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 <title>La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et de tous les arts de la scène, pour le grand public comme pour les professionnels, sans frontières !]]></subtitle>
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 <updated>2026-09-06T00:55:31+02:00</updated>
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   <title>•Off 2024• "Zembla et les trois sœurs" Comédie sensible nous plongeant avec transparence au cœur des sentiments humains</title>
   <updated>2024-04-25T17:47:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Off-2024-Zembla-et-les-trois-soeurs-Comedie-sensible-nous-plongeant-avec-transparence-au-coeur-des-sentiments-humains_a3889.html</id>
   <category term="Avignon 2024" />
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   <published>2024-04-25T17:22:00+02:00</published>
   <author><name>Brigitte Corrigou</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Suzon, professeur auxiliaire à la retraite et militante engagée, organise des repas pour les migrants dans une petite camionnette. Mais, un soir, elle est emmenée au poste de police pour n'avoir pas respecté le règlement de la Préfecture. Pour payer l'amende, elle demande de l'argent à ses deux sœurs avec qui elle vit. Hélas, l'appartement est hypothéqué et Suzon a déjà vendu tous les meubles…     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79795661-57727787.jpg?v=1714060506" alt="•Off 2024• "Zembla et les trois sœurs" Comédie sensible nous plongeant avec transparence au cœur des sentiments humains" title="•Off 2024• "Zembla et les trois sœurs" Comédie sensible nous plongeant avec transparence au cœur des sentiments humains" />
     </div>
     <div>
      Lili, la sœur aînée, ex-danseuse contemporaine, a fait un AVC sur scène et est désormais invalide, clouée dans un fauteuil roulant. Quant à la cadette, Anne, elle n'a aucun revenu et a déjà fréquenté plusieurs maisons de repos pour des problèmes psychiatriques. Un jour, Suzon croise la route de Zembla qui lui vient en aide au sujet de la fourrière et la vie des trois sœurs va être littéralement bouleversée. Mais qui est exactement ce Zembla ?       <br />
              <br />
       Cette pièce, dernière écriture de Christophe Guichet, est un moment de spectacle émouvant, non dénué d'humour, dont la dimension humaniste ne laissera personne indifférent. Pourtant, il aurait pu en être tout autrement, tant le propos regorge de situations déjà bien souvent traitées au théâtre ou au cinéma : la prof, trop catégorique et radicale dans les contenus de son enseignement et, de ce fait, rejetée par le rectorat pour sa titularisation ; la jeune femme malmenée dans son couple, tombant dans la dépression et faisant régulièrement des séjours en hôpital psychiatrique ; le passé artistique brisé d'une danseuse atteinte d'un AVC ; sans compter le migrant sorti de nulle part, plein de bonnes intentions auprès de ces trois sœurs, noir forcément, et ne parlant pratiquement pas le français…       <br />
              <br />
       Ce migrant, c'est Zembla, un héros de comics dont Christophe Guichet, alors jeune gamin, s'impatientait chaque dimanche de découvrir les nouvelles aventures victorieuses dans lesquelles il combattait le mal. Et comme l'auteur ne sait pas choisir entre histoires personnelles et événements politiques, il y a aussi la périlleuse question politique des migrants et des associations leur venant en aide pour <span style="font-style:italic">&quot;pallier la froideur de l'accueil français&quot;</span> (sic).       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Le propos de ma pièce, c'est la rencontre d'un ancien monde qui se délite et d'un nouveau monde qui se cherche.&quot;</span> Celui de ces trois sœurs vivant sous le même toit dans une routine qui ne permet pas l'expression des sentiments, ni des révélations secrètes, et celui de ce jeune homme de 28 ans qui, apparemment, se cherche et qui va bousculer ce quotidien routinier.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/79795661-57727790.jpg?v=1714060538" alt="•Off 2024• "Zembla et les trois sœurs" Comédie sensible nous plongeant avec transparence au cœur des sentiments humains" title="•Off 2024• "Zembla et les trois sœurs" Comédie sensible nous plongeant avec transparence au cœur des sentiments humains" />
     </div>
     <div>
      Encore une fois, Christophe Guichet aurait pu, lui aussi, se chercher autour de tous ces thèmes distincts, et finalement ne pas trouver… Mais il n'en est rien.       <br />
              <br />
       La pièce &quot;Zembla et les trois sœurs&quot; est une sorte de huis clos dans lequel le monde extérieur, à la fois présent et absent, est traité, avec une grande intelligence et une harmonie toute en subtilité, sous la forme de neuf séquences distinctes entrecoupées de noirs musicaux dans l'intention, peut-être, de sensibiliser le public, l'interpeller ou créer en lui une forme de catharsis.       <br />
              <br />
       C'est le premier grand rôle au théâtre pour le comédien Yacouba Condé, interprétant Zembla, et gageons que ce ne sera pas le dernier. Son jeu convaincant et maîtrisé est comme un pilier bien solide sur les planches, autour duquel gravitent aussi de façon très assurée les trois autres comédiennes.       <br />
