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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-08-08T21:35:08+02:00</updated>
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   <title>"Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle</title>
   <updated>2026-06-05T11:32:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Bopkyta-le-voyage-a-l-Est-Un-spectacle-indispensable-a-la-memoire-humaine-pour-traverser-la-barbarie-du-XXe-siecle_a4576.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2026-06-05T11:08:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Rainer Sievert a mis cinq ans de gestation avant de mettre au monde ce nouveau spectacle. C'est le temps qu'il a fallu pour regrouper toutes les documentations recueillies auprès de documentaristes, d'historiens, ou trouvées dans de vieux cartons de lettres et de photos remisées dans un grenier et collecter des souvenirs d'anciens. Le temps aussi pour repousser les zones d'ombres, pour tenter de leur donner un peu de lumière. Ce récit, devenu pièce à part entière, naît de l'histoire familiale de son créateur, Rainer Sievert.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/96855559-67514063.jpg?v=1780650712" alt=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" title=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" />
     </div>
     <div>
      L'objet de ces recherches est une mythologie familiale, comme il en existe à peu près dans toutes les familles : il s'agit des huit ans que ce grand-père, Wilhelm, passa dans les goulags staliniens à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Sur le pourquoi, le comment et les conditions de cette incarcération, Wilhelm ne s'épanche jamais jusqu'à sa mort dans les années soixante-dix. Un mystère que son petit-fils, comédien chevronné (Ariane Mnouchkine, Guy Pierre Couleau…), va découvrir et en faire la trame de ce spectacle qui, sous une apparente simplicité, est en fait un théâtre hors norme.       <br />
              <br />
       C'est un drame dont il s'agit, mais le comédien-auteur réussit à garder l'ironie vitale, cruelle et salutaire, et la distance nécessaire pour offrir à notre imaginaire la narration de la vie de ce grand-père, une vie totalement bouleversée et corrompue par la violence de la grande Histoire incarnée par Adolf Hitler et Joseph Staline. Extirpé de la ferme qui l'avait vu naître par la conscription de l'armée allemande en 1942, transformé en maillon de la chaîne meurtrière de l'organisation fasciste, puis capturé par l'armée rouge, condamné pour crime de guerre à 25 ans, envoyé au goulag, il reparaît dans la ferme familiale en 1953. Ses trois enfants ont bien changé, lui aussi.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/96855559-67514067.jpg?v=1780650734" alt=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" title=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" />
     </div>
     <div>
      L'art de Rainer Sievert et la magistrale intelligence de son texte font que le récit ne tente à aucun moment de s'éloigner de la dimension humaine. Et pourtant, tous les éléments historiques qui accompagnent le destin captivant de Wilhelm sont non seulement évoqués, mais entrent totalement dans la dramaturgie du récit. Les avancées de l'armée hitlérienne sur le front de l'Est sont soigneusement représentées sur de larges projections, ainsi que la position à l'extrême Nord-Est de la Russie des Goulags les plus implacables du régime stalinien. Mais toujours, la présence &quot;minusculement&quot; humaine de Wilhelm sur les cartes d'état-major géantes demeure le centre énigmatique du récit.       <br />
              <br />
       Le parallélisme entre les folies des deux dictateurs, Hitler et Staline, mais également entre l'histoire de cet aïeul et la narration de la quête de ce petit-fils dans les archives du monde (celles de France, d'Allemagne et de Russie, recherches plus difficiles avec le nouveau dictateur Poutine), actualisent complètement ce spectacle. La beauté du geste vient du fait que l'auteur ne cherche jamais à porter un jugement. Ce sont les questions que ce texte émet qui importent. La danse qu'effectue Rainer Sievert accompagné de Manuel Langevin sur ces dix années de folie meurtrière paraît presque surnaturelle, presque magique et libératrice, mais reste une menace possible pour notre avenir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/96855559-67514091.jpg?v=1780650757" alt=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" title=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" />
     </div>
     <div>
      Rainer Sievert n'est pas seul sur scène. Manuel Langevin, au milieu de ses multiples instruments, est une présence essentielle, car la musique qu'il sécrète tout au long du spectacle est d'une rare exigence. Sans jamais venir s'imposer au récit, laissant une place vitale au texte, sa partition totalement éclectique, d'instruments et de sonorités, s'intègre à l'histoire et la porte parfois vers l'émotion. Avec, en plus, ce qui peut nous sembler inaudible, mais qui participe au spectacle comme le silence : <span style="font-style:italic">&quot;… je travaille sur la création d'un silence, d'un faux silence, d'un silence qui n'en soit pas un. Une texture ouverte, un bruit blanc...&quot;</span>, dit Manuel Langevin.       <br />
              <br />
       Dans un dispositif scénique qui dispose de différents espaces capables d'incarner différents lieux, Rainer Sievert évolue en prise directe avec le public. Point de filtres apparents. Mais une jolie maîtrise de la narration qui jongle avec nos émotions comme avec la temporalité du récit, passant du tragique le plus net à l'ironie qui sauve et au danger toujours possible aujourd'hui. Ainsi demande-t-il soudain au public : Est-ce que votre sac est prêt ?       <br />
               <br />
