait pour lui de ne pas monter un texte figé par le temps, mais de le faire vivre au moment de sa représentation.       <br />
              <br />
       D'où cette impression parfois de se retrouver dans une configuration qui se construit au fil de l'eau et où les ressorts en sont montrés sans fard. L'envers et l'avers du spectacle y sont mis à nu. On y découvre un petit escalier étroit côté cour et un endroit niché au fond côté jardin où est exécuté George de Clarence. Au final, le champ de bataille où meurt le roi est agencé dans une nudité aride. Ce qui prime à chaque fois sont les protagonistes, ici principal quand celui-ci meurt dans une réplique laissée à la postérité : <span style="font-style:italic">&quot;A horse ! A horse ! My kingdom for a horse&quot;(1)</span>. Elle est dite sans emphase, dans le souffle d'un homme déjà mourant et sans espoir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/64830642-46391669.jpg?v=1653330574" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" />
     </div>
     <div>
      Il y a aussi du théâtre dans le théâtre avec une admiratrice, à l'accent hispanique, demandant un autographe à l'un des personnages. Ce qui donne lieu à un décalage de temps, de lieu et de situation. Ce protagoniste, dans sa représentativité, est extirpé un instant du spectacle par cette admiratrice entrant en contact avec lui pour ce qu'il est ou ce qu'il représente. Nul ne le sait et c'est au spectateur d'en faire sa propre version.         <br />
              <br />
       Le décor est superbe et ressemble, dans sa disposition, à celui d'une grange. Tout est en bois, les coulisses sont visibles derrière, côté cour. Pour certains changements, de simples rideaux blancs ou chamarrés, de petite taille, sont tirés. Un protagoniste est installé au milieu des spectateurs avant d'être cherché par Richard III. Une autre fois, celui-ci va vers le public, en touchant quelques personnes. La reine en descend, installant la tragédie dans un périmètre beaucoup plus humain, concret et tactile. Le roi devient un acteur se désincarnant, à dessein, de son rôle pour se montrer avec un visage plus humain. Il fait du public, un témoin et un confident de ses actions. Sans doute par machiavélisme.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/64830642-46391688.jpg?v=1653330634" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" />
     </div>
     <div>
      Ce regard subjectif de Matthias Langhoff est une prise de position dans la perception des personnages et de la fable. L'exécution de George de Clarence participe à une action quasi secondaire qui est effectuée dans un coin de scène. La mort de Richard III, presque banale et sans éclat aucun, n'est vu qu'au travers d'une suite logique historique qu'il a créée et qui l'a conduit à sa perte. Sur ces deux temps forts de la pièce, il en est fait une succession rigoureuse d'actions, à l'instar d'une dialectique de l'Histoire qui déroule son mécanisme en emportant tout sur son passage.       <br />
              <br />
       L'attention portée sur la psychologie et les attitudes de Richard III et Margaret donne une focale très personnelle des événements avec une Histoire faite avant tout par des héros, ici négatifs. Nous sommes loin de la dialectique marxiste avec le peuple au centre de l'action ou encore la distanciation brechtienne avec une absence de héros et un lien très fort unissant les personnages à leur environnement. Ici, les événements ne sont incarnés que par ceux-là, en premier lieu Richard III. C'est au travers de ses ambitions mais surtout de ses émotions feintes qu'il écrit en lettres de sang, sang à aucun moment visible, la tragédie qui le mène à sa perte. L'Histoire faite homme jusqu'à son dernier souffle !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">(1) En français : &quot;Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval&quot;.</span>       <br />
              <br />
       <b>Le spectacle a été joué à la Grande Halle de la Villette, Espace Charlie Parker, du 12 au 15 mai 2022.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/64830642-46391715.jpg?v=1653330837" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"… Humain trop humain !" />
     </div>
     <div>
      Texte : William Shakespeare.       <br />
