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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-12T06:26:04+02:00</updated>
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   <title>"Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie</title>
   <updated>2024-01-23T10:51:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Andromaque-Femme-fatale-Une-version-flamboyante-en-rouge-noir-et-blanc-de-la-mythique-tragedie_a3795.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2024-01-23T07:24:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Un plateau rouge sang – de la couleur de celui versé à flots lors de la prise de Troie par les Grecs, écho princeps des guerres contemporaines et de leurs effusions sanglantes – sur lequel les protagonistes tout de noir vêtus évolueront jusqu'à s'y perdre. Du quatuor mythique (Oreste, Hermione, Pyrrhus, Andromaque), marqué à jamais par le fatum cruel qui leur fait aimer celui ou celle qui ne veut pas d'eux, la rescapée du rôle-titre de Racine se détachera en revêtant la longue robe blanche des épousées… Une symphonie de couleurs éblouissantes, mise en scène superbement par Stéphane Braunschweig, afin de mieux nous dessiller les yeux sur les jeux éternels de l'amour fou et du trépas insensé.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77949402-56612183.jpg?v=1705953349" alt=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" title=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" />
     </div>
     <div>
      Que sont les héros des tragédies antiques, issus d'un noble sang princier, si ce n'est les représentants de nos vies minuscules magnifiées par le haut rang qu'est le leur ? Si leur écho n'a rien perdu de leur puissance en traversant l'épaisse nuit qui nous sépare d'eux, c'est qu'ils cristallisent les ressorts de notre être au monde. <span style="font-style:italic">&quot;Brûler d'une possible fièvre, Aimer jusqu'à la déchirure, Aimer, même trop, même mal. Tenter d'atteindre l'inaccessible étoile&quot;</span>, le héros de &quot;la quête&quot;  de Jacques Brel se faisait aussi en son temps le porte-parole exalté des jeux cruels du désir amoureux…       <br />
              <br />
       À peine passée la scène d'exposition confiée à Oreste retrouvant son ami Pylade, advient le premier choc ressenti à l'apparition de Pyrrhus, le roi d'Épire. Géant sanguinaire, treillis militaire et rangers de combat aux pieds, son allure dégingandée et ses regards inquiétants ajoutant à la frayeur qu'il inspire lorsqu'il hurle son refus aux oreilles d'Oreste, venu au nom des Grecs lui réclamer Astyanax, le fils d'Hector.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77949402-56612189.jpg?v=1705953395" alt=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" title=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" />
     </div>
     <div>
      D'emblée, le jeu de billards à trois bandes est institué… Oreste, amoureux fou de la princesse Hermione promise par ses illustres parents (Hélène et Ménélas) à Pyrrhus, a tout à perdre à ce que le fils d'Achille obéisse à sa requête en sacrifiant le jeune enfant d'Andromaque, sa captive troyenne dont il est fou amoureux… ce qui, sur le champ, sonnerait le glas des espoirs du roi d'Épire d'épouser la veuve d'Hector… et rouvrirait, à l'opposé, pour le fils d'Agamemnon le champ des possibles. Ainsi, exigeant en paroles ce qui condamnerait son hymen pour Hermione, Oreste accomplit-il sa mission d'ambassadeur des Grecs avec le secret désir… d'échouer, afin de pouvoir reconquérir celle qu'il aime d'une passion dévorante.       <br />
              <br />
       Trois amoureux fous de désir qui, dans des joutes où la passion annihilera toute raison, vont rejouer corps et âme leur existence sur un tapis rouge… où seule celle – Andromaque – qui a pour amour un mort, le défunt Hector, survivra (très beau tableau final). Quand les personnages entrent en scène, nous savons pourtant avec eux le sort qui les attend de toute éternité. Et cependant, magie de la représentation théâtrale incarnée, nous les &quot;découvrons&quot; en prise avec leur démon chevillé au corps…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77949402-56612211.jpg?v=1705953563" alt=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" title=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" />
     </div>
     <div>
      Pyrrhus à l'adresse d'Andromaque : <span style="font-style:italic">&quot;Songez-y bien : il faut désormais que mon cœur/S'il n'aime avec transport, haïsse avec fureur&quot;</span> ; Hermione à propos de Pyrrhus : <span style="font-style:italic">&quot;Lui qui me fut si cher, et qui m'a pu trahir/Ah ! je l'ai trop aimé pour ne le point haïr&quot;</span> ; Oreste à propos d'Hermione : <span style="font-style:italic">&quot;Je me livre en aveugle au destin qui m'entraine/La fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux&quot;…</span>        <br />