       Un tout petit grain d'angoisse qui se tapit au fond des cœurs, un grain que le grand-père Wilhelm n'a pas reçu, qui l'aurait averti que son tranquille avenir serait du jour au lendemain totalement explosé et que lui-même ne serait plus lui-même quelques années plus tard par la magie des pouvoirs auxquels nous sommes soumis dès la naissance.       <br />
               <br />
       La mise en scène de Lionel Parlier renforce le parti-pris du texte. Elle permet de faire circuler le comédien dans les différents espaces de la scénographie et des projections vidéos. Avec des changements de rythmes et d'adresses régulières, elle impulse la vitalité nécessaire au récit. Elle fait le lien harmonieux entre la musique, la lumière et le texte, et comme dans chacune de ces spécialités, ne s'impose jamais, mais porte sans trêve l'histoire.       <br />
               <br />
       La magie de ce spectacle est qu'il est capable de créer un sentiment de fraternité avec l'humain que l'on devine écrasé par l'Histoire, malgré peut-être, sans doute, de façon certaine les atrocités auxquelles celui-ci a participé. Ainsi, le cœur reste roi ici, et la crainte de l'abominable toujours présente.       <br />
              <br />
       Et, comme d'injuste, j'ai oublié de parler de l'interprétation de Rainer Sievert. C'est presque normal puisque son corps, sa voix, son regard intense sont intégralement et exclusivement dévoués au récit, à l'imaginaire qu'il propulse dans l'espace autour de lui. Un talent riche qui fait oublier l'individu, auquel pourtant il faut bien rendre hommage puisque pendant plus de deux heures, il parvient à donner images et émotions, et sens et questionnements, et connaissance et humanité.       <br />
       <b>◙ Bruno Fougniès</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Bopkyta, le voyage à l'Est"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/96855559-67514120.jpg?v=1780650776" alt=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" title=""Bopkyta, le voyage à l'Est" Un spectacle indispensable à la mémoire humaine, pour traverser la barbarie du XXe siècle" />
     </div>
     <div>
      Texte : Rainer Sievert.       <br />
       Collaboration texte : Valérie Moinet.       <br />
       Mise en scène : Lionel Parlier.       <br />
       Avec : Rainer Sievert et Manuel Langevin (musique, multi-instrumentiste).       <br />
       Dramaturgie : Marc Wels.       <br />
       Scénographie, lumière, images : Wilfried Schick.       <br />
       Traitement des images : Philippe Cybille.       <br />
       Musique Manuel Langevin       <br />
       Musicien : Joris Sievert.       <br />
       Création son : Étienne Martinez.       <br />
       Création costume : Delphine Capossela.       <br />
       Compagnie Free Entrance.       <br />
       À partir de 15 ans.       <br />
       Durée estimée du spectacle : 2 h 15.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 20 mai au 14 juin 2026.</span>       <br />
       Mercredi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.       <br />
       Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, route du Champs de Manœuvre, Paris 12e.       <br />
       Réservation : 07 59 26 80 97.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatreonline.com/Spectacle/Bopkyta-le-voyage-a-l-Est/96718" target="_blank">&gt;&gt; Billetterie en ligne</a>       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/" target="_blank">&gt;&gt; theatre-du-soleil.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes</title>
   <updated>2025-03-10T12:06:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Les-Petits-Chevaux-L-incroyable-et-terrifiante-histoire-des-enfants-des-Lebensborn-ces-pouponnieres-nazies-tenues_a4166.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/87075803-61831090.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2025-03-10T10:43:00+01:00</published>
   <author><name>Isabelle Fauvel</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intelligemment construite, cette pièce révèle un pan largement méconnu de la politique eugéniste du Troisième Reich : les Lebensborn, ces maternités destinées à développer une race aryenne parfaitement "pure" et dominante. Un plongeon dans l'Histoire glaçant et édifiant !     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/87075803-61831090.jpg?v=1741599949" alt=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" title=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" />
     </div>
     <div>
      De grands cartons jonchent la scène. Une vieille dame est décédée. Violette, sa petite-fille, très attachée à son aïeule, a fait le choix de reprendre l'appartement et de s'y installer. Au cours de son rangement, elle découvre une carte postale de Tchécoslovaquie qui l'amène à penser que sa mère aurait pu être adoptée et que la disparue ne serait pas sa &quot;vraie&quot; grand-mère. Elle est sous le choc. Sa mère, elle, semble n'y avoir jamais accordé grande importance. <span style="font-style:italic">&quot;Je n'ai qu'une maman, celle qui m'a élevée&quot;</span>, clame Hortense. Car Hortense, née en 1944, a toujours su qu'elle avait été adoptée à l'âge de trois ans par Paul et Eugénie Dubois. Très heureuse de sa vie avec ses parents adoptifs, dans son petit village de la Meuse, elle n'a jamais cherché à en savoir davantage, et se souvient seulement de s'être cachée, enfant, lorsqu'une dame était venue à l'école à la recherche d'une petite fille de son âge.       <br />
              <br />
