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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-12T17:36:30+02:00</updated>
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   <title>"Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée</title>
   <updated>2022-11-14T11:38:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Huit-heures-ne-font-pas-un-jour-Chronique-d-une-emancipation-annoncee_a3442.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/68741444-48287745.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-11-15T07:59:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Quand on se nomme Krüger-Epp, que l'on appartient à une famille ordinaire ouvrière dans la RFA des années soixante-dix et que l'existence semble a priori se résumer à partager son temps entre l'atelier d'usine et la récupération de sa force de travail, sans autre horizon d'attente qu'un labeur répétitif dénué de sens, on a bien besoin d'un petit grain de sable - une lanceuse d'alerte dirait-on aujourd'hui - qui, en toute innocence, va faire dérailler les destins tracés. Cet ovni salutaire a pour nom Luise, dite Mamie. Matriarche "indigne" et truculente d'une tribu traversée par les courants revendicatifs et féministes de l'après 68, elle va par sa seule présence inspirer aux autres membres les pas de côté créant des failles dans l'ordre établi.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287745.jpg?v=1668367487" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Ce scénario, mettant en jeu la classe ouvrière confrontée à son désir d'émancipation, a été écrit par Rainer Werner Fassbinder pour une mini-série télévisée allemande (&quot;Episodes 1 à 5&quot;) diffusée d'octobre 72 à mars 73. Abandonnant pour un temps l'atmosphère sombre de sa filmographie et de son théâtre, il s'y emploie à dépeindre, avec un réalisme distancié et une dose de fantaisie ô combien réjouissante, les heurs et malheurs de la condition ouvrière, de ses asservissements consentis à ses désirs de s'en libérer.       <br />
              <br />
       D'emblée la grand-mère Luise, très en verve, excitée comme une jeune amante, raconte à sa tribu réunie à l'occasion de son anniversaire comment elle a rencontré &quot;son Gregor&quot;, lisant &quot;L'amant de Lady Chatterley&quot; sur un banc du parc. Veuve, et apparemment heureuse de l'être si on s'en réfère aux souvenirs désastreux de son voyage de noces, elle se met en tête de trouver un appartement (chose compliquée quand on n'a pas le sou) pour abriter ses nouvelles amours… Désir qui, au-delà du sourire plus ou moins gêné qu'il peut provoquer chez son entourage un tantinet frustré, ouvre immanquablement une brèche dans l'aliénation du groupe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287746.jpg?v=1668367528" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      En effet, comme Wilhelm Reich, psychanalyste exclu du parti communiste allemand, n'avait pas manqué en son temps de le pointer dans son essai &quot;La Révolution sexuelle&quot; établissant un lien fort entre répression politique et répression sexuelle, comme les soixante-huitards de la Sorbonne l'inscrivaient en lettres rouges sur les murs parisiens <span style="font-style:italic">&quot;Plus je fais l'amour, plus j'ai envie de faire la révolution ; plus je fais la révolution, plus j'ai envie de faire l'amour&quot;</span>, cette grand-mère iconoclaste ouvre - à son corps consentant - la voie à la dissidence politique.       <br />
              <br />
       Mais le schéma introjecté du modèle patriarcal et patronal, ancré jusque dans les cerveaux des dominé(e)s, sera dur à déloger, tant les mécanismes de l'aliénation sont redoutables et leurs effets pervers, dévastateurs. Ainsi du mari de la petite-fille de Luise, violent et lui-même violenté par une morale héritée de la suprématie du mâle travailleur ayant tiré un trait sur toute notion de plaisir. Ainsi de &quot;l'ouvrier jaune&quot; qui trahira ses collègues en dévoilant à la cheffe la stratégie élaborée par ses pairs pour faire avancer leurs revendications salariales.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287747.jpg?v=1668367559" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Cependant, grâce à l'impulsion libertaire incarnée par cette grand-mère ne doutant, elle, de rien, jusqu'à ouvrir une garderie sauvage dans des locaux appartenant à la mairie - n'hésitant aucunement à enfreindre la loi pour faire valoir le droit aux mères de n'être pas les bonnes au foyer, les libérant de la garde de leur progéniture pour exister en tant que femmes - les lignes vont bouger au gré des actes posés. De même, encouragée par le questionnement de la petite amie amoureuse du petit-fils, lui-même à l'unisson de ces deux femmes, la contestation de l'ordre immuable va cheminer dans les esprits des hommes et femmes confondus.       <br />