              <br />
       Ballottés entre les deux versants opposés (et complémentaires) du même sentiment, les trois héros vont allègrement creuser leur perte, car, quand bien même devraient-ils en mourir, le désir fou de l'autre, qui comblerait en eux un manque consubstantiel à leur existence, est vécu dans leur imaginaire comme un &quot;viatique&quot;, un leurre partagé de tout temps. Dans la vie ordinaire, cela donnerait lieu aux titres racoleurs de journaux à sensations, mais lorsqu'on appartient à des lignées royales drapées dans les plis d'une noblesse de sang, les alexandrins magnifiques de Racine en exaltent le parfum sulfureux.       <br />
              <br />
       Et les confidents (Pylade pour Oreste, Cléone pour Hermione, Phœnix pour Pyrrhus et Céphise pour Andromaque) auront beau tenter de faire entendre à chacun et chacune la voix de la réalité qui insiste, rien n'y fera, chacun se précipitant sciemment vers son destin tragique comme si Thanatos faisait d'Eros son allié pour divinement triompher.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77949402-56612249.jpg?v=1705953617" alt=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" title=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" />
     </div>
     <div>
      Ainsi, dans un tableau vivant évoquant ceux du Caravage, le tyran sanguinaire Pyrrhus, couvert du sang dans lequel il se vautre, se tordra de douleur aux pieds d'Andromaque, inflexible dans sa dignité de veuve fidèle à son amour défunt. Le rouge sang du sol striant son corps de brute épaisse, torturée par les affres d'une passion destructrice, se mêle au clair-obscur du plateau, pour créer une peinture au naturalisme appuyé, nous éclaboussant de sa force expressive.       <br />
              <br />
       De même, au dernier acte, lorsque tombe des cintres un cadre miroir dans lequel se reflètent comme des figures fantomatiques les héros en pleine perdition, le jeu des passions incandescentes se fera encore plus cruel avec, pour point d'orgue, la folie d'Oreste… Après avoir outrepassé ses valeurs en assassinant un roi qu'il vénère pour offrir à Hermione le récit triomphal de l'exécution de son rival, l'amoureux éconduit se voit rendu coupable de sa mort.        <br />
              <br />
       Fuyant dans la folie une réalité &quot;déraisonnable&quot;, il se débattra contre les Erynnies venues le torturer, et s'écriera, halluciné : &quot;Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?&quot;. En délivrant ici l'un des plus bels alexandrins du siècle classique, le visage de l'acteur distordu par l'effroi renvoie à un autre tableau expressionniste ô combien mythique, celui du &quot;Cri&quot; d'Edvard Munch. Seuls les bras de son ami Pylade pourront contenir la folie à l'œuvre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77949402-56612253.jpg?v=1706004735" alt=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" title=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" />
     </div>
     <div>
      Et lorsque l'apothéose finale présentera comme seule survivante Andromaque en majesté, magnifique en femme fatale au regard dévasté serrant dans ses bras le jeune Astyanax, hiératique dans sa robe immaculée tranchant sur l'immense tache rouge du plateau dépouillé des autres vies, on pourrait penser un instant que l'amour porté à un défunt garantit seul des vicissitudes funestes des passions vivantes. Musset nous en détrompe : <span style="font-style:italic">&quot;J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui&quot;.</span>       <br />
              <br />
       La mise en jeu d'une sobriété &quot;spectaculaire&quot;, la scénographie renvoyant à des tableaux de maître et l'interprétation délivrant les alexandrins avec un naturel saisissant, concourent à donner à l'&quot;Andromaque&quot; de Stéphane Braunschweig une puissance bouleversante. Comme si elle renaissait de ses cendres devant nos yeux dessillés.        <br />
              <br />
       <b>Vu le mercredi 17 janvier, Grande salle Vitez du TnBA de Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Andromaque"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77949402-56612254.jpg?v=1705953673" alt=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" title=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" />
     </div>
     <div>
      Création novembre - décembre 2023 à l'Odéon-Théâtre de l'Europe, Paris 6e.       <br />
       Texte : Jean Racine.       <br />
       Mise en scène : Stéphane Braunschweig.       <br />
       Assistant à la mise en scène : Aurélien Degrez.       <br />
       Avec : Jean-Baptiste Anoumon, Bénédicte Cerutti, Boutaïna El Fekkak, Alexandre Pallu, Pierric Plathier, Chloé Réjon, Jean-Philippe Vidal, Clémentine Vignais.       <br />
       Collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou.       <br />