       Violette, elle, veut savoir et pousse sa mère à rechercher ses origines. Ensemble, elles vont se lancer dans une enquête aussi captivante que terrifiante, qui les mènera en Allemagne et fera resurgir du passé les fantômes d'Angélique et de Klaus. De la rencontre de Violette et d'Hortense avec Fernand, lui-même issu d'un Lebensborn en Belgique, à celle de Lily, une demi-sœur allemande d'Hortense née du même père, les deux femmes apprendront la vérité sur la naissance de la petite Hortensia Schaeffer avant qu'elle ne devienne Hortense Dubois. Horrifiées, elles découvriront l'existence des Lebensborn, ces fabriques à bébés implantées en Europe pour peupler le Reich d'enfants &quot;racialement parfaits&quot; : des aryens, grands, blonds, aux yeux bleus.       <br />
              <br />
       Écrite à huit mains (Séverine Cojannot, Camille Laplanche, Matthieu Niango et Jeanne Signé), &quot;Les Petits Chevaux&quot; est la première pièce à évoquer ce chapitre peu connu de l'Histoire, et forcément méconnu puisqu'il s'agissait d'un projet tenu secret par le régime nazi. Initié par Himmler, chef de la SS, en 1935, le programme du Lebensborn (&quot;Fontaine de vie&quot; en vieil allemand) consistait en un réseau de pouponnières implantées en Allemagne, puis dans les pays occupés par les Allemands : dix en Allemagne, une dizaine également en Norvège, trois en Autriche, trois en Pologne, deux au Danemark, une aux Pays-Bas, une en Belgique, une au Luxembourg, ainsi qu'une en France, à Lamorlaye, dans l'Oise, où naquirent une vingtaine d'enfants entre février et août 1944.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/87075803-61831093.jpg?v=1741599975" alt=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" title=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" />
     </div>
     <div>
      Des femmes, fécondées par des SS, ou des filles mères correspondant aux critères raciaux des nazis, y passaient les derniers mois de leur grossesse et accouchaient dans l'anonymat. Himmler, très investi, se proposait même d'être le parrain des enfants nés, comme lui, un 7 octobre. Le Lebensborn se chargeait ensuite de la &quot;germanisation&quot; des petits orphelins. Ainsi, entre 1935 et 1944, plus de 20 000 bébés virent le jour dans ces maternités. La plupart d'entre eux, telle Hortense dans la pièce, n'ont découvert leur véritable origine que sur le tard. À ce jour, seule la Norvège leur a reconnu le statut de victimes du nazisme. À l'époque, des enfants en provenance de Norvège, de Pologne et de Tchécoslovaquie étaient même arrachés à leurs parents pour être confiés à des Lebensborn.       <br />
              <br />
       Pour écrire &quot;Les Petits Chevaux&quot;, les auteurs se sont appuyés sur divers témoignages et notamment celui de la mère de l'un d'entre eux, Gisèle Niango. L'histoire d'Hortense est un peu la sienne. Née le 11 octobre 1943, l'octogénaire a grandi dans un petit village de la Meuse et appris, vers dix ans, qu'elle avait été adoptée. Occultant volontairement cette histoire d'adoption, elle ne s'y intéresse réellement qu'à la mort de sa mère adoptive. Par une cousine, elle apprend alors que ses parents étaient allés la chercher à Commercy où, en 1946, un train en provenance d'Allemagne s'était arrêté avec des enfants convoyés dans le but d'être adoptés.       <br />
              <br />
       Par la suite, elle a la confirmation que le nom de la petite Gisela (ainsi s'appelait-elle avant que son prénom soit francisé) figurait bien sur la liste des dix-sept enfants expédiés (dont sept ne survécurent pas au voyage). C'est en 2005 seulement, après avoir fait la demande de son acte de naissance auprès des archives de la Croix-Rouge, que Gisèle apprend être née à Wégimont, en Belgique, dans un Lebensborn.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/87075803-61831105.jpg?v=1741600000" alt=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" title=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" />
     </div>
     <div>
      Sur scène, trois comédiennes et un comédien (Séverine Cojannot, Nadine Darmon, Florence Cabaret, Samuel Debure) interprètent une dizaine de personnages, français et allemands, d'hier et d'aujourd'hui : Violette, Angélique, Hortense, Lily, la cousine Jacqueline, une employée, une guide, Fernand, Klaus, le Docteur Ebner… Tous sont très justes, et incarnent avec conviction les protagonistes de cette histoire cauchemardesque. La pièce, intelligemment construite, et la mise en scène, fluide, rendent cette quête aussi haletante qu'angoissante.        <br />
              <br />
       Saluons également la simplicité et l'ingéniosité du décor, composé de boîtes en carton, évoquant tantôt des cartons de déménagement, tantôt des meubles d'archivage, ou encore les totems d'une exposition dédiée aux enfants déplacés pendant la guerre. Nichées dans le creux des cartons éclairés de l'intérieur, les photographies de ces visages innocents nous bouleversent.       <br />
              <br />
       La pièce, en sortant le projet Lebensborn de l'oubli, soulève aussi des questions sur la maternité, l'identité, la filiation, la transmission, et double le propos historique d'une dimension universelle. En faisant acte de mémoire, elle montre ce que les théories eugénistes ont engendré, et engendrent encore aujourd'hui, de haine et de folie. Depuis le début de l'invasion ukrainienne, rappelons-le, 20 000 petits Ukrainiens ont été déportés en Russie pour être &quot;russifiés&quot;. L'histoire se répète de manière délirante dans toute son horreur. Ce spectacle n'en est que plus indispensable !       <br />
              <br />
       À noter que la représentation du mardi 18 mars sera suivie d'une rencontre animée par le journaliste Boris Thiolay, auteur de &quot;Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits&quot;, avec Dirk Kaesler (né dans un Lebensborn allemand), Valérie Beausert-Leick (présidente de l'association Pour la Mémoire des Enfants des Lebensborn) et Matthieu Niango (co-auteur de la pièce).       <br />