              <br />
       Tout au long de la pièce, les âmes humaines s'adoucissent dans le rapport à l'autre, à l'étranger, les désirs se révèlent et on trouve la force d'aller jusqu'au bout de ses désirs enfouis. L'étranger, celui qui sait dire à Suzon qu'elle est belle, qui fait redanser Lilie, ou encore qui va se mettre en scène dans un conte avec Anne comme partenaire.       <br />
              <br />
       Il s'agit là, d'ailleurs, d'un moment très fort de théâtre, de méta-théâtre, conférant à la représentation des allures de fable humaniste contemporaine intense de la plus belle teneur. Une mention particulière pour l'interprétation de Chantal Lavallée dans le rôle de la gardienne d'un cimetière voyant arriver de plus en plus de corps de migrants ayant péri en mer.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Oublie tout de ta vie ici ! Sois léger comme une plume. Si les hommes te rejettent, alors tu seras libre, mais tes souvenirs resteront.&quot;</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Zembla et les trois sœurs"</b></div>
     <div>
      Texte : Christophe Guichet.       <br />
       Mise en scène : Christophe Guichet.       <br />
       Avec : Claire Cafaro, Chantal Lavallée, Désirée Olmi et Vincent Vespérant.       <br />
       Scénographie et costumes : Christophe Guichet.       <br />
       Musique : Tom Lemann.       <br />
       Lumières : Sara Cornu.       <br />
       Production : Gaby Théâtre en coproduction avec La Cie Drôles de Dames.       <br />
       Durée : 1 h 10.       <br />
              <br />
       <b>•Avignon Off 2024•</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 3 au 21 juillet 2024.</span>       <br />
       Tous les jours à 13 h. Relâche le lundi.       <br />
       Théâtre de l'Oriflamme, 3/5, rue Portail Matheron, Avignon.       <br />
       Réservations : 04 88 61 17 75.       <br />
       <a class="link" href="javascript:protected_mail('theatredeloriflamme@gmail.com')" >theatredeloriflamme@gmail.com</a>       <br />
       <a class="link" href="https://loriflamme-avignon.fr/" target="_blank">&gt;&gt; loriflamme-avignon.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles</title>
   <updated>2022-06-27T21:45:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Avant-la-France-Rien-Une-vie-d-exils-plongee-intimiste-a-resonances-universelles_a3312.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2022-06-28T07:47:00+02:00</published>
   <author><name>Yves Kafka</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
En novembre 2019, Anne-Cécile Paredes présentait dans "Asile" l'itinéraire d'une exilée à la révolte enracinée. Un parcours - le sien - ayant conduit la petite Péruvienne de cinq ans en France, "terre d'accueil". Elle reprend ici sa proposition dans un dispositif simplifié, décapant le vernis "spectaculaire" pour mieux libérer le vibrato de ce récit "exemplaire". Sans rien rabattre de la force de son témoignage, cette forme délibérément intimiste porte à son incandescence l'exil, celui qui dérive des traversées liquides mais aussi celui que la pauvreté inclut.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/65687794-46812307.jpg?v=1656357877" alt=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" title=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" />
     </div>
     <div>
      Comme certains portent à son faîte le chagrin des départs, accompagnée de deux artistes - Johann collecte la voix des autres, Sophie tisse et brode, les trois formant &quot;le gang des Invisibles&quot; -, Anne-Cécile se livre corps et âme, portant jusqu'à nous les &quot;biographies des traversées&quot;, celles qui résonnent comme le cri universel des peuples ballotés par l'Histoire n'ayant que faire des pauvres gens. Des écheveaux de laine colorés, une lampe de bureau éclairant les éléments miniatures d'une existence à recomposer, des documents d'archives projetés, une musique captant les vibrations, une complice se muant en figure péruvienne haute en couleurs, autant d'éléments étayant sa parole, tantôt troublante, tantôt mordante.       <br />
              <br />
       L'adresse au public fixe d'emblée les enjeux de la performance… Loin d'un quelconque épisode de téléréalité préfabriquée de toutes pièces, la parole du témoin est conçue comme un levier pour déloger l'apriori, créer des réciprocités, une parole intime aspirant au statut de parole collective, voire devenir parole politique. Ainsi, en ouverture, l'artiste porte la parole édifiante d'un jeune Peul, originaire de Guinée-Conakry, ayant contre toute attente obtenu une réponse positive à sa demande d'asile, mais qui devra renoncer à poursuivre ses études de sociologie sur la terre d'accueil… il a perdu ses dossiers dans l'embarcation de fortune.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/65687794-46812308.jpg?v=1656357928" alt=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" title=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" />
     </div>
     <div>