       Scénographie : Stéphane Braunschweig.       <br />
       Collaboration à la scénographie : Alexandre de Dardel.       <br />
       Costumes : Thibault Vancraenenbroeck.       <br />
       Lumière : Marion Hewlett.       <br />
       Son : Xavier Jacquot.       <br />
       Coiffures et maquillage : Émilie Vuez.       <br />
       Réalisation du décor : Atelier de construction de l'Odéon-Théâtre de l'Europe.       <br />
       Durée : 2 h.       <br />
              <br />
       <b>Représenté du 16 au 19 janvier 2024 au TnBA Bordeaux Aquitaine, Bordeaux.</b>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       Les 1er et 2 février 2024 : Théâtre de Lorient - CDN, Lorient (56).       <br />
       Du 8 au 14 février 2024 : Comédie de Genève, Genève (Suisse).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77949402-56612388.jpg?v=1705954347" alt=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" title=""Andromaque" Femme fatale… Une version flamboyante, en rouge, noir et blanc, de la mythique tragédie" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée</title>
   <updated>2023-12-20T16:24:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Electre-des-bas-fonds--une-tragi-comedie-ballet-elec-trisee_a3782.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2023-12-20T07:53:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
"Il faut des formes nouvelles. Des formes nouvelles, voilà ce qu'il faut", ainsi parlait le jeune dramaturge au destin tragique imaginé par Anton Tchekhov. Avant lui, Molière, pour divertir le Roi-Soleil (son sponsor), avait inventé un nouveau genre, celui de la comédie-ballet mixant joyeusement danses, chansons, musiques et textes. Dans leur sillage, Simon Abkarian s'empare du genre très codifié de la tragédie pour mettre en scène une "Électre" revisitée de fond en… bas-fonds. Trouvant ses sources chez les tragiques grecs – Euripide, Sophocle et Eschyle –, l'auteur, metteur en scène et acteur, fait exploser superbement le tragique dans un nouveau texte enchâssé dans des concerts de musiques rock débridées et de ballets fougueux.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77427051-56282982.jpg?v=1703056709" alt=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" title=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" />
     </div>
     <div>
      D'emblée le ton est donné… Au rythme de la musique composée et interprétée en live par le Trio des Howlin'Jaws armés de leur contrebasse, guitare et batterie, un Monsieur Loyal grimé (c'est le printemps de la fête des morts) fait une entrée remarquée. En avant-scène, une femme aux lunettes noires d'aveugle – Kilissa, la nourrice des enfants d'Agamemnon – s'apprête à commenter le destin tragique d'Électre et d'Oreste. Dans un nuage de fumées envahissant le plateau, Monsieur Loyal (incarnation du destin) ouvre alors les portes de la grande armoire, libérant un chœur de danseuses sacrées au sein duquel se dissimule Oreste, prince déchu fait femme pour échapper aux assassins de son père…       <br />
              <br />
       Oreste déguisé en femme, Oreste qui, malgré les injonctions intransigeantes d'Apollon, se mure dans l'impuissance en refusant de venger un père qu'il n'a pas connu, apparaît dans toute l'étendue de sa fragilité humaine. Malgré les exhortations de Pylade, son ami, qui réitère qu'Egisthe, le régicide, doit mourir de ses mains, Oreste se berce d'illusions en imaginant qu'il pourrait réclamer au tyran meurtrier le trône qui, de droit, lui revient. Comme s'il voulait ignorer que &quot;Le droit ne donne jamais raison au faible / Même s'il est coupable le riche l'emporte toujours sur le pauvre / Quand parle l'argent, la vérité écoute&quot;… Réplique confiée à Pylade, héros d'une tragédie antique dont les échos tonitruent jusqu'à nous pour parler du monde, ici et maintenant.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77427051-56282988.jpg?v=1703056766" alt=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" title=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" />
     </div>
     <div>
      Quant à Électre, princesse déchue, ayant pour trône ses fesses et fumant sa clope dans ce bordel d'Argos où la retient prisonnière Egisthe, elle ressasse son désir inflexible de châtier les coupables. Mariée à Sparos, le tenancier du lupanar qui veille sur elle &quot;sans la toucher&quot;, elle n'a en tête que représailles. En écho, Agamemnon en ce jour de la fête des morts apparaît à Sparos qui, halluciné, l'entend réclamer lui aussi justice de la main d'Oreste. Ainsi le drame est-il installé dans le bruit et la fureur d'un plateau polyphonique qui crie de toutes parts vengeance. Désormais, les personnages vont pouvoir jouer le rôle qui leur est assigné par le fatum implacable… mais dans une réécriture textuelle et scénique fondamentalement &quot;nouvelle&quot; (rejoignant ainsi le vœu formulé par Treplev dans &quot;La Mouette&quot;).       <br />