       <b>◙ Isabelle Fauvel</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Les Petits Chevaux" </b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/87075803-61832086.jpg?v=1741604351" alt=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" title=""Les Petits Chevaux" L'incroyable et terrifiante histoire des enfants des Lebensborn, ces pouponnières nazies tenues secrètes" />
     </div>
     <div>
      De Séverine Cojannot, Camille Laplanche, Matthieu Niango et Jeanne Signé.       <br />
       Mise en scène : Jeanne Signé.       <br />
       Collaboration artistique : Pauline Devinat.        <br />
       Avec : Florence Cabaret, Séverine Cojannot, Nadine Darmon, Samuel Debure.       <br />
       Conception décors : Marguerite Danguy des Déserts.        <br />
       Costumes : Sabine Schlemmer, Julia Brochier.        <br />
       Lumières : Jean-Luc Chanonat.        <br />
       Vidéo et son : Jeanne Signé.       <br />
       Durée : 1 h 20.        <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 4 mars au 22 avril 2025.</span>       <br />
       Lundi et mardi à 19 h.        <br />
       Théâtre des Gémeaux Parisiens, Paris 20ᵉ, 01 87 44 61 11.        <br />
       <a class="link" href="https://www.theatredesgemeauxparisiens.com/" target="_blank">&gt;&gt; theatredesgemeauxparisiens.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>"Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp</title>
   <updated>2024-09-18T17:14:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Dieu-ne-fait-rien-pour-les-faibles-Il-faut-bombarder-Auschwitz-phrase-choc-de-deux-evadees-du-camp_a4044.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/82884358-59400047.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-09-18T16:48:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
La scène se déroule en avril 1944, dans une petite ville de Slovaquie, Zilina. Deux jeunes femmes, Marthe et Elsa, s'adressent au conseil juif de la ville pour demander de l'aide, mais surtout demander à être entendues. Elles semblent fatiguées, sont vêtues de hardes et n'ont aucun bagage. Elles disent s'être évadées d'un camp de prisonniers. Un camp en Pologne, dont la frontière n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres. Un camp dont aucun des membres du conseil n'a entendu parler à cette époque : le camp d'Auschwitz.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82884358-59400047.jpg?v=1726672840" alt=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" title=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" />
     </div>
     <div>
      En cette interminable période de guerre, la méfiance règne dans la communauté juive. Les plus folles rumeurs circulent un peu partout sur les exactions nazies. On se méfie des espionnages, toujours possibles. Le conseil décide alors de désigner deux personnages pour interroger les deux fugitives : un notable de la ville chez qui vont loger les deux jeunes femmes et un rabbin de Bratislava expressément appelé pour s'occuper de cette affaire.       <br />
              <br />
       Tout le fil dramatique de la pièce sera tendu dans une suite d'entretiens, d'interrogatoires aux allures bienveillantes, de révélations dont l'horreur aura toutes les peines du monde à être prise pour vérité tant elle semble inimaginable pour ceux dont la solution finale n'était pas encore connue. Par petites touches, par aveux successifs, par heurts plus ou moins violents, l'histoire se dévoile et les mises en doutes des deux enquêteurs, au début agressives, s'atténuent.       <br />
              <br />
       C'est passionnant de voir peu à peu, au fil des entretiens et des différentes révélations faites par les deux femmes, l'incrédulité des deux représentants de la communauté juive se fissurer, se fragiliser pour, à la toute fin, laisser place à l'effarement le plus total. Passionnant également de pouvoir assister alternativement aux deux points de vue : celui des deux hommes, leur méfiance vis-à-vis des deux jeunes femmes et de leur histoire, et celui des deux femmes, blessées par cette défiance, elles qui portent déjà blessures et honte des humiliations du camp.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82884358-59400066.jpg?v=1726672900" alt=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" title=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" />
     </div>
     <div>
      Comment témoigner d'une chose affreuse que l'on a subie ? Voici une des questions sous-jacentes qui viennent à l'esprit en assistant à cette pièce. On assiste ainsi au dépouillement pudique de deux jeunes femmes devant deux vieux hommes méfiants ; et c'est à la fois beau et terrible. Car outre la question centrale de la révélation de la Shoah qui est le centre de toute la pièce, la question de la liberté féminine dans un monde régi par les hommes ne cesse de surgir.       <br />
              <br />
       Loin de ne jamais tomber dans le pathos, la mise en scène d'Olivier Hamel et sa direction d'acteur donnent la distance nécessaire pour être touché sans être meurtri. La présence d'un guitariste (Thomas Griffaut, tout en délicatesse), qui ponctue la totalité du spectacle, apporte de belles respirations qui permettent au spectacle de rejoindre parfois l'esprit du conte. Une lumière chaude apporte de l'humanité à la dureté de certains échanges et des passages de la vie courante, joués avec légèreté, contrebalancent également le côté glacial de l'histoire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82884358-59400093.jpg?v=1726673019" alt=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" title=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" />
     </div>
     <div>