              <br />
       Des petites phrases libératrices comme <span style="font-style:italic">&quot;Seuls les veaux les plus bêtes choisissent eux-mêmes leur boucher&quot;</span> ou encore <span style="font-style:italic">&quot;On a toujours plus de pouvoir qu'on ne croit&quot;</span>, servent d'antidotes à d'autres versées dans la résignation de classe : <span style="font-style:italic">&quot;De toute façon, l'ouvrier, il est là pour se faire avoir&quot;</span>. Ce combat - c'en est un - est semé d'embûches tant l'intériorisation de la servitude volontaire a contaminé les circuits de réflexion et l'estime de soi. Ainsi, lorsque des velléités d'émancipation par la connaissance se font jour chez un ouvrier, constituant l'espoir d'une nouvelle gouvernance dans l'atelier, elles sont battues en brèche par le sentiment d'usurper un rôle réservé à la classe supérieure : <span style="font-style:italic">&quot;Faut savoir rester à sa place. Quand on est petit, on reste petit. Je n'arrive pas à retenir… Je suis bête, je le sais&quot;.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287748.jpg?v=1668367608" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Heureusement, la communauté ouvrière est là qui veille à ce que le sentiment d'illégitimité de classe soit combattu, et ce, pour le bonheur de tous. <span style="font-style:italic">&quot;L'histoire de ton corps (et de ton esprit) accuse l'histoire politique&quot;</span>, dit en écho Édouard Louis dans &quot;Qui a tué mon père ?&quot;. Prise de conscience, grâce aux débats incessants suivis de vote à main levée dans l'atelier, que l'aliénation n'est pas naturelle, mais acquise ; on ne naît pas aliéné, on le devient. De même, les préjugés de classe concernant les &quot;alliances contre-nature&quot; entre des êtres ne partageant ni la même culture, ni le même standing, voleront fort joyeusement en éclats sous la pression du désir amoureux - encore lui - propre à venir à bout de tous les conditionnements sociétaux.       <br />
              <br />
       Ce qui est remarquable dans l'univers mis en jeu, c'est que loin de tous discours didactiques, ce sont les actes posés collectivement, émaillés de petites phrases spontanées éclairant les paroles de l'aliénation (<span style="font-style:italic">&quot;Elle n'a pas que de la merde dans le crâne. Elle dit ce qu'on lui a appris&quot;</span>), qui participent au processus d'émancipation, un processus lent, émaillé de crises de nerfs, d'engueulades et de rires, et pour autant redoutable d'efficacité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287749.jpg?v=1668367643" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Sans oublier, encore et toujours, le pouvoir des sentiments, ceux qui unissent la grand-mère à son amant, le petit-fils à son amie rencontrée autour d'un bocal à cornichons récalcitrant, ou encore deux autres couples jugés au départ des plus improbables. Pas étonnant alors, que sous leurs impulsions, le paysage mental s'ouvre à d'autres horizons, soulevant le couvercle de la servitude intégrée pour créer les conditions d'une émancipation tant ouvrière que personnelle.       <br />
              <br />
       Pour ces nouveaux contestataires, découvrant in situ la force de l'organisation collective comme outil de libération susceptible de les extraire de l'emprise d'une organisation du travail toxique, la révolution sociale et économique ne saurait être séparée d'une révolution joyeuse des mœurs : c'est cette expérience fondatrice qu'ils vivent, nous entraînant avec eux.       <br />
              <br />