       Reprise de la mise en scène de Matthias Langhoff (1995) par Frédérique Loliée et Marcial Di Fonzo Bo.       <br />
       Nouvelle traduction : Olivier Cadiot.       <br />
       Conseillère à la traduction : Sophie Mckeown.       <br />
       Assistante à la mise en scène : Marianne Ségol-Samoy       <br />
       Avec : Manuela Beltrán Marulanda, Nabil Berrehil, Michele De Paola, Marcial Di Fonzo Bo, Isabel Aimé González Sola, Victor Lafrej, Kévin Lelannier, Frédérique Loliée, Margot Madec, Anouar Sahraoui, Raha Sepehr<span style="font-style:italic">(2)</span>, Arnaud Vrech.        <br />
       Et Claudio Codemo, Maud Dufour, Grégory Guilbert, Laura Lemaître, David Marain, Thomas Nicolle.       <br />
       Collaboratrice artistique : Marianne Ségol-Samoy.       <br />
       Décor et costumes : Catherine Rankl.       <br />
       Assistante aux costumes : Charlotte Le Gall.       <br />
       Lumière : Laurent Bénard.       <br />
       Perruques, masques et maquillages : Cécile Kretschmar.       <br />
       Décor construit par les ateliers de la Comédie de Caen sous la direction de Carine Fayola.       <br />
       À partir de 15 ans.       <br />
       Durée estimée : 2 h 45.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">(2) Raha Sepehr fait partie des artistes afghans qui ont été accueilli en Normandie grâce au réseau de solidarité initié par l'association des centres dramatiques de France suite aux événements de l'été 2021.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Gloucester-Time-Materiau-Shakespeare-Richard-III-Humain-trop-humain-_a3252.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"</title>
   <updated>2022-05-02T16:57:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Gloucester-Time-Materiau-Shakespeare-Richard-III-Crimes-et-machinations-une-histoire-de-rois-interpretee-royalement_a3176.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/62332555-45208681.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-02-14T09:36:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
D'abord le souffle puissant d'un dramaturge d'exception, William Shakespeare, pour s'emparer au XVIe siècle des combats fratricides opposant trente ans durant la famille des York à celle des Lancaster, avant que l'un d'eux, Richard duc de Gloucester, ne les surpasse en perfidie machiavélique… Puis un metteur en scène, Matthias Langhoff, pour, à la fin du XXe siècle, monter ce drame atemporel… Enfin, deux acteurs embarqués dans la première aventure, Frédérique Loliée et Marcial Di Fonzo Bo, pour remonter sur les planches en reprenant vingt-cinq années plus tard la mise en scène de leur mentor… Voilà de quoi est fait ce bouillonnant "Matériau Shakespeare".     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62332555-45208681.jpg?v=1644829194" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" />
     </div>
     <div>
      D'emblée, on est immergé dans un décor fabuleux devenu, en 2022, une curiosité à lui seul. En effet, l'époque privilégiant les plateaux quasi-nus pour des raisons autant esthétiques que financières, on n'est pas peu surpris de découvrir une gigantesque machinerie de treuils et autres parquets inclinés commandés à vue par des techniciens faisant dérober sous les pieds des protagonistes le sol qui, au propre comme au figuré, à chaque instant risque de les engloutir. Jusqu'à la Tour de Londres que l'on devine en haut du monumental escalier, au-dessus du pont-levis. Une machinerie exceptionnelle propre à rendre compte des machinations qui vont déferler trois heures durant devant nos yeux fascinés…       <br />
              <br />
       Comme à l'époque du théâtre élisabéthain où celui-ci était lieu de rencontres festives, tout commence par un défilé d'invités qui, verre à la main, portable vissé à l'oreille, cameramen filmant la scène, rejoignent sourires de circonstance accrochés aux lèvres &quot;le décor&quot;… À l'exception cependant de la veuve d'Henri VI, bannie du royaume, qui sera, elle, évacuée manu militari par les agents de sécurité du théâtre, elle et son cabas plastique griffé &quot;Bordeaux&quot; où elle a entassé vaille que vaille quelques objets personnels… Ainsi est créé un continuum temporel, dévoilant au-delà des cinq siècles qui les séparent les coulisses des jeux de massacre pour la conquête du pouvoir… À quelques nuances près certes, quoique, en 2022…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62332555-45208734.jpg?v=1644829222" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" />