      Le jeu des comédiens et surtout celui des deux comédiennes qui interprètent les deux rescapées, Chloé Gigandon et Léonie Perriard, est suffisamment bien distancié pour faire sonner le ténébreux sans y sombrer, principalement lors de monologues aux descriptions terribles. Les cinq personnages aux caractères bien définis donnent une belle vie à cette pièce tirée d'une histoire vraie, dont s'est inspiré l'auteur, Alain Girodet, également interprète du rabbin. Un rabbin plutôt sévère face à un notable doux, mais faible (une très convaincante création de personnage d'Erik Chantry) dont la femme (d'une fausse légèreté d'apparence donnée par Ava Cohen) finit par s'émanciper.       <br />
              <br />
       Une histoire vraie dont le récit finit par parvenir aux alliés, avec une terrible question posée sur la table : faut-il bombarder Auschwitz ? Et tuer des dizaines de milliers de prisonniers pour peut-être sauver des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d'autres ?       <br />
              <br />
       L'histoire est belle, le traitement intelligent, les scènes jouées avec sincérité et implication, voilà une pièce que l'on reçoit avec douceur et d'où l'on ressort avec une bribe de notre histoire en plus ; un peu plus riche, en quelque sorte.       <br />
       <b>◙ Bruno Fougniès</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Dieu ne fait rien pour les faibles"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/82884358-59400094.jpg?v=1726673048" alt=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" title=""Dieu ne fait rien pour les faibles" Il faut bombarder Auschwitz, phrase choc de deux évadées du camp" />
     </div>
     <div>
      Texte : Alain Girodet.       <br />
       Mise en scène, scénographie, lumière et régie : Olivier Hamel.       <br />
       Avec : Erik Chantry, Ava Cohen, Chloé Gigandon, Alain Girodet, Léonie Perriard et Thomas Griffaut (guitare).       <br />
       Musique : Thomas Griffaut.       <br />
       Costumes et accessoires : Marie Javelaud.       <br />
       Production : Compagnie Être Ange et Art.       <br />
       À partir de 10 ans.       <br />
       Durée : 1 h 45.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 12 au 29 septembre 2024.</span>       <br />
       Du jeudi au samedi à 21 h, samedi et dimanche à 16 h 30.       <br />
       Théâtre de l'Épée de Bois, Salle Studio, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12ᵉ, 01 48 08 39 74.       <br />
       <a class="link" href="https://www.epeedebois.com/" target="_blank">&gt;&gt; epeedebois.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Dieu-ne-fait-rien-pour-les-faibles-Il-faut-bombarder-Auschwitz-phrase-choc-de-deux-evadees-du-camp_a4044.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique</title>
   <updated>2024-07-21T10:45:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/In-2024-Forever-Immersion-dans-Cafe-Müller-de-Pina-Bausch-Archeologie-d-une-choregraphie-mythique_a4013.html</id>
   <category term="Avignon 2024" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/81677954-58792235.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-07-21T10:06:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Vous en reprendrez bien un, Café ? Comme une photographie détachée d'un album de famille, au seul nom de "Café Müller" la mémoire se met à vibrer, libérant des notes hors d'âge… Cette pièce de Pina Bausch, créée en 1978 sur une musique ensorceleuse d'Henry Purcell, cristallise "pour toujours" l'essence d'une nouvelle chorégraphie contemporaine où danse et théâtre fusionnent jusqu'à s'y confondre. Remise sur l'avant-scène par Boris Charmatz, artiste complice de cette 78ᵉ édition, et interprétée par les danseuses et danseurs du mythique Tanztheater Wuppertal, elle prend ici la forme d'une installation chorégraphique de sept heures, sans début ni fin.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81677954-58792235.jpg?v=1721551484" alt="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" title="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" />
     </div>
     <div>
      Les spectateurs, invités à choisir deux capsules de quarante-cinq minutes s'enchaînant ressentent d'emblée une étrange sensation. Comme si le temps soudainement s'était arrêté… Devant eux, un parterre de chaises et de tables que des êtres évanescents vont parcourir en tous sens au rythme des pulsions qui les traversent… Entre deux capsules qui consacrent la répétition du même, des interludes où chaque danseur tour à tour confiera son rapport personnel à Pina Bausch. Autant de confidences qui, au-delà des anecdotes sensibles, font revivre tant les exigences que l'humanité de cette grande dame.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Reproduire ce qu'on a vu… courir vers le mur… s'y jeter… aller l'un vers l'autre… se sentir…&quot;,</span> ainsi un danseur évoque-t-il en voix off l'enseignement reçu tout en répétant inlassablement ses mouvements… Une danseuse confie à quel point elle était impressionnée par Pina et comment, grâce à elle, elle a pu dépasser sa retenue… Un danseur, dans une course effrénée, envoie valdinguer une série de chaises avant de rappeler la figure mythologique sauvage à laquelle, sous l'impulsion de Pina, il s'est identifié… Autant de témoignages in situ, peuplant les interludes en rendant hommage à la fondatrice du Tanztheater Wuppertal.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81677954-58792236.jpg?v=1721551529" alt="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" title="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" />
     </div>
     <div>
      Autant aussi de zooms arrière que ces interludes imaginés par Boris Charmatz, &quot;l'héritier&quot;… Pina Bausch demandait effectivement beaucoup (certains auraient dit beaucoup trop…) à ses danseurs et danseuses qui non seulement devaient maîtriser leur technique &quot;sur les bouts des doigts&quot; mais encore être capables (et cela est d'une tout autre nature) de se donner en allant chercher au plus profond d'eux-mêmes leurs intimes ressources dans une abnégation totale. Cette générosité qui exigeait le don d'eux-mêmes, elle la leur rendait au travers de l'attention de tous les instants qu'elle leur portait pour obtenir que l'humain parle, débarrassé des fards de la représentation, fût-elle chorégraphique. Ce désir d'atteindre l'essence de ce que chacun est n'était pas absent de la fascination qu'elle exerçait : un désir de libération, même si le prix à payer est toujours celui d'un douloureux renoncement aux enveloppes protectrices.       <br />