       Mis habilement en scène par Julie Deliquet et habité par quatorze comédiennes et comédiens débordant de tonicité contagieuse, le plateau résonne trois heures durant des saillies &quot;déchaînées&quot; de ces personnages en quête d'une vie jusque-là confisquée. Dans un décor d'atelier au mobilier industriel (que la mode du vintage ne désapprouverait pas), devenant au gré des fluctuations de l'intrigue salle de banquet de noces, comme pour mieux signifier la labilité des frontières entre privé et travail, le destin des uns et des autres va se nouer, se dénouer, grâce à l'action du collectif, ouvreur de liberté potentielle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287827.jpg?v=1668368304" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Ainsi, entre éclats de rires, colères et sanglots, la (re)conquête d'une humanité - tel est l'enjeu - se joue devant nous, aspirés littéralement par leurs luttes à mains nues. Et s'il était encore des blasés d'aujourd'hui, revenus de tout sans avoir rien goûté, pour trouver dans ce &quot;conte à rebours&quot; l'expression d'espérances obsolètes à mettre au rencart, on leur opposerait - non sans un sourire compassionnel - le slogan phare d'une génération mue par le désir de vivre chevillé au corps : <span style="font-style:italic">&quot;Soyons réalistes, demandons l'impossible&quot;.</span>       <br />
              <br />
       <b>Vu au TnBA à Bordeaux, Grande salle Vitez, le mardi 8 novembre 2022. A été représenté du 8 au 11 novembre.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Huit heures ne font pas un jour, Épisodes 1 à 5"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287828.jpg?v=1668368362" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Texte : Rainer Werner Fassbinder. L'intégralité des huit épisodes de l'œuvre &quot;Huit heures ne font pas un jour&quot; est publiée par L'Arche Éditeur.       <br />
       Traduction : Laurent Muhleisen.       <br />
       Mise en scène : Julie Deliquet.       <br />
       Avec : Lina Alsayed, Julie André, Éric Charon, Évelyne Didi, Christian Drillaud, Olivier Faliez, Ambre Febvre, Zakariya Gouram, Brahim Koutari, Agnès Ramy, David Seigneur, Mikaël Treguer, Hélène Viviès ; et en alternance avec Pauline Cuvelier ou Violette Martin.       <br />
       Collaboration artistique : Pascale Fournier, Richard Sandra.       <br />
       Version scénique : Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos.       <br />
       Scénographie : Julie Deliquet, Zoé Pautet.       <br />
       Lumière : Vyara Stefanova.       <br />
       Son : Pierre De Cintaz.       <br />
       Costumes : Julie Scobeltzine.       <br />
       Habillage : Ornella Voltolini.       <br />
       Coiffures, perruques : Judith Scotto.       <br />
       Régie générale : Léo Rossi-Roth.       <br />
       Régie lumière : Luc Muscillo.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/68741444-48287835.jpg?v=1668368392" alt=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" title=""Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée" />
     </div>
     <div>
      Régie plateau : Bertrand Sombsthay.       <br />
       Régie accessoires : Juliette Mougel.       <br />
       Durée : 3 h 15 avec entracte.       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       1er et 2 décembre 2022 : Théâtre de Lorient - CDN, Lorient (56).       <br />
       13 et 14 décembre 2022 : Le Grand Sud, en partenariat avec La Rose des Vents, Lille (59).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !</title>
   <updated>2020-10-20T09:07:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Saccage-Le-bulldozer-pour-retablir-l-Ordre-_a2817.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2020-10-20T08:55:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Survolant cinquante années de résistances citoyennes, "Saccage" est une pièce militante qui raconte, dans un débridement assumé, les luttes contre un pouvoir étatique. Entre victoires et désillusions, le bilan de ces combats civils est à la fois désespéré et revivifiant. Une bonne goulée d'un poison souverain que l'on appelle la liberté citoyenne.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50752244-39099177.jpg?v=1603178382" alt=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" title=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" />
     </div>
     <div>
