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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-12T16:54:35+02:00</updated>
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   <title>•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil</title>
   <updated>2024-07-04T16:44:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2024-Herculine-Barbin-Un-d-r-ame-d-Etat-civil_a3987.html</id>
   <category term="Avignon 2024" />
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   <published>2024-07-05T07:44:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Exhumer des arcanes des archives médico-légales, un siècle après les faits, le manuscrit d'une jeune femme du XIXe siècle s'étant donné la mort suite à un rectificatif d'état civil la faisant advenir homme, fut l'œuvre de Michel Foucault, analyste de la vie des "monstres" in "L'histoire de la sexualité" à laquelle il consacra un cycle de ses cours au Collège de France. En ce XXIe siècle, traversé par les questionnements progressistes libertaires, Catherine Marnas s'empare de ce troublant récit pour se faire à son tour la passeuse de cette voix singulière incarnée dans un corps pluriel, celui d'un hermaphrodite, l'intersexe contemporain.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58618914.jpg?v=1720103181" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Il a été beaucoup écrit de propos savants (cf. la passionnante postface du sociologue Éric Fassin à &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, préfacée par Michel Foucault) sur cette histoire vraie exhumée de l'oubli... Mais quelle que soit l'extrême pertinence de ces analyses, prolongées par l'essentiel &quot;Troubles dans le genre&quot; de Judith Butler sur le féminisme et la subversion de l'identité, rien ne peut mieux faire entendre l'existence d'Herculine – Adélaïde - Alexina - Camille - Abel (cinq prénoms pour parler du même) – que &quot;Mes Souvenirs&quot;, le manuscrit authentique rédigé à vingt-cinq ans par &quot;cellelui&quot;  qui allait se donner la mort en 1868, seul comme pas une, victime de &quot;la chasse à l'identité&quot;.       <br />
              <br />
       Récit d'une force irrépressible – comment ne pourrait-on pas être transpercé par de tels accents vibrant d'humanité, rendant caduques les allégations de traditionalistes coupés de toutes vérités humaines ? –, &quot;Herculine Barbin&quot; se devait de trouver sur un plateau une traduction n'écrasant en rien sa subtile écriture, alternant à merveille les pleins et les déliés d'une calligraphie maîtrisée comme art de la parole performative. C'est justement à cet endroit précis – celui de la représentation – qu'on attendait la metteuse en scène…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58618976.jpg?v=1720103922" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      D'emblée, la scénographie mise en jeu nous introduit au cœur du propos. Métaphore des identités flottantes qui vont s'y dévoiler, un imperceptible mouvement de vaguelettes hypnotiques anime les draps immaculés recouvrant une rangée de lits alignés en diagonale… Mickaël Pelissier (qui, avec un grand bonheur, reprend pour Avignon le rôle) prêtera son humanité aux autres personnages traversant le récit, jouant là délicatement avec l'eau contenue dans une bassine aux dimensions trop étroites où l'on pourrait voir la résurgence de la problématique gender fluid en attente de submerger le plateau.       <br />
              <br />
       À l'instar de l'insoupçonnable grâce troublante de Yuming Hey (nominé aux Molières 2024 pour la pièce &quot;Les Bonnes&quot;) – on ne sait si le rôle d'Herculine était fait pour iel ou si c'est l'inverse qui s'est imposé –, les deux complices au plateau vont incarner &quot;corps et âme&quot; cette héroïne à fleur de peau qu'ils donnent à entendre et à voir dans toute la vérité de sa nature intersexe, faisant vivre l'intensité de son vécu singulier tant dans son bonheur extatique que dans les affres de ses souffrances extrêmes.       <br />
              <br />
       Soulevant délicatement le drap linceul recouvrant une forme allongée, son alter ego la &quot;découvre&quot; et, en la dévoilant à nos regards, extrait Herculine des limbes de la mort où enfin elle avait trouvé le repos, pour nous raconter sa véridique histoire… <span style="font-style:italic">&quot;J'ai beaucoup souffert, et j'ai souffert seul ! seul ! abandonné de tous !&quot;.</span> Cri amplifié par l'articulation simultanée des deux acteurs qui confondent leurs voix dans le même appel de détresse nous transperçant, nous les témoins présents d'un drame ancien à résonance contemporaine.       <br />
              <br />