              <br />
       Et ces créations ressassent en boucle ce processus de quête de soi qui passe par la rudesse d'affrontements violents. Jamais peut-être autant que pour Pina Bausch (elle qui, paradoxe, née en 1940 dans l'Allemagne nazie ne faisait jamais état de son enfance), l'existence n'aura autant façonné la réalisation. Car que dit-elle d'autre, au travers de ces chorégraphies, que ce ressassement du sens sans cesse à réinventer dans une répétition ouverte au surgissement du même (qui diffère de l'identique à la fixité inamovible) pour signifier la marge de liberté qu'il revient à chacun de risquer encore et encore ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81677954-58792255.jpg?v=1721551574" alt="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" title="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" />
     </div>
     <div>
      Par ces coups de boutoir adressés au réel qui résiste, Pina Bausch fait vaciller les certitudes de toute &quot;imagerie&quot; qui lisserait les relations hommes femmes en n'en donnant à voir qu'une traduction fade, édulcorée, lénifiante. Tout au contraire, les univers qu'elle crée ne peuvent être épuisés par aucune approche préfabriquée, car ils échappent à tout discours construit pour se mettre délibérément du côté de &quot;l'intranquillité&quot; ouvrant au frisson de la liberté, lié à la découverte d'un sens qui se refuse. Là est sans doute, au-delà de sa disparition, le secret de la fascination qu'elle exerce, tant sur ses danseurs que sur les spectateurs gagnés, eux aussi, par l'ivresse insondable des perspectives offertes par le vertige qui les gagne.       <br />
              <br />
       Devant les spectateurs d'Avignon 2024, comme hypnotisés de voir renaître en plein jour &quot;Café Müller&quot; créé il y aura bientôt cinquante ans à l'Opernhaus de Wuppertal, une femme, comme somnambule, fait son entrée les bras tendus devant elle. Elle semble glisser entre les chaises et tables, embarrassant l'espace. Deux autres figures féminines encore, et à leur suite, un homme faisant irruption pour dégager le mobilier faisant obstacle. Dans ses mouvements précipités se lit la hantise qu'elles s'y cognent. La musique de Purcell ajoute à la scène ses effets incantatoires…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81677954-58792256.jpg?v=1721551601" alt="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" title="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" />
     </div>
     <div>
      Mais de qui sont-ils &quot;les représentants&quot; ces écueils où l'apparition échoue, terrorisée, vacillante, jusqu'à ce qu'elle trouve un refuge passager dans les bras d'un homme. Sont-ce les éclats du passé de la chorégraphe, alors petite fille, trouvant refuge sous l'une des tables du café tenu par ses parents pour échapper aux bombardements… ou ceux du regard des clients, ou encore du sien, regard, qui découvrait les scènes de l'amour et de la haine pouvant heurter l'enfant qu'elle était ? Le sait-elle elle-même ? Cela n'a que peu d'importance. Ce qui compte, c'est l'impact émotionnel créé par la force tragique de ce corps en déséquilibre constant qui, pris dans la tourmente, n'arrête pas de vouloir avancer vers un horizon qui se dérobe perpétuellement, car il sait ce corps en souffrance qu'il n'y a pas d'autre choix. Sinon, l'absence de mouvement, et son autre nom, la mort.       <br />
              <br />
       Se déplacer à tâtons, tâter le corps vivant de l'autre, éprouver le contact rude du mobilier qui empêche, se mouvoir à petits pas tressautés ou à grandes enjambées, se fracasser sur les murs ou encore se suspendre au cou d'un potentiel amant pour rechercher le contact charnel d'une peau vivante. Se mouvoir équivaut alors à s'émouvoir avec une telle intensité, une telle rage, que nous sommes à notre tour &quot;touchés&quot;, nous spectateurs, tant dans notre corps que dans notre âme, par les fragments acérés de ce remue-ménage dont nous sommes les témoins privilégiés.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81677954-58792259.jpg?v=1721551638" alt="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" title="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" />
     </div>
     <div>
      Touchés nous le sommes par ces corps qui n'arrêtent pas de &quot;se découvrir&quot; l'un l'autre, de se prendre et déprendre, d'être épris et dépris, dans des gestes mécaniques répétés autant qu'interrompus à l'infini, comme si les corps étaient &quot;désaffectés&quot; mais qu'il resterait en eux, inscrits dans leurs plis, les marques mnésiques, les affects sensibles, d'un paradis perdu. Arabesques du désir que dessinent ces corps en mouvement dans un corps à corps parfois lent, parfois accéléré, mouvements parcourus par les pleins et les déliés du désir amoureux, attractions et rejets se répétant à l'envi jusqu'à l'épuisement final.       <br />
              <br />
       Fascination exercée par ces hommes et femmes, assis le regard vide autour d'une table l'instant d'avant (on pense à la peinture métaphysique d'Edward Hopper), et l'instant d'après, se jetant à corps perdu dans une quête éperdue. Êtres épris d'un besoin d'aimer et d'être aimé chevillé au corps, dont les tentatives rejouées à l'envi sont destinées à se briser sur le mur d'un réel qui résiste. Cette faille à jamais espérée, ouvrant l'espace du désir, nous ravit à nous-mêmes. Nous en sommes d'autant plus émus que nous croyons parfois reconnaître notre reflet, à peine flouté, dans le miroir tendu par cet hypnotique rêve éveillé offert en ce juillet d'Avignon 2024 par Boris Charmatz et ses danseurs, passeurs ô combien éclairés d'une chorégraphie mythique.        <br />