              <br />
       Dans un langage cru, défiant insolemment la tradition du genre, Électre profère sa haine entière de Clytemnestre, cette mère qui se laisse culbuter dans le lit où son frère Oreste et elle sont nés. Plus fort encore, le tableau où l'on découvre Egisthe badinant à propos de la mort d'Agamemnon, mort stupidement dans son bain dès son retour glorieux de la guerre de Troie. Et joignant le geste à la parole, le régicide, dans le dessein de distraire Clytemnestre, rejoue effrontément la scène du coup de poignard fatal. Défiant alors le fantôme d'Agamemnon, comme pour le tuer une seconde fois, il lui lance à la figure : &quot;Pendant que tu guerroyais crânement, moi je dansais sur le ventre de ta femme…&quot;. Puis c'est au tour de Clytemnestre de prendre le relais de la perversion en racontant à sa fille rebelle son meurtre. Et lorsqu'il vient à Électre de cracher sa colère à la face de sa mère criminelle, le monstrueux Egisthe lui lance cyniquement : <span style="font-style:italic">&quot;A-t-on déjà vu une chèvre terrasser une lionne ?&quot;</span>.       <br />
              <br />
       Alors que l'une, Électre, se perd dans une révolte funeste, l'autre sœur, Chrysothémis, s'abîme dans la douleur. Électre apparaît alors comme le prototype des héroïnes contemporaines n'acceptant aucun compromis avec l'ignominie, voulant que tout brûle quand bien même devrait-elle en mourir. Pour ce qui est de Chrysothémis, personnage plus complexe, Eghiste – incarnation du prédateur mâle triomphant – abusera scandaleusement de son corps qu'il souille en proférant ces paroles abjectes : &quot;Je vais te faire pousser des cris, tu vas comprendre pourquoi ta mère m'a suivi.&quot;. De victime, elle sera celle par qui la &quot;vérité&quot; de Clytemnestre pourra par la suite se dire.       <br />
              <br />
       Le chœur des prostituées – ces prisonnières troyennes ramenées dans la cité des vainqueurs, comme le sont de toute éternité les femmes violées des peuples vaincus – entonnent alors un chant tonique mêlant, au récit de leur cité en flammes, des couplets à la gloire de l'émancipation des femmes. Un discours sans concession, porté par des musiques électrisantes, et dans les plis duquel le coup de foudre d'Hélène pour le séduisant Pâris trouve toute sa légitimité. En effet, stigmatisées, les prétentions au droit patriarcal exercé sur la belle Hélène par Ménélas, frère d'Agamemnon, volent en éclats. Et si, de ces paroles de Troyennes antiques, ressort la tragédie vécue de tout temps par les femmes, premières victimes des conflits armés &quot;autorisant&quot; le déchainement des pulsions, c'est pour crier à la face des mondes à venir l'urgence à mettre fin aux appétits guerriers dévastateurs… Toute ressemblance avec des événements existants – comme la volonté d'anéantir les Gazaouis sous prétexte, là encore, d'une vengeance dite légitime – pourrait ne pas être fortuite.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77427051-56282989.jpg?v=1703056741" alt=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" title=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" />
     </div>
     <div>
      Cette pause dans la dramaturgie, porteuse d'une réflexion atemporelle sur le prétendu droit des hommes à disposer selon leur envie du corps des femmes, prend la forme d'un ballet chorégraphié dont la beauté plastique surligne, au lieu de la gommer, la force du propos. Quant à l'humour – cette autre force insubmersible – il est aussi présent sous forme de saillies verbales accompagnant des inventions scénographiques traversées par une fantaisie libératrice. Ainsi de la scène où Électre tente de se noyer, la tête dans un seau d'eau.       <br />
              <br />
       Viendra le temps de la ruse. Là où la force n'est plus de mise tant le combat est disproportionné, l'intelligence sera sollicitée pour venir à bout du couple maudit sous la forme du travestissement des corps et des intentions (procédé typique de la comédie). Quand adviendra le temps des révélations, les confidences &quot;tragiques&quot; de Chrysothémis (contant son sacrifice pour sauver sa sœur) et de Clytemnestre, renverseront les points de vue hérités de la tradition… De marricide qu'elle était, par la grâce de Simon Abkarian, Clytemnestre deviendra une égérie féministe dévoilant la vraie nature d'Agamemnon, ce père pleuré par Électre et Oreste et bénéficiant jusqu'à nous du statut de victime.       <br />
              <br />
       Qu'en était-il du vrai visage de ce superbe héros ? En immolant la douce Iphigénie, fallait-il que le roi l'emporte sur le père ? Rongé par l'ambition, ne comptant que sur la gloire, n'était-il pas un lâche détournant le regard lors du sacrifice qu'il avait lui-même ordonné ? Les filles sont-elles par leur sexe destinées à être des offrandes ? Qu'en est-il de la douleur des mères ?... Autant de questions qui résonneront longtemps en nous. Quant à la chute, elle rejoindra celle annoncée de toute éternité. Mais là encore, c'est une chorégraphie galvanisante qui envahira le plateau pour faire de cette tragi-comédie ballet une stupéfiante &quot;fête des sens&quot;.       <br />