       Suivra le récit détaillé de la première période, celle racontée au genre féminin, <span style="font-style:italic">&quot;des instants célestes&quot;</span> d'une sensualité à fleur de peau vécus au sein de différentes institutions où Herculine partagera innocemment le plaisir des caresses entre jeunes filles, les baisers des religieuses attendries par son besoin d'affection et la subtilité de son esprit. Des amours saphistes – car Herculine, identifiée femme par l'état civil, parlera alors d'elle au féminin –, il en sera de douloureux comme la maladie et la mort de sa chère Léa, de fort troublants comme ses émois de camériste au service d'une jeune beauté aux formes parfaites, et très vite d'intranquilles comme le trouble qui la gagnera à <span style="font-style:italic">&quot;l'entrée de ce sanctuaire de virginité&quot;</span> qu'était la classe des élèves-maîtresses (sic) où elle venait d'être admise.       <br />
              <br />
       Au visage lumineux d'Herculine répondra alors en miroir la silhouette déliée de son double. Interprétant avec une grâce infinie &quot;Les métamorphoses&quot; d'Ovide, prendront corps Hermès et Aphrodite s'unissant pour donner naissance à celui qui, à son corps défendant, séduit par la naïade Salmacis, devint uni à elle dans un seul corps bisexué. Ainsi le mythe, réincarné par les Dieux grecs (peu puritains…) ayant exaucé les vœux de la nymphe, se fera-t-il le porte-parole de la mythologie privée d'Herculine au corps indécis.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58619775.jpg?v=1720104870" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Succèderont les affres de la deuxième période, celle racontée au masculin après qu'advint la faille dans l'armure construite, après que le jeu des caresses folles se conclut par le passage à l'acte avec sa chère Sara, institutrice et fille de la directrice du Pensionnat de jeunes filles où elle avait trouvé un poste d'enseignante. Dès lors, se sentant frappé par l'ignominie des jugements, s'avançant en bord de scène, iel pointera un doigt accusateur vers nous public, toujours prêt à s'arroger le droit de juger cellelui que la nature a assigné à une place aléatoire.       <br />
              <br />
       Dès lors, le récit abandonnera les rives du bonheur perdu pour aborder celles des accents tourmentés de &quot;la chasse à l'identité&quot; dont parle si bien Michel Foucault. Hypocrisie des uns et des autres refusant à corps et âme perdus que le scandale ne se dévoile au grand jour, verdict de la sacro-sainte science, directrice de conscience d'une religion stupéfiée, réponse de la loi prenant acte de son &quot;erreur&quot; et souffrances de celle qui – devenue en toute légalité celui – erre dans un &quot;no man's land&quot; terrifiant de solitude abyssale et de dénuement cruel.       <br />
              <br />
       Endossant les rôles des personnages traversant son existence intranquille, habillant avec une infinie tendresse d'une robe puis d'un costume d'homme Herculine devenu Abel, la soulevant de terre comme un fétu fragile en la serrant dans ses bras, l'alter égo témoigne à l'interprète idoine, l'immense besoin de consolation que nous ressentons à son égard.       <br />
              <br />
       Jusqu'aux extraits de chansons populaires, distillées en contrepoint d'un passé n'arrêtant pas de passer en nous pour inscrire jusque dans notre présent la question brûlante du genre, tout sonne juste – comédiens d'exception et mise en jeu envoûtante – pour faire de cette &quot;représentation&quot; le théâtre vivant de nos interrogations intimes.       <br />
              <br />
       <b>Vu le lundi 1ᵉʳ juillet au Palace d'Avignon.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Herculine Barbin"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81362223-58619777.jpg?v=1720104905" alt="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" title="•Off 2024• "Herculine Barbin" Un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      D'après &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, publié et préfacé par Michel Foucault (Éditions Gallimard) et &quot;Mes souvenirs&quot; d'Herculine Barbin       <br />
       Adaptation : Catherine Marnas et Procuste Oblomov.       <br />
       Mise en scène : Catherine Marnas.       <br />
       Avec : Yuming Hey, Mickaël Pelissier.       <br />
       Conseil artistique : Procuste Oblomov.       <br />
       Scénographie : Carlos Calvo.       <br />
       Créatrice son : Madame Miniature assistée d'Édith Baert.       <br />
       Lumières : Michel Theuil, assisté de Fabrice Barbotin et Véronique Galindo.       <br />
       Vidéo : Valéry Faidherbe, assisté d'Emmanuel Vautrin.       <br />
       Chorégraphies : Annabelle Chambon.       <br />
       Costumes : Kam Derbali.       <br />
       À partir de 14 ans.       <br />
       Durée : 1 h 20.       <br />
              <br />
       <b>•Avignon Off 2024•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 29 juin au 21 juillet 2024.</span>       <br />
