La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

Un quatuor déjanté pour une partition d'humour noir so british ! - 26/10/2012

Cette pièce, délicieusement amorale, est un petit bijou d’humour noir typiquement British. Heureusement que l’auteur avait pris délibérément l’angle de la farce, sinon ce huis-clos à quatre personnages possédait tous les ingrédients pour constituer une éprouvante tragédie. Or, on n’arrête pas de...  

Les serments indiscrets... une forme de naturel qui, dans le rire et la gravité, dépasse les apparences - 25/10/2012

Il était une fois un monde dans lequel le mariage était obligatoire. Dans "Les Serments indiscrets" de Marivaux, Lucile et Damis, jeunes gens bien élevés, font le serment de lutter contre le modèle qui leur est imposé pourtant par les meilleurs pères du monde. Point de mariage forcé pour eux. Ni au nom de la raison économique, de coutumes et d’ordres reçus ni… de l’émoi sensuel qui les incline...  

Howl, sur les voies de l’exaltation et de la déchéance, comme un lamento moderne scandé - 17/10/2012

C’était le 7 octobre 1955 à la Six Gallery de San Francisco la rencontre de poètes américains qui traversent l’Amérique d’Est en Ouest. En empruntant la voie rapide (high way 66), les réalités se choquent et s’accélèrent. Le rêve américain fait alors l’objet de violents ajustements et le "melting pot" se révèle être un mélange réactif et brutal. Le puritanisme des pères fondateurs de l’Union...  

"Britannicus" au Théâtre des Amandiers de Nanterre : Une jouissive machine infernale - 08/10/2012

Depuis combien de temps n’avais-je pas vu une production aussi passionnante (1) au théâtre ? Depuis combien de temps n’avais-je pas été emportée par le génie d’une comédienne sur les planches ? "Quoi qu’il en soit" (2) pouvais-je espérer de "Voir et Entendre" un jour Agrippine, "… fille, femme, sœur et mère de vos maîtres" ? Miracle du théâtre… D’abord, c’est la meilleure pièce de Jean Racine....  

Volpone... goupil sensuel dans la ronde des spéculateurs - 05/10/2012

Volpone ou le renard est une comédie cruelle écrite en 1606 par Ben Jonson, auteur élisabéthain de six ans le cadet de Shakespeare. Elle décrit les comportements absolument rapaces qui se déploient autour de la fortune et de l’héritage. Le protagoniste est richissime, sans enfants, feint le mourant et prétend désigner son légataire universel. La danse des prétendants le fait bien rire. Mais rira...  

Rostam et Sohrâb… un conte pour le plaisir des yeux et le régal des oreilles - 03/10/2012

Dans une mise en scène alliant simplicité et efficacité, Farid Paya a réussi le tour de force de marier Poésie et Action, Conte et Histoire, Geste et Parole, appuyé par un jeu d’acteurs de qualité. La poésie est autant corporelle que gestuelle avec des comédiens comme sortis tout droit d’un conte. Le plateau est nu avec en arrière fond une tenture de bois appuyée sur un escalier de bois,...  

Au Bois lacté, sur la trace bienheureuse d'un conte illustré - 02/10/2012

"Au Bois lacté" (Under milk wood) est un long poème radiophonique par lequel l’auteur Dylan Thomas lève le voile sur la vie pittoresque des habitants d’un humble bourg gallois imaginé, restitué. Llareggub est un peu un trou du c… du monde, un finistère gallois que Dylan insère dans un mouvement épique non dénué de tendresse et d’humour. Rédigé à partir de notes prises sur le vif, à Laugharne, son...  

"Dom Juan", le réel dans sa dimension fantastique... Comme une sensation du sacré - 01/10/2012

Du 15 février au 18 avril 1665, durant le carnaval, Molière présente une pièce "Dom Juan ou le Festin de pierre" dont le sujet est emprunté à l’espagnol Tirso de Molina et qui décrit la cavale d’un cavaleur qui se voulait nouvel Alexandre de l’Amour. L’homme finit tragiquement en bravant le spectre du commandeur, invité par lui à un repas. En dépit de sa forme un peu décousue (ou peut-être à...  

Danseurs et musiciens de Sebatu... L’art se mêle au mystique - 25/09/2012

D’une gestuelle à la fois sensuelle et presque mécanique, les danseurs et musiciens de Sebatu présentent un spectacle avec des sonorités, un rythme et des mouvements d’une précision et d’une synchronisation de grande qualité. L’Art se mêle au Mystique avec bonheur. Sur scène est joué dans une atmosphère feutrée "Gong kebyar" de Wayan Susila avec, côté cour, un ensemble d’instruments mélodiques à...  

Un message humaniste qui a le rire et les larmes pour passeport universel - 25/09/2012

Gustave Akakpo est un jeune artiste togolais né en 1974. Auteur, conteur, plasticien, interprète, il se veut passeur. À la fois généreux et malicieux dans "Chiche, l’Afrique", il fête dignement la décolonisation de l’Afrique française et les années d’interdépendance et d’amitié de l’indépendance. Il croque avec gourmandise les chefs d’état de son enfance vus à la télé de là-bas. Et certains...  
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À découvrir

"Salle des Fêtes" Des territoires aux terroirs, Baptiste Amann arpente la nature humaine

Après le choc de sa trilogie "Des Territoires", dont les trois volets furent présentés en un seul bloc de sept heures à Avignon lors du Festival In de 2021, le metteur en scène se tourne vers un autre habitat. Abandonnant le pavillon de banlieue où vivait la fratrie de ses créations précédentes, il dirige sa recherche d'humanités dans une salle des fêtes, lieu protéiforme où se retrouvent les habitants d'un village. Toujours convaincu que seul ce qui fait communauté peut servir de viatique à la traversée de l'existence.