      Judith Bernard au texte, à la mise en scène et sur le plateau, prône un théâtre en acte. Elle s'intéresse à l'actualité politique, entre points de vue sociologique et réflexion philosophique. Dans cette pièce, ce sont les enclaves de résistances qu'elle met en scène. Celles qui se sont déroulées en France, mais aussi celles du Chiapas et d'autres moins connues comme l'organisation sociale du Rojave, en pays Kurdes. Mais c'est autour de deux grands événements proches de nous que se concentre le spectacle.       <br />
              <br />
       En 1970, après les révoltes de mai 68, l'État français accepte la création de l'Université de Vincennes qui s'installe en quelques mois dans le bois. Celle-ci va regrouper la plupart des intellectuels progressistes de l'époque et ouvrir ses bancs, non seulement aux étudiants mais aussi aux travailleurs. Des libertés jamais connues dans l'enseignement supérieur se développent alors : études politiques, philosophiques et artistiques foisonnent. Mais aussi une forme d'organisation collective inédite.       <br />
              <br />
       Dans les années 2010, l'État décide la construction d'un aéroport géant à Notre-Dame-des-Landes. Commence alors une résistance des habitants, fermiers pour la plupart qui seront bientôt rejoints par des militants de tous bords, écologistes ou autres. Cette mobilisation formera ce qu'on appelle une ZAD (Zone à Défendre) très créative. En quelques années, les zadistes vont développer une véritable organisation sociale, non commerciale et respectueuse de l'environnement, avec le but d'une vie en autarcie plus juste, plus égalitaire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50752244-39099189.jpg?v=1603178418" alt=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" title=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" />
     </div>
     <div>
      Bref, des bandes de gauchistes. C'est avec cette appellation qui fait peur aux bourgeois que ces expériences inventives vont être vilipendées par des campagnes de presse au service du pouvoir. L'université Paris-Vincennes subira les foudres d'une campagne bien pensante avant d'être &quot;délocalisée&quot; à Saint-Denis à la fin des années soixante-dix, perdant au passage toutes ses vertus, toutes ses exceptions et la moitié de ses étudiants ainsi que quasiment tous ses enseignants connus. Quant aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes, à l'abandon du projet d'aéroport en 2018, ils continueront à se retrouver confrontés aux forces de l'ordre et à une volonté de mettre fin à l'expérience.       <br />
              <br />
       &quot;Saccage&quot;, c'est la méthode employée dans ces deux cas particuliers par les gouvernements : en une nuit, l'université de Vincennes est détruite par des bulldozers protégés par la police tandis que dans la ZAD, les cabanes, les constructions, les plantations sont saccagées par les mêmes bulls.       <br />
              <br />
       Ce sont tous ces événements et bien d'autres que la pièce raconte dans une construction faite de sauts énergiques d'un lieu à l'autre. Les quatre comédiens incarnent tous les rôles nécessaires à cette narration, jouant les différents protagonistes de ces révoltes. Une disposition scénique simple emporte le propos d'une époque à l'autre avec quelques accessoires et costumes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50752244-39099198.jpg?v=1603178444" alt=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" title=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" />
     </div>
     <div>
      Ce qui est mis en avant, ce sont justement ces personnages, leurs quêtes de vérité, de liberté, de sociabilité, de justice. Se retrouvent, dans ces luttes, des intellectuels, des paysans, des écolos, des gens simples ou compliqués, un véritable microcosme social, complet. Une société en phase de re-création comme c'est encore le cas à Notre-Dame-des-Landes pour certains d'entre eux malgré les pressions incroyables du pouvoir pour faire rentrer tout le monde dans le rang et saccager leurs œuvres.       <br />
              <br />
       C'est un spectacle bienfaisant dynamisé par l'énergie et l'implication de tous les interprètes. Le côté instructif prend parfois le pas sur le jeu : le sujet lui-même, tendant à faire déferler les mots, quitte à noyer un peu le spectateur dans cet afflux de dialogues et d'apostrophes. Mais on comprend que c'est l'envie de tout dire, une envie impossible à rassasier, qui fait ainsi déborder le verbe. Mais pour un tel témoignage d'autres possibles fonctionnements sociaux, trop vaut sans doute mieux que pas assez.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Saccage"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/50752244-39099223.jpg?v=1603178585" alt=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" title=""Saccage" Le bulldozer pour rétablir l'Ordre !" />