      Le vif du sujet restant son parcours à elle, née plusieurs fois. Si la première naissance, la biologique, eut lieu à Lima, sa mémoire ne garde - apparemment - aucune trace de sa très jeune existence vécue dans la Capitale du Pérou. Sauf peut-être, buttes-témoins d'un passé refoulé, ce petit sac en cuir porté en bandoulière, contenant des mouchoirs colorés à odeur de lavande, cette boîte à musique miniature... &quot;Ça fonctionne ainsi la mémoire&quot;, par fragments de discours ancien faisant irruption dans le présent.       <br />
              <br />
       À son arrivée en France, sa deuxième naissance, l'apprentissage en grande section de la langue &quot;étrangère&quot;, le français, destinée à recouvrir sa langue maternelle. La violence du processus d'acculturation décuplée par l'omniprésence des crucifix terrifiants et les baisers humides des bonnes sœurs. Heureusement, il y avait la télé qui trônait… et les barquettes de Nutella, les plaisirs et les jours défilant semblables à eux-mêmes. Il y eut ensuite le Collège et la galerie marchande du Casino, promesse de la consommation à portée de main se dérobant dès son approche. La pauvreté s'affichant au travers de détails, le vin des carafes non terminées que sa mère engloutissait. Et puis, sa petite robe verte à pois blancs et son serre-tête que sa complice épingle en fond de scène, comme on assemble les pièces éparses d'un puzzle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/65687794-46812352.jpg?v=1656357992" alt=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" title=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" />
     </div>
     <div>
      Fille de Républicains espagnols fuyant le franquisme, sa mère aussi avait connu les chemins hasardeux de l'exil, la répétition intergénérationnelle du même. Lui revient le rappel discriminant de ses origines par la dure loi de l'école très &quot;primaire&quot;… Tenter très tôt de jouer avec les représentations pour infiltrer le camp adverse devient la stratégie salvatrice du gang des invisibles… Même si le numéro 99 attaché à son matricule de sécurité sociale est là pour lui rappeler que, nationalité française acquise, elle restera à tout jamais &quot;l'étrangère&quot;.       <br />
              <br />
       Marquant sa troisième naissance, le désir de dénouer les liens qui la tiraillent, de renouer avec un passé qui - décidément - ne passe pas. Cela prend la forme de ce voyage aux sources entrepris à ses dix-neuf ans… L'odeur entêtante de la ville oubliée et les saveurs présentes de la cuisine péruvienne, si elles lui apportent une bouffée d'air régénérant, ne peuvent à elles seules combler une béance de quatorze années désertées. Il faudra - et là des images &quot;rétroprojetées&quot; défilent sur un écran dans un fondu enchainé de noir et de couleurs - ce pèlerinage à haut risque dans l'île d'El Frontón, là où, le 18 juin 86, les prisonniers du Sentier Lumineux (dont son père) furent liquidés sans autre forme de procès, pour que le passé recomposé &quot;revive&quot;. L'héritage est un flux qui déferle, l'affronter est une épreuve constituante.       <br />
              <br />
       Le sol se recouvre d'écheveaux de laine colorée comme autant de fils à retisser. Sa complice s'y attelle avec une détermination imperturbable, s'en recouvrant comme d'une seconde peau la métamorphosant en figure truculente de carnaval. Et tandis que cette dernière danse frénétiquement, rien ne semblant pouvoir enrayer son mouvement, la porte-parole des exilés se saisit du micro… Sortie de sa nuit, la colère saine et libératrice éclate au rythme d'une musique &quot;déchaînée&quot;. L'armée des invisibles - exilés migratoires rejoignant exilés de classe avec lesquels immanquablement ils se fondent -  fait entendre le cri du peuple recouvrant sa dignité trop longtemps confisquée. Et nous, témoins oculaires de ce drame en marche, sommes secoués par ces vibrations rageuses à forte résonance humaine.       <br />
              <br />
       <b>Vu le jeudi 16 juin 2022, au Centre d'animation Saint-Michel de Bordeaux, dans le cadre de &quot;CHAHUTS - arts de la parole et espace public&quot; qui s'est déroulé du 8 au 18 juin, Quartier Saint-Michel et au-delà de Bordeaux.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Avant la France, Rien"</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/65687794-46812370.jpg?v=1656358029" alt=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" title=""Avant la France, Rien" Une vie d'exils… plongée intimiste à résonances universelles" />
     </div>
     <div>
      Texte : Anne-Cécile Paredes.       <br />
       Mise en scène : Cie Ola.       <br />
       Création sonore : Johann Mazé.       <br />
       Création costume : Sophie Fougy.       <br />
       Création lumière : Éric Blosse.       <br />
       Regard extérieur : Laurence Poueyto.       <br />
       Regard extérieur chorégraphique : Julie Lefèbvre.       <br />
       À partir de 14 ans.       <br />
       Durée : 1 h 10.       <br />
              <br />
       <b>&quot;CHAHUTS - arts de la parole et espace public       <br />
       A eu lieu du 8 au 18 juin 2022.</b>       <br />