       Tous les jours à 17 h 30. Relâche le mercredi.       <br />
       Théâtre Au Palace, 38, cours Jean Jaurès, Avignon.       <br />
       Réservations : 04 84 51 26 99.       <br />
       <a class="link" href="https://www.aupalace.fr/" target="_blank">&gt;&gt; aupalace.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>"Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil</title>
   <updated>2022-12-12T17:28:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Herculine-Barbin-Archeologie-d-une-revolution--un-d-r-ame-d-Etat-civil_a3470.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2022-12-13T07:19:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Exhumer des arcanes des archives médico-légales, un siècle après les faits, le manuscrit d'une jeune femme du XIXe siècle s'étant donné la mort suite à un rectificatif d'état civil la faisant advenir homme, fut l'œuvre de Michel Foucault, analyste de la vie des "monstres" in "L'histoire de la sexualité" à laquelle il consacra un cycle de ses cours au Collège de France. En ce XXIe siècle, traversé par les questionnements progressistes libertaires, Catherine Marnas s'empare de ce troublant récit pour se faire à son tour la passeuse de cette voix singulière incarnée dans un corps pluriel, celui d'un hermaphrodite, l'intersexe contemporain.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69546250-48615200.jpg?v=1642446008" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Il a été beaucoup écrit de propos savants (cf. la passionnante postface du sociologue Éric Fassin à &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, préfacée par Michel Foucault) sur cette histoire vraie exhumée de l'oubli… Mais quelle que soit l'extrême pertinence de ces analyses, prolongées par l'essentiel &quot;Troubles dans le genre&quot; de Judith Butler sur le féminisme et la subversion de l'identité, rien ne peut mieux faire entendre l'existence d'Herculine - Adélaïde - Alexina - Camille - Abel (cinq prénoms pour parler du même) que &quot;Mes Souvenirs&quot;, le manuscrit authentique rédigé à vingt-cinq ans par &quot;cellelui&quot; qui allait se donner la mort en 1868, seul comme pas une, victime de &quot;la chasse à l'identité&quot;.       <br />
              <br />
       Récit d'une force irrépressible - comment ne pourrait-on pas être transpercé par de tels accents vibrant d'humanité, rendant caduques les allégations de traditionalistes coupés de toutes vérités humaines ? -, &quot;Herculine Barbin&quot; se devait de trouver sur un plateau une traduction n'écrasant en rien sa subtile écriture, alternant à merveille les pleins et les déliés d'une calligraphie maîtrisée comme art de la parole performative. C'est justement à cet endroit précis - celui de la représentation - qu'on attendait la metteuse en scène…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69546250-48615201.jpg?v=1642446054" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      D'emblée, la scénographie mise en jeu nous introduit au cœur du propos. Métaphore des identités flottantes qui vont s'y dévoiler, un mouvement incessant de vaguelettes hypnotiques anime les draps immaculés recouvrant une rangée de lits alignés en diagonale. Le fond sonore d'où s'échappe le bruit d'une &quot;pluie d'été&quot; (cf. Marguerite Duras) annonce quant à lui la fin programmée de l'envoûtement porteur de complications imminentes. L'acteur Nicolas Martel, superbe écho polymorphe des personnages traversant tour à tour le récit, joue délicatement avec l'eau contenue dans une bassine aux dimensions trop étroites où l'on pourrait voir la résurgence de la problématique &quot;gender fluid&quot; en attente de submerger le plateau.       <br />
              <br />
       De même, les deux acteurs, à l'instar de l'insoupçonnable grâce troublante de Yuming Hey - on ne sait si le rôle était fait pour iel ou si c'est l'inverse qui s'est imposé -, sont-ils corps et âme au service d'Herculine qu'ils donnent à entendre dans l'intensité de son vécu singulier, tant dans son bonheur extatique que dans les affres de ses souffrances extrêmes. Si le mot incarnation attribué aux acteurs a encore un sens, c'est bien ici qu'il trouve droit de cité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69546250-48615202.jpg?v=1642446099" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Soulevant délicatement le drap linceul recouvrant une forme allongée, son alter ego la &quot;découvre&quot; et, en la dévoilant à nos regards, extrait Herculine des limbes de la mort où enfin elle avait trouvé le repos, pour nous raconter sa véridique histoire… <span style="font-style:italic">&quot;J'ai beaucoup souffert, et j'ai souffert seul ! Seul ! Abandonné de tous !&quot;.</span> Cri amplifié par l'articulation simultanée des deux acteurs qui confondent leurs voix dans le même appel de détresse nous transperçant, nous les témoins présents d'un drame ancien à résonance contemporaine.       <br />