     </div>
     <div>
      Texte et mise en scène : Judith Bernard.       <br />
       Avec : Judith Bernard ou Pauline Christophe, Antoine Jouanolou ou Jean Vocat, Marc Le Gall ou David Nazarenko, et Caroline Gay.       <br />
       Création Lumières : Samuel Halfon.       <br />
       Création sonore : Caroline Gay.       <br />
       Scénographie : Aurore Dupuy-Joly.       <br />
       Compagnie ADA-Théâtre.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 11 octobre au 29 novembre 2020.</span>       <br />
       En raison du couvre-feu, une seule représentation reste programmée chaque semaine,        <br />
       le dimanche à 12 h 15.       <br />
       Manufacture des Abbesses, Paris 18e, 01 42 33 42 03.       <br />
       <a class="link" href="https://www.manufacturedesabbesses.com/" target="_blank">&gt;&gt; manufacturedesabbesses.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>"Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…</title>
   <updated>2020-02-20T14:16:00+01:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Desordre-du-discours-Quand-le-geste-et-la-parole-creusent-ce-que-le-discours-recouvre_a2666.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2020-02-20T13:53:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Vouloir faire théâtre de la "Leçon inaugurale", qu'un éminent intellectuel du nom de Michel Foucault prononça lors de son intronisation au Collège de France, pourrait paraître pure gageure. Comment en effet "L'ordre du discours", digressions savantes sur les pouvoirs du langage, pouvait-il - même mis en "désordre" - devenir l'objet d'une représentation théâtrale ?     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35620972.jpg?v=1582204971" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
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     <div>
      La chorégraphe metteure en scène Fanny de Chaillé et son incroyable interprète Guillaume Bailliart ont relevé à bras-le-corps ce défi à l'allure d'aporie pour faire du discours langagier une matière à sculpter, un matériau prodigieusement vivant.       <br />
              <br />
       Si l'anthropologue André Leroi-Gourhan avait montré, au début des années soixante (cf. &quot;Le Geste et la Parole&quot;), combien les évolutions du corps et du cerveau étaient intimement liées ; si, en 70, le philosophe Michel Foucault avait &quot;gauchi&quot; la sacro-sainte et rituelle &quot;Leçon inaugurale&quot; pour la transformer en morceaux choisis d'intelligence parlée, un demi-siècle plus tard, la metteure en scène et le comédien s'emploient à faire de la parole chorégraphiée le porte-voix de leur &quot;mise en pièces&quot; artistique de ce discours hors normes.       <br />
              <br />
       Point d'ordre… Dans le droit-fil de 68, Michel Foucault, libertaire en diable, annonçait sans sourciller que la société investit le langage dominant comme outil performatif garant de l'Ordre établi. Aussi allait-il articuler sa pensée mouvante autour de l'analyse critique des énoncés produits, instruments d'une mise en condition de la pensée commune. S'il est avéré qu'encadrer ce qui est dicible est l'enjeu sociétal sourdement à l'œuvre, il en résulte que pour démasquer les enjeux de pouvoir dont les mots estampillés sont porteurs, une voie(x) s'impose : décortiquer &quot;l'Ordre du Discours&quot;… pour le re-présenter en &quot;désordre&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35621031.jpg?v=1582205000" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
     </div>
     <div>
      Ce soir, Michel Foucault, c'est Guillaume Bailliart (superbe). Col roulé compris, il va non imiter mais transcender la personnalité du philosophe pour en extraire (de sa parole mais aussi de sa gestuelle si singulière) la substantifique moelle faisant (re)vivre devant nous, assis solennellement sur les bancs d'un vrai amphithéâtre comme ont pu l'être les doctes auditeurs de l'époque, ce qu'a pu être la Leçon donnée au Collège de France ce 2 décembre 1970…       <br />