       Association CHAHUTS       <br />
       25, rue Permentade, Bordeaux (33).       <br />
       <a class="link" href="javascript:protected_mail('contact@chahuts.net')" >contact@chahuts.net</a>       <br />
       <a class="link" href="https://www.chahuts.net/festival/programmation-2022/" target="_blank">&gt;&gt; chahuts.net</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées</title>
   <updated>2021-05-24T19:31:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Mon-visage-d-insomnie-Nager-sous-l-inquietante-surface-des-consciences-troublees_a2941.html</id>
   <category term="Théâtre" />
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   <published>2021-05-24T18:55:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Chaque être humain est une énigme, une équation à plusieurs inconnues que les situations finissent par révéler en partie : les trois personnages de cette histoire inquiétante vont en être la preuve, en direct. Le vrai, le faux, le caché, l'omis, l'apparent et le soupçonné en sont les moteurs dramatiques et la source de tensions, d'incertitudes, de stupeurs par moments. Une pièce qui ne se permet aucune seconde de relâchement d'intensité.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/56566208-42091044.jpg?v=1621876566" alt=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" title=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" />
     </div>
     <div>
      En premier lieu, il y a l'écriture de Samuel Gallet qui a su poser ses personnages dans une situation originale et développer son intrigue en laissant planer les doutes jusqu'aux dernières minutes. Ses dialogues qui, sous l'apparence de la quotidienneté, se révèlent riches de non-dits, de silences et d'esquives, distillent scène après scène autant de doutes que de certitudes. Un véritable art du suspens est ici mis en œuvre intriguant autant les personnages que les spectateurs. Mais l'intelligence de son texte ne s'arrête pas à la forme, la situation où il fait se dérouler sa trame donne à son texte une envergure beaucoup plus vaste et une matière plus touchante, plus profonde.       <br />
               <br />
       Tout se déroule dans un centre de vacances du bord de mer transformé en centre d'accueil pour mineurs isolés venus des pays d'Afrique et d'Europe de l'Est. C'est l'hiver. Les maisons secondaires sont vides, fermées, et les habitants restent à l'écart de cette vingtaine de jeunes, pour la plupart noirs, qui ont pris possession du centre où les éducateurs les aident à apprendre le français et à se former pour tenter d'obtenir la nationalité française. C'est sous l'auspice de cette &quot;crise des migrants&quot; et de la manière dont ceux-ci sont accueillis par les méfiants autochtones que se déroule la pièce.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/56566208-42091070.jpg?v=1621876597" alt=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" title=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" />
     </div>
     <div>
      En plus de cette situation aux tensions perceptibles, le texte de Samuel Gallet ajoute les tensions induites par les trois personnages, eux-mêmes chacun en crise personnelle. Élise, la jeune éducatrice, s'apprête à quitter le centre pour aller s'occuper de sa mère malade ; André, la cinquantaine, arrive en début de pièce pour prendre son poste d'éducateur après avoir fui avec dégoût son emploi en Ehpad ; et Harouna, jeune réfugié, rescapé de la mer, tellement rongé par la peur qu'il est persuadé que les habitants du village veulent le tuer. Il faut encore ajouter à cette gerbe de tension, la disparition depuis quelques jours de Drissa, le compagnon de périple et d'exil d'Harouna.       <br />
               <br />
       Voilà le tableau. Inutile de raconter plus avant le déroulement de la pièce construite comme un thriller. Il faut maintenant parler de la mise en scène remarquable de Vincent Garanger. Celui-ci ne s'est pas contenté de suivre l'intelligence du texte de Samuel Gallet, il parvient à créer sur scène un univers qui finit par englober toute la salle et tout le public. Il utilise pour cela des moyens visuels et sonores extrêmement ciselés.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/56566208-42091078.jpg?v=1621877621" alt=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" title=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" />
     </div>
     <div>
      Le décor (scénographie de Damien Caille-Perret), qui représente la salle commune du centre, s'ouvre en grand sur une baie vitrée derrière laquelle l'océan, le ciel, le vent, la pluie, les mouettes et les navires donnent le ton et le temps. Le dispositif de projection ainsi que les vidéos graphiques sont d'une force à la fois onirique et réaliste impressionnante. On ressent cette vision large qui semble ouvrir totalement le fond de la scène comme un horizon infini, mais aussi comme le mur liquide d'une prison. Et puis cette constante présence de l'eau, réaffirmé sans cesse par une bande-son (création sonore de Fred Bühl) très précise et très efficace, elle aussi, ramène à chaque instant l'image inconsciente de ces terribles noyades que les migrants risquent dans leur traversée. Elle est pleinement un ressort tragique de la mise en scène.       <br />