       <b>◙ Yves Kafka</b>       <br />
              <br />
       <b>Vu le jeudi 18 juillet 2024 à La Fabrica d'Avignon.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Forever, (Immersion dans "Café Müller de Pina Bausch"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/81677954-58792278.jpg?v=1721552318" alt="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" title="•In 2024• "Forever" (Immersion dans "Café Müller" de Pina Bausch) Archéologie d'une chorégraphie mythique" />
     </div>
     <div>
      France – Allemagne. Création 2024.       <br />
       &quot;Forever&quot; comprend des représentations de &quot;Café Müller&quot;, pièce de Pina Bausch (1978), dont la durée est d'environ 45 minutes.       <br />
       Conception : Boris Charmatz.       <br />
       Avec l'Ensemble du Tanztheater Wuppertal, les invitées et invités* : Dean Biosca, Naomi Brito, Emily Castelli, Boris Charmatz, Maria Giovanna Delle Donne, Taylor Drury, Çağdaş Ermiş, Julien Ferranti*, Letizia Galloni, Scott Jennings*, Lucieny Kaabral, Simon Le Borgne, Reginald Lefebvre, Alexander López Guerra, Nicholas Losada, Blanca Noguerol Ramírez, Milan Nowoitnick Kampfer, Nazareth Panadero*, Héléna Pikon*, Jean Laurent Sasportes*, Azusa Seyama-Prioville, Michael Strecker, Christopher Tandy, Tsai-Wei Tien, Frank Willens, Tsai-Chin Yu.       <br />
       Collaboration artistique : Magali Caillet Gajan.       <br />
       Lumière : Yves Godin.       <br />
       Vestiaire de travail : Florence Samain.       <br />
       Direction des répétitions de Café Müller : Barbara Kaufmann, Héléna Pikon.       <br />
       Durée : 2 h.       <br />
              <br />
       <b>•Avignon In 2024•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 14 au 21 juillet 2024.</span>       <br />
       Représenté à 13 h, 15 h, 16 h 45 et 18 h.       <br />
       La FabricA, Avignon.       <br />
       Réservations : 04 90 14 14 14, tous les jours de 10 h à 19 h.       <br />
       <a class="link" href="https://festival-avignon.com" target="_blank">&gt;&gt; festival-avignon.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/In-2024-Forever-Immersion-dans-Cafe-Müller-de-Pina-Bausch-Archeologie-d-une-choregraphie-mythique_a4013.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"La contre-parole" Quand Nicolas Bouchaud prête sa voix à Paul Celan, la poésie prend corps…</title>
   <updated>2024-04-03T10:22:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/La-contre-parole-Quand-Nicolas-Bouchaud-prete-sa-voix-a-Paul-Celan-la-poesie-prend-corps_a3863.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/79289653-57443372.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-04-03T09:43:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Si, dès l'ouverture du copieux programme du "Marché de la Poésie de Bordeaux", on est mis en appétit par la lecture de "Vacance", dernier recueil du jeune poète Victor Malzac, lauréat du prix Apollinaire découverte 2023, la carte blanche laissée à l'un des acteurs les plus percutants de l'époque fait figure de cerise sur le gâteau… Ainsi, en cette avant-dernière soirée dédiée à la poésie, avec l'humanité et l'engagement artistique que l'on lui connaît, Nicolas Bouchaud nous offre "son" montage concocté à partir de poèmes et écrits d'un autre homme d'exception, Paul Celan, poète novateur et engagé.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79289653-57443372.jpg?v=1712132303" alt=""La contre-parole" Quand Nicolas Bouchaud prête sa voix à Paul Celan, la poésie prend corps…" title=""La contre-parole" Quand Nicolas Bouchaud prête sa voix à Paul Celan, la poésie prend corps…" />
     </div>
     <div>
      La Halle des Chartrons, à l'architecture métallique emblématique de la fin du XIXe, est un ancien marché splendidement restauré et voué depuis 1998 aux manifestations culturelles. Au titre de ses deux fonctions successives, elle était toute destinée à accueillir – et ce depuis vingt-cinq ans – &quot;Le Marché… de la Poésie de Bordeaux&quot;. Ainsi, du 22 au 26 mars cette année, se succèdent les interprétations des poètes invités et des spectacles vivants, créant un véritable bouillonnement culturel propice à rendre sensible la poésie descendue de ses cintres pour se frotter au public.       <br />
              <br />
       Tel qu'en lui-même, Nicolas Bouchaud s'avance vers le micro, précieux feuillets en mains de la &quot;Contre-parole&quot; (titre qu'il a choisi) qu'il se propose à faire résonner en nous en se glissant dans l'univers du poète juif allemand naturalisé français. Pour Paul Celan, la poésie n'est nullement du domaine de l'énonçable, genre qui a affaire à une prose structurée rendant compte en toute logique de son énoncé. Sur un versant opposé, réside la poésie… le domaine de ce qui ne peut se dire, de ce qui émane d'un langage échappant à toute logique, un langage ici à jamais mutilé par les bourreaux nazis rendant chaotique toute pensée qui aurait la prétention de s'en faire le porte-parole. D'où la &quot;contre-langue&quot;, comme Celan la nommait, seule apte – au travers de ses ellipses, fractures, images écrans – à dire… l'indicible. <span style="font-style:italic">&quot;Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79289653-57443373.jpg?v=1712132330" alt=""La contre-parole" Quand Nicolas Bouchaud prête sa voix à Paul Celan, la poésie prend corps…" title=""La contre-parole" Quand Nicolas Bouchaud prête sa voix à Paul Celan, la poésie prend corps…" />