              <br />
       <b>Vu le mardi 5 décembre dans la grande salle Vitez du TnBA de Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Électre des bas-fonds"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/77427051-56282995.jpg?v=1703056803" alt=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" title=""Électre des bas-fonds", une tragi-comédie ballet élec… trisée" />
     </div>
     <div>
      Pièce pour 14 comédiennes-danseuses et 5 comédiens-danseurs       <br />
       Écriture et mise en scène : Simon Abkarian.       <br />
       Assistant à la mise en scène : Arman Saribekyan.       <br />
       Avec : Maral Abkarian, Simon Abkarian, Anaïs Ancel, Manon Pélissier, Chouchane Agoudjian, Maud Brethenoux, Laurent Clauwaert, Victor Fradet, Aurore Frémont, Christina Galstian Agoudjian, Rafaela Jirkovsky, Nathalie Le Boucher, Olivier Mansard, Eliot Maurel, Nedjma Merahi, Annie Rumani, Catherine Schaub Abkarian, Suzana Thomaz, Frédérique Voruz.       <br />
       Musique composée et interprétée par le Trio des Howlin' Jaws : Djivan Abkarian (contrebasse, chant), Lucas Humbert (guitare, choeurs), Baptiste Léon (batterie, chœurs).       <br />
       Dramaturgie et collaboration artistique : Pierre Ziadé.       <br />
       Création lumière : Jean-Michel Bauer et Geoffroy Adragna.       <br />
       Création collective des costumes sous le regard de Catherine Schaub Abkarian.       <br />
       Création décor : Simon Abkarian et Philippe Jasko.       <br />
       Création et régie son : Ronan Mansard.       <br />
       Chorégraphies : la troupe.       <br />
       Préparation physique : Nedjma Merahi, Annie Rumani, Maud Brethenoux, Nathalie Le Boucher.       <br />
       Préparation vocale : Rafaela Jirkovsky.       <br />
       Régie plateau : Philippe Jasko.       <br />
       Chef constructeur : Philippe Jasko avec l'aide de la troupe.       <br />
       Habilleuse : Micha Liebgott.       <br />
       Durée : 2 h 30.       <br />
              <br />
       &quot;Électre des bas-fonds&quot; est édité chez Actes Sud-Papiers.       <br />
       Création au Théâtre du Soleil le 25 septembre 2019.       <br />
       Représenté du mardi 5 au vendredi 8 décembre 2023 au TnBA Bordeaux Aquitaine.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Electre-des-bas-fonds--une-tragi-comedie-ballet-elec-trisee_a3782.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable</title>
   <updated>2019-10-27T18:21:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Electre-des-bas-fonds-Mythe-indemodable_a2580.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/38629738-33622358.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2019-10-23T08:50:00+02:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Simon Abkarian, dans sa dernière création avec sa Compagnie des 5 roues, revisite le personnage d'Électre. Autour d'une écriture poétique et acérée, il marie musiciens et danseurs pour donner à ce mythe une tonalité qui reste toujours intemporelle.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/38629738-33622358.jpg?v=1571814953" alt=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" title=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" />
     </div>
     <div>
      D'Électre, Jung (1875-1961), ancien disciple de Freud, a bâti un complexe, non reconnu par le père de la psychanalyse, pour en faire le pendant féminin de celui d'Œdipe. C'est aussi et surtout un personnage qui a aidé son frère Oreste à tuer leur mère Clytemnestre pour se venger du meurtre de leur père Agamemnon, assassiné par sa femme selon Homère (VIIe siècle av. J.-C.) ou par son amant Égisthe selon Eschyle (525 av. J.-C., 456 av. J.-C.). Autour de cette figure, des pièces ont été écrites par d'aussi grands dramaturges que Sophocle, Eschyle, Euripide, Racine et Giraudoux.       <br />
              <br />
       Simon Abkarian, à l'instar de ces illustres prédécesseurs, s'y essaie avec beaucoup de réussite. Il a déjà montré par le passé son talent dramaturgique dans six créations. Le texte est beau et poétique et la pièce est habillée de répliques très construites et charpentées.       <br />
              <br />
       Le spectacle mêle danse, théâtre et musique. Dans ce rapport à la violence, Simon Abkarian exploite différents axes autour de l'intime et de l'extime avec un aspect intérieur du conte, nourri par la situation des personnages, et extérieur par son mode récitatif où s'entrecroisent le destin et l'Até, cheville ouvrière du théâtre grecque antique, dans un entre-deux où ceux-ci sont autant habités, subis que tenus à distance selon les protagonistes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/38629738-33622428.jpg?v=1571815410" alt=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" title=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" />