              <br />
       Suivra le récit détaillé de la première période, celle racontée au genre féminin, &quot;des instants célestes&quot; d'une sensualité à fleur de peau vécus au sein de différentes institutions où Herculine partagera innocemment le plaisir des caresses entre jeunes filles, les baisers des religieuses attendries par son besoin d'affection et la subtilité de son esprit. Des amours saphistes - car Herculine, identifiée femme par l'état civil, parlera alors d'elle au féminin - il en sera de douloureux comme la maladie et la mort de sa chère Léa, de fort troublants comme ses émois de camériste au service d'une jeune beauté aux formes parfaites, et très vite d'intranquilles comme le trouble qui la gagnera à &quot;l'entrée de ce sanctuaire de virginité&quot; qu'était la classe des élèves maîtresses (sic) où elle venait d'être admise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69546250-48615203.jpg?v=1642446151" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Au visage lumineux d'Herculine répondra alors en miroir la silhouette déliée de son double. Interprétant avec une grâce infinie &quot;Les métamorphoses&quot; d'Ovide, prendront corps Hermès et Aphrodite s'unissant pour donner naissance à celui qui, à son corps défendant, séduit par la naïade Salmacis, devint uni à elle dans un seul corps bisexué. Ainsi le mythe, réincarné par les Dieux grecs (peu puritains…) ayant exaucé les vœux de la nymphe, se fera-t-il le porte-parole de la mythologie privée d'Herculine au corps indécis.       <br />
              <br />
       Succèderont les affres de la deuxième période, celle racontée au masculin après qu'advint la faille dans l'armure construite, après que le jeu des caresses folles se conclut par le passage à l'acte avec sa chère Sara, institutrice et fille de la directrice du pensionnat de jeunes filles où elle avait trouvé un poste d'enseignante. Dès lors, se sentant frappé par l'ignominie des jugements, s'avançant en bord de scène, iel pointera un doigt accusateur vers nous public, toujours prêt à s'arroger le droit de juger cellelui que la nature a assigné à une place aléatoire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69546250-48615204.jpg?v=1642446249" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Dès lors, le récit abandonnera les rives du bonheur perdu pour aborder celles des accents tourmentés de &quot;la chasse à l'identité&quot; dont parle si bien Michel Foucault. Hypocrisie des uns et des autres refusant à corps et âme perdus que le scandale ne se dévoile au grand jour, verdict de la sacro-sainte science, directrice de conscience d'une religion stupéfiée, réponse de la loi prenant acte de son &quot;erreur&quot;, et souffrances de celle qui - devenue en toute légalité celui - erre dans un &quot;no man's land&quot; terrifiant de solitude abyssale et de dénuement cruel.       <br />
              <br />
       Endossant les rôles des personnages traversant son existence intranquille, habillant avec une infinie tendresse d'une robe puis d'un costume d'homme Herculine devenu Abel, la soulevant de terre comme un fétu fragile en la serrant dans ses bras, l'alter ego témoigne à l'interprète idoine l'immense besoin de consolation que nous ressentons à son égard.       <br />
              <br />
       Jusqu'à la chanson &quot;Le troisième sexe&quot; d'Indochine ou encore le poème &quot;Pensionnaires&quot; de Verlaine, distillés en contrepoint d'un passé n'arrêtant pas de passer en nous pour inscrire jusque dans notre présent la question brûlante du genre, tout sonne juste - comédiens d'exception et mise en jeu envoûtante - pour faire de cette &quot;représentation&quot; le théâtre vivant de nos interrogations intimes.       <br />
              <br />
       <b>Vu à la création en janvier 2022 au TnBA, Bordeaux.</b>
     </div>
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     <div><b>"Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/69546250-48615205.jpg?v=1642446293" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Création d'après &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, publié et préfacé par Michel Foucault (Éditions Gallimard).       <br />
       Adaptation : Catherine Marnas et Procuste Oblomov.       <br />
       Mise en scène : Catherine Marnas.       <br />
       Assistant à la mise en scène : Lucas Chemel.       <br />
       Avec : Yuming Hey, Nicolas Martel.       <br />
       Avec la complicité de Vanasay Khamphommala et Arnaud Alessandrin.       <br />
       Conseil artistique : Procuste Oblomov.       <br />
       Scénographie : Carlos Calvo.       <br />
       Créatrice son : Madame Miniature assistée d'Édith Baert.       <br />