              <br />
       Où résiderait le danger de la parole qui se libérerait des rets institutionnels dans laquelle elle est &quot;conditionnée&quot; ? Qu'y a-t-il de si périlleux, de si scandaleux, dans le fait que chacun puisse produire une parole qui soit sienne ? En quoi la parole rebelle à la &quot;récitation&quot; mériterait-elle d'être frappée d'ostracisme ? Pour illustrer les procédures d'exclusion produites par des discours faisant main basse sur la singularité de la pensée au profit d'une pensée totalisante ayant seule droit de cité, plusieurs cas sont passés &quot;en revue&quot;.       <br />
              <br />
       Que ce soit la parole interdite dans les champs exemplaires de la politique et de la sexualité, la fission arbitraire entre raison et folie, ou le système du vrai et du faux gangréné par la volonté de vérité (&quot;Nietzsche, Artaud et Bataille doivent nous faire signe pour refuser la volonté de vérité utilisée comme arme d'exclusion&quot;), tout est passé au crible d'une parole incarnée dans un corps vibrant de soubresauts propres à traduire la violence contenue dans l'ordre du discours.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35621038.jpg?v=1582205047" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
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     <div>
      Ce corps-à-corps avec les mots peut prendre la forme d'une bouffonnerie hilarante lorsque le comédien imite de manière caricaturale &quot;le fou&quot;, ce personnage réel et fantasmé dont la parole ipso facto est invalidée sur le champ de la raison raisonnante… mais aussi considéré comme visionnaire dont la voix prophétique, à l'instar de la Pythie, est à accueillir avec dévotion. Ou, pour montrer l'aspect moutonnier de tous commentaires redondants créant des discours &quot;interminables&quot; se superposant au discours initial en le renforçant, il tambourine du poing sur son bureau pour faire &quot;entendre&quot; les gloses réduites à un vacarme informe.       <br />
              <br />
       Mais dans ce capharnaüm de mots, quel être est susceptible de redonner une unité aux textes produits si ce n'est l'auteur en personne ? Deus ex machina de la production langagière, il est celui qui seul est habilité à leur redonner ordre… pour que l'ordre du discours puisse être rétabli, et l'ordre sociétal avec. Alors, joignant le geste à la parole, dans une volonté d'autodérision saluée par les rires de l'assistance, le comédien ne faisant qu'un avec l'auteur, se coiffe d'un faux crâne chauve, se coule dans la voix de son maître. L'illusion théâtrale fonctionne en plein… suggérant en miroir que &quot;Le Discours&quot; porte en lui une volonté d'ordonner la réalité dont il convient de se déprendre pour recouvrer sa liberté de pensée.       <br />
              <br />
       Convoquant les &quot;rôles&quot; à jouer selon les situations institutionnelles (judiciaire, médicale, enseignement) où chacun est amené à produire les mots attendus, il se met à vociférer, à scander le texte &quot;théâtralement&quot;, à grimper sur le bureau, à taper nerveusement du pied… comme pour &quot;piétiner&quot; les rituels dictés par l'ordre du discours, et inviter à s'en affranchir.       <br />
              <br />
       De cette &quot;Leçon inaugurale&quot;, présentée in vivo dans un vrai amphithéâtre, par un faux Michel Foucault aussi (im)pertinent que l'original en l'art de convaincre, tant la chorégraphie impeccable de ses mouvements souligne en l'amplifiant la fougue de son propos, on sort… esbaudis. En effet, de ce grand bourdonnement incessant de mots et de cette &quot;mise en pièces&quot; d'un discours dense et complexe, il ressort le flux d'une pensée bouillonnante nous submergeant… pour nous transmettre l'envie irrésistible de penser hors des clous. Ce plaisir du refus de subir les régimes de vérité imposés par les discours institués, cette sensation d'échapper au diktat de &quot;l'Ordre du discours&quot;, agit comme une épiphanie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Désordre du discours"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/42960210-35621051.jpg?v=1582205105" alt=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" title=""Désordre du discours" Quand le geste et la parole creusent ce que le discours recouvre…" />
     </div>
     <div>