     </div>
     <div>
      C'est dans cet espace que viennent se greffer trois musiciens, les Howlin' Jaws, armés de leur basse, contrebasse, guitare électrique et acoustique, batterie, clavier, oud, timbales d'opéra, percussions indiennes (tchenda), mandoline, youkoulélé, saz et banjo.       <br />
              <br />
       Les chorégraphies s'appuient essentiellement sur le plat des pieds des interprètes, avec une cambrure des corps qui donne aux danseuses, prostituées dans leur incarnation, une liberté certaine dans leur revendication sociale. Un effet de groupe les lie les unes aux autres pour porter un message contre une soumission d'un corps ravagé par la déliquescence de leur condition.       <br />
              <br />
       Les danses ne sont pas toujours très synchronisées. Pour autant, l'allure de celles-ci colle parfaitement avec un élan de vie, de révolte pour secouer la soumission qui les étreint. C'est le corps qui exprime l'âme, lui qui porte toute la quintessence d'une parole politique faite aussi de chants.       <br />
              <br />
       La mort et la vie sont enlacées entre elles. Les prostitués, victimes de l'Até, décrivent leur situation pour la rejeter. Elles sont habillées de couleurs vives, incarnent une liberté face à un destin dont les dieux, jusqu'à Sophocle, étaient les seuls maîtres. Les voix sont multiples, homogènes et de la même tonalité. Elles sont lancées, jetées, hurlées, comme prises par l'étau de la fatalité, faisant presque une seule et même voix, à l'opposé de celle de la narratrice de la fable, aveugle, assise côté jardin dans un coin, qui débute le spectacle de façon douce, lente, presque éteinte et avare de ses mots. Il y a aussi celle du compagnon d'Oreste, policée, urbaine, non marquée par le destin, donnant l'illusion qu'il est hors de la tragédie et décalé des événements.       <br />
              <br />
       De très beaux moments ponctuent la représentation comme celui où Chrysothémis est dans un monologue poignant, larmes à l'œil, marquée d'une tristesse tragique. Ou lorsque les prostituées, habillées de noir, disposent des tables et des chaises, rejointes par les musiciens pour pleurer la mort d'Oreste devant Égisthe et Clytemnestre. Bref, du théâtre dans le théâtre.       <br />
              <br />
       Le chœur, dont les hellénistes n'ont pas encore réussi à savoir comment il était articulé sur scène dans le théâtre antique, est composé d'une première voix, puis d'une deuxième suivie d'une troisième. Elles se succèdent, se relaient. Le chœur est d'un seul bloc corporel mais échelonné vocalement comme s'il était le fruit d'une rumeur.       <br />
              <br />
       Nous sommes entre différents axes temporels. La musique est &quot;moderne&quot; et n'appartient pas à la tragédie grecque, ainsi que les costumes de la narratrice et des musiciens, donnant un décalage intemporel à la représentation. C'est superbe de créativité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Électre des bas-fonds"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/38629738-33685095.jpg?v=1572197655" alt=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" title=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" />
     </div>
     <div>
      Texte et mise en scène : Simon Abkarian.       <br />
       Le texte est publié chez Actes Sud-Papiers.       <br />
       Pour 14 comédiennes-danseuses et 6 comédiens-danseurs.       <br />
       Musique écrite et jouée par le trio des Howlin' Jaws.       <br />
       Avec : Maral Abkarian, Chouchane Agoudjian, Anaïs Ancel, Maud Brethenoux, Aurore Frémont, Christina Galstian Agoudjian, Georgia Ives (en alternance), Rafaela Jirkovsky, Nathalie Le Boucher, Nedjma Merahi, Manon Pélissier, Annie Rumani, Catherine Schaub Abkarian, Suzana Thomaz, Frédérique Voruz.       <br />
       Et avec : Simon Abkarian, Assaad Bouab, Laurent Clauwaert, Victor Fradet, Eliot Maurel, Olivier Mansard.       <br />
       Dramaturgie : Pierre Ziadé.       <br />
       Collaboration artistique : Arman Saribekyan.       <br />
       Création lumière : Jean Michel Bauer et Geoffroy Adragna.       <br />
       Création musicale : Howlin'Jaws avec Djivan Abkarian, Baptiste Léon, Lucas Humbert.       <br />
       Création collective des costumes sous le regard de Catherine Schaub Abkarian.       <br />
       Création décor : Simon Abkarian et Philippe Jasko.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/38629738-33685113.jpg?v=1572197753" alt=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" title=""Électre des bas-fonds"… Mythe indémodable" />