       Lumières : Michel Theuil assisté de Fabrice Barbotin et Véronique Galindo.       <br />
       Vidéo : Valéry Faidherbe assisté d'Emmanuel Vautrin.       <br />
       Chorégraphies : Annabelle Chambon.       <br />
       Costumes : Kam Derbali.       <br />
       Durée : 1 h 20.       <br />
              <br />
       Créé du 11 au 22 janvier 2022.       <br />
       <span class="fluo_jaune">Reprise du 13 au 17 décembre 2022.</span>       <br />
       Du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 19 h.       <br />
       TnBA - Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, Salle Vauthier, Bordeaux (33), 05 56 33 36 80.       <br />
       <a class="link" href="https://www.tnba.org/" target="_blank">&gt;&gt; tnba.org</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       9 mai 2023 : l'Atrium (en partenariat avec les Amis du Théâtre), Dax (40).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Herculine-Barbin-Archeologie-d-une-revolution--un-d-r-ame-d-Etat-civil_a3470.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil</title>
   <updated>2022-01-18T08:46:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Herculine-Barbin-Archeologie-d-une-revolution--un-d-r-ame-d-Etat-civil_a3149.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/61684881-44900841.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-01-18T07:34:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Exhumer des arcanes des archives médico-légales, un siècle après les faits, le manuscrit d'une jeune femme du XIXe siècle s'étant donné la mort suite à un rectificatif d'état civil la faisant advenir homme, fut l'œuvre de Michel Foucault, analyste de la vie des "monstres" in "L'histoire de la sexualité" à laquelle il consacra un cycle de ses cours au Collège de France. En ce XXIe siècle, traversé par les questionnements progressistes libertaires, Catherine Marnas s'empare de ce troublant récit pour se faire à son tour la passeuse de cette voix singulière incarnée dans un corps pluriel, celui d'un hermaphrodite, l'intersexe contemporain.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61684881-44900841.jpg?v=1642446008" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Il a été beaucoup écrit de propos savants (cf. la passionnante postface du sociologue Éric Fassin à &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, préfacée par Michel Foucault) sur cette histoire vraie exhumée de l'oubli… Mais quelle que soit l'extrême pertinence de ces analyses, prolongées par l'essentiel &quot;Troubles dans le genre&quot; de Judith Butler sur le féminisme et la subversion de l'identité, rien ne peut mieux faire entendre l'existence d'Herculine - Adélaïde - Alexina - Camille - Abel (cinq prénoms pour parler du même) que &quot;Mes Souvenirs&quot;, le manuscrit authentique rédigé à vingt-cinq ans par &quot;cellelui&quot; qui allait se donner la mort en 1868, seul comme pas une, victime de &quot;la chasse à l'identité&quot;.       <br />
              <br />
       Récit d'une force irrépressible - comment ne pourrait-on pas être transpercé par de tels accents vibrant d'humanité, rendant caduques les allégations de traditionalistes coupés de toutes vérités humaines ? -, &quot;Herculine Barbin&quot; se devait de trouver sur un plateau une traduction n'écrasant en rien sa subtile écriture, alternant à merveille les pleins et les déliés d'une calligraphie maîtrisée comme art de la parole performative. C'est justement à cet endroit précis - celui de la représentation - qu'on attendait la metteuse en scène…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61684881-44900846.jpg?v=1642446054" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      D'emblée, la scénographie mise en jeu nous introduit au cœur du propos. Métaphore des identités flottantes qui vont s'y dévoiler, un mouvement incessant de vaguelettes hypnotiques anime les draps immaculés recouvrant une rangée de lits alignés en diagonale. Le fond sonore d'où s'échappe le bruit d'une &quot;pluie d'été&quot; (cf. Marguerite Duras) annonce quant à lui la fin programmée de l'envoûtement porteur de complications imminentes. L'acteur Nicolas Martel, superbe écho polymorphe des personnages traversant tour à tour le récit, joue délicatement avec l'eau contenue dans une bassine aux dimensions trop étroites où l'on pourrait voir la résurgence de la problématique &quot;gender fluid&quot; en attente de submerger le plateau.       <br />
              <br />