© Pierre Planchenault.
Si, dans "La vie mode d'emploi", Georges Perec avait imaginé l'existence des habitants d'un bâtiment haussmannien dont il aurait retiré la façade à un instant T, Baptiste Amann nous immerge dans la réalité auto-fictionnelle d'une communauté villageoise réunie à l'occasion de quatre événements rythmant les quatre saisons d'une année. Au fil de ces rendez-vous, ce sont les aspirations de chacun qui se confrontent à la réalité - la leur et celle des autres - révélant, au sens argentique d'une pellicule que l'on développe, des aspérités insoupçonnées.

Tout commence à l'automne avec l'exaltation d'un couple de jeunes femmes s'établissant à la campagne. Avec le montant de la vente de l'appartement parisien de l'une d'elles, écrivaine - appartement acquis grâce au roman relatant la maladie psychiatrique du frère qui les accompagne dans leur transhumance rurale -, elles viennent de s'installer dans une usine désaffectée flanquée de ses anciennes écluses toujours en service. Organisée par le jeune maire survient la réunion du conseil consultatif concernant la loi engagement et proximité, l'occasion de faire connaissance avec leur nouvelle communauté.

Yves Kafka
17/10/2022
Spectacle à la Une

"Play/replay" The Rat Pack Compagnie fait son cirque… et son cinéma... Action !

Après le succès mondial de "Speakeasy", la compagnie circassienne The Rat Pack est de retour avec une création intitulée "Play/Replay". Explorant précédemment le genre "films de gangsters" au cœur d'un bar clandestin - que l'on appelait, au temps de la prohibition, un "speakeasy" -, nous les découvrons pour ce nouveau spectacle sur un plateau en plein tournage d'une scène caractéristique des "films d'action", le cambriolage d'un objet précieux. On retrouve donc avec plaisir ce qui fait aujourd'hui leur marque de fabrique… un cocktail explosif mêlant acrobatie, musique et cinéma… plus, cette fois-ci, l'humour décalé de Jos Houben !

© Zenzel.
Imaginez un joyau convoité, un œuf précieux - façon œuf de Fabergé - protégé par des faisceaux verts que l'on perçoit bien dans une nuit noire et volontairement enfumée. Quoi de mieux pour exercer ses talents d'acrobate que le franchissement subtilement chorégraphié de ceux-ci. Ainsi débute "Play/Replay" avec cette scène ô combien classique digne d'un "Mission Impossible", d'un Ocean's Twelve (référence directe à l'œuf) ou d'un James Bond... Et la magie opère. Les six artistes de The Rat Pack - usant souvent du jeu d'ombres chinoises et de ses effets de mystères en "noir et blanc" - déploient humour et créativité pour se jouer des codes de ce genre cinématographique et les détourner avec espièglerie et autodérision.

Au fil des séquences - certaines reproduisant des cascades ou des défis réputés impossibles, improbables ou nécessitants de judicieux trucages -, ils réalisent des numéros s'enchaînant avec fluidité, sans temps mort, où il est fait appel à la roue Cyr, aux nombreuses déclinaisons du main à main, aux multiples variations du corps à corps, aux périlleux exercices de voltige, etc. Ainsi, culbutes, chutes, bagarres, explosions, ralentis, flashbacks, courses-poursuites - tout autant haletantes que burlesques -, attitudes figées clownesques alimentent l'histoire qui nous est contée et les coulisses qui nous sont dévoilées.

Gil Chauveau
20/12/2022
Spectacle à la Une

Dans "Nos jardins Histoire(s) de France #2", la parole elle aussi pousse, bourgeonne et donne des fruits

"Nos Jardins", ce sont les jardins ouvriers, ces petits lopins de terre que certaines communes ont commencé à mettre à disposition des administrés à la fin du XIXe siècle. Le but était de fournir ainsi aux concitoyens les plus pauvres un petit bout de terre où cultiver légumes, tubercules et fruits de manière à soulager les finances de ces ménages, mais aussi de profiter des joies de la nature. "Nos Jardins", ce sont également les jardins d'agrément que les nobles, les rois puis les bourgeois firent construire autour de leurs châteaux par des jardiniers dont certains, comme André Le Nôtre, devinrent extrêmement réputés. Ce spectacle englobe ces deux visions de la terre pour développer un débat militant, social et historique.

Photo de répétition © Cie du Double.
L'argument de la pièce raconte la prochaine destruction d'un jardin ouvrier pour implanter à sa place un centre commercial. On est ici en prise directe avec l'actualité. Il y a un an, la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers pour construire des infrastructures accueillant les JO 2024 avait soulevé la colère d'une partie des habitants et l'action de défenseurs des jardins. Le jugement de relaxe de ces derniers ne date que de quelques semaines. Un sujet brûlant donc, à l'heure où chaque mètre carré de béton à la surface du globe le prive d'une goutte de vie.

Trois personnages sont impliqués dans cette tragédie sociale : deux lycéennes et un lycéen. Les deux premières forment le noyau dur de cette résistance à la destruction, le dernier est tout dévoué au modernisme, féru de mode et sans doute de fast-food, il se moque bien des légumes qui poussent sans aucune beauté à ses yeux. L'auteur Amine Adjina met ainsi en place les germes d'un débat qui va opposer les deux camps.

Bruno Fougniès
23/12/2022