     </div>
     <div>
      Chorégraphies : La troupe.       <br />
       Répétitrices : Nedjma Merahi, Christina Galstian Agoudjian, Catherine Schaub Abkarian, Nathalie Le Boucher, Annie Rumani.       <br />
       Préparation physique : Nedjma Merahi, Annie Rumani, Maud Brethenoux, Nathalie Le Boucher.       <br />
       Préparation vocale : Rafaela Jirkovsky.       <br />
       Régie plateau : Philippe Jasko.       <br />
       Régie son : Ronan Mansard.       <br />
       Chef constructeur : Philippe Jasko, avec l'aide de la troupe.       <br />
       Par la Compagnie des 5 Roues.       <br />
       Durée du spectacle : 2 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 25 septembre au 3 novembre 2019.</span>       <br />
       Mercredi, jeudi, vendredi à 19 h 30, samedi à 15 h, dimanche à 13 h 30.       <br />
       Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12e, 01 43 74 24 08.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/" target="_blank">&gt;&gt; theatre-du-soleil.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Electre-des-bas-fonds-Mythe-indemodable_a2580.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil</title>
   <updated>2019-10-08T08:01:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/La-lumineuse-Electre-de-Simon-Abkarian-au-Theatre-du-Soleil_a2561.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/37998247-33360929.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2019-10-08T06:26:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il faut venir voir cette pièce sans idée préalable. S'asseoir là avec les autres dans cette grande salle du Théâtre du Soleil sans rien savoir de ce qui va se passer. Ne pas craindre surtout ce grand nom, cette énigmatique référence, Électre, qu'il ne faut pas craindre de ne pas connaître.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/37998247-33360929.jpg?v=1570368085" alt="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" title="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" />
     </div>
     <div>
      Un mythe ! Allons donc ! Non… rien à préméditer. Il faut se poser là au milieu de ce bois de Vincennes comme un oiseau de passage qui fait une halte et regarde ce qui se passe devant lui en toute innocence… car le temps, soudain, a une autre couleur, un autre rythme, un autre pas.       <br />
              <br />
       Simon Abkarian et ses comédiens, comédiennes, danseuses, danseurs et musiciens, mènent une sarabande multicolore pour raconter cette histoire de vengeance et d'honneur noués au corps et à l'esprit. Nous sommes dans les années qui suivent la guerre de Troie. Agamemnon, le vainqueur grec, s'est fait trucider par sa femme Clitemnestre et son amant Égisthe. Sa fille Électre aiguise sa haine contre cette mère tueuse tandis qu'Oreste, son jeune frère, a été mis à l'abri, en exil, par leur nourrice. La pièce commence lorsque Oreste, devenu homme, revient dans son pays.       <br />
              <br />
       Dans ce royaume, l'ordre et la morale semblent à jamais bafoués, et la reine et sa cour à jamais salies par la débauche et l'injustice. Pour en parler, Simon Abkarian prend le parti des Humbles, du peuple et, parmi les plus humiliés, la faune des prostituées que la guerre a rapportée de Troie comme trophées pour servir d'esclaves aux Grecs. C'est dans ce bordel à ciel ouvert que le destin a jeté Électre, mariée de force à un pauvre hère et obligée de servir ces femmes que la société considère au plus bas prix. Elle est privée des dorures du palais et condamnée à moisir dans les bas-fonds pour la punir de ses désirs de meurtre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/37998247-33360978.jpg?v=1570368129" alt="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" title="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" />
     </div>
     <div>
      C'est la spirale sans fin des dettes et des fautes qui sert ici de machine infernale. À ce jeu funeste des rancunes, toutes et tous sont des victimes, marquées à vie par la douleur, la violence, la colère, la haine. La pièce déroule ainsi le tapis sanglant que foule presque tous les personnages de la pièce, sans pouvoir détacher une seconde les yeux de la vision de leurs vies brisées. L'écriture de Simon Abkarian réussit à donner la parole à chacune de ces victimes avec une élégance et une richesse de verbe bouleversantes.       <br />
               <br />
       Mais la pièce ne se contente pas de mots, la danse et la musique expriment encore plus fort ce que les corps blessés, les corps en colère ressentent. Danses et costumes magnifient les émotions, des chorégraphies qui sont des créations collectives de la compagnie. Ce sont des danses terriennes, comme si les coups portés à ce sol pouvaient faire résonner la colère jusqu'aux oreilles des dieux. Les costumes quand à eux reflètent la position de Porte sur l'Orient de la Grèce. Costumes qui renvoient l'imaginaire jusqu'au Japon, et au théâtre balinais, les chevilles des danseuses devenues instruments sonores grâce aux bracelets de clochettes qui amplifient les rythmes et les tempos.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/37998247-33361039.jpg?v=1570368610" alt="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" title="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" />