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      En guise de prélude, le comédien s'empare de l'allocution prononcée le 26 janvier 1958 par Paul Celan, discours adressé à la ville de Brême dont il a reçu le prix de littérature. L'occasion pour lui d'évoquer la &quot;langue-mémoire&quot; dont le poète fait œuvre. Une mémoire, la sienne, celle de son enfance, du pays &quot;où vivaient des hommes et des livres&quot;, et d'où n'a survécu, au milieu d'un champ de désastres, que la langue allemande… Mais une langue chargée de l'expérience mortifère dont elle porte les stigmates. Aussi le poète est-il semblable au funambule devant cheminer sur une ligne improbable. Savoir et ne pas savoir. Ne pas occulter le versant du passé, mais ne pas se laisser enfermer par lui. Ouvrir sur un autre versant, celui de tous les possibles &quot;à-venir&quot;. La langue de la poésie est ainsi à prendre <span style="font-style:italic">&quot;comme une bouteille à la mer mettant le cap sur un tu à qui parler&quot;</span>, elle est traversée par le désir d'une rencontre hypothétique avec un autre qui, de tout temps, aurait vocation à être touché par elle.       <br />
              <br />
       Suit un florilège de poèmes, tramés par la même obsession, si divers en soient les thèmes…        <br />
       <b>&quot;L'éloge du lointain&quot;</b>        <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Dans la source de tes yeux/vivent les nasses des pêcheurs de la mer délirante/Plus noir au fond du noir, je suis plus nu.&quot;</span> ;       <br />
       <b>&quot;Corona&quot;</b>       <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Mon œil descend vers le sexe de l'aimée/nous nous regardons/nous nous disons de l'obscur/Il est temps que le temps advienne&quot;</span> ;       <br />
       <b>&quot;Toi aussi parle&quot;</b>       <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Parle/Mais ne sépare pas le oui du non/Donne aussi le sens à ton message : donne lui l'ombre&quot;</span> ;       <br />
       <b>&quot;Brûlure&quot;</b>       <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Nous ne dormions plus/et tu racontais une pénombre qui grandissait/et douze fois j'ai dit tu à la nuit de tes mots/et la nuit s'est ouverte/et elle est restée déclose&quot;</span> ;       <br />
       et bien d'autres encore où l'ombre le dispute à la lumière, où l'existence ne se fait approcher qu'au travers des paradoxes qui la composent.       <br />
              <br />
       S'attardant sur un poème-phare, Nicolas Bouchaud en fait résonner jusqu'à nous la teneur à vif, rencontrant notre propre douleur de laisser encore aujourd'hui l'impensable se commettre…        <br />
       <b>&quot;Fugue de mort&quot;</b>        <br />
       <span style="font-style:italic">&quot; Lait noir de l'aube nous le buvons le soir/la mort est un maître d'Allemagne son œil est bleu/il t'atteint d'une balle de plomb il ne te manque pas/tes cheveux d'or Margarete/tes cheveux cendre Sulamith&quot;</span>…        <br />
       … où Margarete l'Allemande et Sulamith la Juive sont ici réunies et opposées… là où ses propres parents trouvèrent la mort dans les camps nazis… là où lui, souffrant des troubles post-traumatiques de la Shoah se dirigeait sans le savoir vers son autodestruction… et là où nous courons sans sourciller vers de sombres demains.
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     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79289653-57443399.jpg?v=1712132356" alt=""La contre-parole" Quand Nicolas Bouchaud prête sa voix à Paul Celan, la poésie prend corps…" title=""La contre-parole" Quand Nicolas Bouchaud prête sa voix à Paul Celan, la poésie prend corps…" />
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      Il faudrait aussi évoquer l'interprétation d'un extrait du &quot;Méridien&quot;, ce discours prononcé à l'occasion de la remise du prix Georg Büchner le 22 octobre 1960 et qui très vite se transforme en manifeste poétique. Paul Celan y oppose (et c'est repris avec gourmandise par l'acteur) l'art, somme d'artifices, domaine des faiseurs &quot;pétrifiant le vivant&quot;, et la poésie qui à l'opposé <span style="font-style:italic">&quot;garde le cap sur l'Autre en se tenant dans le secret de la rencontre&quot;.</span>       <br />
              <br />
       Enfin, comme chute éloquente s'il en est, Nicolas Bouchaud choisit d'interpréter le &quot;Dialogue dans la montagne&quot; d'août 1959 où le poète imagine une autre rencontre, celle de soi… au travers d'une adresse à un autre, les deux Juifs de l'histoire éprouvant l'un et l'autre le désir de parler mais ne se rencontrant finalement pas.       <br />
              <br />
       La poésie de Paul Celan est tout sauf monolithique, tout sauf une évidence… Seule, elle ne dit rien, mais est une &quot;contre-dite&quot;, une &quot;contre-parole&quot; et a besoin d'un tiers qui l'accueille en lui pour prendre sens. À cet égard qui d'autre que Nicolas Bouchaud, s'effaçant derrière le texte tout en le faisant vivre dans ses moindres replis, pouvait mieux jouer le rôle de passeur ? Un passeur investi rendant possible cette rencontre poétique et improbable entre le poète suicidé, épris d'humanité, et nous frères humains qui après lui vivons.       <br />
              <br />
       <b>Vu et entendu le lundi 25 mars à la Halle des Chartrons de Bordeaux, lors de la 25ᵉ édition du &quot;Marché de la Poésie&quot;.</b>
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"La contre-parole"</b></div>
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      Poèmes et écrits de Paul Celan.       <br />
       Interprétés par Nicolas Bouchaud.       <br />
       Durée : 1 h.       <br />
              <br />
       <b>&quot;Le Marché de la Poésie&quot; de Bordeaux s'est déroulé du 22 au 26 mars 2024.</b>
     </div>
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