              <br />
       La création lumière de Stéphane Hulot et Rafi Wared est également très léchée. Elle permet entre autres d'extraire par moments les interprètes de la réalité pour les emporter dans un monde onirique, un monde de pensées. Ceux-ci incarnent leur personnage de façon très juste, sans relâche, avec une énergie constante. Didier Lastère, en nouvel éducateur arrivant, possède une belle aisance de jeu qui lui permet de donner à son personnage une partition large, pleine de couleurs.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/56566208-42091119.jpg?v=1621877470" alt=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" title=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" />
     </div>
     <div>
      Cloé Lastère, sa fille à la ville, crée une Élise extrêmement juste, qui rassemble dans son personnage les doutes et les drames de cette jeune génération prise dans les incertitudes de notre époque, impliquée et perdue, elle distille une tension émouvante qui la rend fragile comme cristal. Djamil Mohamed est également très vrai. Incarnant Harouna, il sème la fougue de la jeunesse, mais aussi la violence du drame que son personnage porte. Il parvient lui aussi à incarner au-delà de son rôle, tous les enfants, tous les jeunes qui viennent échouer sur les côtes de l'Europe, à qui il faut donner du temps et du respect pour soigner les terribles blessures.       <br />
               <br />
       Avec &quot;Mon visage d'insomnie&quot;, Vincent Garanger et son équipe parviennent à créer une véritable histoire, visuelle, sonore, narrative qui touche un sujet grave sans jamais alourdir le propos ni tomber dans le pathétique, mais en restant toujours tracté par l'intrigue liant les personnages. Un spectacle qui restera dans la mémoire pour l'harmonie de sa forme autant que pour la tendresse et le tragique de son propos.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Mon visage d'insomnie"</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/56566208-42091320.jpg?v=1621877743" alt=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" title=""Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées" />
     </div>
     <div>
      Texte : Samuel Gallet.       <br />
       Mise en scène : Vincent Garanger.       <br />
       Avec : Cloé Lastère, Didier Lastère, Djamil Mohamed.       <br />
       Création lumière : Stéphane Hulot et Rafi Wared.       <br />
       Création sonore : Fred Bühl.       <br />
       Scénographie : Damien Caille-Perret.       <br />
       Collaboration artistique : Jean-Louis Raynaud.       <br />
       Costumes : Natasha Massicotte.       <br />
       Durée : 2 heures.       <br />
              <br />
       <b>A été représenté du 19 au 23 mai 2021.</b>       <br />
       Mercredi, jeudi et vendredi à 18 h 30, samedi à 17 h et dimanche à 15 h.       <br />
       Théâtre Paul Scarron, Place des Jacobins, Le Mans (72).       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-ephemere.fr/infos-pratiques/le-theatre-paul-scarron/" target="_blank">&gt;&gt; Théâtre Paul Scarron</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Mon-visage-d-insomnie-Nager-sous-l-inquietante-surface-des-consciences-troublees_a2941.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entre carnet intime et témoignage, "Abysses" est un appel à se ré-humaniser</title>
   <updated>2021-03-29T09:19:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Entre-carnet-intime-et-temoignage-Abysses-est-un-appel-a-se-re-humaniser_a2911.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/55062321-41316887.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2021-03-29T09:19:00+02:00</published>
   <author><name>Bruno Fougniès</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
C'est bien de l'Autre dont il s'agit dans ce spectacle. L'étranger, celui qui vient de loin, d'ailleurs, qui ne parle pas la même langue, n'a pas les mêmes dieux, n'a pas les mêmes coutumes, mais qui en fin de compte a une vie aussi fragile, peut-être plus fragile que la nôtre, plus en péril. "Abysses" raconte le regard de celui qui, les pieds posés sur l'île de Lampedusa, voit les bateaux venus de la côte africaine se naufrager au large ou atterrir comme on s'échoue, sur cette terre à l'extrême sud de l'Europe.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/55062321-41316887.jpg?v=1616870336" alt="Entre carnet intime et témoignage, "Abysses" est un appel à se ré-humaniser" title="Entre carnet intime et témoignage, "Abysses" est un appel à se ré-humaniser" />
     </div>
     <div>
      Elle fait l'actualité depuis des années maintenant, l'île de Lampedusa. Située au sud de l'Italie, elle est au grand large de la Tunisie et de la Libye, ce qui en a fait la destination de centaines d'embarcations d'Africains fuyant les guerres, les violences et la misère. Quand ils y arrivent vivants. Si la Méditerranée ne les engloutit pas dans ses abysses avant qu'ils n'accostent. Et si les passeurs sont repus. Davide Enia, l'auteur, originaire de Sicile y séjourne à plusieurs reprises. Il rencontre des habitants, des pêcheurs, des sauveteurs, des bénévoles engagés dans l'accueil des rescapés. Il assiste également à plusieurs arrivées de survivants. C'est à partir de cette expérience qu'il livre ici un texte consistant et polymorphe, à la fois document et récit autobiographique.       <br />