     </div>
     <div>
      Et puis il y a l'orchestre live, à l'ouest du plateau, ils sont trois, multi-instrumentistes, qui envoient ces accents rock qui portent avec puissance les danseuses et les danseurs. Il faut aussi saluer la force, la précision et l'incroyable virtuosité des comédiennes et comédiens (qui sont également danseuses et danseurs) pour incarner ces personnages intenses, jouer ces scènes de groupe qui parviennent à donner l'illusion de la vie fourmillante ou donner tout leur souffle à ces tirades pleines de sens et dévoilement et parvenir ainsi à déclencher des brassées d'émotion dans le public. Une magnifique générosité.       <br />
               <br />
       Et encore, la pièce ne se contente pas de donner à voir et à entendre ces rouages pervers de la rancune et des affres que les destins donnent à vivre aux femmes et aux hommes, car il y a, comme en suspension invisible dans l'air, le désir de réconciliation qui éclaire toute l'histoire et touche au cœur. Merci pour cette touche invisible.       <br />
               <br />
       C'est un puits d'oubli que le temps de cette représentation, on s'oublie soi-même, on oublie hier et demain, et l'on se retrouve dans une continuité beaucoup plus vaste qu'une vie humaine, une filiation de questionnements qui traverse les siècles et les générations, qui traverse aussi l'espace, de notre récif occidental jusqu'au socle de l'Orient, ou plutôt l'inverse. Les héros sont sur le plateau, certes. Mais ils ont le cœur et l'esprit si béants qu'on devient soi-même porteur de ces destins, de ces choix. Héros nous-mêmes, comme ces acteurs et actrices qui les portent jusqu'à nous, sur un plateau.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Électre des bas-fonds"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/37998247-33361048.jpg?v=1570368662" alt="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" title="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" />
     </div>
     <div>
      Texte et mise en scène : Simon Abkarian.       <br />
       Le texte est publié chez Actes Sud-Papiers.       <br />
       Pour 14 comédiennes-danseuses et 6 comédiens-danseurs.       <br />
       Musique écrite et jouée par le trio des Howlin' Jaws.       <br />
       Avec : Maral Abkarian, Chouchane Agoudjian, Anaïs Ancel, Maud Brethenoux, Aurore Frémont, Christina Galstian Agoudjian, Georgia Ives (en alternance), Rafaela Jirkovsky, Nathalie Le Boucher, Nedjma Merahi, Manon Pélissier, Annie Rumani, Catherine Schaub Abkarian, Suzana Thomaz, Frédérique Voruz.       <br />
       Et avec : Simon Abkarian, Assaad Bouab, Laurent Clauwaert, Victor Fradet, Eliot Maurel, Olivier Mansard.       <br />
       Dramaturgie : Pierre Ziadé.       <br />
       Collaboration artistique : Arman Saribekyan.       <br />
       Création lumière : Jean Michel Bauer et Geoffroy Adragna.       <br />
       Création musicale : Howlin'Jaws avec Djivan Abkarian, Baptiste Léon, Lucas Humbert.       <br />
       Création collective des costumes sous le regard de Catherine Schaub Abkarian.       <br />
       Création décor : Simon Abkarian et Philippe Jasko.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/37998247-33361053.jpg?v=1570368715" alt="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" title="La lumineuse "Électre" de Simon Abkarian au Théâtre du Soleil" />
     </div>
     <div>
      Chorégraphies : La troupe.       <br />
       Répétitrices : Nedjma Merahi, Christina Galstian Agoudjian, Catherine Schaub Abkarian, Nathalie Le Boucher, Annie Rumani.       <br />
       Préparation physique : Nedjma Merahi, Annie Rumani, Maud Brethenoux, Nathalie Le Boucher.       <br />
       Préparation vocale : Rafaela Jirkovsky.       <br />
       Régie plateau : Philippe Jasko.       <br />
       Régie son : Ronan Mansard.       <br />
       Chef constructeur : Philippe Jasko, avec l'aide de la troupe.       <br />
       Par la Compagnie des 5 Roues.       <br />
       Durée du spectacle : 2 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 25 septembre au 3 novembre 2019.</span>       <br />
       Mercredi, jeudi, vendredi à 19 h 30, samedi à 15 h, dimanche à 13 h 30.       <br />
       Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12e, 01 43 74 24 08.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/" target="_blank">&gt;&gt; theatre-du-soleil.fr</a>
     </div>
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