       De même, les deux acteurs, à l'instar de l'insoupçonnable grâce troublante de Yuming Hey - on ne sait si le rôle était fait pour iel ou si c'est l'inverse qui s'est imposé -, sont-ils corps et âme au service d'Herculine qu'ils donnent à entendre dans l'intensité de son vécu singulier, tant dans son bonheur extatique que dans les affres de ses souffrances extrêmes. Si le mot incarnation attribué aux acteurs a encore un sens, c'est bien ici qu'il trouve droit de cité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61684881-44900847.jpg?v=1642446099" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Soulevant délicatement le drap linceul recouvrant une forme allongée, son alter ego la &quot;découvre&quot; et, en la dévoilant à nos regards, extrait Herculine des limbes de la mort où enfin elle avait trouvé le repos, pour nous raconter sa véridique histoire… <span style="font-style:italic">&quot;J'ai beaucoup souffert, et j'ai souffert seul ! Seul ! Abandonné de tous !&quot;.</span> Cri amplifié par l'articulation simultanée des deux acteurs qui confondent leurs voix dans le même appel de détresse nous transperçant, nous les témoins présents d'un drame ancien à résonance contemporaine.       <br />
              <br />
       Suivra le récit détaillé de la première période, celle racontée au genre féminin, &quot;des instants célestes&quot; d'une sensualité à fleur de peau vécus au sein de différentes institutions où Herculine partagera innocemment le plaisir des caresses entre jeunes filles, les baisers des religieuses attendries par son besoin d'affection et la subtilité de son esprit. Des amours saphistes - car Herculine, identifiée femme par l'état civil, parlera alors d'elle au féminin - il en sera de douloureux comme la maladie et la mort de sa chère Léa, de fort troublants comme ses émois de camériste au service d'une jeune beauté aux formes parfaites, et très vite d'intranquilles comme le trouble qui la gagnera à &quot;l'entrée de ce sanctuaire de virginité&quot; qu'était la classe des élèves maîtresses (sic) où elle venait d'être admise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61684881-44900858.jpg?v=1642446151" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Au visage lumineux d'Herculine répondra alors en miroir la silhouette déliée de son double. Interprétant avec une grâce infinie &quot;Les métamorphoses&quot; d'Ovide, prendront corps Hermès et Aphrodite s'unissant pour donner naissance à celui qui, à son corps défendant, séduit par la naïade Salmacis, devint uni à elle dans un seul corps bisexué. Ainsi le mythe, réincarné par les Dieux grecs (peu puritains…) ayant exaucé les vœux de la nymphe, se fera-t-il le porte-parole de la mythologie privée d'Herculine au corps indécis.       <br />
              <br />
       Succèderont les affres de la deuxième période, celle racontée au masculin après qu'advint la faille dans l'armure construite, après que le jeu des caresses folles se conclut par le passage à l'acte avec sa chère Sara, institutrice et fille de la directrice du pensionnat de jeunes filles où elle avait trouvé un poste d'enseignante. Dès lors, se sentant frappé par l'ignominie des jugements, s'avançant en bord de scène, iel pointera un doigt accusateur vers nous public, toujours prêt à s'arroger le droit de juger cellelui que la nature a assigné à une place aléatoire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61684881-44900870.jpg?v=1642446249" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Dès lors, le récit abandonnera les rives du bonheur perdu pour aborder celles des accents tourmentés de &quot;la chasse à l'identité&quot; dont parle si bien Michel Foucault. Hypocrisie des uns et des autres refusant à corps et âme perdus que le scandale ne se dévoile au grand jour, verdict de la sacro-sainte science, directrice de conscience d'une religion stupéfiée, réponse de la loi prenant acte de son &quot;erreur&quot;, et souffrances de celle qui - devenue en toute légalité celui - erre dans un &quot;no man's land&quot; terrifiant de solitude abyssale et de dénuement cruel.       <br />
              <br />
       Endossant les rôles des personnages traversant son existence intranquille, habillant avec une infinie tendresse d'une robe puis d'un costume d'homme Herculine devenu Abel, la soulevant de terre comme un fétu fragile en la serrant dans ses bras, l'alter ego témoigne à l'interprète idoine l'immense besoin de consolation que nous ressentons à son égard.       <br />
              <br />
       Jusqu'à la chanson &quot;Le troisième sexe&quot; d'Indochine ou encore le poème &quot;Pensionnaires&quot; de Verlaine, distillés en contrepoint d'un passé n'arrêtant pas de passer en nous pour inscrire jusque dans notre présent la question brûlante du genre, tout sonne juste - comédiens d'exception et mise en jeu envoûtante - pour faire de cette &quot;représentation&quot; le théâtre vivant de nos interrogations intimes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/61684881-44900873.jpg?v=1642446293" alt=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" title=""Herculine Barbin : Archéologie d'une révolution", un d(r)ame d'État… civil" />
     </div>
     <div>