      D'après &quot;L'Ordre du discours&quot; de Michel Foucault (aux Éditions Gallimard).       <br />
       Conception : Fanny de Chaillé/association Display.       <br />
       Avec : Guillaume Bailliart.       <br />
       Son et régie : Manuel Coursin.       <br />
       Durée : 1 heure.       <br />
              <br />
       <b>Spectacle hors les murs du Carré Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles (33) présenté les 12 et 13 février à l'Amphi Renouard de l'Université Bordeaux Montaigne, dans le cadre du Festival Théâtre des images.</b>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://www.carrecolonnes.fr/" target="_blank">&gt;&gt; carrecolonnes.fr</a>       <br />
              <br />
       Tournée à venir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Desordre-du-discours-Quand-le-geste-et-la-parole-creusent-ce-que-le-discours-recouvre_a2666.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>● Avignon Off 2016 ● "Victoire"</title>
   <updated>2016-07-07T06:11:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/●-Avignon-Off-2016-●-Victoire_a1647.html</id>
   <category term="À l'affiche" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/9806993-15844461.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2016-07-07T06:00:00+02:00</published>
   <author><name>Annonce</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
De la joyeuse France de l'Entre-deux-guerres aux bancs de la Sorbonne en 68, les vies multiples de Victoire témoignent d'une France patriarcale et corsetée qui peine à l'égalité. Sylvie Gravagna écrit une saga drôle, subversive et documentée qui envoie valser les gaines aux orties.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/9806993-15844461.jpg?v=1467839878" alt="● Avignon Off 2016 ● "Victoire"" title="● Avignon Off 2016 ● "Victoire"" />
     </div>
     <div>
      Dans la &quot;joyeuse&quot; France de l'entre-deux-guerres, patriarcale, coloniale et sexiste, les aventures très ordinaires de Victoire-la-Fille-du-Soldat-inconnu ! Du bénitier de l'église aux manifestations des suffragettes et de l'exposition coloniale aux grèves de 36, Victoire Bayart se meut dans un spectacle fantaisiste comme une comédie musicale, mais solidement ancré dans la réalité historique et sociale de l'époque.       <br />
              <br />
       La fable s'articule autour des chansons, de telle sorte qu'on pourrait les croire écrites sur mesure alors qu'elles sont empruntées au répertoire des années évoquées.       <br />
              <br />
       Du Salon des arts ménagers aux plateaux de l'ORTF en passant par le cabinet d'un gynécologue dépressif : une histoire pleine de rebondissements attendus !       <br />
              <br />
       Où l'on retrouve Victoire Bayart intégrant la rédaction de <span style="font-style:italic">l'Ève Moderne</span>, journal féminin dirigé par l'impétueuse Colette Ménard qui aide les femmes à rester de&quot;vraies&quot; femmes…
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Victoire"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/9806993-15844495.jpg?v=1467839907" alt="● Avignon Off 2016 ● "Victoire"" title="● Avignon Off 2016 ● "Victoire"" />
     </div>
     <div>
      <b>Époque 1 : &quot;La fille du soldat inconnu&quot;.       <br />
       Époque 2 : &quot;Une vraie femme!&quot;</b>       <br />
       Tout public à partir de 14 ans.       <br />
       Texte : Sylvie Gravagna.       <br />
       Avec : Sylvie Gravagna.       <br />
       Compagnie Un Pas de Côté.        <br />
       Durée : 1 h 10 (époque 1).       <br />
       Durée : 1 h 30 (époque 2).       <br />
              <br />
       <b>● Avignon Off 2016 ●</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 7 au 30 juillet 2016.</span>       <br />
       Cinéma Utopia République,        <br />
       5, rue Figuière.        <br />
       Tous les jours à 11 h 30 (ép. 1, jours impairs et ép. 2, jours pairs).       <br />
       Tél. : 07 62 03 91 44.       <br />
              <br />
       <b>Diffusion :</b>       <br />
       Actions Scènes Contemporaines       <br />
       Anne-Charlotte Lesquibe, 06 59 10 17 63.       <br />
       Carla Puidebat, 06 43 81 51 97.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/●-Avignon-Off-2016-●-Victoire_a1647.html" />
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