               <br />
       Le narrateur, interprété par Solal Bouloudnine, dévoile un chapitre entier de sa vie. Il y convoque ses proches, son père, son oncle, sa compagne et sa sensibilité pour donner corps au regard qu'il porte sur les événements tragiques auxquels il est confronté. Le récit intime croise constamment celui de sa quête : une quête pour comprendre ce qui a lieu sur cette île posée au milieu de la mer. Ce qui s'y passe réellement. Qui en sont les témoins, les protagonistes, les victimes. Et les tragédies se répondent : celles qui frappent sa famille (le décès de son oncle atteint d'un cancer), celles qui dévastent les passagers clandestins et les témoins de ces hécatombes d'inconnus, de &quot;sans nom&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Abysses&quot; met ainsi en lumière quelques figures fortes que l'Histoire mondiale a plongées dans ce chaos sans les prévenir : ce pêcheur remontant chaque jour des cadavres dans ses filets ; ce sauveteur contraint à décider qui sauver, qui laisser se noyer, quand toutes les vies ne peuvent être sauvées ; ce gardien de cimetière donnant la toilette mortuaire à des corps inconnus en putréfaction ; ce couple à la vie bouleversée par l'impérieuse nécessité de s'occuper de tous ces rescapés. Drames et douleurs personnelles en butte au tragique venu de l'horizon, vague après vague, sans fin.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/55062321-41316970.jpg?v=1616870368" alt="Entre carnet intime et témoignage, "Abysses" est un appel à se ré-humaniser" title="Entre carnet intime et témoignage, "Abysses" est un appel à se ré-humaniser" />
     </div>
     <div>
      Davide Enia raconte aussi, dans son propre éveil à ces tragédies, cette manière lente et abyssale d'ouvrir les yeux sur l'Autre. Tout n'est pas glaçant dans son récit, au contraire. Il s'attarde sur le sens de l'altérité dont font preuve tous ceux confrontés directement aux débarquements et aux naufrages, allant même jusqu'à exalter les bravoures de certains sauveteurs. Ainsi, la pièce avance par vagues, elle aussi : l'horreur succède au généreux, puis l'inhumain est suivi par la grâce…       <br />
               <br />
       La mise en scène d'Alexandra Tobelaim ajoute à ce monologue la présence, sur un large plateau nu, d'une musicienne, chanteuse, Claire Vailler. Loin d'être &quot;accessoire&quot;, celle-ci apporte par la force de ses mélodies et de ses instrumentations, la dimension de la tragédie. Les très belles compositions musicales (signées Claire Vailler et Olivier Mellano) résonnent comme des chants antiques, des psalmodies de l'univers inconscient qui donnent une matière théâtrale intense au spectacle. Et même si, dans cette première représentation, le dialogue entre le foisonnement du texte et la partie musicale avait parfois du mal à se faire, ce choix scénique décuple radicalement l'imaginaire visuel et sensible du spectateur.       <br />
               <br />
       &quot;Abysses&quot; nous place ainsi comme sur les remparts d'un fortin, un peu comme le héros du &quot;Désert des Tartares&quot; de Buzatti, surveillant un horizon étranger dans l'attente d'un ennemi puissant. Nous voici soudain désarmé en voyant arriver ces réfugiés qu'il ne faut pas combattre mais secourir. Comme des égaux. Il le faudrait.       <br />
               <br />
       Le défaut dans la cuirasse de ce spectacle vertueux tient à la prolifération du texte qui, comme dit le dicton, mal étreint à force de vouloir trop embrasser. Les histoires intimes et recueillies par l'auteur se télescopent au point que l'on perd parfois la direction spectacle. Malgré cette réserve, Solal Bouloudnine apporte le talent et l'énergie vitale pour courir à perdre haleine d'un bout à l'autre de ce segment de vie qui met en balance nos empathies et nos méfiances.       <br />
               <br />
       Mais ce qu'on en retient finalement est une vision renouvelée du calvaire de ces femmes, hommes et enfants dont le sauvetage ou la perdition en Méditerranée n'est qu'une des épreuves d'un calvaire qu'ils traversent depuis des semaines, des mois. Traversant la moitié du continent africain, illégaux, sans passeports ni Visa, ils sont les victimes de tous les sévices possibles. Ceux qu'ils croisent, passeurs ou autres, violent, blessent ou tuent gratuitement ces êtres que l'absence de papiers légaux transforme en créatures sans droits, à peine humains, en marchandise. Belle ignominie de ce siècle de papier qui en rappelle d'autres, d'autres massacres de guerres qui ont rempli les fosses communes de cadavres sans nom. Sans nom… La triste Méditerranée est devenue fosse commune à son tour.       <br />
               <br />