      Création d'après &quot;Herculine Barbin dite Alexina B.&quot;, publié et préfacé par Michel Foucault (Éditions Gallimard).       <br />
       Adaptation : Catherine Marnas et Procuste Oblomov.       <br />
       Mise en scène : Catherine Marnas.       <br />
       Assistant à la mise en scène : Lucas Chemel.       <br />
       Avec : Yuming Hey, Nicolas Martel.       <br />
       Avec la complicité de Vanasay Khamphommala et Arnaud Alessandrin.       <br />
       Conseil artistique : Procuste Oblomov.       <br />
       Scénographie : Carlos Calvo.       <br />
       Créatrice son : Madame Miniature assistée d'Édith Baert.       <br />
       Lumières : Michel Theuil assisté de Fabrice Barbotin et Véronique Galindo.       <br />
       Vidéo : Valéry Faidherbe assisté d'Emmanuel Vautrin.       <br />
       Chorégraphies : Annabelle Chambon.       <br />
       Costumes : Kam Derbali.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 11 au 22 janvier 2022.</span>       <br />
       Du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 19 h.       <br />
       TnBA - Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, Salle Vauthier, Bordeaux (33), 05 56 33 36 80.       <br />
       <a class="link" href="https://www.tnba.org/" target="_blank">&gt;&gt; tnba.org</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Herculine-Barbin-Archeologie-d-une-revolution--un-d-r-ame-d-Etat-civil_a3149.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…</title>
   <updated>2020-02-20T14:16:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Desordre-du-discours-Quand-le-geste-et-la-parole-creusent-ce-que-le-discours-recouvre_a2666.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/42960210-35620972.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2020-02-20T13:53:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Vouloir faire théâtre de la "Leçon inaugurale", qu'un éminent intellectuel du nom de Michel Foucault prononça lors de son intronisation au Collège de France, pourrait paraître pure gageure. Comment en effet "L'ordre du discours", digressions savantes sur les pouvoirs du langage, pouvait-il - même mis en "désordre" - devenir l'objet d'une représentation théâtrale ?     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35620972.jpg?v=1582204971" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
     </div>
     <div>
      La chorégraphe metteure en scène Fanny de Chaillé et son incroyable interprète Guillaume Bailliart ont relevé à bras-le-corps ce défi à l'allure d'aporie pour faire du discours langagier une matière à sculpter, un matériau prodigieusement vivant.       <br />
              <br />
       Si l'anthropologue André Leroi-Gourhan avait montré, au début des années soixante (cf. &quot;Le Geste et la Parole&quot;), combien les évolutions du corps et du cerveau étaient intimement liées ; si, en 70, le philosophe Michel Foucault avait &quot;gauchi&quot; la sacro-sainte et rituelle &quot;Leçon inaugurale&quot; pour la transformer en morceaux choisis d'intelligence parlée, un demi-siècle plus tard, la metteure en scène et le comédien s'emploient à faire de la parole chorégraphiée le porte-voix de leur &quot;mise en pièces&quot; artistique de ce discours hors normes.       <br />
              <br />
       Point d'ordre… Dans le droit-fil de 68, Michel Foucault, libertaire en diable, annonçait sans sourciller que la société investit le langage dominant comme outil performatif garant de l'Ordre établi. Aussi allait-il articuler sa pensée mouvante autour de l'analyse critique des énoncés produits, instruments d'une mise en condition de la pensée commune. S'il est avéré qu'encadrer ce qui est dicible est l'enjeu sociétal sourdement à l'œuvre, il en résulte que pour démasquer les enjeux de pouvoir dont les mots estampillés sont porteurs, une voie(x) s'impose : décortiquer &quot;l'Ordre du Discours&quot;… pour le re-présenter en &quot;désordre&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35621031.jpg?v=1582205000" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
     </div>
     <div>
      Ce soir, Michel Foucault, c'est Guillaume Bailliart (superbe). Col roulé compris, il va non imiter mais transcender la personnalité du philosophe pour en extraire (de sa parole mais aussi de sa gestuelle si singulière) la substantifique moelle faisant (re)vivre devant nous, assis solennellement sur les bancs d'un vrai amphithéâtre comme ont pu l'être les doctes auditeurs de l'époque, ce qu'a pu être la Leçon donnée au Collège de France ce 2 décembre 1970…       <br />
              <br />