     </div>
     <div>
      L'entrée en jeu du jeune Richard, futur III du nom, ôte tout doute sur la mécanique interne qui bande ses ressorts. D'une lucidité avérée tant sur lui-même (il se sait manquer de &quot;majesté&quot;, lui avec qui la nature n'a pas vraiment été généreuse), que sur ses congénères dont les familles respectives sont connues pour être des serials killers (cf. les meurtres en chaîne de la Guerre des Deux Roses où les York et les Lancaster se tuent comme qui rigole), il n'aura de cesse de trucider tous ceux et celles susceptibles de se mettre au travers du chemin le menant au trône.       <br />
              <br />
       Mais, meurtrier aux mains sales, là n'est pas son plus grand talent… Ce qui fait de lui un être exceptionnel de noirceur poussée à son incandescence, il faut le chercher du côté de sa capacité machiavélique à renverser les situations avec lesquelles il joue avec l'habileté d'un joueur d'échecs chevronné. Dans ce rôle, Marcial Di Fonzo Bo excelle, très à l'aise dans sa capacité à revêtir avec un naturel flippant le costume de ce &quot;génial&quot; orateur prédateur.       <br />
              <br />
       Que l'on en juge sur pièces… Richard, une fois s'être débarrassé &quot;proprement&quot; de ses deux frères (George de Clarence étant le premier dans l'ordre de la succession de leur autre frère, Édouard IV mourant, sera enfermé dans la Tour de Londres suite à une calomnie orchestrée, avant d'être poignardé sur ses ordres), réservera le même sort aux &quot;deux bâtards de la Tour&quot;, ses deux neveux (les deux princes héritiers, fils d'Édouard IV), étouffés par ses hommes de main après avoir été déclarés illégitimes. Mais, mon bon Monsieur, on ne prend jamais assez de précautions, morts ils seront encore moins susceptibles de briguer la place qu'il lorgne.       <br />
              <br />
       Non content d'assumer, sans vergogne aucune, son rôle de &quot;nettoyeur&quot;, Richard se (com)plaît à rouler magistralement dans la farine ses victimes avec un art de la parole à faire pâlir de jalousie les plus grands philosophes scolastiques. Ainsi, pour devenir roi, il convaincra de l'épouser, Lady Anne, pourtant en rage contre lui… Il faut dire qu'il vient tout juste d'envoyer à trépas son mari (le Prince de Galles, Édouard - et oui chez ces gens-là on porte le même prénom de père en fils en y ajoutant seulement un chiffre, cela certes peut rendre plus claires les successions, mais ne facilite aucunement notre compréhension… - fils d'Henri VI) et son beau-père (le roi Henri VI).       <br />
              <br />
       Avec un cynisme peu commun, en toute tranquillité, l'acteur endossant le rôle avec un naturel sans failles, se tourne vers le public pris comme confident : <span style="font-style:italic">&quot;Moi qui ai tué le Prince charmant Édouard, moi qui ne vaut pas la moitié de lui, moi qui ai tué de plus le beau-père, qui trouverais-je à mes côtés pour soutenir mon dessein d'épouser la veuve… à part le diable&quot;</span>. Il épousera donc Lady Anne avec son consentement - les voies du Seigneur Maître étant impénétrables - avant de, le vent de l'Histoire tournant, l'envoyer à trépas, elle aussi.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62332555-45208745.jpg?v=1644829259" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" />
     </div>
     <div>