       &quot;Abysses&quot; est en cela un appel à ce que l'on devrait sans cesse pratiquer : un appel à se ré-humaniser. Un acte nécessaire quand la dureté de la vie nous endurcit le cœur jour après jour. Oui, se réhumaniser en ne détournant pas les yeux, c'est mieux que se réinventer, cette baudruche vidée de sens par ces bouches du cynisme libéral qui ne rendra pas justice à ceux que ce système écrase.       <br />
              <br />
       Vu lors d'une présentation professionnelle au NEST - CDN Transfrontalier de Thionville-Grand Est, Thionville (57).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Abysses"</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/55062321-41316980.jpg?v=1616870416" alt="Entre carnet intime et témoignage, "Abysses" est un appel à se ré-humaniser" title="Entre carnet intime et témoignage, "Abysses" est un appel à se ré-humaniser" />
     </div>
     <div>
      Texte : Davide Enia.       <br />
       Traduction : Olivier Favier.       <br />
       Mise en scène : Alexandra Tobelaim.       <br />
       Avec : Solal Bouloudnine et Claire Vailler (guitare, voix).       <br />
       Composition musicale : Claire Vailler et Olivier Mellano.       <br />
       Scénographie : Olivier Thomas.       <br />
       Création lumière : Alexandre Martre.       <br />
       Régie son et régie générale : Émile Wacquiez.       <br />
       Durée : 1 h 30.       <br />
       À partir de 15 ans.       <br />
       Production NEST, coproduction Centre Dramatique National de l'Océan Indien,  La Passerelle - Scène nationale de Gap et des Alpes du Sud.       <br />
       Ce texte est lauréat de l'Aide à la création de textes dramatiques - ARTCENA.       <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://www.nest-theatre.fr/" target="_blank">&gt;&gt; nest-theatre.fr</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée</b>       <br />
       <span class="fluo_jaune">29 et 30 mars 2021 à 14 h 30 :</span> Plateaux Sauvages - Paris (réservé aux professionnels).       <br />
       1er et 2 avril 2021 à 14 h 30 : Théâtre d'Angoulême - Scène nationale (à confirmer), Angoulême (16).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Entre-carnet-intime-et-temoignage-Abysses-est-un-appel-a-se-re-humaniser_a2911.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Un ennemi du peuple"… Art et politique, frères ennemis !</title>
   <updated>2019-05-20T08:36:00+02:00</updated>
   <id>https://www.larevueduspectacle.fr/Un-ennemi-du-peuple-Art-et-politique-freres-ennemis-_a2397.html</id>
   <category term="Théâtre" />
   <photo:imgsrc>https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/imagette/33870613-31103732.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2019-05-20T05:20:00+02:00</published>
   <author><name>Safidin Alouache</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
C'est une pièce dans laquelle Jean-François Sivadier joue avec l'ici et le maintenant, mêlant une forme d'improvisation dans les répliques. Henrik Ibsen semble d'une actualité brûlante, autant dans les thèmes théâtraux développés que dans les propos tenus.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/33870613-31103732.jpg?v=1558283996" alt=""Un ennemi du peuple"… Art et politique, frères ennemis !" title=""Un ennemi du peuple"… Art et politique, frères ennemis !" />
     </div>
     <div>
      C'est une œuvre politique dans laquelle est traitée, entre autres, la radicalité artistique. Au-delà de celle-ci est aussi mis en avant les choix que nous faisons ou pas. Même s'il l'avait voulu, Ibsen n'aurait pas pu anticiper de façon aussi adéquate la situation catastrophique que posent les réfugiés, appelés &quot;migrants&quot; pour se voiler la face, et le défi écologique que nos générations, la nôtre, celle de nos pères et de nos enfants ont à relever. Dans les répliques, ces événements semblent y figurer.       <br />
              <br />
       Un large plateau, séparé par des voiles plastiques transparents, délimite la scène où se situent derrière trois étages vides. C'est l'endroit où défilent les interpellations, les entrées brusques, tonitruantes, dérangeantes. Toujours en hauteur. Au sol, toujours en arrière-scène, est la matière policée, feutrée dans ses manières. Sur les côtés, d'autres entrées ont lieu, celles de personnages qui s'immiscent de façon plus anodine sur le plateau, même si la suite peut le faire mentir.       <br />
              <br />
       &quot;Un ennemi du peuple&quot; (1883) est une véritable tribune où Ibsen (1828-1906) traite de l'influence de l'art et de l'implication pour mener un combat. Derrière le préfet Peter Stockmann (Vincent Guédon) peut-être identifié aujourd'hui toutes les figures rongées par des intérêts financiers. Au travers d'une cure thermale, créée par les frères Peter et Tomas Stockmann, dont le premier souhaite sauvegarder la réputation de celle-ci pour l'image économique de sa ville et le second veut dénoncer publiquement une bactérie qui empoisonne ses eaux, c'est un combat entre vérité et mensonge, solitude et propagande qui est livré. La communication, autant politique que médiatique, est passée au crible de la critique. De même, celle de la radicalité de Tomas Stockmann face à un préfet qui est son frère.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/33870613-31103762.jpg?v=1558284044" alt=""Un ennemi du peuple"… Art et politique, frères ennemis !" title=""Un ennemi du peuple"… Art et politique, frères ennemis !" />