       Où résiderait le danger de la parole qui se libérerait des rets institutionnels dans laquelle elle est &quot;conditionnée&quot; ? Qu'y a-t-il de si périlleux, de si scandaleux, dans le fait que chacun puisse produire une parole qui soit sienne ? En quoi la parole rebelle à la &quot;récitation&quot; mériterait-elle d'être frappée d'ostracisme ? Pour illustrer les procédures d'exclusion produites par des discours faisant main basse sur la singularité de la pensée au profit d'une pensée totalisante ayant seule droit de cité, plusieurs cas sont passés &quot;en revue&quot;.       <br />
              <br />
       Que ce soit la parole interdite dans les champs exemplaires de la politique et de la sexualité, la fission arbitraire entre raison et folie, ou le système du vrai et du faux gangréné par la volonté de vérité (&quot;Nietzsche, Artaud et Bataille doivent nous faire signe pour refuser la volonté de vérité utilisée comme arme d'exclusion&quot;), tout est passé au crible d'une parole incarnée dans un corps vibrant de soubresauts propres à traduire la violence contenue dans l'ordre du discours.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35621038.jpg?v=1582205047" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
     </div>
     <div>
      Ce corps-à-corps avec les mots peut prendre la forme d'une bouffonnerie hilarante lorsque le comédien imite de manière caricaturale &quot;le fou&quot;, ce personnage réel et fantasmé dont la parole ipso facto est invalidée sur le champ de la raison raisonnante… mais aussi considéré comme visionnaire dont la voix prophétique, à l'instar de la Pythie, est à accueillir avec dévotion. Ou, pour montrer l'aspect moutonnier de tous commentaires redondants créant des discours &quot;interminables&quot; se superposant au discours initial en le renforçant, il tambourine du poing sur son bureau pour faire &quot;entendre&quot; les gloses réduites à un vacarme informe.       <br />
              <br />
       Mais dans ce capharnaüm de mots, quel être est susceptible de redonner une unité aux textes produits si ce n'est l'auteur en personne ? Deus ex machina de la production langagière, il est celui qui seul est habilité à leur redonner ordre… pour que l'ordre du discours puisse être rétabli, et l'ordre sociétal avec. Alors, joignant le geste à la parole, dans une volonté d'autodérision saluée par les rires de l'assistance, le comédien ne faisant qu'un avec l'auteur, se coiffe d'un faux crâne chauve, se coule dans la voix de son maître. L'illusion théâtrale fonctionne en plein… suggérant en miroir que &quot;Le Discours&quot; porte en lui une volonté d'ordonner la réalité dont il convient de se déprendre pour recouvrer sa liberté de pensée.       <br />
              <br />
       Convoquant les &quot;rôles&quot; à jouer selon les situations institutionnelles (judiciaire, médicale, enseignement) où chacun est amené à produire les mots attendus, il se met à vociférer, à scander le texte &quot;théâtralement&quot;, à grimper sur le bureau, à taper nerveusement du pied… comme pour &quot;piétiner&quot; les rituels dictés par l'ordre du discours, et inviter à s'en affranchir.       <br />
              <br />
       De cette &quot;Leçon inaugurale&quot;, présentée in vivo dans un vrai amphithéâtre, par un faux Michel Foucault aussi (im)pertinent que l'original en l'art de convaincre, tant la chorégraphie impeccable de ses mouvements souligne en l'amplifiant la fougue de son propos, on sort… esbaudis. En effet, de ce grand bourdonnement incessant de mots et de cette &quot;mise en pièces&quot; d'un discours dense et complexe, il ressort le flux d'une pensée bouillonnante nous submergeant… pour nous transmettre l'envie irrésistible de penser hors des clous. Ce plaisir du refus de subir les régimes de vérité imposés par les discours institués, cette sensation d'échapper au diktat de &quot;l'Ordre du discours&quot;, agit comme une épiphanie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Désordre du discours"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35621051.jpg?v=1582205105" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
     </div>
     <div>
      D'après &quot;L'Ordre du discours&quot; de Michel Foucault (aux Éditions Gallimard).       <br />
       Conception : Fanny de Chaillé/association Display.       <br />
       Avec : Guillaume Bailliart.       <br />
       Son et régie : Manuel Coursin.       <br />
       Durée : 1 heure.       <br />
              <br />
       <b>Spectacle hors les murs du Carré Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles (33) présenté les 12 et 13 février à l'Amphi Renouard de l'Université Bordeaux Montaigne, dans le cadre du Festival Théâtre des images.</b>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://www.carrecolonnes.fr/" target="_blank">&gt;&gt; carrecolonnes.fr</a>       <br />
              <br />
       Tournée à venir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Desordre-du-discours-Quand-le-geste-et-la-parole-creusent-ce-que-le-discours-recouvre_a2666.html" />
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