      Mais son art de duper ses victimes atteint son point d'orgue, lorsqu'il échafaude le plan ô combien douteux de convaincre sa belle-sœur Élisabeth, dont, faut-il le rappeler, il a occis deux de ses jeunes enfants sur l'autel de son irrésistible marche vers le trône, ce qui mérite, il est vrai, quelques &quot;sacrifices&quot;, de lui donner en mariage sa troisième enfant, sa fille nommée elle aussi Élisabeth (cf. remarque plus haut), sœur des deux princes héritiers assassinés par ses bons soins. Il se confie à nouveau à nous… <span style="font-style:italic">&quot;Tu lui dis, ce qui est vrai : tu as éliminé ton frère, le duc de Clarence, en plus de ses deux fils à elle… Ce qui est fait est fait… Tu ajoutes : tu peux en réparation épouser sa fille pour honorer sa lignée. Ainsi tu enterres ses deux fils dans le ventre de sa fille…&quot;</span>. Et… ça marche ! À peine Élisabeth, après avoir validé sa demande, a-t-elle tourné les talons, qu'il s'exclame : <span style="font-style:italic">&quot;Adieu folle qui se laisse ainsi flouer&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Mais les Dieux veillent… et les prophéties de Marguerite -  la folle veuve au cabas - se réaliseront d'abord dans un cauchemar apparaissant par une sombre nuit à Richard, ensuite dans la réalité d'un champ de bataille mettant un terme à conforter ses ambitions &quot;royales&quot;. Et il aura beau proférer dans un dernier élan de bravoure <span style="font-style:italic">&quot;Un cheval ! Un cheval pour mon royaume&quot;</span> afin de croiser l'épée avec celui qui va lui ravir son mariage avec Élisabeth, les dés qui, comme chacun sait, n'abolissent jamais le hasard, sont définitivement jetés…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62332555-45209040.jpg?v=1644830625" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" />
     </div>
     <div>
      Et quand sur le plateau, débarrassé du cadavre de qui s'était rêvé roi pour longtemps, mais encore fumant des visions de la tête d'un noble traître exhibée à bout de bras, ou encore du corps démembré du duc de Clarence noyé dans un seau de vin, la troupe de jeunes comédiens pressés autour de leurs emblématiques aînés, vient saluer, on est aux anges… d'avoir assisté à une saga diablement meurtrière. Le crime exercé avec tant de talent devient pur réjouissement, surtout lorsqu'il est interprété si &quot;royalement&quot;. Pour peu, on se serait cru convié à une représentation du théâtre élisabéthain…       <br />
              <br />
       <b>Vu le samedi 5 février dans le cadre des représentations ayant eu lieu du 1er au 5 février 2022 au TnBA - Grande salle Vitez à Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62332555-45211235.jpg?v=1644838736" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" />
     </div>
     <div>
      Création 2021 - 2022.       <br />
       Texte : William Shakespeare.       <br />
       Reprise de la mise en scène de Matthias Langhoff (1995) par Frédérique Loliée et Marcial Di Fonzo Bo.       <br />
       Nouvelle traduction : Olivier Cadiot.       <br />
       Conseillère à la traduction : Sophie Mckeown.       <br />
       Avec : Manuela Beltrán Marulanda, Nabil Berrehil, Michele De Paola, Marcial Di Fonzo Bo, Isabel Aimé Gonzáles Sola, Victor Lafrej, Kévin Lelannier, Frédérique Loliée, Margot Madec, Anouar Sahraoui, Arnaud Vrech.       <br />
       Collaboratrice artistique : Marianne Ségol-Samoy.       <br />
       Décor et costumes : Catherine Rankl.       <br />
       Assistante aux costumes : Charlotte Le Gall.       <br />
       Lumière : Laurent Bénard.       <br />
       Perruques, masques : Cécile Kretschmar.       <br />
       Maquillages, Maurine Baldassarl, Cécile Kretschmar       <br />
       Décor construit par les ateliers de la Comédie de Caen sous la direction de Carine Fayola.       <br />
       Durée estimée : 2 h 45.
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     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/62332555-45211265.jpg?v=1644838812" alt=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" title=""Gloucester Time, Matériau Shakespeare, Richard III" Crimes et machinations, une histoire de rois… interprétée "royalement"" />
     </div>
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      <span class="fluo_jaune">Du 12 au 15 mai 2022.</span>       <br />
       Jeudi et vendredi à 20 h, samedi à 19 h et dimanche à 15 h.       <br />
       La Villette, Grande Halle, Espace Charlie Parker, Paris 19e, 01 40 03 75 75.       <br />
       <a class="link" href="https://lavillette.com/" target="_blank">&gt;&gt; https://lavillette.com/</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Gloucester-Time-Materiau-Shakespeare-Richard-III-Crimes-et-machinations-une-histoire-de-rois-interpretee-royalement_a3176.html" />
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