     </div>
     <div>
      La mise en scène de Jean-François Sivadier fait intervenir le public pour en faire des spectateurs-acteurs. Le jeu a différentes tonalités. Petra Stockmann (Jeanne Lepers), la fille du docteur, est renfermée mais réussit à échapper à sa nature dans sa rébellion avec son père. Stephen Butel (Aslaksen) campe un personnage &quot;modéré&quot;, comme il aime à le répéter. Cyril Bothorel (capitaine Hoerster, Morten Kill) et Sharif Andoura (Hovstad) nous plongent dans des caractères forts et imposants.       <br />
              <br />
       Le jeu est chaleureux, côté rébellion, calme et froid, côté politique. La mise à distance est toujours de règle chez le préfet alors que tous les autres personnages peuvent être enjoués voire colériques. Ils oscillent entre truculence et attitude presque figée, s'ils incarnent une contestation ou une soumission. La voix et le corps laissent place à une spontanéité qui se déverse dans une forme d'improvisation.       <br />
              <br />
       La parole prend le pas sur l'action. Une parole revendiquée, détournée, en colère. Elle provoque, interpelle, incarne une idée. Elle est portée, déportée, retournée, calculée ou fatiguée. C'est aussi un théâtre au contact avec des réalités géographique et humaine qui sont celles d'un auditoire et d'une salle de spectacle. C'est ici et là que ça se passe, et avec eux. C'est aussi celui du rapport avec le temps quand Tomas Stockmann demande à un spectateur l'heure pour savoir s'il y a du retard dans la pièce.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.larevueduspectacle.fr/photo/art/default/33870613-31103771.jpg?v=1558284094" alt=""Un ennemi du peuple"… Art et politique, frères ennemis !" title=""Un ennemi du peuple"… Art et politique, frères ennemis !" />
     </div>
     <div>
      Le public est interpellé dans une scène où pouvoir et contestation se livrent bataille. Un spectateur est aussi convié sur les planches avant celle-ci. Le théâtre dans le théâtre ouvre grand ses portes avec un auditoire qui doit décider de la suite du combat qui se joue. Que faire ? Ibsen ne laisse indemne au final personne. Ni le pouvoir, ni la protestation, ni la presse, ni l'art. Encore moins le public qui réagit, le soir où j'assistais à la représentation, par le rire comme s'il en était passif sans jamais être réellement acteur.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;L'homme le plus fort au monde, c'est l'homme le plus seul&quot;</span>, selon Tomas Stockmann qui manque sans doute de conscience politique. Cela met en exergue une faillite des engagements dont nos combats autant humains et écologiques aujourd'hui peuvent se nourrir pour l'éviter.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>"Un ennemi du peuple"</b></div>
     <div>
      Texte : Henrik Ibsen.       <br />
       Traduction : Éloi Recoing.       <br />
       Mise en scène : Jean-François Sivadier.       <br />
       Avec : Sharif Andoura, Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Cyprien Billing, Vincent Guédon, Jeanne Lepers, Agnès Sourdillon.       <br />
       Collaboration artistique : Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit.       <br />
       Scénographie : Christian Tirole, Jean-François Sivadier.       <br />
       Lumière : Philippe Berthomé.       <br />
       Costumes : Virginie Gervaise.       <br />
       Son : Eve-Anne Joalland.       <br />
       Durée estimée : 2 h 30.       <br />
              <br />
       <span class="fluo_jaune">Du 10 mai au 15 juin 2019.</span>       <br />
       Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h.       <br />
       Relâche : dimanches 12 mai et 2 juin.       <br />
       Odéon Théâtre de l'Europe, Paris 6e, 01 44 85 40 40.       <br />
       <a class="link" href="https://www.theatre-odeon.eu/#3" target="_blank">&gt;&gt; theatre-odeon.eu</a>       <br />
              <br />
       <b>Tournée 2019-2020</b>       <br />
       8 au 12 octobre 2019 : Théâtre du Nord, Lille (59).       <br />
       16 au 20 octobre 2019 : Théâtre Firmin Gémier/La Piscine, Châtenay-Malabry (92).       <br />
       5 au 10 novembre 2019 : Les Célestins, Lyon (69).       <br />
       14, 15 novembre 2019 : Le Bateau Feu, Dunkerque (59).       <br />
       19 au 21 novembre 2019 : Théâtre, Caen (14).       <br />
       26 au 28 novembre 2019 : Clermont-Ferrand - La Comédie       <br />
       4, 5 décembre 2019 : L'Archipel, Perpignan (66).       <br />
       10 au 20 décembre 2019 : TNS, Strasbourg (67).       <br />
       7 au 9 janvier 2020 : Le Quai, Angers (49).       <br />
       15, 16 janvier 2020 : Grand Théâtre de la ville du Luxembourg.       <br />
       22 au 25 janvier 2020 : La Criée, Marseille (13).       <br />
       30, 31 janvier, 1er février 2020 : Théâtre - scène nationale, Saint-Quentin-en-Yvelines (78).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.larevueduspectacle.fr/Un-ennemi-du-peuple-Art-et-politique-freres-ennemis-_a2397.html" />
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